La guerre du Rif (en espagnol Guerra del Rif) est une succession de conflits armés qui a eu lieu de 1921 à 1927 et a opposé d’un côté les troupes coloniales espagnoles, auxquelles se sont jointes en 1924 les troupes françaises et chérifiennes, et de l’autre les tribus berbères de la région montagneuse du Rif.

Une action militaire rifaine survenue en 1909, où des ouvriers espagnols occupés à construire un pont ferroviaire vers les mines de fer aux environs de Melilla furent attaqués par des Rifains, fait figure d’amorce au conflit. Cet incident incita l’Espagne à dépêcher un important renfort de troupes, tandis qu’une série d’escarmouches allait coûter la vie, dans les semaines suivantes, à plus d’un millier d'Espagnols. En septembre, l’armée espagnole, qui avait engagé dans le Nord du Maroc, s’était rendue maître des régions montagneuses au sud et au sud-est de Melilla. Dans le Pays Jbala, c’est-à-dire la partie Nord-Ouest du Maroc, les opérations militaires débutèrent en 1911 avec le débarquement de Larache, suivi par les efforts de l’Espagne pour occuper (« pacifier »), par un laborieux processus de conquête militaire et de consolidation politique poursuivi jusqu’en 1919, une bonne partie des zones les plus réfractaires et violentes. L’année suivante, le traité de Fès conclu entre la France et l’Espagne attribuait à cette dernière la zone septentrionale du Maroc au titre de protectorat. Cependant, les populations rifaines allaient dans la suite âprement résister à la mainmise espagnole, au long d’un conflit se prolongeant sur plusieurs années.

Sous la conduite du chef rifain Abdelkrim, les Rifains réussirent, par des tactiques de guérilla et à l’aide d’armes européennes capturées, à infliger dans un premier temps plusieurs revers aux forces espagnoles. En 1921, à la suite d’une imprudente tentative d’étendre vers Al Hoceïma l’emprise politique et militaire de l’Espagne sur la zone orientale, les troupes espagnoles, sous le commandement du général Silvestre, subirent une désastreuse défaite autour du camp retranché d’Anoual, suivie, dans le cadre d’une offensive générale menée par Abdelkrim, de la reddition successive de plusieurs fortins, contraignant les Espagnols à se replier dans quelques positions fortifiées proches de Melilla. Dans le même temps, Abdelkrim mettait sur pied un État indépendant, la république du Rif, laquelle fut capable, pour une période certes éphémère, de tenir en échec les deux puissances européennes. Ces événements, ainsi que la reconquête en 1922 et 1923 par l’armée espagnole du terrain perdu en 1921, précédèrent de peu l’instauration en de la dictature de Primo de Rivera, qui prit personnellement en main la campagne du Rif entre 1924 et 1927. Parallèlement, au lendemain de la bataille de l’Ouergha de 1925, la France résolut d’intervenir dans le conflit, concluant avec l’Espagne une alliance qui aboutit au débarquement de troupes espagnoles à Al Hoceïma. Cette opération de grande ampleur, réputée être le premier débarquement amphibie de l’histoire militaire, mettant à contribution des chars et des avions, représente un tournant du conflit, attendu qu’il força Abdelkrim à capituler devant les Français et à choisir l’exil, et qu’il permit à l’Espagne en 1926 d’achever de soumettre à son autorité la zone qui lui avait été attribuée par le traité de Fès.

La guerre du Rif, considérée par les uns comme prélude au processus de décolonisation en Afrique du Nord, par les autres comme la dernière des guerres coloniales, a laissé des traces profondes dans la mémoire nationale tant de l’Espagne que du Maroc.

Contexte géographique vignette|Carte figurant l’évolution territoriale de la zone sous tutelle espagnole au Maroc et dans le Sahara occidental entre 1885 et 1912. vignette|Carte de 1920 représentant la partie nord de la « zone espagnole au Maroc », avec les effigies de González Tablas, Berenguer et Silvestre (ne figure pas sur la carte la partie sud de ladite zone, correspondant à Cabo Juby, c.-à-d. l’actuelle Tarfaya).

La zone nord du protectorat espagnol, telle qu’établie par le traité franco-marocain de Fès, puis de la convention franco-espagnole de Madrid de 1912, est couverte en partie par la chaîne de montagnes du Rif, qui est une des quatre chaînes du territoire marocain. Elle comprend alors, de l’ouest vers l’est, les subdivisions territoriales suivantes : la Jbala-Luxos entre Tanger au nord et Alcazarquivir (Ksar El Kébir) au sud (Rif occidental) ; la Gomara (ou Chaouen) entre Oued Laou au nord et Chaouen au sud (Rif occidental) ; le Rif central englobant la baie d’Al Hoceïma (anciennement Villa Sanjurjo) et enfin ; le Rif oriental ou Kert, de Midar à Oued Moulouya, comprenant Nador et Melilla (une partie du Rif oriental étant sous protectorat français, le nord des provinces de Taza, Guercif et Taourirt).

Opérations militaires Soulèvement d’el-Raisuni Le commandant espagnol Manuel Fernández Silvestre souhaite devancer une éventuelle poussée française vers Tanger et Larache. Il se heurte toutefois à un chef de guerre local, Mohamed ben Abdallah el-Raisuni, qui irrite les puissances occidentales par ses exactions pour son profit personnel (prise d’otages étrangers, libérés contre rançon), qui menacent la sécurité de la route de Tétouan. Après des combats dans l’oued Ras et Beni Sidel, il subit un échec face à Gonzalo Queipo de Llano à Alcazarquivir. Il se livre alors à une guérilla dans la Jbala et provoque des agitations dans la région de Melilla. Le Djebel Gurugu est à son tour menacé en 1916.

Prélude à la bataille d’Anoual (1920-1921) vignette|Combattants rifains (1922). vignette|Troupes espagnoles regroupées sur la plage d’Ondarreta, près de Saint-Sébastien, en vue de leur engagement dans la guerre du Rif (1921).

Le , les troupes espagnoles sous la conduite du général Castro Girona avaient occupé Chefchaouen dans le pays Jbala.

À l’Est, une armée espagnole sous la conduite du général Silvestre avait quitté Melilla début 1920 avec pour objectif de prendre le contrôle du Rif central et de la Baie d’Al-Hoceïma et mettre fin à l’opposition des confédérations rifaines.

Ces dernières étaient réticentes à accepter l’autorité du Protectorat espagnol et l’opposition armée s’accentuait à mesure que les troupes de Silvestre avançaient vers le cœur du Rif. En , l’armée espagnole avait réussi à occuper sans encombre la zone allant de Midar à Melilla, ne rencontrant qu’une opposition sporadique des combattants rifains locaux, affaiblis par une disette qui frappait la région alors.

Le , les troupes espagnoles étaient entrées dans Ben Taïeb, sur le territoire des Aït Oulichek. Face à cette armée puissante, les chefs de la résistance locale préféraient opter pour la reddition.

Début , les troupes espagnoles et leurs supplétifs locaux avaient pénétré sur le territoire des tribus Temsamane et Aït Touzine. Pour Silvestre, c’était un succès important puisqu’il avait doublé, en moins d’un an, le territoire contrôlé par l’Espagne. Anoual, petit village rifain à la frontière entre les Temsamane et Aït Oulichek, était le poste le plus avancé de l’armée espagnole. Mais il restait à soumettre les puissantes tribus du Rif central, en particulier celle des Aït Ouriaghel.

Alors que les troupes espagnoles s’installaient aux portes du Rif central, l’opposition armée rifaine s’organisait. La résistance rifaine était alors éparpillée en groupements armés hétéroclites, sans unité effective et sans instance dirigeante centrale. Bien qu’animés du même désir de préserver le Rif de la domination espagnole, il manquait à ces groupes armés un commandement capable de les unir. Certains chefs locaux tentaient tant bien que mal d’unir les différentes factions afin d’opposer un front commun aux Espagnols. Parmi ces chefs se trouvait Muhammad Ben Abdelkrim, fils d’un cadi (juge religieux) des Aït Ouriaghel, plus connu sous le nom d’Abdelkrim. En , Abdelkrim avait tenté de rallier à lui les résistants Aït Ouriaghel, Temsamane et Iboqayen. Des harkas (« groupes armés » en dialecte marocain) se formèrent avec pour objectif de bloquer l’avancée espagnole. Dans les marchés du Rif central, comme celui d’Aït Bouayach, on avait lancé l’appel au Djihad contre les envahisseurs.

Début , Abdelkrim avait réussi à s’imposer comme leader, certes contesté, des Aït Ouriaghel. Cette tribu berbère était maintenant plus unie que jamais et déterminée à repousser l’avancée espagnole.

Un autre défi auquel était confrontée la résistance rifaine était le danger provoqué par les agissements des agents rifains payés par l’Espagne et qui travaillaient pour le Protectorat. Ces agents pro-Espagne devinrent la cible de la résistance rifaine et plusieurs furent assassinés à mesure que l’armée espagnole avançait. Par ailleurs, les conditions économiques étaient difficiles pour les Rifains centraux en raison notamment d’une pénurie alimentaire qui frappait la région. La faim poussait de nombreux clans rifains à déposer les armes et se soumettre aux autorités espagnoles.

Dans les territoires du Rif oriental occupés par l’Espagne, l’opinion publique rifaine s’élevait de plus en plus contre les actes des soldats espagnols qui montraient peu de respect pour les habitants et les coutumes locales.

Fin , l’armée espagnole était proche de compléter son objectif de prendre le contrôle de la vallée du Nekor et de la Baie d’Al-Hoceïma. Les Temsamane et les Aït Touzine avaient commencé à se soumettre même si de nombreux clans de ces deux confédérations poursuivaient la résistance. Mais les troupes espagnoles étaient étirées à travers le Rif oriental, de Melilla à Anoual et cela représentait un danger pour l’armée comme l’avaient noté certains officiers espagnols.

Malgré les avertissements d’officiers qui le mettaient en garde contre une avancée trop brusque, le général Silvestre avait décidé de poursuivre les opérations militaires. Le , Sidi Driss, localité située sur le littoral des Temsamane, fut occupée par l’armée espagnole. Cette occupation plongea la résistance rifaine dans une grande inquiétude. Mais la récolte du printemps 1921, qui fut excellente, ranima la volonté de résistance des Rifains. De nombreux Aït Touzine et Temsamane rejoignirent les rangs des combattants d’Abdelkrim. Ce dernier faisait de plus en plus l’unanimité parmi les Rifains, même si certains notables locaux se méfiaient de sa montée en puissance et certains résistants lui reprochaient ses relations passées avec les Espagnols. Abdelkrim séduisait les résistants avec ses capacités organisationnelles et ses idées militaires modernistes.

Début mai, selon des rapports militaires espagnols, les effectifs des combattants rifains s’élevaient à environ , répartis entre le Adrar Qama, chez les Temsamane et Azlaf, chez les Aït Touzine. Abdelkrim tentait d’obtenir, par divers moyens, des canons et des armes afin de fournir ses hommes. Des tranchées étaient creusées à Azlaf et chez les Temsamane.

Fin , Abdelkrim avait nommé le Fqih Muhammed Ben Ali surnommé « Boulahya » (« Le Barbu ») en tant que responsable des troupes rifaines rassemblées sur le Adrar Qama, à Temsamane, en face de l’armée espagnole. Boulahya était originaire des Aït Touzine.

Au-delà des préparations militaires, Abdelkrim tentait d’organiser le Rif et d’établir les bases d’un État moderne, capable de résister à l’impérialisme européen mais aussi de construire des routes, exploiter les ressources minières et instaurer l’ordre dans une région en proie aux luttes intestines. Il mit fin aux vendettas claniques qui ravageaient le Rif en promettant de condamner à mort tout homme qui en tuerait un autre. En faisant cela, Abdelkrim voulait mettre fin aux divisions qui avaient longtemps empêché les Rifains de s’unir efficacement face à l’envahisseur.

Bataille de Dhar Abarran ()