Entre 1949 et 1978, la politique religieuse en république populaire de Chine est faite de va-et-vient entre l'acceptation méfiante assortie de restrictions et la franche répression. La relative libéralisation qui se poursuit depuis la fin des années 1970 est en partie soutenue du côté des autorités par la prise de conscience de l'utilité des religions sur les plans économique et diplomatique . Tous les observateurs ne sont cependant pas d'accord sur le fait qu'il y ait un véritable assouplissement du gouvernement chinois vis-à-vis des pratiques religieuses.

Historique thumb|L'évangéliste chinois Watchman Nee, arrêté en 1952, est décédé en 1972 dans un camp de travail.

Lors de son avènement, la république populaire de Chine avait déclaré qu’elle garantirait la liberté de pratique religieuse de ses citoyens, malgré l’athéisme communiste. La réalité semble différente. Les missionnaires étrangers ( environ) furent expulsés dès les premières années du régime communiste Jean Charbonnier, La république populaire et le rejet des missionnaires Missions étrangères de Paris, . Les églises sont fermées et la majorité des prêtres chinois sont emprisonnésLettre de Benoît XVI aux catholiques chinois du 27 mai 2007 Vatican, 2007, . Ainsi Watchman Nee est arrêté en 1952 et décède dans un camp de travail lors de la révolution culturelle en 1972Biographie de Watchman Nee Édition Courant de Vie, 2010. De même les prêtres taoïstes sont poursuivis et doivent se cacher. Certains sont aussi internés dans des camps de travailVincent Goossaert, Le taoïsme est la formulation lettrée de la religion populaire chinoise 2 janvier 2013.

Jusqu’en 1957, les restrictions restèrent modérées, mais la pratique religieuse fut souvent entravée par la dénonciation du comportement jugé réactionnaire des chefs religieux, assortie éventuellement d’arrestations, ainsi que la réquisition des lieux de culte pour des usages d’intérêt public. Les activités religieuses furent strictement limitées aux lieux de culte, ce qui entraîna la fermeture des écoles confessionnelles.

Les croyants furent appelés par le gouvernement à former des associations, pour les cinq religions reconnues :

Mouvement patriotique protestant triplement autonome de Chine (1951), Association bouddhiste de Chine (1953), Association islamique de Chine (1953), Association taoïste de Chine (1957), Association patriotique catholique de Chine (1957).

Ces associations étaient destinées à promouvoir une forme de religion compatible avec les idéaux du Parti communiste chinois (PCC), et devaient rester indépendantes des organismes religieux étrangers ou transnationaux (ce qu’exprime le nom de la première fondée) : autonomie de l’administration, du contrôle idéologique, du financement. Cette exigence posa des problèmes doctrinaux importants aux catholiques, qui mirent six ans à emboîter le pas aux protestants..

Les historiens interprètent la campagne des Cent Fleurs destinée à encourager une certaine liberté de pensée (« Que cent fleurs s’épanouissent, que cent écoles rivalisent ») comme un moyen pour le régime de mieux identifier ceux qu'elle allait bientôt sévèrement réprimer.

La Révolution culturelle de 1966 marqua le début d'une période noire pour les religions en Chine et les cinq mille ans de culture chinoise : destructions de lieux de culte, arrestation ou déportation de nombreux croyants et membres des clergés, assassinat, mépris des valeurs culturelles traditionnelles et destructions systématiques de celle-ciAstrid Fossier, Le dialogue inter-religieux en Chine Irénées.net, janvier 2004.

L’entrée de la République populaire à l’ONU entraîna une baisse des persécutions et une relative ouverture. On accorda ainsi des autorisations exceptionnelles de services religieux .

En 1978, la liberté de croyance est inscrite dans la Constitution (art. 36) China slams U.S. for "interference", site China Tibet Online, October 28, 2009 ; ., mais n'est appliquée qu'aux organisations religieuses officielles. Toutefois, cette période d'ouverture économique apporte un climat plus détendu sur la question des religions. Des représentants des religions furent invités à la CCPPC de cette même année. Les membres de groupes religieux arrêtés au moment de la Révolution culturelle furent libérés. Cinq religions furent reconnues et déclarées officielles : le bouddhisme, le taoïsme, l'islam, le protestantisme et le catholicisme. L’Académie chinoise des sciences sociales ouvrit pour chacune une section d’enseignement et de recherche. Cette académie est toujours responsable de la supervision des recherches entreprises en Chine populaire sur les religions, et publie de nombreux articles à ce sujet. Mais il s'agit uniquement des "religions officielles" reconnues par le PCC et contrôlées par celui-ci. Toute forme de liberté de culte est exclue en dehors de ces termes.

Durant les années 1980, des établissements de formation de clergé furent ouverts et les échanges religieux internationaux reprirent. Le hadj individuel redevint légal en 1981. Les pèlerinages catholiques à l’étranger recommencèrent en 2004, mais seulement sous le contrôle étroit du PCC.

La libéralisation religieuse reste très relative.. Les pratiques sont toujours encadrées par les associations patriotiques, et à un plus haut niveau par les organisations de Front uni du parti communiste chinois, en particulier la Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC) ainsi que le Bureau des Affaires religieuses. Et tout culte existant en dehors du contrôle du PCC est déclaré illégal. Dans les zones où le gouvernement central détient réellement le contrôle, les jours et heures d’ouverture des lieux de culte doivent faire l’objet d’une autorisation expresse et sont limités (les et 15 de chaque mois lunaire pour les temples bouddhistes, heures de musée avec fermeture hebdomadaire pour le Baiyunguan, le grand temple taoïste de Pékin, etc.). Parfois l'accès public est restreint. Ainsi, le temple taoïste Longhushan est ouvert (à certains moments) exclusivement aux fidèles de Taïwan, Hong Kong, Macao, Singapour .

Il ne fait guère de doute que la libéralisation religieuse est liée au désir d’accroître le tourisme et les investissements, et de fournir une voie diplomatique parallèle avec certaines régions comme Taïwan, avec qui la RPC encourage tous les types d’interactions culturelles.

Les statistiques de 1997 reproduites à l’initiative du Bureau d'information du Conseil d'État dans China Daily donnent les informations suivantes :

bouddhisme : temples dont 1600 pali - religieux dont lamas (hommes et femmes) taoïsme : temples - prêtres et religieuses islam : mosquées - 18 millions de pratiquants - imams catholicisme : églises et lieux de réunions - 4 millions de pratiquants - du clergé protestantisme : temples lieux de réunion - 10 millions de pratiquants - du clergé Toutes religions confondues, on compte 74 établissements de formation du clergé.

En juillet 1999, une période violente que certains comparent avec celle de la Révolution culturelle. commence avec la persécution des pratiquants de Falun Gong.

En avril 2001, le PCC lance la campagne "Frapper Fort" qui vise le renforcement de la persécution des groupes religieux non officiels. (bouddhistes tibétains, catholiques reconnaissant le pape, protestants, musulmans - ouïghours principalement - et les pratiquants de Falun gong)..

Les intérêts économiques entre les démocraties occidentales et la Chine ont conduit à un certain mutisme des premières au sujet de ce que certains qualifient de violation des droits de l'homme à grande échelle .

Attitude de la république populaire de Chine vis-à-vis des différentes religions Taoïsme et religion populaire

Les ennuis du taoïsme avec les autorités commencèrent bien avant l'avènement de la république populaire de Chine. À partir des Ming, son image s’est graduellement dégradée auprès des intellectuels et hauts fonctionnaires du fait de son lien avec la religion populaire. Le fait que les écoles taoïstes furent de tout temps des structures idéales pour le développement des mouvements d'opposition ne joua pas non plus en sa faveur. Liang Qichao (1873-1929), avocat du renouveau social de la Chine, écrivit même qu'il était « humiliant » d'avoir à inclure le taoïsme dans l'histoire religieuse chinoise, « car le pays n'en a jamais tiré aucun avantage » .

Au , le "mouvement du 4 mai" (1919) déclencha une accentuation de la répression. En 1920 une loi, bien que peu appliquée, interdit les temples dédiés aux divinités des éléments et des phénomènes naturels, ainsi que l'usage des talismans et autres protections magiques. Seuls les temples dédiés à des personnages illustres et exemplaires furent autorisés .

Les moines du mont Wudang recueillirent la troisième armée rouge et beaucoup de taoïstes firent preuve de patriotisme pendant l’invasion japonaise, mais ils ne furent pas épargnés par les communistes. Le monastère principal de l’école Zhengyi sur le mont Longhu au Jiangxi fut incendié en 1948, et son patriarche se réfugia à Taïwan en 1950. La politique générale vis-à-vis des religions s’appliqua à partir de 1949 au taoïsme et à la religion populaire : pas d’interdiction totale, mais interdiction des ordinations et répression de toutes les activités qualifiées de superstitieuses (talismans, divinations…) et anti-marxistes (écoles hiérarchisées, temples et fêtes de clan…), réquisition de lieux de culte. Certaines sectes furent déclarées illégales et passèrent dans la clandestinité. Parfois tentés de recourir à des voies illégales pour recueillir des fonds, certains de leurs membres se virent associés à des scandales, ce qui n'arrangea rien. Durant la Révolution culturelle, l'association taoïste fut dissoute, tous les moines et nonnes furent renvoyés et souvent affectés au travail manuel. Non seulement les lieux de culte, mais les habitations furent fouillées pour en extirper tout ce qui était religieux ; des tablettes ancestrales furent utilisées comme ardoises dans les écoles.

C’est en 1979 sous Deng Xiao-ping que reprit une certaine activité taoïste. L'association fut reconstituée en 1980. Le Baiyun Guan (monastère des Nuages blancs) de Pékin, temple principal de l’école Quanzhen, rouvrit dès 1984, mais autant comme lieu touristique que religieux. En trois ans, 21 temples de cette école furent rouverts. Les temples, moines ou maîtres taoïstes doivent obtenir une autorisation formelle, nécessaire également pour les cérémonies publiques. Le premier centre de formation théologique ouvrit en 1984 au Baiyun Guan de Pékin, et les ordinations Quanzhen reprirent en 1989. En plus mauvais termes avec le gouvernement communiste, Zhenyi dut attendre 1992 pour voir les siennes reconnues et son monastère principal (Longhu) s’ouvrir, tout d’abord aux chinois d’outre-mer des régions comme Taïwan où cette école est mieux implantée. C'est également de Taiwan qu'était venue en 1992 au temple de Louguantai, près de Xi'an, une délégation de 160 taoïstes, première rencontre entre les clergés des "deux Chine" et entre Quanzhen et Zhengyi. En 1994, on comptait environ 450 grands temples et monastères rouverts et restaurés, en partie avec des fonds donnés par les taoïstes d’outre-mer. Les moins grands fonctionnent il est vrai souvent plus comme des lieux touristiques où les moines ou nonnes accueillent les visiteurs que comme des centres d’étude et de pratique religieuse.