Hans le Malin est un cheval, élevé et présenté en démonstration en Allemagne au début du . Considéré comme ayant une « intelligence supérieure », il devient célèbre dans toute l'Europe et met la communauté scientifique de l'époque en émoi. Ce cheval semble, en effet, pouvoir répondre à toutes sortes de questions : .. Son premier propriétaire, Wilhelm von Osten, l'éduque au calcul et à la lecture en toute bonne foi. Face à la controverse suscitée par la réalité de l'intelligence de Hans, plusieurs scientifiques étudient son cas.

Oskar Pfungst, un psychologue allemand qui a enquêté sur le cas de Hans, finit par découvrir ce qui deviendra en psychologie le l'« effet Hans le Malin » (en anglais : ou ). Hans ne possède pas de capacité particulière en calcul ou en lecture. Il interprète des signaux corporels émis inconsciemment par son maître ou par les personnes qui l'interrogent. Le cas de « Hans le Malin » suscite toujours un intérêt particulier, notamment parmi les psychologues.

Description Le nom original de Hans le Malin est allemand, . Il est plus connu sous la forme anglaise de son nom, , qui pourrait se traduire en français par . Ce cheval est cependant essentiellement connu sous le nom de « Hans le Malin » en langue française.

Si plusieurs sources s'accordent pour dire que Hans est un étalon, les données relatives à sa race et à son origine diffèrent. Il est décrit comme un Trotteur d'Orlov né en 1895 dans un article scientifique de 2013, mais d'autres sources indiquent qu'il s'agissait d'un Pur-sang arabeCes deux races sont proches, le trotteur Orlov étant en grande partie issu du Pur-sang arabe, ce qui pourrait expliquer la confusion.. Il est parfois qualifié de cheval polonais, ou plus fréquemment d'« étalon Pur-sang arabe russe ».. Il a une robe noire, avec une marque en tête et des balzanes blanches aux membres postérieurs..

Concernant ses aspects psychologiques, différents récits d'époque indiquent que Hans est d'un caractère difficile et . Lors des séances de test sur son intelligence menées par Oskar Pfungst, il va jusqu'à mordre et frapper le psychologue lorsqu'il n'est pas en mesure de donner la bonne réponse. Il est probable que le désintérêt soudain éprouvé à l'égard du cheval par son premier propriétaire Wilhelm von Osten, une fois la théorie de sa supposée intelligence supérieure abandonnée, soit à l'origine du comportement difficile de l'étalon..

Éducation et présentation de Hans au public vignette|gauche|Hans le Malin en représentation.|alt=Photo en noir et blanc présentant une cour où des hommes et des femmes en chapeaux entourent un cheval. vignette|gauche|Coupure de presse consacrée à Hans le Malin dans le Berliner Morgenpost.|alt=Dessin à l'encre représentant un cheval de profil face à un homme, un public nombreux en arrière-plan.

À la fin du et au début du , Wilhelm von Osten, un ancien professeur de mathématiques dans un gymnasium de Berlin, décide de faire l'éducation de trois animaux : un chat, un ours et son cheval nommé « Hans ». Il croit en effet que les animaux gagneraient à être éduqués comme les êtres humains. Rapidement, il abandonne l'expérience pour le chat et l'ours.. Von Osten, gentleman aux , est persuadé que son cheval est doté d'une intelligence conceptuelle.. Il entreprend donc d'éduquer Hans selon les méthodes traditionnelles d'apprentissage du calcul et de la lecture.. Après quatre années d'apprentissage, Hans, bientôt surnommé « le Malin », semble « réellement doué d'une intelligence supérieure. » : il donne l'impression de savoir compter, calculer, reconnaître les couleurs et répondre par « oui » ou par « non » à des questions, grâce à ses mouvements de tête ou en tapant du sabot sur le sol.. Il paraît même capable de lire, d'épeler et d'identifier des notes de musique lorsque les questions sont préalablement converties en nombres. Von Osten commence peut-être à présenter son cheval au public à la fin des années 1890, mais la première apparition publique répertoriée a lieu en 1900. ou en 1904, selon différentes sources. Le succès est rapide : une foule de visiteurs se rassemble chaque jour dans la cour intérieure de l'immeuble de la rue Griebenow à Berlin où vit W. von Osten, pour assister aux séances de travail de Hans. Le cheval défraie la chronique jusque dans les milieux scientifiques et suscite de nombreuses polémiques.. Sa réputation s'étend bientôt de l'Allemagne à toute l'Europe, puis aux États-Unis.. Hans le Malin est le premier cheval chez lequel l'opinion populaire envisage une intelligence réelle. Il est aussi le premier et le plus fameux des animaux « pensants ».

Apprentissage de Hans vignette|Wilhelm von Osten, le premier propriétaire de Hans.|alt=Portrait en noir et blanc d'un homme avec une barbe blanche et un chapeau aux bords larges. vignette|Hans dans la cour avec Wilhelm von Osten et des voisins.|alt=Photo en noir et blanc d'une cour d'immeuble, un cheval avec son propriétaire se trouvant au bas à droite de la photo, une femme et des enfants se tenant dans la cour, et trois hommes se tenant en haut des marches d'escalier.

W. von Osten a donc éduqué Hans durant quatre ans. Au terme de ces quatre années, il semble avoir réussi, en utilisant les méthodes éducatives traditionnelles de l'apprentissage du calcul et de la lecture, à faire de son cheval un expert dans ces matières. Selon ce qu'il souhaite enseigner à Hans, W. von Osten va procéder de différentes façons. :

• Pour travailler l'arithmétique, il utilise principalement un ensemble de grandes quilles en bois et un ensemble de plus petites, une sorte de boulier compteur, un tableau sur lequel sont collés des nombres de 1 à 100, et enfin de grands chiffres en laiton suspendus à une corde.

• Pour le travail de la lecture, W. von Osten utilise un grand tableau noir où il inscrit des lettres et les retranscrit en chiffres suivant la place qu'elles occupent dans l'alphabet.

• Pour les tonalités, il utilise un petit orgue d'enfant avec une échelle diatonique naturelle allant du do grave au do aigu.

• Enfin, pour l'apprentissage des couleurs, ce sont des chiffons colorés qui sont utilisés.

Par ailleurs, W. von Osten lui apprend également quatre actions de base : le grattage du sol avec le sabot ; le hochement de tête horizontal (pour dire « non ») ou vertical (pour dire « oui ») ; et enfin, le ramassage de morceaux de tissus au sol.

Du reste, il remarque bien vite que son élève semble faire preuve d'une intelligence surprenante, ce qui le convainc que les chevaux ne présentent ordinairement pas de signes d'intelligence parce que leurs propriétaires ne prennent pas le temps de les éduquer. Il porte donc une grande attention à Hans, comme s'il s'agissait d'un étudiant humain. W. von Osten applique, en outre, la méthode du renforcement positif pour éduquer Hans : « Jamais un coup de fouet, seulement des récompenses ».. Il ne se fâche pas et conduit l'éducation de Hans en le félicitant grâce à des friandises. Enfin, remarquant que celui-ci s'arrête de gratter du pied lorsqu'il se relève brusquement, il évite tout mouvement brusque lors de ses séances de travail avec Hans.. Peu à peu, il cesse le recours aux friandises lorsque Hans donne une bonne réponse..

Début de la controverse La polémique autour de Hans aurait véritablement commencé avec la parution d'un article dans le journal Weltspiegel, le . Le général major Zobel rédige un article intitulé : « » (« Le cheval lisant et calculant ») dans lequel il raconte les exploits de Hans et de son maître. Par la suite, d'autres journaux font de même et contribuent à asseoir la réputation du cheval. Les foules se pressent chez W. von Osten, chacun souhaite assister aux prouesses de Hans. Des scientifiques viennent à Berlin depuis toute l'Europe (le cheval et son maître effectuent des démonstrations très suivies dans cette ville) pour le voir. « Hans le Malin » est au cœur des débats de l'époque. Une multitude de théories sont avancées concernant ses incroyables compétences : certains sont convaincus des capacités du cheval, d'autres sont persuadés qu'il y a fraude, d'autres encore évoquent des explications farfelues ou parapsychologiques comme l'impact des rayons N découverts par le physicien René Blondlot une année auparavant, ou l'influence magnétique de l'humain sur l'animal. Rudolf Steiner envisage même que les pensées de l'humain puissent passer de manière télépathique au cheval.. Von Osten soutient publiquement que son cheval dispose des mêmes facultés intellectuelles qu'un enfant de 14 ans..

La controverse est telle que le Conseil de l'Éducation de Berlin décide, à la demande de W. von Osten lui-mêmeC'est apparemment W. von Osten qui demanda au Conseil de l'Éducation de Berlin d'intervenir pour mettre fin à toute suspicion de fraude et « sauver son honneur » (voir ). Mais la controverse était telle que certains dirent que l'empereur Guillaume II lui-même mandata la « commission Hans le Malin » (voir )., de créer une commission. Le , la « commission Hans » se réunit pour la première fois dans la cour intérieure du numéro 10 de la rue Griebenow dans le nord de Berlin...

Découvertes psychologiques Dès lors, Hans devient un sujet d'étude scientifique, pour permettre d'identifier l'origine de ses capacités. C'est la première fois dans l'Histoire que des méthodes expérimentales sophistiquées sont employées pour tester un animal.

Première commission La « commission Hans » est composée de treize personnalités venues d'horizons très différents. On y retrouve notamment le directeur de l'Institut de psychologie de Berlin, Carl Stumpf, le zoologiste Oskar Heinroth, un vétérinaire, plusieurs officiers de cavalerie, et un certain Paul Busch qui est directeur de cirque. Chacun d'eux a pour tâche d'évaluer les compétences de Hans. L'examen dure deux jours, les 11 et , au cours desquels Hans est observé et soumis à une série d'épreuves d'arithmétique et de lecture. Au terme de ces deux jours, la commission est obligée d'admettre qu'il n'y a pas fraude : le cheval répond aussi en l'absence de son maître, il accepte de répondre à des membres de la commission et le fait le plus souvent sans se tromper. Cependant, les membres de la commission restent prudents et concluent dans leur rapport du que les performances de Hans ne peuvent pas être attribuées à une simple fraude, qu'il n'y a « jusqu'à présent » aucun « truc » de dressage connu mais que le cas de « Hans le Malin » mérite qu'on s'y intéresse davantage.

Intervention d'Oskar Pfungst Malgré l'appel à la prudence des membres de la commission et en particulier de Carl Stumpf, la parution du premier rapport, loin de calmer les choses, ne fait que raviver la polémique : les uns accusent la commission d'avoir été trop naïve et incompétente ; les autres voient en Hans la preuve d'une intelligence supérieure chez l'animal, un argument en faveur de l'efficacité des méthodes éducatives traditionnelles ou encore le signe de l'existence de phénomènes parapsychologiques. Le , un nouveau rapport est publié. Il met fin à la controverse. Quelques jours après la parution du premier rapport, Carl Stumpf charge l'un de ses collaborateurs à l'Institut de Psychologie, Oskar Pfungst, de mener un complément d'enquête concernant l'« affaire Hans ».

Oskar Pfungst et Carl Stumpf, à l'aide d'une méthodologie expérimentale rigoureuse, tentent de découvrir le secret des talents de Hans. Pour cela, ils soumettent le cheval à une série de tests : vignette|En raison des doutes sur ses compétences, Hans est notamment testé avec des œillères.|alt=Photo en noir et blanc présentant la tête d'un cheval avec des œillères, le nez par terre devant des cartons avec des chiffres dessus. isoler Hans ainsi que celui qui l'interroge de tout autre spectateur ; utiliser d'autres personnes que W. von Osten pour interroger Hans ; faire en sorte que Hans ne voie pas celui qui le questionne ;