La rivalité entre Greta Garbo et Marlene Dietrich est une stratégie publicitaire sur fond de concurrence entre les studios Paramount et Metro Goldwyn Mayer. Les deux actrices américaines d'origine européenne connaissent un succès phénoménal outre-Atlantique dans les années 1930 et contribuent à l'âge d'or d'Hollywood. La publicité distillée par les deux studios de cinéma, instaure un parallèle, puis une rivalité entre les deux stars ., mais avec des répercussions et des influences bénéfiques sur les films des deux vedettes, dont nombre font maintenant partie des classiques du cinéma mondial, certains ayant même intégré la liste du National Film Registry.
Influençant bien plus que le milieu cinématographique, elles font partie intégrante de l'histoire du , Garbo ayant donné ses lettres de noblesse au , et Dietrich symbolisant, outre l'archétype de la femme fatale, la lutte contre le nazisme au cours de la Seconde Guerre mondiale.
La plus grande différence entre les deux femmes est que Garbo mit un terme à sa carrière dès 1941, puis passa sa vie à fuir les journalistes, tandis que Dietrich, certes se fit rare au cinéma après 1960, mais poursuivit une carrière de chanteuse au-delà de l’âge de soixante-dix ans.
Greta Garbo est classée cinquième et Marlene Dietrich neuvième dans la liste des actrices de légende établie par l'American Film Institute en 1999.
Historique vignette|Logo du studio de Marlene Dietrich dans les années 1930. vignette|Logo du studio de Greta Garbo. La rivalité entre Greta Garbo et Marlene Dietrich est une stratégie publicitaire imaginée par les studios Paramount . afin de faire face à la concurrence montante de la MGM, créée en 1924 et devenue rapidement leur principale rivale grâce à la découverte d'une jeune suédoise propulsée par l'avènement du parlant et le succès triomphal de son film Anna Christie en 1930 .. Il faut de plus faire oublier la tourmente des années 1920 causée par les affaires de mœurs, voire criminelles, auxquelles ont été liées des vedettes-maison comme Fatty Arbuckle, Mary Miles Minter ou encore Wallace Reid.
Une recherche est donc lancée en Europe et le choix s'arrête sur une berlinoise de 28 ans remarquée par le réalisateur Joseph von Sternberg et dont le film vient de remporter un grand succès en Allemagne.
Des origines communes Deux Européennes formées au théâtre Les deux actrices sont européennes (suédoise pour Garbo, allemande pour Dietrich), de la même génération (Dietrich naît en 1901 et Garbo en 1905), mais d'origine sociale différente. Dietrich descend d'une riche famille militaire (son père est officier), et Garbo est d'extraction paysanne. Les deux enfants perdent leur père respectif au cours de leur jeunesse, Greta lorsqu'elle n'a que quatorze ans, et Maria-Magdalena (la future Marlene, contraction de ses deux prénoms) à sept ans seulement.
Toutes deux prennent des cours de théâtre, à l'Académie royale d'art dramatique de Suède - le Dramaten - pour Garbo, et auprès de l'école de théâtre berlinoise de Max Reinhardt pour Marlene.
Les deux comédiennes sont repérées et envoyées à Hollywood par deux metteurs en scène d'origine européenne, Mauritz Stiller pour Greta Garbo, et Josef von Sternberg pour Marlene Dietrich ..
Deux actrices « modelées » par les studios
Les deux jeunes femmes subissent à leur arrivée à Hollywood un remodelage physique in ..
Garbo arrive à Hollywood en 1925. Louis B. Mayer, qui la surnomme « la grosse vache nordique » et dit qu'., lui fait suivre un régime amaigrissant et la fait relooker : cheveux coupés, lissés, front dégagé, sourcils réduits, regard mis en valeur avec de longs cils. Déjà en Suède, son découvreur, Mauritz Stiller, croyant en son potentiel, lui apprend à bien se tenir, à marcher, à parler et à s'habillerCollectif, Les Grands Événements du , Sélection du Reader's Digest, 1986, .. Ce dernier change également dès 1924 son nom de Gustafsson pour Garbo, pseudonyme plus facile à retenir selon lui.
Dietrich, qui est déjà connue en Europe mais doit faire ses preuves aux États-Unis, arrive dans ce pays en , et est prise en main par Josef von Sternberg et le service publicité du studio : .. . Le Filmmuseum Berlin, qui possède la collection de la star, détient notamment des clichés datés d', du photographe allemand Irving Chidnoff, aux dos desquels Marlène a inscrit, à la fin de sa vie, « Is that me ? » (« est-ce moi ? »), illustrant le degré d'identification de l'actrice avec son image d'après 1930, et ayant presque perdu la capacité de reconnaître ses portraits antérieurs.. De plus, d'après von Sternberg, Dietrich souhaitait changer son nom, car . Enfin, le débat que suscite la présence de Dietrich dans le film qui fit de Garbo une célébrité, La Rue sans joie, malgré l'existence de photographies, montre bien les transformations du visage de l'actrice et les problèmes que cela pose.
Un passage assez laborieux au parlant La concurrence voulue par les studios des deux stars va commencer dès 1930 à influer sur les productions cinématographiques des deux actrices. « Garbo parle ! » vignette|droite|Scène extraite du film Anna Christie, dans laquelle on entend pour la première fois la voix de Garbo Alors que le cinéma devient parlant en 1927 et que nombre de vedettes du grand écran voient leur carrière décliner, leur voix étant peu compatible avec les techniques d'enregistrement de l'époque, la MGM hésite à confier un rôle parlant à « La Divine », ayant déjà vu péricliter la carrière de son partenaire et amant, John Gilbert dont la voix est jugée « trop blanche ». De plus, la maîtrise plutôt moyenne de l'anglais par l'actrice amène les producteurs à reculer l'échéance .. Jacques Feyder, qui la dirige avec un certain bonheur dans le dernier film muet de la MGM, Le Baiser en 1929, raconte : .
Pour exploiter au maximum sa star sans mettre en péril sa carrière, Louis B. Mayer à même d'idée de faire jouer à Garbo une grand figure historique, en la faisant doubler vocalement par une autre actrice. Face au cinéma parlant, l'actrice elle-même est plutôt réticente au départ : .
Finalement, à la fin de l'année 1929, des essais sonores sont effectués avec « le Sphinx suédois », qui s'avèrent concluants. Elle enregistre alors une version anglaise et une version allemande du film Anna Christie, pour pouvoir faire face à la concurrence qui se prépare en Allemagne... Le rôle d'Anna Christie est volontairement choisi par Mayer pour Garbo, car elle est d'origine suédoise, comme son interprète. Le premier dialogue de la star, intervenant après quelque seize minutes de film, envoûte les spectateurs. Le critique Richard Watts Jr écrit alors :
Marlène répète quarante-huit fois le même mot ! vignette|Scène d'ouverture de Morocco, premier film américain de Dietrich. Alors que la MGM prépare sa star à faire face à « la nouvelle Garbo », Dietrich enregistre deux versions de L'Ange bleu, une en allemand, et l'autre en anglais, comme cela se faisait pour les premiers films parlants, avant que ne débute la technique du doublage. À la demande de Sternberg, elle prend une voix haut perchée, faisant de son personnage de Lola-Lola, selon ses propres mots « Une vraie morue de Lubeck ! » Dans ses mémoires, Sternberg se rappelle des difficultés de Dietrich dans le tournage de la version anglaise de ce classique, ce que confirme le biographe Charles Higham :
Néanmoins, les producteurs de la Paramount veulent que Dietrich fassent ses preuves dans un film américain, avant de sortir L'Ange bleu aux États-Unis. Un concours de circonstances fait que Josef von Sternberg, en rentrant à Hollywood, trouve dans ses affaires un roman de Benno Vigny intitulé Amy Jolly et traitant de la Légion étrangère. Il va alors s'en inspirer pour rédiger le synopsis de ce qui deviendra Morocco en 1930. Dans ses mémoires, il consacre sept pages au tournage de Morocco, dont une bonne partie à la première scène que l'actrice dû reprendre une quarantaine de foisConfirmé à la fois par Dietrich et Maria Riva dans leurs ouvrages respectif (cf. Bibliographie) .. Il s'agissait simplement pour elle de dire « I don't need your help » (« je n'ai pas besoin de votre aide »), mais son accent allemand était jugé trop agressif par l'ingénieur du son. Sternberg mentionne également les précautions qu'il avait dû prendre, pour les mêmes raisons, à l'arrivée de Dietrich aux États-Unis pour la soustraire au maximum à la presse, afin de ne pas attirer l'attention sur son accent et sa mauvaise compréhension de l'anglais.
Une stratégie publicitaire parallèle avant tout
D'après les lettres de Dietrich à son mari datées de sa première année aux États-Unis en 1930, elle est présentée par le studio comme « la découverte du siècle » « la nouveauté allemande », ou encore « la Garbo de la Paramount ». Néanmoins,
Des similitudes de rôles L'espionne
Les deux studios misant un maximum sur l'exotisme et le mystère, le choix d'une espionne étrangère pendant la Première Guerre mondiale fut retenue par von Sternberg, et incita la MGM à produire un Mata Hari pour Garbo.
La monarque
La Reine Christine de Rouben Mamoulian est l'antithèse de la conception historique de Sternberg dans L'Impératrice rouge. Autant ce dernier crée par une surcharge décorative un espace imaginaire, autant Mamoulian essaie de crédibiliser sa reconstitution. Les deux films échappent à leur façon au standard hollywoodien. Le décor du film de Mamoulian est imposant, mais presque vidé par une mise en scène aiguë qui en souligne la géométrie froide. La lumière très tranchée donne un modelé très dur aux visages, accentuant le côté « janséniste » du film. Celui de Garbo, si charnel dans ses premiers films, devient un masque androgyne, beau et terrible, dont l'ambiguïté est merveilleusement exploitée dans la scène où, déguisée en jeune homme, elle séduit John Gilbert. Même quand il découvre son identité, le trouble de leur relation persiste comme un parfumStéphan Krezinski, Petit Larousse des films, Larousse, 2009..
Un rôle échangé En 1933,
Homosexualité D'après les informations des différents biographes des deux stars, elles étaient toutes les deux bisexuelles, ayant eu comme amante commune l'écrivain Mercedes De Acosta. De plus, l'androgynie des deux actrices est mise en avant de nombre de leurs films.
Josef von Sterberg, dans Morocco en 1930, demande à Marlene, habillée d'un frac, d'embrasser sur la bouche une spectatrice de son spectacle de cabaret .. Le code Hays n'étant pas encore en place, on peut comprendre que la scène ne soit pas censurée. En 1932, le réalisateur renouvelle l'illustration de l'ambiguïté sexuelle de Dietrich, dans le film Blonde Vénus, en lui faisant poser la main sur les fesses d'une danseuse qui passait en dansant, geste non censuré mais qui avait choqué.
Rouben Mamoulian, qui tourne le film La Reine Christine avec Greta Garbo en 1933, vient de réaliser avec Dietrich Le Cantique des cantiquesMamoulian montra d'ailleurs Le Cantique des cantiques à Greta Garbo pour la convaincre de tourner sous sa direction La Reine Christine, d'après ce qu'écrit Homer Dickens dans son livre .. Le producteur Irving Thalberg demande même à la scénariste Salka Viertel de ne pas gommer les relations saphiques entre la reine et sa domestique Ebba Sparre. Patrick Brion, Regards sur le cinéma américain (1932-1963), éd. de la Martinière, 2001, .
Les « poisons du box-office » Le , Harry Brandt, président de l'association des propriétaires de salles de cinéma (Independent Theater Owners of America), fait paraître dans la presse spécialisée une tribune qualifiant de « poison du box-office » (« Box Office Poison ») un certain nombre de vedettes parmi lesquelles Garbo, Dietrich, Joan Crawford, Katharine Hepburn ou Bette Davis.