vignette|Ethnies et langues au Caucase.
L’Abkhazie (en abkhaze : / ; en russe : / Abkhazia), en forme longue la république d'Abkhazie (en abkhaze : / ; en russe : , Respoublika Abkhazia), est un État sécessionniste de Géorgie partiellement reconnu internationalement, qui a déclaré son indépendance à la suite de la chute de l'Union soviétique en 1992. Située entre les montagnes du Caucase et les rives de la mer Noire, elle s'étend sur 8 653 km, et est peuplée de 243 958 habitants. Elle partage des frontières avec la Russie au Nord et la Géorgie au sud.
La république d'Abkhazie n’a, entre 1992 et 2025, été reconnue que par sept États : la Russie« La Russie reconnaît l'indépendance sud-ossète et abkhaze », Le Point, 26 août 2008., le Nicaragua«Nicaragua: le président Ortega reconnaît l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie », Le Point, 3 septembre 2008., le Vénézuéla"Ossétie-Abkhazie: Caracas contribuera à élargir la reconnaissance (Chavez), RIA Novosti, 10 septembre 2009., Nauru«L'île de Nauru reconnaît l'Abkhazie», Le Journal du dimanche, 15 décembre 2009., les Tuvalu« Le Tuvalu reconnaît l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud », Libération, 23 septembre 2011., le Vanuatu et la Syrie. Le Vanuatu, les Tuvalu et Nauru se sont toutefois rétractés par la suite. Pour l'Organisation des Nations unies, l’Abkhazie est un des territoires géorgiens occupés par la Russie, avec l'Ossétie du Sud, situés dans les frontières internationalement reconnues de la GéorgieRésolution de l'Assemblée Générale de l'ONU 63/307, ONU, 17 mai 2011., pour laquelle elle constitue la république autonome d'Abkhazie.
Histoire Préhistoire
Les premières traces archéologiques d'un établissement humain dans le Caucase occidental remontent à environ Mais l'ancienneté de l'homme de Dmanissi voisin laisse à supposer que cette présence est certainement beaucoup plus ancienne.
millénaire
Du , le territoire de l'Abkhazie moderne fait partie du royaume antique de Colchide.
En 63 , l'Abkhazie, qui, dans les sources classiques grecques et latines, est appelée Abasgie, fait partie du royaume d'Egrisie. Les commerçants grecs établissent des comptoirs le long du rivage de la mer Noire (alors appelée Pont-Euxin). Ils fondent la cité de Dioscurias, qui devient par la suite la ville moderne de Soukhoumi, capitale historique de l'Abkhazie.
Époques romaine et byzantine L'Égrisie (ou Lazica) est conquise par l'Empire romain au , et reste romaine jusqu'au . La présence romaine ne s'étend qu'aux villes portuaires. Un avant poste romain est installé à Dioscurias. Après le , le royaume de Lazique retrouve une certaine indépendance, mais reste dans la sphère d’influence de l’Empire byzantin. Anacopia en devient la capitale. L'Etat lazique est majoritairement chrétien, avec le siège de l’archevêque à Pityus.
Vers le milieu du , les Byzantins et la Perse sassanide voisine se battent pour la suprématie sur l’Abkhazie, un conflit connu sous le nom de guerre lazique. Pendant la guerre, les Abkhazes se révoltent contre l’Empire byzantin et demandent l’aide des Sassanides. La révolte est réprimée par le général Bessas.
Vers 778, le prince , avec l’aide des Khazars, déclare son indépendance de l’Empire byzantin et transfère sa résidence à Koutaïssi. Au cours de cette période, la langue géorgienne remplace le grec comme langue d’alphabétisation et de culture.
Du
Au , l’Abasgie s'unit au royaume géorgien d'Iméréthie et prend le nom d’Abkhazie (Royaume d'Abkhazie). La faiblesse du roi Théodose d'Abkhazie face aux nobles a achevé d'affaiblir le pays. L'eristavi (gouverneur) de Karthli, Ioané Marouchisdzé, s'allie alors avec la noblesse de l'Ibérie et de l'Abkhazie. Tous s'accordent sur le fait qu'il faut un nouveau roi puissant qui unifierait les deux pays. Le jeune Bagrat , fils de Gourgen, roi titulaire d'Ibérie, et de Gourandoukht, fille du roi Georges d'Abkhazie, héritier de la famille Bagration, est investi des attributs royaux en Bagrat III de Géorgie, devenu roi d'Abkhazie, commence à ce moment à mettre de l'ordre dans les affaires abkhazes, calme les nobles et se place en monarque loyal et honnête. Il réunit en 1010 ap. J.-C. les différents royaumes géorgiens pour former le premier royaume de Géorgie.
Au , le royaume géorgien se déchire entre les principales familles aristocratiques et est conquis par l'Empire ottoman sous lequel une partie des Abkhazes se convertit à l'Islam. Les Ottomans sont chassés par les Géorgiens, qui rétablissent la principauté autonome d'Abkhazie sous la dynastie des Sharvashidze, ou Charvachidzé selon la transcription française traditionnelle.
L'Abkhazie russe Aux , l'Empire russe conquiert le Caucase après une farouche résistance des populations musulmanes telles que les Balkars, les Karatchaïs ou les Tcherkesses. Chrétien, le prince d'Abkhazie fait appel aux Russes en 1810 pour libérer la région du joug turc, mais les Russes ne s'emparent graduellement de l'Abkhazie qu'entre 1829 et 1842, car de nombreux seigneurs musulmans leur résistent. Les Russes ne contrôlent vraiment la région qu'après 1864, lorsque la principauté abkhaze est absorbée par la Géorgie, déjà russe depuis 1810. Beaucoup d'Abkhazes turcisés après le et donc musulmans (constituant 60 % de la population de la région selon les recensements de l'époque) émigrent vers l'Empire ottoman entre 1864 et 1878.
Les historiens abkhazes et turcs contemporains affirment que cet exil massif a laissé de nombreuses régions inhabitées et que ces dernières se sont ensuite peuplées d'Arméniens, de Géorgiens, de Pontiques venus d'Anatolie et de Russes. En revanche, pour les historiens géorgiens, grecs et européens, les Abkhazes actuels sont les descendants des Adyguéens et des Abazes descendus du versant nord du Caucase lors de la conquête russe, pour peupler l'Abkhazie où, depuis l'époque du royaume de Colchide, vivaient déjà des Géorgiens, principalement des Mingrèles et des SvanesLortkipanidze M., The Abkhazians and Abkhazia, Tbilisi 1990.. Quoi qu'il en soit, les Abkhazes sont minoritaires dans la région au début du La ville de Soukhoumi ne compte qu'un tiers d'Abkhazes au début du selon l'Encyclopædia Britannica de 1911. et en 1990, ils ne composent que 17 % de la population abkhaze (contre 44 % de Géorgiens)Viatcheslav Avioutskii, Géopolitique du Caucase, Armand Colin, 2005..
Sous l'Empire russe, l'Abkhazie fait partie du district géorgien de Koutaïs.
L'Abkhazie soviétique Après la révolution russe de 1917, l'Abkhazie fait partie de la république géorgienne proclamée en (et reconnue par les Alliés en )Jean & André Sellier, Atlas des Peuples d'Orient, La découverte, , ., conquise par l'Armée rouge en . L’Abkhazie est devenue une république socialiste soviétique avec le statut de « république par traité » associée à la RSS de Géorgie. En 1922, un statut de république fédérée dans la nouvelle république socialiste fédérative soviétique de Transcaucasie est conféré. Lorsque la RSFS de Transcaucasie est divisée en trois, le pouvoir soviétique pratique en Abkhazie une politique pro-géorgienne : en 1931, Staline, lui-même Géorgien, fait de l'Abkhazie une république socialiste soviétique autonome subordonnée à la RSS de Géorgie, ferme les écoles abkhazes, fait écrire l'abkhaze en alphabet géorgien et impose l'utilisation du géorgien dans l'enseignement. Le dirigeant d’alors de l’Abkhazie, Nestor Lakoba, un ami de Staline, résistait à la collectivisation et protégeait certains autres dirigeants. Il suggéra Lavrenti Beria comme dirigeant de la Géorgie à un Staline lassé des clans et du népotisme qui avaient alors cours en Géorgie.
Beria, nommé secrétaire du Parti communiste géorgien, encouragea de nombreux Géorgiens et Russes à immigrer en Abkhazie. Les Abkhazes protestent contre cette « géorgisation » de l'Abkhazie lors de manifestations en 1932, 1957, 1964 et 1967 et 1978, qui sont autant d'échecs dont l'effet le plus immédiat est d'envoyer les participants et leurs familles en déportationNikolaï Feodorovitch Bugaï, Депортация народов из Закавказья, Москва, 1992 (Déportation des peuples de Trancaucasie, Moscou 1992); Депортация народов (конец 30- начало 40-х годов), Москва, 1994 (Déportation des peuples entre la fin des années 1930 et le milieu des années 1940, Moscou 1994) ; Сталинские кризис на Кавказе, Германия: Баден-Баден, 1995 (Le stalinisme et la crise du Caucase, Baden-Baden, Allemagne, 1995)..
Après la mort de Staline et de Beria, le pouvoir politique penche cette fois en faveur des Abkhazes : les écoles rouvrent, la langue s'écrit désormais en alphabet cyrillique (adapté), leurs propres radios et télévisions émettent en abkhaze et leur représentation ethnique dans l'appareil de la RSSA augmente. Cette évolution permet de raffermir la « conscience ethnique » abkhaze. République socialiste soviétique abkhaze (1921-1931) République socialiste soviétique autonome d'Abkhazie (1931-1992) République socialiste fédérative soviétique de Transcaucasie (1922-1936, Azerbaïdjan-Arménie-Géorgie)
La guerre en Abkhazie (1989-)
Alors que l'Union soviétique commence à se désintégrer à la fin des années 1980, il se produit en Géorgie, avec l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, le même phénomène qu'en Azerbaïdjan avec le Haut-Karabakh, en Ukraine avec la Crimée ou en Moldavie avec la Transnistrie et la GagaouzieHélène Carrère d'Encausse : La Gloire des nations ou La fin de l'empire soviétique, Paris, Fayard, 1990, et Victorieuse Russie, Paris, Fayard, 1992. : face aux mouvements centrifuges et indépendantistes des républiques unionales (Géorgie, Azerbaïdjan, Ukraine ou Moldavie), le pouvoir russe encourage et soutient l'autonomie des minorités locales (Abkhaze et Ossète en Géorgie, Arménienne en Azerbaïdjan, Russe en Ukraine et Moldavie). Cela a pour effet de dresser les habitants les uns contre les autres, et de poser l'armée soviétique en arbitre.
Les tensions ethniques augmentent dans toutes ces régions. Lorsqu'en 1989, les Géorgiens manifestent à Tbilissi demandant l'indépendance de la Géorgie (Abkhazie incluse) beaucoup d'Abkhazes s'y opposent, craignant qu'une Géorgie indépendante n'inaugure une nouvelle période de « géorgisation », et réclament l'indépendance de l'Abkhazie. Le litige devient violent quand des émeutes entre Géorgiens et Abkhazes éclatent à Soukhoumi le . On compte au moins et à la suite de l'ouverture d'une antenne de l'université de Tbilissi à Soukhoumi. Après plusieurs jours de violences, les troupes soviétiques entrent dans la ville et accusent des milices nationalistes de provoquer ces affrontements.
La Géorgie proclame son indépendance le , et l'ancien dissident soviétique Zviad Gamsakhourdia devient président en mai. Gamsakhourdia défend une ligne nationaliste et centralisatrice à l'égard des minorités nationales (Ossètes, Abkhazes, Adjares, Avars, Russes). En décembre, la Garde nationale géorgienne, sous le commandement du chef de guerre Tenguiz Kitovani, assiège les bureaux de Gamsakhourdia à Tbilissi. Après deux mois de combats et de paralysie de l'État, Gamsakhourdia quitte le pouvoir et se réfugie dans sa région, la Mingrélie voisine de l'Abkhazie.
Le , le Conseil militaire de Géorgie qui gouverne le pays annonce qu'il abolit la constitution soviétique et qu'il rétablit la constitution de la république démocratique de Géorgie de 1920. Beaucoup d'Abkhazes interprètent cela comme une abolition de leur statut d'autonomie. En réponse, le , le gouvernement abkhaze déclare l'indépendance, bien que celle-ci ne soit pas reconnue internationalement. Le gouvernement géorgien accuse les partisans de Gamsakhourdia d'avoir kidnappé le ministre de l'Intérieur géorgien et de le retenir captif en Abkhazie. Les autorités abkhazes rejettent les demandes du gouvernement, déclarant que ce n'était qu'un prétexte pour l'invasion.
Edouard Chevardnadze, un ancien ministre soviétique des Affaires étrangères, est nommé président de la Géorgie en par le Conseil militaire.