vignette|upright=1.5|Le versant pakistanais du K2 et la voie empruntée lors de la première ascension par l'expédition italienne de 1954 : l'éperon des Abruzzes ou « arête sud-est ». Les derniers camps sont également représentés.

L’expédition italienne au K2 de 1954 est une expédition alpine parrainée par le Club alpin italien, par le Conseil national de la recherche, l'Istituto Geografico Militare et l’État italien. Sa conduite est confiée à Ardito Desio. Le , deux membres de l'expédition atteignent le sommet du K2 — la deuxième montagne la plus élevée au monde derrière l'Everest — pour la première fois de l'Histoire.

La voie empruntée est surnommée l'« éperon des Abruzzes » et les deux alpinistes qui atteignent le sommet sont Achille Compagnoni et Lino Lacedelli, avec l'aide des autres membres de l'expédition. Walter Bonatti et Amir Mahdi, alors qu'ils transportaient des bonbonnes d'oxygène — essentielles pour le succès de l'ascension — pour ravitailler Compagnoni et Lacedelli, sont contraints de bivouaquer une nuit à plus de dans des conditions qui sont bien souvent fatales aux alpinistes.

Membres de l'expédition vignette|Les membres de l'expédition au camp de base ; au centre, Ardito Desio. L'expédition de 1954 au K2 est composée, outre le grand nombre de porteurs employés entre la dernière escale aérienne et le camp de base, de trente membres... :

13 alpinistes italiens : bien qu'il ne soit pas très connu du grand public, ce dernier possède alors une grande expérience et a réalisé plusieurs ascension de sixième degré dans les Dolomites ; Ugo Angelino : représentant de commerce de profession, son expérience en matière d'alpinisme se cantonne à quelques ascension dans les Alpes occidentales. ; Walter Bonatti : âgé de seulement (qu'il fête le pendant l'expédition), il est le benjamin de l'équipe italienne. Malgré cela, il est déjà considéré comme l'un des meilleurs alpinistes au monde grâce à ses ascensions, notamment celle de la paroi Est du Grand Capucin ; Achille Compagnoni (il atteint le sommet le ) : guide de haute montagne et skieur émérite, son expérience en matière d'alpinisme se concentre sur le mont Rose et le mont Cervin ; (photographe et ciné-opérateur) : sans expérience en alpinisme, il est alors connu pour ses photographies et ses films au sein du monde de l'alpinisme ; Cirillo Floreanini : dessinateur de profession, il avait réalisé de grands exploits d'alpinisme dans les Alpes juliennes. ; Pino Gallotti : en tant qu'ingénieur, il est nommé responsable du matériel technique de l'expédition, y compris des bombonnes d'oxygène. En matière alpinisme, il possède alors une expérience considérable dans les Alpes occidentales et en particulier sur le mont Blanc. ; Lino Lacedelli (il atteint le sommet le ) : guide de haute montagne et skieur émérite, il faisait partie du groupe des (les « Écureuils de Cortina »), il avait réalisé plusieurs ascensions difficiles dans les Dolomites et dans les Alpes occidentales ; Guido Pagani (médecin de l'expédition) : médecin et alpiniste d'un niveau raisonnable, il est choisi comme médecin de l'expédition ; Mario Puchoz (décédé d'un œdème pulmonaire au début de l'expédition) : guide de haute montagne, il possède une bonne connaissance des environs du mont Blanc ; Ubaldo Rey : guide de haute montagne et gérant d'un refuge alpin, avec une expérience considérable sur le mont Blanc et dans les Alpes occidentale en général. ; : le doyen du groupe (il est âgé de ), il possède une grande expérience et avait réalisé plusieurs ascensions de sixième degré dans les Dolomites ; : guide de haute montagne et charpentier de profession, il avait gravi tous les « grands classiques » autour du mont Blanc.

10 alpinistes bourouchos Répertoriés officiellement comme « porteurs de haute montagne ». Parmi eux, atteint les (le dernier camp), et Isakhan atteint les d'altitude au camp .

5 scientifiques Ardito Desio : géologue, chef de l'expédition ; Paolo Graziosi : paléontologue, chargé de cours à l'Université de Trieste ; Antonio Marussi : géophysicien, directeur de l'Institut de géophysique de l'Université de Trieste ; Bruno Zanettin : pétrographe, chargé de cours à l'Institut de géologie à l'Université de Padoue ; Francesco Lombardi : géodésite. et topographe de l'Istituto Geografico Militare.

2 membres pakistanais Ata Ullah : observateur du gouvernement pakistanais ; Badshajan : assistant topographe.

De nombreux porteurs originaires du Baltistan sont également embauchés pour le transport du matériel à travers le glacier du Baltoro jusqu'au camp de base, sur le glacier Godwin-Austen.

Riccardo Cassin, qui l'année précédente avait conduit avec Desio une mission de reconnaissance sur site, est exclu de l'équipe de manière inexplicable, à la suite des résultats de tests médicaux réalisés avant l'expédition. Selon la croyance populaire, le professeur Desio craint que la forte personnalité et le charisme de Cassin puissent contester son leadership et atténuer son prestige en cas de succès de l'entreprise. ..

Voie empruntée vignette|Vue du K2 depuis l'est (photographie prise par Louis-Amédée de Savoie, duc des Abruzzes, lors de l'expédition de 1909). La voie empruntée est l'éperon des Abruzzes, découverte en 1909 par l'expédition du Louis-Amédée de Savoie, duc des Abruzzes..

Pour la conquête du sommet () les camps suivants sont établis (les altitudes sont celles figurant dans le rapport officiel de Desio) I campi per la conquista della vetta. : : camp de base ; : camp ; : camp ; : camp ; : camp ; : camp ; : camp ; : camp ; : camp ; ( sur les cartes de l'IGM) : camp (l'altitude est incorrecte ; en effet, le camp devait se trouver à ~ , une altitude plus élevée que celle du bivouac Bonatti-Mahdi). ; : bivouac Bonatti-Mahdi (l'altitude est incorrecte ; le bivouac devait plutôt être situé à un peu plus de )..

Conduite de l'expédition La complexité des problèmes à surmonter, la gravité des risques encourus, mais également le fait que l'entreprise était chargée — en Italie — d'une symbolique nationaliste et extra-sportive, ont conduit Ardito Desio à mettre en place une discipline quasi-militaire dans la conduite de l'expédition, comme l'avait fait Karl Herrligkoffer l'année précédente lors de l'expédition au Nanga Parbat. Ce comportement sera plus tard, l'objet de nombreuses critiques et de controverses..

Ardito Desio, en tant que chef de l'expédition, n'est jamais allé plus avant que le camp de base () et il avait confié à Compagnoni la direction de l'ascension jusqu'au sommet, se contentant d'émettre à partir du camp de base quatorze ordres de service dactylographiés, qui étaient ensuite transmis (certains avec un retard considérable), aux camps plus élevés. Sa manière autoritaire de conduire l'expédition lui vaut le surnom ironique de ..

Déroulement de l'expédition Les opérations commencent à la fin du mois de mai et au début du mois de . Les premiers camps sont établis. Le , Mario Puchoz décède au camp d'une pneumonie foudroyante, selon la version officielle à l'époque, en réalité il serait décédé d'un œdème aigu du poumon. Il est enterré à proximité du camp de base, à proximité immédiate du mémorial Gilkey.

Une série de cordes fixes sont installées pour permettre aux grimpeurs de se déplacer facilement entre le camp de base et les camps avancés afin de s'acclimater à l'altitude et de transporter le matériel nécessaire à l'ascension finale. Un petit téléphérique actionné manuellement est construit dans la partie la plus basse du parcours.

Le , les deux cordées composées de Bonatti-Lacedelli et Compagnoni-Rey finissent d'installer près de de cordes fixes sur la « Pyramide noire » (), une zone rocheuse difficile située un peu en-dessous des d'altitude qui comprend le célèbre « chemin Bill » (). Les alpinistes, aidés des porteurs bourouchos, se relaient pour le transport de la nourriture et du matériel en direction des camps avancés.

Le , les hommes atteignent les d'altitude et installent le camp à l'endroit où avait été installé le camp de l'expédition américaine de 1953. Suivent deux jours de mauvais temps..

Les derniers camps vignette|Walter Bonatti et Erich Abram au camp de base Le , Abram, Compagnoni, Gallotti, Lacedelli et Rey partent du camp pour aller installer le camp à . Bonatti, fragilisé depuis deux jours par des problèmes de digestion, reste au camp . Rey (qui avait été désigné initialement pour atteindre le sommet avec Compagnoni), après une demi-heure et de dénivelé, est saisi de douleurs. Il est forcé à abandonner sa cargaison et retourne au camp . Les quatre hommes restant installent le camp plus bas que prévu, à une altitude de , derrière un mur de glace. Compagnoni et Lacedelli sont désignés pour atteindre le sommet, ils passent la nuit du au camp , les autres (Abram et Gallotti) redescendent au camp . Pendant la descente, Gallotti glisse sur la glace sur 50 à avant de parvenir à planter son piolet et interrompre sa chute.

vignette|upright=0.8|gauche|Photo des bouteilles d'oxygène prise depuis le sommet par Compagnoni Le , Compagnoni et Lacedelli partent du camp pour installer le camp à une altitude prévue de , mais il ne parviennent à gravir le mur de glace que sur une centaine et mètres et ils sont contraints d'abandonner leur matériel et de rentrer épuisés au camp . Abram et Gallotti, encore un peu fatigué, partent du camp en direction du camp en compagnie de Rey et Bonatti (ce dernier s'étant bien rétabli). Ils transportent avec eux du matériel et des bonbonnes d'oxygène. Mais, rapidement fatigués, Abram et Rey abandonnent leurs cargaison et redescendent. Abram cherchera à se reposer un temps au camp , Rey pris par le mal aigu des montagnes redescend au camp de base. Les bonbonnes d'oxygène sont laissées sur place, Bonatti et Gallotti continuant à porter les vivres et d'autres matériels indispensables au camp qu'ils atteignent dans l'après-midi et où ils plantent une nouvelle tente. Pendant la soirée passée au camp , il est décidé que Compagnoni et Lacedelli partiraient le lendemain avec du matériel pour préparer le camp , en l'installant toutefois plus bas que prévu, de manière à permettre à Bonatti et Gallotti de descendre pour récupérer les réservoirs d'oxygène, qui avaient été abandonnés près du camp , et de les transporter jusqu'au camp , ces bonbonnes étant indispensables pour l'ascension finale. Il est décidé que le camp serait installé à . Les quatre hommes passent la nuit au .

vignette|upright=0.8|droite|Achille Compagnoni au sommet du K2