La mine de Canari, carrière de Canari ou usine de Canari est une carrièreLa distinction entre mine et carrière tient à la nature du matériau extrait (stratégique ou précieux pour la mine, de moindre valeur pour la carrière). à ciel ouvert d'amiante située au Nord de la Corse dans le Cap Corse.

Principal gisement d'amiante en France, découvert en 1898, il a été exploité à son plein potentiel de 1949 à 1965 par une société filiale d'Eternit. Le 12 juin 1965, date de sa fermeture, l'entreprise employait encore 300 personnes..

Les bâtiments et installations de l'usine ont été démolis à partir de l'automne 2025 jusqu'en mai 2026..

Contexte de la création de la mine Généralités L'amiante était connue depuis la plus haute antiquité pour ses propriétés ignifuges et son [caractère étrange] de roche fibrée apte à être filée et tissée.

Les Romains et les Paléochrétiens, l'utilisaient notamment pour renforcer la terre de leurs poteries allant au feu et aussi pour des « draps de crémation », qui permettaient de ne pas mélanger les cendres d'un haut personnage ou d'un supposé saint avec celles de son bûcher funéraire.

Cependant l'exploitation de l'amiante ne prendra vraiment son essor qu'avec la première révolution industrielle, comme celle de la machine à vapeur.

L'amiante sera utilisée pour des joints de tuyautages, des garnitures de tiges de pistons des moteurs thermiques, l'isolation des chaudières etc. L'industrie navale employait jadis massivement ce matériau, pour tenter de combattre les risques d'incendie à bord des navires à vapeur, dont bon nombre, avaient encore des coques en bois.

Il en résultera un véritable boom économique mondial - comparable à celui de l'aluminium lors du développement de l'aviation - qui déclenchera une frénésie spéculative sur ce matériau et une fièvre de recherches « tous azimuts » des gisements d'amiante, lors du Second Empire et de la République.

L'amiante était considérée comme un matériau stratégique et les industriels s'efforçaient de trouver des gisements en France pour ne pas dépendre de compagnies minières russes ou canadiennes, qui monopolisaient le marché mondial. Après la découverte d'un gisement à Molines-en-Queyras dans les Alpes, des géologues vont venir prospecter en Corse, qui est une « montagne dans la mer » et le prolongement sous marin de l'arc alpin.

En Corse Divers petits gisements découverts seront bientôt exploités de façon artisanale, notamment dans le Nord-Ouest du cap Corse, mais aussi au col de Prato, à Piedicroce, Matra et Sant'Andréa-di-Cotone. Toutefois, le plus prometteur sera celui que découvrira un certain Monsieur "Ange-Antoine Lombardi", forgeron et mineur de son état, dans le village de Canari, en 1898.

La mine de Canari L'exploitation restera très artisanale à ses débuts - quelques dizaines de tonnes par an - mais un géologue prospecteur d'origine suisse, Henri Eggenberger, s'intéressera au gisement pour le compte de la puissante société EternitSiège social à Prouvy Thiant dans le Nord., dont les capitaux étaient détenus en grande majorité par de riches hommes d'affaires du Nord de la France.

Vers la fin des années 1920, la société "Eternit" décide de construire une petite usine pilote sur le site - broyant 30 tonnes de roches par jour - avant d'envisager de passer au stade véritablement industriel. En effet, la société était pionnière d'un matériau « miracle », le fibrociment (ou amiante ciment) qui permet de réaliser par moulage, des plaques ondulées pour toiture, des tuyaux pour canalisations d'égouts et bien d'autres éléments de construction standardisés de façon économique, rapide et simple, avec l'avantage d'un matériau résistant au feu.

À cette application nouvelle viendront s'ajouter, celles des garnitures de freins et d'embrayage pour l'automobile, en plein essor. Toutefois cette exploitation à grande échelle par la "SMA" (Société minière de l'amiante), filiale d'Eternit, sera retardée par le début de la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle la Corse sera occupée par des troupes italiennes de Mussolini.

Passage au stade industriel La guerre n'empêchera cependant pas "Henri Eggenberger" et des ingénieurs d'Eternit, de faire tracer et étudier dès 1941, les plans de la future usine capable en principe de broyer et traiter 2000 tonnes de roches par jour, ce qui compte tenu du faible rendement de quelques pour cent, ne produira finalement qu'autour de d'amiante de qualité moyenne par an, plus des sous produits (fibrettes, talc, magnésie) qui seront commercialisés.

L'exploitation sera identique et copiée sur celle d'un gisement existant en Italie à Balangero, utilisant la gravité naturelle pour fonctionner: A Canari, Les fronts de la carrière étaient façonnés en terrasses en haut de la montagne - on y accédait par une route en lacets depuis le lieu dit "Punta bianca" - il y avaient plusieurs gigantesques entonnoirs à ciel ouvert, et les fronts de taille étaient en formes de gradins, comme un titanesque théâtre romain (cf photo en tête d'article), leur largeur étant étudiée pour pouvoir y faire circuler des engins, pelles mécaniques et autres bouteurs.

La roche extraite par des petites explosions à la dynamite, était poussée dans le fond de 2 entonnoirs où des galeries obliques communiquaient avec un tunnel circulaire de trois kilomètres de circonférence où circulait des wagons-benne - sur une voie à d'écartement normal, contrairement aux chemins de fer de la Corse). Ces wagons-benne à bascule tirés par un locotracteur diesel, étaient chargés par un système très robustes de trappes en acier, manœuvrées par des vérins pneumatiques très puissants situées au plafond du tunnel, deux entonnoirs, donc deux trappes de chargement. Une petite portion de la voie circulaire était située à l'air libre, les wagons y déversaient les roches brutes dans un premier concasseur vertical - très robuste structuré en béton armé. Les pierres issues de ce premier broyage étaient stockées un certain temps pour pouvoir sécher. Un silo avec un élégant toit incurvé, aujourd'hui disparu, sera construit dans les années 1950, pour améliorer le séchage par temps pluvieux. De là les pierres amiantifères descendaient en cascade vers l'usine proprement dite, pour subir une série de traitements : broyage fin, passage dans un four rotatif, tri des fibres etc.. permettant d'extraire enfin le matériau et de mettre en sacs la fibre d'amiante. Le site de Canari était donc à la fois une mine à ciel ouvert et une usine produisant et conditionnant la fibre d'amiante. Les roches non utilisées appelées "les stériles" étaient ensuite rejetées à la cote en bas de la falaise par deux "sauterelles", machines de plans inclinés positionnées à flanc de falaise, dont le haut se situait au bas de l'usine, sur le bord de la route de corniche reliant Canari à Saint Florent.

L'usine définitive sera finalement construite à partir de 1946 en deux tranches - l'usine A et l'usine B - sous la supervision d'ingénieurs italiens venus de Balangero.

La construction en béton armé sera exécutée par une société dirigée par un technicien italien, spécialisé dans ce type de projet, le turinois "Michel Oddon Bellezza".

L'exploitation de la partie carrière sera une entité semi-autonome, sous la direction d'un carrier italien remarquablement efficace, "M Cataldo", né à Siderno Marina en Calabre.

Leurs procédés industriels seront très modernes pour l'époque, en complet contraste avec l'économie Corse balbutiante de l'immédiat après-guerre : agro-pastoralisme, tourisme encore embryonnaire, etc.. ce qui expliquera à la société italienne de construction, la difficulté à recruter de la main-d'œuvre qualifiée pour des tâches très diversifiées : mécanicien pour l'entretien du parc des machines, forgeron pour entretien des fleurets de marteaux-piqueurs, conducteur d'engins de chantier type "wagon-drill", de bande transporteuse de pierres dog-bill, conducteur de pelles mécaniques et camions "dumpers", broyeurs, tables canadiennes pour la séparation de la fibre, gigantesque four rotatif sécheur, électricien pour entretien du réseau triphasé à haute tension, machiniste pour locotracteurs, etc..

Le petit village de Canari, jusque là pauvre et déclinant, viendra basculer d'un seul coup dans l'univers de l'industrie lourde et en subira de plein fouet les gros inconvénients : horaires de travail contraignants, pollution de l'air, bruit, travail éreintant et parfois dangereux, et bientôt des malades de mésothéliome pulmonaire, qui concerneront de façon aiguë les ouvriers affectés au traitement de la fibre et à son conditionnement en sacs, mais nettement moins que les mineurs, qui, eux, travaillaient à ciel ouvert, encordés comme des alpinistes au flanc des gradins, avec des risques dus aux chutes de pierres et aux tirs de dynamite mal maîtrisés.

L'implantation de la mine aura aussi ses avantages : développement et retombées économique de la région, dans le village implantation de commerces et de services (écoles, médecins), arrivées et hausse de la population, des salaires bien plus élevés que pour des ouvriers agricoles, avec respect du droit du travail, application de la sécurité sociale et des pensions de retraite... À cette époque, et partout en Corse, des riches propriétaires terriens recrutaient encore des ouvriers journaliers agricoles dociles à la tâche, en se faisant accompagner par le curé, qui conseillaient d'écarter soigneusement les "rouges" et les "fortes têtes", et se dispensaient la plupart du temps de verser les cotisations socialestémoignage de Mr Ange Brignole, frère de l'ancien maire - apparenté communiste et ancien partisan-résistant de Saint Florent, Mr Louis Brignole, corroboré par les mémoires du chanteur corse Antoine Ciosi dans son bouquin : une odeur de figuier sauvage, éd. Albin Michel.

La commune touchera des indemnités en pourcentage sur la production, avec toutefois une certaine "triche" de la part de la direction de la "SMA", qui motivera des contestations et des arbitrages, ainsi que la taxe professionnelle, et pourra disposer d'un bon budget pour diverses réalisations d'intérêt communautaire.

Parmi les premiers travailleurs de la mine, au lendemain de la Guerre Mondiale, il y aura aussi, pendant un an environ, de la main-d'œuvre gratuite: prisonniers allemands amenés sur place, qui seront progressivement remplacés par de la main-d'œuvre locale ou immigrée.

Les mesures d'hygiène et de sécurité seront nettement à la traîne : il n'y aura pas de dépôt d'explosifs conforme aux normes en vigueur jusqu'au début des années 1950, et l'inspecteur du travail du services des Mines devra demander, le concours de l'armée pour stocker les explosifs dans sa poudrière de Bastia. Les treuils des monte-charges en plans inclinés (ou descenderie), utilisés pour transporter hommes et matériels, vers les étages à flanc de falaise, n'avaient pas de [frein parachute de secours], mais le plus grave problème, qui ne sera jamais vraiment résolu, sera la question cruciale de l'aération et du dépoussiérage des locaux de l'intérieur de l'usine.

Des ouvriers y travaillant, en particulier à l'ensachage des fibres, inhalaient en permanence, des quantités énormes de poussières de fibres d'amiante et développeront en quelques années, voire quelques trimestres, plus tard, des cancers de la plèvre maladie spécifique de l'amiante appelés mésothéliomes.