vignette|Le versant sud du K2 vu depuis Concordia.
Le désastre du K2 est une série d’évènements tragiques qui – entre les mois de juin et – cause la mort de treize alpinistes impliqués dans plusieurs tentatives d'ascension du K2.
Situation au camp de base À partir du mois de , quatorze expéditions sont engagées dans des tentatives d'ascension du K2. Trois expéditions se dirigent vers le sommet par la voie normale le long de l'éperon des Abruzzes : une expédition franco-internationale conduite par Maurice Barrard, une expédition sud-coréenne organisée en style « classique » avec des bouteilles d'oxygène, et une expédition autrichienne. Trois autres expéditions empruntent l'éperon sud-sud-ouest le long de la : une expédition solitaire de Renato Casarotto, une expédition américaine et une expédition polonaise. L'expédition italienne Quota 8000 dispose des autorisations pour les deux voies d'ascension. Une expédition britannique, conduite par Alan Rouse, tente l'ascension par l'arête nord-ouest ; une expédition internationale dirigée par Karl Herrligkoffer entreprend l'ascension par la face sud ; une seconde expédition américaine vise à gravir la face nord, depuis le versant chinois. À ces expéditions s'ajoutent certains groupes « indépendants », rattachés aux principales expéditions. L'un est composé de deux grimpeurs basques, Mari Abrego et Josema Casimiro ; un autre, rattaché à l'expédition italienne, est composé de l'alpiniste et réalisateur de documentaires autrichien Kurt Diemberger et de sa compagne de cordée, la Britannique Julie Tullis ; un troisième groupe, composé des Suisses Beda Fuster et Rolf Zemp, est rattaché à l'expédition d'Herrligkoffer ; enfin Tomo Cesen tente l'ascension en solitaire.
Accident de l’expédition américaine Le premier accident a lieu dans la matinée du . Une cordée américaine, engagée sur la , est prise dans une avalanche alors qu'elle progressait en direction du col Negrotto : les deux hommes qui la composent, Alan Pennington et John Smolich, sont emportés. Le corps de Pennington est retrouvé plus tard dans la journée et enterré au Mémorial Gilkey, alors que la dépouille de John Smolich reste introuvable. L'expédition américaine décide d'abandonner l'ascension, alors que l'expédition italienne Quota 8000 décide de se replier sur l'ascension par la voie normale.
Accident de l’expédition Barrard Le , l'expédition franco-internationale menée par Barrard atteint le sommet, elle est composée de : Maurice Barrard, sa femme Liliane, l'alpiniste polonaise Wanda Rutkiewicz et le journaliste et alpiniste français Michel Parmentier. Le même jour, les deux Basques atteignent également le sommet. Dans la descente, alors que les Basques redescendent rapidement au camp à , les autres décident de bivouaquer à d'altitude, où ils avaient passé la nuit précédente. Le temps se dégrade pendant la nuit, et le lendemain les deux groupes se rejoignent dans la descente ; le groupe international se séparera par la suite, Rutkiewicz et Parmentier passant devant, alors que les époux Barrard restaient en retrait. Les Barrard ne parviennent plus à trouver leur chemin et ne réussissent pas à descendre, alors que les autres, aidés par certains membres de l'expédition italienne, parviennent à regagner le camp de base. Le corps de Liliane Barrard sera trouvé par la suite au pied de la montagne, alors que le corps de Maurice ne sera récupéré qu'en 1998.
Succès italien et le premier accident des Polonais Le , les Italiens et les Suisses atteignent le sommet, sans incident. Le , Diemberger et Tullis tentent à leur tour l'ascension finale, mais ils doivent renoncer. Ils parviennent néanmoins à rejoindre, eux aussi, le camp de base.
Le , les Polonais Jerzy Kukuczka et atteignent le sommet, après avoir ouvert une nouvelle voie sur la face Sud, ils empruntent la voie normale pour redescendre. Sur le chemin du retour, ils bivouaquent à , au même endroit où s'étaient arrêtés les membres de l'expédition Barrard, et le ils redescendent au camp , où ils passent la journée, avant de reprendre la descente dans la matinée du . Un peu en dessous de l'épaule du K2, Piotrowski perd un crampon ; tentant de se maintenir en équilibre, il perd le second crampon et tombe dans le vide. Son corps n'a jamais été retrouvé.
Mort de Renato Casarotto Le , Renato Casarotto commence une tentative en solitaire sur Magic Line, maintenant un contact radio avec sa femme Goretta, restée au camp de base. Les conditions de l'ascension sont difficiles, en particulier en raison du mauvais temps ; le après avoir atteint les , Casarotto abandonne l'ascension et redescend.
Après être redescendu du mur de glace sans problème vers , et alors qu'il se trouvait tout en bas du glacier à seulement vingt minutes du camp de base, l'alpiniste est trahi par la rupture d'un pont de neige jugé sûr et sur lequel étaient passées sans problème toutes les expéditions. Il chute dans une crevasse profonde de : il parvient néanmoins à avertir sa femme, avec laquelle il établit un contact radio quelques minutes après sa chute. Une équipe de secours est mise sur pied, elle parvient à atteindre la crevasse et à extraire le grimpeur mais ce dernier — grièvement blessé — décède peu de temps après avoir été remonté.
Son corps sera ensuite inhumé dans la même crevasse. En 2003, des alpinistes kazaks retrouvent le corps, transporté en aval par le mouvement du glacier et lui donnent une sépulture définitive dans le mémorial Gilkey Federica Cocchi, Il K2 veglia sempre Renato, in Gazzetta dello Sport, 2 octobre 2003, sezione Alpinismo, , lire en ligne.
Des extraits des conversations radio entre Casarotto et sa femme, ainsi que des images de la crevasse figurent dans le documentaire K2 - Sogno et destino, réalisé par Kurt Diemberger et Julie Tullis.
Du 28 juillet au 12 août Départs Dans les jours suivants, les expéditions restantes continuent à se préparer pour l'ascension vers le sommet, en particulier les Autrichiens et les Sud-Coréens, par la voie normale. Le mauvais temps qui règne alors continue cependant à empêcher toute tentative. Une grosse avalanche, qui se déclenche juste en dessous de l'« épaule » sur l'éperon des Abruzzes, endommage certains des camps intermédiaires : le matériel composant ces camps est retrouvé dans les débris de l'avalanche, au pied de la paroi.
Le , le temps commence à donner des signes d'amélioration, et les différentes expéditions encore présentes se préparent à sortir. Bien qu'elles empruntent la même voie, ces expéditions resteront toujours indépendantes les unes des autres.
Les membres de l'expédition britannique renoncent ; seuls le caméraman Jim Curran et le chef de l'expédition Alan Rouse restent, ces derniers veulent tenter de rejoindre le sommet avec le Polonais Dobrosława Miodowicz-Wolf, dit Mrówka (« la fourmi »). Les Autrichiens quant à eux se lancent à l'assaut du sommet avec une équipe de six personnes : Willi Bauer, Alfred Imitzer, Hannes Wieser, Mandi Ehrengruber, Siegfried Wasserbauer et Helmut Steinmassl. Steinmassl et Wasserbauer rentreront au camp de base le , alors qu'Ehrengruber redescend le du camp .
Le , Kurt Diemberger et Julie Tullis quittent le camp de base. Le , ils sont rejoints par les membres de l'expédition sud-coréenne, composée de six alpinistes et de plusieurs porteurs Hunza, conduits par le sirdar Muhammad Ali.
Pendant ce temps, les Polonais progressent sur la , leur équipe est — elle aussi — composée de six membres : Janusz Majer, Krystyna Palmowska, Anna Czerwińska, Wojciech Wróż, Przemislaw Piasecki et le Tchécoslovaque Petr Bozik.
Approche et problème de la tente Le , les membres des deux expéditions arrivent un peu en-dessous du camp , où ils constatent les destructions causées par l'avalanche des jours précédents. Ils rencontrent Ehrengruber en train de redescendre ; ce dernier les informe que le camp et le camp sont complètement détruits, à l'exception d'une tente coréenne demeurée intacte au camp . Les porteurs Hunza refusent d'aller plus loin ; une discussion animée entre eux et les alpinistes sud-coréens s'ensuit, les porteurs finissent par accepter de continuer. Les Sud-Coréens atteignent le camp , alors que Diemberger et Tullis restent en contrebas. Wieser redescend au camp pour prendre des provisions, tandis que Bauer fait un pacte avec les Sud-Coréens. Ces derniers laisseraient aux Autrichiens la possibilité d'utiliser la tente restante pour le camp . Le , les Autrichiens atteignent le sommet, préparant la voie avec des cordes fournies par les Sud-Coréens, avant de redescendre au camp , tandis que le même jour les Coréens rejoignent le camp , occupant la tente la nuit avant de tenter la montée vers le sommet le .
Le , les Autrichiens partent pour le camp , alors que Diemberger et Tullis atteignent le camp où ils retrouvent les Sud-Coréens en train de se préparer pour l'ascension des jours suivants. Pendant la journée, les deux expéditions sont rejointes par le duo Rouse-Wolf, parti plus tard.
Le , les porteurs Hunza commencent à redescendre, après avoir atteint le camp , en compagnie des alpinistes autrichiens. Le , le sirdar Muhammad Ali est touché par une chute de pierre qui a lieu un peu en-dessous du camp , et il meurt sur le coup.
Le toujours, les Autrichiens se lancent à l'assaut du sommet, tandis que les trois autres expéditions passent du camp au camp . Il y a désormais au camp trois tentes : la tente sud-coréenne (trois places), celle de Diemberger-Tullis (deux places) et celle de Rouse-Wolf (deux places). Les Autrichiens renoncent à atteindre le sommet et, vers d'altitude, ils font demi-tour. Ils retournent au camp , non pas avec l'intention de redescendre, mais avec la volonté de s'y reposer et de retenter l'ascension finale le lendemain, malgré la forte opposition des Sud-Coréens. Les alpinistes doivent mettre en place une organisation de fortune, dans des tentes surpeuplées : deux des Autrichiens, Bauer et Wieser dormiront avec les Sud-Coréens ; le troisième, Imitzer, avec Rouse et Wolf. Dans ces conditions, les alpinistes ne parviennent pas à se reposer pendant la nuit, et le lendemain ils sont plus fatigués encore que la veille. Les Sud-Coréens, habitués à une organisation très stricte et disposant d'oxygène supplémentaire, partent eux aussi le , bien qu'avec un peu de retard sur la feuille de route, tandis que les deux paires Diemberger-Tullis et Rouse-Wolf renoncent à sortir.
Sommet Le à , les Sud-Coréens atteignent le sommet et rentrent au camp sans problème. Un des alpinistes — exténué — décide cependant de s'arrêter et de bivouaquer sur la voie, abrité derrière un bloc de glace. À , le sommet est atteint par trois membres de l'expédition polonaise — Piesecki, Wroz et Bozik — qui réussissent à terminer la ; cependant, ils ne veulent pas se risquer à redescendre par la même voie et rentrent au camp par la voie normale. Pendant la descente, Wojciech Wróż tombe d'une corde fixe sur le Bottleneck, probablement en raison de l'absence d'un nœud de sécurité sur la partie inférieure de la corde, et disparaît. Ses deux compagnons de cordée, sous le choc, arrivent au camp vers du matin le lendemain. Au camp se trouvent onze personnes : les trois Autrichiens et les deux Sud-Coréens partageant une tente ; Diemberger et Tullis sont dans la leur ; alors que Wolf partage sa tente avec Piesecki et Bozik, tandis que Rouse préfère passer la nuit dans un abri creusé dans la neige.