Renaud Van Ruymbeke, né le à Neuilly-sur-Seine et mort le à Rennes, est un magistrat français.

Juge d'instruction, il a notamment conduit les enquêtes politico-financières dans l'affaire Urba, l'affaire des frégates de Taïwan et l'affaire .

Biographie Origines Renaud Van Ruymbeke naît le à Neuilly-sur-Seine. Son père, André Van Ruymbeke (1921-2012), ancien élève de l'École nationale d'administration (ENA) de la promotion Croix de Lorraine, administrateur civil honoraire, et ancien directeur général de l'Union laitière normande puis président de la société Formançais. Sa mère vient d'une famille ouvrière du Nord, et travaille au ministère de la Marine. Il a quatre sœur et frères : Olivier van Ruymbeke, également ancien élève de l'ENA (promotion Henri François d'Aguesseau), ancien maître des requêtes au Conseil d'État, et Bertrand Van Ruymbeke, historien, ainsi que Fabienne et Frédéric. Son grand-père Bobby De Ruymbeke et trois de ses grands-oncles, Douglas, Joseph, et Gaston, belges, ont été footballeurs à l'Olympique de Marseille.

Renaud Van Ruymbeke passe toute sa jeunesse à Cachan. Enfant, il commence à jouer du piano et déclare en 2009 :

Carrière En , Renaud Van Ruymbeke commence sa carrière de magistrat. En 1977, après une maîtrise en droit, il sort de l'École nationale de la magistrature et est nommé juge d'instruction à Caen. De 1983 à 1985, il est substitut du procureur de la République à la section financière de Caen. Il quitte ensuite le parquet pour rester indépendant.

Entre et , il devient maître de conférences à l'École nationale de la magistrature. Puis, en , il est nommé conseiller à la cour d'appel de Rennes, rattaché à la chambre de l'instruction de cette cour fin 1991. Dans la nuit du 4 au , l'incendie du palais du Parlement de Bretagne l'affecte personnellement car son bureau se trouve dans le palais de justice où il mène ses nombreuses investigations. Il réagit dans le journal de France 2 à ce sujet :  

En 1996, il signe avec six autres magistrats de différents pays l'appel de Genève contre la corruption.

En , il rejoint le tribunal de grande instance de Paris en tant que premier juge d'instruction au pôle financier. En 2013, il est nommé premier vice-président chargé de l'instruction de ce tribunal.

Le , il prend sa retraite et joue pour l'occasion au piano des compositions de Franz Schubert et Franz Liszt au Grand Hôtel à Cabourg, dans le Calvados.

Affaires judiciaires notables traitées Affaire Boulin

Il s'agit du volet des terrains de 37 ha à Ramatuelle vendus deux fois par Henri Tournet (la deuxième fois à une société qu'il contrôle) dont il revend deux hectares pour 40.000 frs à Robert Boulin en 1974. Ce dernier obtient un permis de construire et y édifie une villa, mais voit la transaction contestée par les premiers acheteurs de l'ensemble, victimes d'un notaire véreux. Jeune juge d'instruction à Caen, Van Ruymbeke est saisi du dossier en 1979Renaud Van Ruymbeke, Mémoires..., p. 19. Lors d'une audition, Tournet affirme que la vente à Robert Boulin est un don déguisé, puisqu'il lui a remboursé la somme par un chèque au porteurid., p.27. Le talon du chèques est récupéré par le juge. Il porte la mention "R.Bin"id., p. 28-29. Ce dernier constate que quelques jours après son encaissement, Boulin a bien déposé 40.000 frs sur son compte à Libourne. Van Ruymbeke prévient sa hiérarchie une semaine avant la mort de Boulin. À peu près au même moment, l'affaire fuite dans la presse.

En réalité, il s'agit d'un piège tendu par Tournet pour compromettre Boulin quand il a appris par son ex-épouse devenue la secrétaire des Boulin que la mère du ministre lui avait avancé l'argent de l'achat des deux hectares. Et la signature illisible sur le chèque au porteur n'a pas choqué le jugeBenoît Collombat, Un homme à abattre, p. 127-128. Curieusement, quarante ans après, Van Ruymbeke continuera dans ses mémoires à croire à la thèse du suicide de Robert BoulinMémoires..., p. 41-42, malgé les résultats de l'autopsie (visage tuméfié, traces de liens, dérivé du valium dans le sang et pas dans l'estomac, scellés relatifs cambriolés, etc).

Affaire Urba

En 1992, Renaud Van Ruymbeke conduit une perquisition au siège du Parti socialiste, alors dans la majorité. Il s'agit de la première perquisition en France chez un parti politique au pouvoir. Selon Daniel Mayer , et pour Laurent Fabius, . Enfin, François Mitterrand estime que les . Choquée par le terme d', la majorité introduit l'expression de dans la procédure pénale.

Affaire Clearstream 2

Magistrat instructeur de l'affaire des frégates de Taïwan, il reçoit plusieurs courriers anonymes cherchant à attirer son attention sur plusieurs personnalités politiques ou économiques. Dès , il se laisse entraîner par Jean-Louis Gergorin, vice-président d'EADS , dans un arrangement non prévu par le code de procédure pénale : les deux hommes conviennent d'un rendez-vous secret non acté chez Thibault de Montbrial, avocat de Jean-Louis Gergorin. L'auteur des lettres anonymes est donc connu depuis toujours du magistrat, qui prétend ensuite avoir voulu protéger la vie de son témoin, lequel s'affirmait en danger de mort.

Après une première lettre de dénonciation reçue le , Renaud Van Ruymbeke fait interpeller à Toulouse le vice-président d'EADS, Philippe Delmas, en pleine inauguration par Jean-Pierre Raffarin d'une nouvelle chaine de montage de l'. Il sera rapidement innocenté. En , Renaud Van Ruymbeke reçoit ensuite un contenant et une deuxième lettre intitulée « Le Bal des crapules ». Cette lettre contient une liste de prétendument clos par . Apparaissent six comptes de la , en Italie, dont Stéphane Bocsa et Paul de Nagy seraient titulaires. Il s'agit d'une allusion à Nicolas Sarkozy, dont le nom complet est Sarközy de Nagy-Bocsa, et dont les deuxième et troisième prénoms sont Stéphane et Paul. Sont également mentionnés les noms de personnalités politiques telles que Jean-Pierre Chevènement, Alain Madelin ou Dominique Strauss-Kahn ». Des commissions rogatoires internationales sont adressées à l'étranger, en particulier à Sondrio, en Italie, via le parquet financier de Milan. La réponse italienne n'arrive qu'en : tout est négatif.

Renaud Van Ruymbeke met un certain temps à admettre qu'il a fait l'objet d'une manipulation. Les noms de personnalités sont ajoutés aux listages de Clearstream. L'enquête préliminaire ouverte sur les autres comptes est classée sans suite en . Une procédure est lancée pour dénonciation calomnieuse. Début , il est établi que Jean-Louis Gergorin a fait contacter le juge Renaud Van Ruymbeke par son avocat Thibault de Montbrial.

Le , le ministre de la Justice Pascal Clément demande à Renaud Chazal de Mauriac de recueillir les explications du juge Van Ruymbeke sur l'affaire , et le , il ajourne la promotion du juge au poste de président de chambre à la cour d'appel de Paris. Finalement c'est à cause de cette procédure qu'il peut rester aussi longtemps au pôle financier.

Dans son rapport rendu public fin , l'Inspection générale des services judiciaires (IGSJ) se montre rude envers Van Ruymbeke. L'IGSJ retient trois griefs susceptibles de constituer : il n'aurait pas dû entendre, hors procédure, Jean-Louis Gergorin ; il aurait dû informer ses collègues Henri Pons et Jean-Marie d'Huy, saisis de l'affaire , que Jean-Louis Gergorin était l'auteur des lettres anonymes reçues dans l'affaire des frégates de Taïwan ; et il n'aurait pas dû montrer des pièces de sa procédure à un autre acteur de l'affaire, l'informaticien Florian Bourges (épisode que Renaud Van Ruymbeke a toujours contesté).

Début , Pascal Clément renvoie Renaud Van Ruymbeke devant le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) par un courrier déclarant que le magistrat a , de et de . Après six ans de procédure et une dernière audience du magistrat par le CSM, la garde des Sceaux Christiane Taubira annonce le qu'elle ne réclamera aucune sanction contre le juge. Finalement, le CSM blanchit intégralement Renaud Van Ruymbeke, confirmant l'abandon de toutes les poursuites contre lui. L'Union syndicale des magistrats, syndicat majoritaire des magistrats, indique saluer ..

Autres affaires 1991 : il reprend l'affaire du financement occulte du PS (affaire Urba-Sages et René Trager, dont Thierry Jean-Pierre est dessaisi). 1994 : enquête sur le financement occulte du Parti républicain. 1997-2000 : affaire Francisco Arce Montes du meurtre de Caroline Dickinson à Pleine-Fougères. 2001 : affaire Elf avec Eva Joly et Laurence Vichnievsky, affaire des frégates de Taïwan qui se prolongera avec l'affaire . 2008 : affaire Jérôme Kerviel. 2010 : volet financier de l'affaire Karachi. 2009 : abus de confiance aggravé, , liés au financier Bernard Madoff. 2013 : affaire Cahuzac avec Roger Le LoireDavid Bensoussan, « Portrait - Roger Le Loire, doyen du pôle financier du TGI de Paris - Atypique », Challenges, semaine du 3 octobre 2013, pages 52-55.. 2016 : favoritisme et abus de biens sociaux sur l'attribution de l'emplacement de la Roue de Paris. 2016 : fraude à la TVA sur les quotas de carbone. 2017-2018 : affaire Richard Ferrand. 2018-2019 : affaire Tsunekazu Takeda avec Stéphanie Tacheau. 2019 : corruption dans les conditions de la candidature de Doha pour organiser les championnats du monde d'athlétisme 2017.

Dernières années Renaud Van Ruymbeke prend sa retraite en 2019. Libéré de son devoir de réserve, il publie en 2021 Mémoires d'un juge trop indépendant aux éditions Tallandier, dans lesquelles il aborde son rôle dans les affaires Boulin, Urba, Elf, Clearstream et Kerviel. En 2022, il publie un second livre intitulé Offshore : Dans les coulisses édifiantes des paradis dans lequel il revient sur son expérience de la fraude fiscale au cours de sa carrière judiciaire.

Renaud Van Ruymbeke passe sa retraite à Mordelles. Il s'y était installé en 1991 car il exerçait à l'époque ses fonctions à Rennes. Il fait une apparition (photo et voix) dans le film Second Tour, réalisé par Albert Dupontel en 2023Site senscritique.com/, casting du film Second Tour.

Il meurt d'un cancer le à RennesÉtat civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970. Ses obsèques ont lieu le dans l'église Notre-Dame-en-Saint-Melaine à RennesLe Croisic. L’adjoint et ex-juge pleure Renaud Van Ruymbeke, Maville par Ouest-France, 12 mai 2024

Prises de position

Le , répondant à une question sur les déclarations de Nicolas Sarkozy et de François Fillon appelant à de la finance mondiale que sont les paradis fiscaux, le juge Renaud Van Ruymbeke dénonce sur France Inter ce qu'il considère comme une :

Publications . . . .

Hommages et citations Dans le film L'Enquête (2015), consacré aux enquêtes du journaliste Denis Robert sur les affaires Clearstream, il est interprété par l'acteur Charles Berling.

La promotion 2024 de l’École nationale de la magistrature lui a rendu hommage en choisissant son nom pour son baptême..

En 2025, Transparency International France lance la première édition du prix littéraire Renaud Van Ruymbeke, récompensant des ouvrages consacrés à la lutte contre la corruption..

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

Liens externes

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