Ethel Ayres PurdieParfois appelée Ethel Matilda Purdie. est une experte-comptable, militante suffragiste et féministe britannique, née le à Islington et morte le à l'hôpital de (Londres).
Première femme certifiée expert-comptable du Royaume-Uni, elle est l'une des figures majeures de la lutte contre l'exclusivité masculine dans les métiers de la comptabilité. Elle s'implique dans la lutte pour l'obtention du droit de vote des femmes et dans leur défense face aux politiques discriminatoires de l'administration fiscale. Mêlant son combat politique et son activité professionnelle, elle fait figure d'experte sur les questions juridiques, fiscales et administratives pour plusieurs associations suffragistes féminines dont elle tient la comptabilité. L'importance de sa contribution au mouvement suffragiste, longtemps sous-estimée par les historiens, est réévaluée aujourd'hui à la lumière de travaux récents.
Biographie
Jeunes années et premiers combats
Ethel Mathilda Ayres naît en à Islington, North London. Elle est la fille ainée d'une famille d'artisans : son père, Henry William Ayres, est fils de joaillier, et sa mère Margaret Eleanor Tremeer, est la fille d'un polisseur d'argenterie. Henry Ayres fabrique des outils pour la coupe de vitraux, comme des diamants de vitrier, et se présente, avec un peu d'emphase, comme « ingénieur en mécanique ».
Peu de choses sont connues des premières années de sa vie. Jeune fille, elle travaille comme opératrice du télégraphe. Depuis les années 1870, le service postal britannique est le premier et le plus important employeur de personnel féminin dans l'administration publique. Un grand nombre de jeunes femmes (dès quatorze ans) sont employées aux services télégraphiques, comme main d’œuvre précaire et bon marché (la plupart vivent chez leurs parents où leur travail est vu comme un complément de revenu, et elles démissionnent souvent d'elles-mêmes à leur mariage pour devenir femmes au foyer). Au sein du Postal and Telegraph Clerks' Association (syndicat des opérateurs du télégraphe), des voix masculines s'élèvent pour limiter l'emploi des femmes dont l'État se sert pour tirer vers le bas les salaires et les conditions de travail dans la profession.
C'est dans ce contexte, et alors que les opératrices elles-mêmes commencent à s'organiser pour défendre leurs intérêts, qu'Ethel M. Ayres fait ses premières armes, à dix-neuf ans, dans le militantisme syndical. En 1894, elle participe notamment à une lutte sociale victorieuse, protestant contre l'économie faite par l'État sur la pension de retraite des femmes télégraphistes. En effet, celles-ci cotisent pour le système de retraite, mais la grande majorité ne toucheront jamais de pension car elles quittent le travail à leur mariage. Ethel M. Ayres rejoint un comité qui, soutenu par la section londonienne de la , réclame et obtient que les femmes dans cette situation se voient reverser une pension à leur départ.
Quelques années plus tard, elle quitte à son tour son emploi quand elle épouse, le , un voyageur de commerce nommé Franck Sidney Purdie, et dont le père est fabricant d'argenterie. Le couple a deux enfants, mais Ethel Ayres Purdie défie les normes de l'époque en s'engageant dans une carrière professionnelle malgré sa charge de mère .
Une carrière entravée par le sexisme
Elle étudie la comptabilité en suivant des cours à la puis passe avec succès son examen final en , avec mention en examens de comptes par la chambre de commerce de Londres. Mais la profession est encore exclusivement masculine, et il lui est impossible de réaliser un stage en cabinet. Elle ouvre son étude en ou , d'abord à l'adresse de son père comme adresse professionnelle, puis à Craven House, Kingsway.
La profession d'expert-comptable étant réglementée pour un certain nombre d'actes, elle tente d'être par une association professionnelle. Elle soumet sa candidature aux deux principales du Royaume-Uni, l et la . Toutes deux refusent d'accueillir une femme dans leurs rangs. Elle écrit alors au Conseil privé pour demander l'autorisation d'exercer en indépendant. L'autorisation lui est refusée, mais le Conseil lui propose d'établir une organisation féminine de comptables. Elle abandonne le projet, jugé irréaliste car nécessitant de rassembler au moins onze membres.
Elle pose sa candidature en à l' (LAA), ancêtre de l (ACCA). C'est alors une organisation professionnelle récemment formée, vouée à intégrer les quelque à refusés par les autres organisations (pour la plupart, faute d'avoir d'expérience de stagiaire en cabinet), et qui se veut ouverte et progressiste. Bien qu'Ayres Purdie ait déjà une clientèle importante, son adhésion est refusée le . L'association motive son refus par le fait qu'elle est une femme, mais également qu'elle est ouvertement suffragiste. Elle obtient néanmoins l'autorisation d'accéder à la bibliothèque et de suivre les conférences. Grâce à l'insistance du président de l'association, le libéral Henry A.G. Lewis, elle est finalement acceptée le , devenant la première femme britannique à obtenir la certification d'expert-comptable. Cette année-là, celle que ses collègues surnomment est chargée de porter le toast au dîner annuel de la LAA.
L'Agence des femmes contribuables
vignette|upright=2|alt=Publicité en noir et blanc de 1913|Publicité parue dans The Vote en 1913. .
Ethel Ayres Purdie dispose d'un faible capital de départ, elle a le double désavantage d'être une femme et d'être ouvertement suffragiste. Elle réussit néanmoins à se constituer une clientèle en liant étroitement son engagement militant et sa vie professionnelle, dans une démarche ouvertement fondée sur la solidarité féminine. Elle passe des annonces dans des journaux comme , et , proposant à ses clientes de recouvrer une partie de leur impôt sur le revenu§ 27-28. Son engagement suffragiste lui sert d'argument promotionnel et ses annonces sont teintées d'ironie quant aux discriminations que subissent les femmes fiscalement assujetties à leur mari. L'une de ses annonces se conclut par un post-scriptum : , dans le Votes for Women du 24 décembre 1908, voir .
Après son acceptation au sein de la LAA, elle devient la seule femme à pouvoir représenter un contribuable auprès de l'administration fiscalep. 11 . Ayant une vision très large du travail comptable, elle propose également ses services pour : conseils de gestion, ventes de biens, droits de succession, contrats d'assurances, etcp. 14. Le nom de son agence, la , est en lui-même provocateur, être contribuable étant un signe d'indépendance financière. En 1912, alors que les suffragettes vandalisent les vitrines des commerces de son quartier, son propriétaire et d'autres locataires de son immeuble – tous des hommes – demandent que la mention « » soit retirée, car ils la considèrent . Elle doit déménager plus loin dans la rue, à , pour conserver sa plaque..
Son affaire a du succès, et son cabinet s'agrandit jusqu'à employer plusieurs personnes. Elle prend une stagiaire pendant cinq ans, Nora Laughton, qui sera la première femme formée par une femme de toutes les organisations professionnelles du Royaume-Unip. 12. Très impliquée dans le militantisme suffragiste, elle travaille pour les principales organisations britanniques, comme auditrice des comptes et conseillère financière, pratiquement du mouvement suffragiste lui-même. Son bureau de , avant son déménagement, est situé juste à côté du , lieu de réunion suffragiste et de . Elle travaille également pour des syndicats, comme auditrice de l', du , et travaille avec la , pour des cliniques et des écoles associatives de formation à la maternitép. 13.
Engagement suffragiste
L'engagement d'Ethel Ayres Purdie passe par une analyse de sa pratique professionnelle. Son apport à la cause des femmes et aux organisations suffragistes va au-delà de la vérification des comptes et du conseil financier : son expertise lui permet de formuler des critiques précises et argumentées des lois fiscales britanniques§ 29, et de définir des stratégies et des procédures pour les organisations au sein desquelles elle milite.
Expertise comptable et conseil
Ethel Ayres Purdie audite les comptes de la principale organisation militante suffragiste, l'Union sociale et politique des femmes (WSPU), et ce, même après qu'elle a contribué à créer la (WFL), scission non-violente de la WSPU, axée sur la désobéissance civile et plus proche des travaillistes. Elle audite les comptes de la WFL et de sa maison d'édition, . Elle conseille également la de Sylvia Pankhurst après que cette dernière est exclue de la WSPU. À partir de la Première Guerre mondiale, elle audite également les comptes de la (IWSA) dont le siège social est à Londres.
Elle fournit auprès de ces organisations un travail précieux, d'autant plus difficile qu'elle apporte une rigueur professionnelle dans des comptes qui en manquent cruellement, et qui sont souvent mal tenus et peu vérifiés. Dans une lettre à la trésorière de l', elle estime que , correspondance interne de l'..
Résistante fiscale
Le refus de payer l'impôt est, avec le refus de se faire recenser, l'un ou des outils militants les plus importants des suffragistes. Ce geste symbolique de désobéissance civile se fait au nom de l'un des principes fondateurs de la démocratie libérale anglo-saxonne, § 8. Les militantes organisent des manifestations à chaque arrestation, saisie de biens, passage devant les tribunaux de l'une de leurs consœurs. En , la militante Dora Montefiore, qui rejoindra plus tard la WFL, attire l'attention de la presse en se barricadant chez elle pendant six semaines pour interdire l'entrée aux huissiers..
En , des résistantes fiscales (majoritairement de la WFL) créent la (WTRL) pour s'organiser au-delà des divisions entre associations militantes. Ethel Ayres Purdie, qui ne paye déjà plus ses impôts depuis 1908, en est l'une des grandes figures, à tel point que les réunions de la Ligue s'organisent dans son bureau. Elle en est membre fondatrice, membre du bureau et auditrice des comptes, et son expertise fiscale est déterminante dans l'élaboration des stratégies et procédures de la Ligue. Lui apportant son expertise des questions fiscales, elle pointe les défaillances et les contradictions de la loi et du Trésor britannique. « Source d'inquiétude permanente » pour l'administration fiscale, elle conseille individuellement les membres de la WTRL, intervient en faveur de celles risquant une amende ou une peine de prison, les représentant face à la justice et écrivant aux hommes politiques en leur nom.
Critique des lois fiscales Sous son influence, la WTRL se dote d'un second cheval de bataille : la lutte pour la reconnaissance par l'administration fiscale des femmes mariées en tant que contribuables. La loi fiscale de référence, l, a été rédigée alors que les femmes mariées ne pouvaient pas avoir de revenus en leur nom propre, et ne pouvaient donc être taxées. L'indépendance financière des femmes mariées, obtenue plus tard par la loi sur la propriété des femmes mariées (1882), n'est pas prise en compte par l', l'administration fiscale chargée de l'impôt. Elle laisse aux hommes mariés la charge de remplir la déclaration de revenus du couple et d'en payer l'impôt (une situation qui perdurera jusqu'à la fin des années 1980)p. 18.