Le Rallye Safari 1976 (24th East African Safari), disputé du 15 au , est la trente-cinquième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la quatrième manche du championnat du monde des rallyes 1976 (WRC).
Contexte avant la course Le championnat du monde thumb|200 px|right|alt=Stratos|Depuis 1974, la Lancia Stratos HF domine le championnat du monde.
Traditionnellement disputé durant la période de Pâques, le Safari constitue la quatrième des dix manches du championnat du monde des constructeurs 1976, juste avant le Rallye du Maroc, l'autre épreuve africaine du calendrier. Les épreuves du championnat sont réservées aux voitures des catégories suivantes : Groupe 1 : voitures de tourisme de série Groupe 2 : voitures de tourisme spéciales Groupe 3 : voitures de grand tourisme de série Groupe 4 : voitures de grand tourisme spéciales
Seules les équipes Lancia et Opel disputent l'intégralité de la saison, les autres constructeurs présents en rallye limitant leur présence aux épreuves leur apportant des retombées commerciales. Fiat, après trois saisons complètes, a mis en veille son programme de courses, se consacrant au développement de sa nouvelle 131 Abarth. Titrée en 1974 et 1975, la Scuderia Lancia est à nouveau favorite pour 1976, la Stratos, compétitive sur tout type de terrain, ayant remporté deux des trois manches déjà courues.
L'épreuve
Le 'Safari Rallye' fut créé en 1953 sous l'appellation de 'Coronation Safari' en hommage à la reine d'Angleterre, couronnée l'année précédente. Disputée sur les pistes du Kenya et de la Tanzanie, colonies britanniques jusqu'au début des années 1960, l'épreuve fut maintenue après l'indépendance de ces deux pays, ayant acquis en dix ans une notoriété internationale, offrant d'excellentes retombées commerciales aux constructeurs s'y illustrant. Les difficultés et pièges du parcours ont longtemps constitué un handicap considérable pour les équipages européens face aux locaux avantagés par leur parfaite connaissance du terrain, et seuls le Finlandais Hannu Mikkola (vainqueur sur Ford Escort en 1972) et le Suédois Ove Andersson (vainqueur en 1975 sur Peugeot 504) ont jusqu'alors brisé la suprématie des pilotes africains.
Le parcours thumb|200 px|right|alt=KICC|Le centre international de conférence de Nairobi, d'où est donné le départ du Safari départ : de Nairobi arrivée : à Nairobi distance : 4950 km surface : terre, boue et rocaille Parcours divisé en trois étapesRevue Auto hebdo n°11 - 29 avril 1976
Première étape Nairobi - Mombasa - Nairobi, 2103 km, du 15 au
Deuxième étape Nairobi - Meru - Nairobi, 876 km, du 17 au
Troisième étape Nairobi - Kitale - Nakuru - Nairobi, 1971 km, du 18 au
Les forces en présence Lancia La Scuderia Lancia a engagé trois Stratos HF groupe 4 (moteur central arrière V6, 12 soupapes, 2400 cm3, 240 chevaux), spécialement préparées pour le Safari : plaques de blindage démontables, carters moteur en acier, pneus Pirelli à flancs renforcés. Ainsi équipées, les voitures pèsent plus d'une tonne. Par souci de fiabilité, les versions 12 soupapes ont été préférées aux versions 24 soupapes de 270 chevaux. Les trois Stratos sont aux mains de Sandro Munari et Björn Waldegård, épaulés pour cette épreuve spécifique par le pilote kenyan Vic Preston Jr.
Opel Trois Kadett GT/E groupe 2 ont été engagées par l'Euro Händler Team pour Walter Röhrl, Rauno Aaltonen et Edgar Herrmann. En version Safari, elles sont équipées de gros pare-buffles et pèsent 1030 kg à vide. Les moteurs deux litres, préparés par Irmscher, développent 170 à 180 chevauxRevue L'Automobile n°359 - mai 1976 (contre 240 pour les versions groupe 4). On note également la présence du Kenyan Davinder Singh sur une Ascona groupe 2.
Peugeot thumb|200 px|left|alt=504|La Peugeot 504 groupe 2, victorieuse en 1975 Vainqueur ici l'an passé, le constructeur français a une nouvelle fois engagé d'importants moyens au Kenya. Deux coupés 504 V6 groupe 4 ont été confiés à Timo Mäkinen et Hannu Mikkola. C'est le baptême du feu pour ces voitures à moteur six cylindres 2,7 litres (225 chevaux à 7000 tr/min), qui pèsent 1250 kg à vide. Trois berlines 504 groupe 2 (plus de 1300 kg, moteur deux litres, 170 chevaux) sont également présentes, aux mains de Jean-Pierre Nicolas, Simo Lampinen et du Tanzanien Bert Shankland. Les cinq voitures d'usine sont équipées de pneus Michelin.
Mitsubishi thumb|200 px|right|alt=Colt Lancer|La Mitsubishi Lancer groupe 4 d'Andrew Cowan. Le Joginder's team, qui représente officiellement Mitsubishi au Kenya, a engagé quatre berlines Lancer 1600 groupe 4 (environ 1000 kg, 1600 cm3, 170 chevaux, pneus Yokohama). Vainqueur de l'épreuve en 1965 et 1974, Joginder Singh est épaulé par Andrew Cowan, Robin Ulyate et Kenjirō Shinozuka.
Datsun Comme l'année précédente, Datsun est le constructeur le plus représenté, avec vingt-cinq voitures au départ, dont cinq coupés Violet groupe 4 d'usine, à moteur deux litres (trois en version 16 soupapes, 205 chevaux, pour Harry Källström, Zully Remtulla et Howard Lawrence-Brown, deux en version 8 soupapes, 170 chevaux, pour Shekhar Mehta et Hans Schüller). Officiellement dénommées '710' en Afrique, les Violet disposent de pneus Dunlop.
Ford L'ancien vainqueur Robin Hillyar dispose d'une Escort RS1800 groupe 4 officielle (deux litres, environ 230 chevaux), chaussée de pneus Dunlop.
Déroulement de la course Première étape Nairobi - Kalii thumb|200 px|left|alt=504 V6|Le coupé 504 V6 groupe 4, voiture la plus rapide en début de course. Le départ est donné de Nairobi le jeudi à seize heures. Cette très longue étape (plus de 2100 km) se déroule dans le sud du pays, les concurrents devant rallier Mombasa, au bord de l'Océan Indien, dans la nuit, pour ensuite regagner Nairobi le vendredi après-midi. C'est le début de la saison des pluies et c'est la boue qui attend les 64 équipages sur la majeure partie du parcours. Le premier secteur ne présente pas de difficulté particulière et les favoris rallient le contrôle horaire de Sultan Hamud sans pénalité significative, sauf chez Lancia où Björn Waldegård a dû renoncer, volant moteur de sa Stratos cassé, après seulement 160 kilomètres ! Son coéquipier Vic Preston n'est guère mieux loti, il a déjà perdu trois quarts d'heure et toute chance de bien figurer à cause de problèmes d'alimentation. Le second tronçon, quoique couru sur pistes relativement sèches, est beaucoup plus sélectif et au contrôle suivant les moins pénalisés sont les deux coupés 504, Timo Mäkinen s'installant en tête du rallye avec une minute d'avance sur son coéquipier Hannu Mikkola et trois sur la Stratos de Sandro Munari. Derrière ces trois équipages européens, les pilotes locaux Shekhar Mehta (Datsun) et Joginder Singh (Mitsubishi) sont en excellente position d'attente, tout comme Jean-Pierre Nicolas (504 berline), très à l'aise pour sa première participation. Parmi les favoris, Simo Lampinen, surpris par l'apparition de la pluie, est légèrement sorti et a perdu plus d'une heure à dégager sa 504 d'un fossé.
La pluie s'intensifie alors, et Mäkinen ne profite pas longtemps de sa position : le pilote finlandais, qui ouvre la route, hésite à suivre une déviation, ignorant si elle s'applique aux concurrents, et continue sur sa lancée. Hélas pour lui, il s'agit de l'effondrement d'un pont ; de nuit, le pilote voit le danger beaucoup trop tard et le coupé 504 plonge dans la rivière, sans dommage pour l'équipage qui parvient à sortir à temps. Malgré une récupération du véhicule par un tracteur, l'abandon est toutefois inévitable, le compartiment moteur ayant été complètement noyé. Mikkola, qui a sagement suivi la déviation et récupéré la bonne piste un peu plus loin, occupe donc la première place, juste devant Munari. Mais la malchance va poursuivre l'équipe Peugeot : dans le secteur suivant, Mikkola s'enlise en contournant un important dénivelé, et perd 35 minutes avant de pouvoir repartir. Au contrôle de Kalii, la Lancia de Munari pointe en tête, avec quatre minutes d'avance sur Mehta et cinq sur Joginder. Sur son Opel, Walter Röhrl est remonté en quatrième position, à onze minutes du leader et une minute devant Nicolas. À ce stade de l'épreuve, il ne reste plus que quarante équipages en course sur les soixante-quatre au départ.
+ classement intermédiaire à KaliiRevue Revue Sport auto n°172 - mai 1976 Pilote Copilote Voiture Groupe Pénalisations Écart 1 Sandro Munari Silvio Maiga Lancia Stratos HF 4 12 min 2 Shekhar Mehta Mike Doughty Datsun Violet 710 4 16 min + 4 min 3 Joginder Singh David Doig Mitsubishi Colt Lancer 4 17 min + 5 min 4 Walter Röhrl Claes Billstam Opel Kadett GT/E 2 23 min + 11 min 5 Jean-Pierre Nicolas Jean-Claude Lefebvre Peugeot 504 2 24 min + 12 min 6 Howard Lawrence-Brown Derek Pavely Datsun Violet 710 4 39 min + 27 min
Kalii - Mombasa Après Kalii, la pluie redouble de violence. La rapide montée des eaux va causer la perte de douze des quarante concurrents restant alors en course, seuls les vingt-huit premiers ayant réussi à passer avant que la piste ne soie coupée par la crue d'un torrent. Si Munari, qui ouvre la route, est parvenu à franchir ce secteur dans de bonnes conditions et pointe au contrôle de Kibwesi dans le temps imparti. Mehta, qui le suit, n'a concédé que deux minutes, mais derrière les écarts se sont rapidement creusés, et près des deux tiers des vingt-huit équipages rescapés ont subi des retards supérieurs à dix minutes sur ce seul secteur. Les difficiles conditions routières vont également faire souffrir les transmissions, en particulier chez Opel où successivement Rauno Aaltonen, Edgar Herrmann et Walter Röhrl endommagent leur pont arrière, seul ce dernier parvenant à reprendre la course après une réparation lui coûtant trente-huit minutes de retard supplémentaire. Mikkola, qui pouvait encore espérer refaire son retard, connaît des problèmes de freins avant et va perdre vingt minutes au point d'assistance de Mwatate. Chez Datsun, Harry Källström commence à avoir des ennuis de moteur, consommant énormément d'huile. Parmi les pilotes européens, seuls Munari et Nicolas ont jusqu'alors réussi à éviter les embûches et restent en lice pour disputer la victoire aux pilotes locaux. Mais peu avant Malindi, alors que la nuit s'achève et que la pluie s'atténue, Munari essaie de contourner par la gauche un passage particulièrement boueux et s'enlise. Nicolas va également perdre toutes ses chances de bien figurer à cet endroit, s'enlisant du côté droit de la piste. Tous deux vont perdre plus d'une heure à se sortir de ce bourbier, abandonnant toute chance de victoire. Au contrôle de Malindi, Mehta a pris la tête de la course devant Joginder et c'est dans cet ordre qu'ils rejoignent Mombasa au petit matin, séparés de neuf minutes au classement général. Il ne reste plus que vingt-six voitures en course. Les sept premières places sont occupées par des équipages locaux, qui dans l'ensemble ont beaucoup mieux surmonté les difficultés du parcours que les Européens. Trois heures de neutralisation vont permettre aux concurrents de prendre quelque repos avant le retour à Nairobi.
thumb|200 px|right|alt=KICC|Mombasa, sur l'océan Indien + classement intermédiaire à Mombasa Pilote Copilote Voiture Groupe Pénalisations Écart 1 Shekhar Mehta Mike Doughty Datsun Violet 710 4 23 min 2 Joginder Singh David Doig Mitsubishi Colt Lancer 4 32 min + 9 min 3 Howard Lawrence-Brown Derek Pavely Datsun Violet 710 4 48 min + 25 min 4 Zully Remtulla Nizar Jivani Datsun Violet 710 4 52 min + 29 min 5 Rob Collinge Robert Coombes Datsun Violet 710 4 53 min + 30 min 6 Bert Shankland Brian Barton Peugeot 504 2 54 min + 31 min 7 Robin Ulyate Chris Bates Mitsubishi Colt Lancer 4 56 min + 33 min 8 Andrew Cowan Johnstone Syer Mitsubishi Colt Lancer 4 1 h 00 min + 37 min
Mombasa - Nairobi