vignette|250px|Une carte de l'empire britannique indien en 1909, montrant les religions dominantes de la population dans plusieurs districts.
La théorie des deux nations (, — Dō-qaumī naẓariyah, hindoustani (devanagari) : — Dō-qaumī naẓariyah, — Dvirāṣṭra siddhānt, — Dijati totto) est l'idée que la principale identité et le facteur unificateur des musulmans du sous-continent indien est leur religion, plutôt que leur langue, sans considération pour des caractéristiques ethniques ou autre, « [...] Au cœur de la théorie des deux nations était la croyance que l’identité des musulmans indiens était définie par la religion plutôt que par la langue ou l'ethnie [...] », « [...] Il y a beaucoup chez les musulmans qui, s'ils le voulaient, pourrait les regrouper en une nation. Mais n'y a-t-il pas suffisamment en commun, à la fois chez les hindous et les musulmans, qui, développé, serait capable de les fondre en un seul peuple ? Personne ne peut nier qu'il y a beaucoup de modes, manières, rites et coutumes qui sont communs aux deux. Personne ne peut nier qu'il y a des rites, des coutumes et des usages fondés sur la religion qui divisent effectivement hindous et musulmans. La question est : lesquels devraient être soulignés [...] ». La théorie des deux nations fut un principe essentiel du Mouvement pour le Pakistan (dans la conception du Pakistan comme un État-nation musulman en Asie du Sud) et de la partition des Indes en 1947 ()..
L'idée que la religion est le facteur déterminant dans la définition de la nationalité des musulmans indiens était portée par Muhammad Ali Jinnah, qui en parla comme d'un réveil des musulmans pour la création du Pakistan, « L'islam et l'hindouisme ne sont pas des religions dans le sens strict du mot, mais en fait des ordres sociaux différents et distincts, et ce n'est qu'un songe que les hindous et les musulmans puissent jamais développer une nationalité commune [...] Entraver ensemble deux telles nations sous un État unique [...] doit mener à un mécontentement grandissant et à la destruction finale de toute structure qui pourrait être bâtie pour le gouvernement d'un tel État » (Jinnah).. C'est aussi une source d'inspiration pour plusieurs organisations nationalistes hindous, qui trouvèrent là des causes aussi variées que la redéfinition des musulmans indiens comme étrangers non-indiens et citoyens de deuxième classe en Inde, l'expulsion de tous les musulmans de l'Inde, l'établissement d'un État officiellement hindou en Inde, l'interdiction des conversions à l'islam, et la promotion de la conversion ou reconversion des musulmans indiens à l’hindouisme, « [...] les musulmans ne sont pas des Indiens, mais des étrangers ou des hôtes temporaires – sans aucune loyauté pour le pays ou son patrimoine culturel – et devraient être conduits hors du pays [...] », « [...] Dans le fond de leur cœur, les musulmans indiens ne sont pas des citoyens indiens, ne sont pas des Indiens : ce sont des citoyens de l'ummah islamique universelle, du monde islamique [...] », « [...] Son avertissement historique contre la conversion et son appel à la shuddhi fut condensé dans l'expression 'Dharmantar is Rashtrantar' (changer de religion, c'est changer de nationalité) [...] », « [...] 'Dharmantar is Rashtrantar' est l'un des vieux slogans du VHP [...] ».
Il existe plusieurs interprétations de la théorie des deux nations, qui divergent sur la possibilité que les nations éventuelles puissent coexister sur un seul territoire ou non, et qui ont ainsi des implications radicalement différentes. L'une de ces interprétations réclame l'autonomie souveraine, y compris le droit de faire sécession, pour les zones à majorité musulmane du sous-continent indien, mais sans aucun transfert de population (c'est-à-dire que les hindous et les musulmans continueraient à vivre ensemble). Une autre interprétation soutient que les hindous et les musulmans constituent « deux modes de vie distincts et fréquemment antagonistes, si bien qu'ils ne peuvent coexister en une même nation. », « [...] les cultures hindoue et musulmane constituent deux modes de vie distincts, et fréquemment antagonistes, et qui par conséquent ne peuvent coexister en une nation [...] » Dans cette version, un transfert de populations (c'est-à-dire le déplacement total des hindous des zones à majorité musulmane et le déplacement total des musulmans des zones à majorité hindoue) est une étape souhaitable en vue d'une séparation complète de deux États incompatibles qui « ne peuvent coexister dans une relation harmonieuse », « [...] appuyé vigoureusement et à plusieurs reprises pour le transfert de population entre l'Inde et le Pakistan. Au moment de la partition, certains des protagonistes de la théorie des deux nations ont proposé que la population hindoue tout entière devait migrer en Inde et tous les musulmans partir pour le Pakistan, ne laissant aucun hindou au Pakistan et aucun musulman en Inde [...] », « [...] La partition du pays ne mena pas la théorie des deux nations à sa conclusion logique, c'est-à-dire un transfert complet des populations [...] ».
Deux conceptions s'opposaient à cette théorie des deux nations. La première se fondait sur l'idée d'une , dont les hindous et les musulmans seraient deux communautés interdépendantes, « [...] En tant que musulman [...] les hindous et les musulmans forment une nation et non deux [...] une double nation n'a pas de fondement dans l'histoire [...] elles doivent continuer à vivre ensemble pour un autre millier d'années dans une Inde unifiée [...] ». C'est un principe fondateur de la République de l'Inde moderne et officiellement laïque. Même après la formation du Pakistan, les débats sur la question de savoir si les musulmans et les hindous sont des nationalités distinctes ou non se sont poursuivis dans le pays, « [...] mettons que les hindous et les musulmans soient une nation unique. C'est attitude très particulière de la part du chef de l'opposition. En fait, si son point de vue était accepté, alors la justification même de l'existence du Pakistan disparaîtrait [...] ». La deuxième conception défendait l'idée que tant que les Indiens ne formeraient pas une seule nation, ni les musulmans ni les hindous du sous-continent n'en formeraient une, et que c'étaient plutôt les unités régionales relativement homogènes du sous-continent qui constituaient les véritables nations et méritaient la souveraineté. Ce point de vue a été soutenu par les groupes baloutches, « [...] disparaitrait complètement en tant que peuple sans la moindre identité. Cette proposition est le point crucial de la question, déterminant l'attitude des Baloutches envers la politique pakistanaise. Pour les Baloutches, accepter la théorie des deux nations conçue par les Britanniques pour les musulmans indiens [...] signifierait perdre leur identité baloutche dans le processus [...] », sindis, « [...] et la théorie des deux nations devint un piège pour les Sindis – au lieu de libérer le Sind, cela le fit tomber sous la domination pendjabie et mohajire, et jusqu'à sa mort en 1995 il appela à une “nation” séparée sindie, impliquant un pays sindi séparé [...] » et pachtounes, « [...] Attaquant la “théorie des deux nations” à la Chambre basse le 14 décembre 1947, Ghaus Bux Bizenjo déclara : “Nous avons une culture distincte, comme l'Afghanistan et l'Iran, et si le simple fait d'être musulmans nous impose de nous amalgamer avec le Pakistan, alors l'Afghanistan et l'Iran devraient aussi s'amalgamer avec le Pakistan [...]” » du Pakistan.
Histoire vignette|Une carte de l'empire britannique indien en 1909, montrant le pourcentage d'hindous dans différents districts. De manière générale, le gouvernement soutenu par les Britanniques et les commentateurs ont veillé « à parler des Indiens comme du peuple de l'Inde et à éviter de parler d'une nation indienne. » Cela était cité comme une des raisons clés du contrôle britannique du pays : puisque les Indiens ne formaient pas une nation, ils n'étaient pas capable d'autogouvernance nationale, « [...] Le peuple d'Inde ne forme pas une nation, mais un conglomérat de nombreuses races et religions [...] permit aux Britanniques de conquérir et de tenir le pays. Si les habitants devaient agir ensemble, et s'accordaient à vouloir l'indépendance, ils pourraient l'avoir. En bref, s'ils étaient capables d'un gouvernement autonome national, les Anglais se trouveraient assis sur un volcan [...] ». Tandis que certains leaders indiens insistaient sur le fait que les Indiens formaient une nation, d'autres convenaient que les Indiens n'avaient pas encore de nation, mais qu'il n'y avait « pas de raison pour lesquelles, avec le temps, ils ne viennent pas à former une nation. »
Des débats similaires sur l'identité nationale ont existé à l'intérieur de l'Inde aux niveaux linguistiques, régionaux et religieux. Tandis que certains supportaient l'idée que les musulmans indiens formaient une nation, d'autres maintenaient que non. Certains, comme Liaquat Ali Khan (plus tard Premier ministre du Pakistan) soutenaient que les musulmans indiens ne formaient pas encore une nation, mais pourraient se rassembler en une telle entité.
Selon les , Muhammad ibn al-Qasim est souvent cité comme le premier Pakistanais.. alors que Prakash K. Singh considère l'arrivée de Muhammad bin Qasim comme la première étape vers la création du Pakistan.. Muhammad Ali Jinnah associa le début du mouvement pour le Pakistan au moment où le premier musulman marcha à travers la « porte de l'islam » [le Sind]..
Début de la prise de conscience et du mouvement identitaire musulmans ( – années 1940) vignette|droite|Syed Ahmad Khan
Le mouvement pour la prise de conscience et l'identité musulmanes commença avec le moderniste et réformateur Syed Ahmad Khan (1817–1898). De nombreux Pakistanais le considèrent comme l'architecte de la théorie des deux nations. Cependant, le chercheur Ziauddin Lahori, auteur de sept livres sur sir Syed, pense autrement. Selon lui, il est incorrect de dire que Syed Ahmad Khan proposa la théorie des deux nationsDaily Express, Lahore, 15 décembre 2010.
Le philosophe poète Muhammad Iqbal (1877–1938), (le « poète de l'Orient »), fournit l'exposé philosophique et l'avocat Muhammad Ali Jinnah (1871–1948) le traduisit en la réalité politique d'un État-nation. L'allocution présidentielle d'Iqbal à la Ligue musulmane du est vue par certains comme le premier exposé de la théorie des deux nations en soutien à ce qui deviendrait par la suite le Pakistan.
Le savant Al-Biruni (973-1048) avait observé, au début du , que les hindous et les musulmans différaient sur tous les sujets et les usages. Le , Jinnah fit un discours à Lahore qui était très proche de la thèse d'Al-Biruni par le thème et le ton. Jinnah déclara que les hindous et les musulmans appartenaient à deux philosophies religieuses, avec des pratiques sociales et une littérature différentes, sans mariages mixtes et basées sur des idées et des concepts opposés. Leurs modèles de vie et mode de vie étaient différents et malgré mille ans d'histoire, les relations entre hindous et musulmans ne pouvaient atteindre le niveau de la cordialité.
En 1948, Jinnah dit :
La Ligue musulmane, en cherchant à représenter les musulmans indiens, sentit que les musulmans du sous-continent formaient une nation distincte et séparée des hindous. Ils demandèrent d'abord des élections séparées, mais quand ils en vinrent à la conclusion que les musulmans ne pourraient être en sécurité dans une Inde gouvernée par les hindous, ils commencèrent à demander un État séparé. La Société des nations demanda l'auto-détermination pour les zones à majorité musulmane sous la forme d'une État souverain reconnaissant des droits égaux et la protection aux minorités dans ces régions musulmanes.
vignette|350px|Synthèse du changement politique indien dans la seconde moitié du .
Caractéristiques de la théorie