vignette|upright=1.3|Комбат (commandant de bataillon) : une photographie de Max Alpert emblématique de la Grande Guerre patriotique, représentant Aleksei Gordeyevich Yeryomenko, officier politique du de fusiliers (de la de fusiliers, dépendant de la ) quelques minutes avant sa mort le , près du village de Khoroshee (dans l'oblast de Vorochilovgrad) en Ukraine. vignette|upright=1.3|Soldats soviétiques lors de leur retrait de l'Afghanistan en février 1989. L'histoire militaire de l'Union soviétique a commencé avec la révolution d'Octobre de 1917 qui a porté les bolcheviques au pouvoir. Le nouveau gouvernement de la RSFS de Russie a créé l'Armée rouge des ouvriers et paysans, sous le contrôle très étroit du Parti communiste, pour défendre la révolution au cours de la guerre civile russe (1917-1923), se terminant par la proclamation de l'URSS en .
À la fin des années 1930, l'Armée rouge a combattu (avec son allié mongol) lors d'une brève guerre frontalière contre le Japon (de juillet à , puis de mai à ), a envahi la Carélie finlandaise lors de la guerre d'Hiver (de à ), elle a envahi la moitié de la Pologne (en ), annexant également les pays baltes (en ), la Bessarabie et la Bucovine du Nord roumaines (de juin à ), le tout en application du pacte germano-soviétique.
Durant les combats sur le front de l'Est (de à ) de la Seconde Guerre mondiale, que les Soviétiques ont appelé la Grande Guerre patriotique, l'Armée rouge affronte essentiellement les forces armées allemandes. Les troupes soviétiques, qui fournissent la force militaire la plus nombreuse du conflit, subissent des pertes considérables (de l'ordre de dix millions de morts et de blessés), mais finissent par écraser l'Armée allemande et prendre Berlin. En conséquence, l'Armée rouge occupe après le conflit la partie orientale de l'Allemagne, mais également beaucoup d'autres nations du centre et de l'est de l'Europe, qui sont de fait converties en satellites du bloc soviétique.
En 1946, l'Armée rouge prend le nom d'Armée soviétique. Pendant la période de la guerre froide, l'URSS est alliée avec la Chine (1950-1963) et surtout avec les pays d'Europe de l'Est réunis au sein du pacte de Varsovie (1955-1991), faisant face aux forces armées des États-Unis et de leurs alliés de l'OTAN de part et d'autre du rideau de fer. La course aux armements entraîne le développement d'une puissante marine soviétique et d'un énorme arsenal nucléaire, maintenant l'Armée de terre soviétique comme la principale force militaire de la planète. Elle est envoyée intervenir en Allemagne de l'Est (1953), en Hongrie (1956), à Cuba (1962), en Tchécoslovaquie (1968), à la frontière sino-soviétique (1969) et en Afghanistan (1979-1989). Son attitude lors du putsch de Moscou en favorisa la dislocation de l'URSS en .
Armée rouge (1918-1946) Conflits Lieux Effets Guerre civile russeRussie, Ukraine, Biélorussie, Turkestan et TranscaucasieLa nouvelle Armée rouge a vaincu les armées blanches et ses alliés étrangers. 1918-1920 Guerres d'indépendance de l'Estonie, de la Lettonie et lituaniennes Pays baltesIndépendance des pays baltes, les premiers à reconnaître la RSFS de Russie (traité de Tartu). 1919-1921 Guerre soviéto-polonaiseBiélorussie, Pologne et UkraineLes Soviétiques sont repoussés et doivent céder l'Ouest de la Biélorussie et le Nord-Ouest de l'Ukraine à la Pologne (paix de Riga). 1921 Révolte de KronstadtRussieMutinerie contre-révolutionnaire de la base navale, réprimée par l'Armée rouge et la Tchéka. 1922-1931 Révolte basmatchiAsie centrale (Turkestan russe)Répression des troubles anti-soviétiques au Turkestan (renommé « Asie centrale »). 1929 Conflit sino-soviétiqueNord de la Mongolie-Intérieure Défaite de la clique du Fengtian (une faction chinoise), ce qui va favoriser l'invasion japonaise de la Mandchourie. 1932-1939 Conflits frontaliers soviéto-japonais :batailles du lac Khassan puis de Khalkhin GolFrontière entre la Mandchourie, l'URSS et la MongolieSignature du pacte nippo-soviétique de non-agression. 1934 Invasion du Xinjiang chinois Xinjiang (Turkestan oriental) Soutien soviétique à Sheng Shicai, ce qui fait du Xinjiang un territoire satellite de l'URSS jusqu'en 1949 (invasion/libération par l'APL). 1939-1940 Invasions de la Pologne orientale, des pays baltes, de la Bessarabie et de la Bucovine du Nord (Seconde Guerre mondiale) La Biélorussie, la Pologne, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, l'Ukraine et la Moldavie L'Allemagne nazie et l'Union soviétique se partagent l'Europe de l'Est selon les termes du pacte Molotov-Ribbentrop. 1939-1940 Guerre d'Hiver (Seconde Guerre mondiale)FinlandeL'Union soviétique est expulsée de la Société des Nations et conquiert la Carélie. 1941-1945 Grande Guerre patriotique (Seconde Guerre mondiale)Union soviétique, puis Europe de l'EstDans un combat titanesque contre l'Allemagne nazie, l'Armée rouge défait la Wehrmacht, annexe l'oblast de Kaliningrad et occupe toute l'Europe de l'Est. 1941-1944 Guerre de Continuation (Seconde Guerre mondiale)FinlandeLes forces soviétiques vainquent les forces de défense finlandaises et annexent définitivement la Carélie. 1945 Guerre soviéto-japonaise :campagne de Mandchourie (Seconde Guerre mondiale)Mandchourie, Corée du Nord, Sakhaline et îles KourilesDestruction de l'Armée japonaise du Guandong, poussant l'empire du Japon à la capitulation ; annexion de Sakhaline et des Kouriles. Dissolution de l'Armée russe
La révolution de Février (en du calendrier grégorien) a remplacé l'Empire russe de Nicolas II par la République russe dirigé par le Gouvernement provisoire d'Alexandre Kerenski, qui a été à son tour renversé lors de la révolution d'Octobre (en ) pour laisser la place à la République soviétique de Russie. Le Comité militaire révolutionnaire (, Milrevcom) du soviet de Petrograd est d'abord dominant, remplacé en par le Comité militaire du Conseil des commissaires du peuple (, Sovnarkom, présidé par Lénine) où siègent Vladimir Antonov-Ovseïenko (qui a mené l'assaut contre le palais d'Hiver), l'enseigne Nikolaï Krylenko (le commissaire du peuple à la Guerre) et le marin Pavel Dybenko (commissaire du peuple aux Affaires navales)..
vignette|Une arrestation d'officiers-généraux de l'Armée russe après la révolution de Février. L'« Armée révolutionnaire de la Russie libre » (), le nouveau nom de l'Armée impériale russe en 1917, est exsangue après trois ans de participation à la Première Guerre mondiale : elle est au bord de l'effondrement, manquant cruellement de ravitaillement, minée par la désertion massive (deux millions de déserteurs estimés en ). et l'indiscipline (causée notamment par l'ordre du soviet de Petrograd du /).. Malgré une forte influence des bolcheviks dans l'Armée russe (au sein des soviets de soldats), de nombreux chefs militaires étaient de farouches opposants au communisme (pas forcément au nom du monarchisme tsariste). De leur côté, les bolcheviks percevaient l'armée comme l'un des piliers de l'ancien régime ; surtout, les auteurs marxistes (notamment Lénine dans L'État et la Révolution) préféraient par principe une milice populaire plutôt qu'une armée professionnelle au nom de la crainte du bonapartisme (confirmé par la révolte Kornilov, ce dernier étant tenté par la dictature militaire).
Le /, Krylenko débarque à Moguilev avec un groupe de gardes rouges pour remplacer le général Nikolaï Doukhonine (celui-ci est tué le jour même par des soldats) au commandement de l'Armée russe. En conséquence du décret sur la paix voté par le Congrès des Soviets le /, des négociations sont rapidement engagées, donnant un armistice entre les armées russe et allemande le /, complété par un second armistice avec toutes les puissances centrales (Empire allemand, Autriche-Hongrie, royaume de Bulgarie et Empire ottoman) signé le / et entré en vigueur le /, permettant la négociation à Brest-Litovsk d'une paix séparée (la Russie lâchant ses alliés). Quant à l'ancienne Armée russe, elle termine de se dissoudre, les désertions se poursuivant, accompagnées par des mutineries, des centaines de démissions, de meurtres ou de suicides d'officier, jusqu'à démobilisation totale.
Fondation de l'Armée rouge vignette|L'emblème de l'Armée rouge des ouvriers et paysans, de 1918 à 1921.
Dès leur coup d'État du 25 octobre (le selon le calendrier grégorien), les bolcheviks sont entourés d'adversaires. Les premiers jours, Kerenski et le général Krasnov tentent de reprendre la ville, mais leurs cosaques sont repoussés à Poulkovo. Le /, les élèves-officiers des écoles militaires de Petrograd se mutinent et prennent le contrôle du central téléphonique et de la forteresse Pierre-et-Paul avant d'être mis en fuite par la garnison et les gardes rouges ( : une milice ouvrière). Ce contexte favorise la création de nouvelles forces armées pleinement ralliées à la cause marxiste-léniniste : l'Armée rouge des ouvriers et paysans ( : ) qui comprend la Force navale (, appelée aussi Flotte rouge des ouvriers et paysans, : ). Elle est fondée par le décret du Sovnarkom du /, composée dans un premier temps de volontaires, notamment des anciens gardes rouges, des marins de la base de Kronstadt et des fusiliers lettons.
vignette|Défilé des détachements de volontaires l'Armée rouge sur la place Rouge de Moscou, le . Dès , le nouveau commissaire du peuple à la Guerre et président du Conseil militaire révolutionnaire (, abrégé en , créé le ), Léon Trotski, favorisa le recrutement de « spécialistes militaires », les voenspetsy, c'est-à-dire des dizaines de milliers d'officiers de l'ancienne armée impériale (sur la base du volontariat, devenant obligatoire à partir de ), y compris de nombreux généraux : Chapochnikov, Svetchine, Altfater, , Balouïev, Broussilov, Nadiojny, Nemitz, Parski, Polivanov, Samoïlo, Selivatchiov ou Chouvaïev. Les officiers étaient surveillés/épaulés par des commissaires politiques (, politruk), membres du Parti communiste, chargés du moral et de l'endoctrinement, qui contresigne tous les ordres du commandant. Les volontaires étant trop peu nombreux, le gouvernement soviétique décrète le le rétablissement du service militaire obligatoire, faisant passer les effectifs totaux de en à en novembre, en et à à la fin de 1920. Ces chiffres sont un peu trompeurs : Extrait de , cité dans .. Le Conseil de Défense des travailleurs et paysans (), établi en , est chargé de la mobilisation économique, l'Armée rouge ponctionnant la majorité des ressources.
Un commandement-en-chef est institué le , confié au komandarm ( : commandant d'armée) Jukums Vācietis (Letton, il était colonel en 1917), remplacé en par le komandarm Sergueï Kamenev (un ancien officier d'état-major) jusqu'en 1924. La structure militaire fut renforcée avec la mise en place de deux états-majors, d'une part le quartier-général de toute la Russie (, abrégé en ) chargé des tâches administratives, du recrutement, de la formation et de l'organisation, d'autre part le quartier-général du Conseil militaire de la République () chargé du commandement opérationnel, les deux fusionnant le .
Guerre civile russe