thumb|450px|L'Empire romain à son apogée, vers l'an 120. Le Haut-Empire est la première des deux périodes historiques de l'Empire romain tel que le voient les historiens français – la deuxième étant le Bas-Empire romain. Ces termes sont des concepts très usuels, mais leurs limites chronologiques respectives ne sont pas fixées de façon unanime. Cette première période de l’Empire romain débute en avec le principat d'Auguste, et inclut le règne idéalisé des Antonins.

Le Haut-Empire s’achève avec le commencement du Bas-Empire romain, dont la date exacte est à l’appréciation des différents auteurs. Certains proposent la fin de la dynastie des Antonins (), d'autres le renversement de la dynastie des Sévères (), d'autres encore le début du règne de Dioclétien (284-305).

Après sa victoire à Actium en l'an , Octave devient le seul maître de l'empire mais il refuse ensuite le titre de roi. Selon un scénario bien préparé, il fait même mine d'abdiquer en . Le Sénat lui confère alors le titre d'Auguste, soit « bienheureux ». Tout en laissant en place des anciennes magistratures et le Sénat, il concentre tous les pouvoirs entre ses mains. Ses successeurs, les empereurs Julio-Claudiens, Flaviens et Antonins, mènent l'Empire romain à son apogée. Au , la superficie de l'Empire romain est à son maximum et compte entre 50 et 80 millions d'habitants. Avec un million d'habitants, Rome est la plus grande ville du monde méditerranéen.

Les empereurs du Haut-Empire Les Julio-Claudiens

Le règne d'Auguste

Après sa victoire d'Actium en , Octave, fils adoptif et héritier de César, était le seul maître de Rome et de son Empire. Avec le soutien de l'armée de ralliés de tous horizons, il concentrait entre ses mains un immense pouvoir basé sur le cumul des anciennes magistratures républicaines. De à , il mit en place un nouveau régime : le principat. Lors de la séance du Sénat de , la res publica fut en apparence restaurée par ses soins et rendue au Sénat et au peuple. Dans les faits, le Sénat ne conserva que l'administration de quelques provinces sans légion. Octave, qui reçut peu après le titre d'Auguste, conserva ses immenses pouvoirs et se vit confier l'administration des provinces frontières et donc le commandement des arméesPaul Petit, Yann Le Bohec, Le Haut Empire, Encyclopaedia Universalis, DVD, 2007. Le nom dAugustus soulignait son caractère sacré et divin, et conférait à ses décisions un poids considérable même si sans fondement institutionnel. En , il reçut la puissance tribunicienne complète et à vie, base civile de son pouvoir, et un imperium proconsulaire majus (plus grand que celui des proconsuls des provinces sénatoriales). En , il reçut le titre de Père de la patrie, qui plaça sous sa protection l'ensemble du peuple romain. Partout, il est le « premier », le princeps. Auguste intervient dans l'élection des magistrats par la recommandation. Il dirige la politique extérieure et la diplomatie. Enfin, l'empereur dispose de moyens financiers considérables, grâce à sa fortune personnelle héritée en partie de César, aux revenus de l'Égypte, son domaine privé, et à certains impôts. Mais comme il dépense beaucoup pour l'administration, les guerres, l'entretien de pauvres, le budget de l'Empire connut des difficultés à la fin de son règne. Auguste perdit successivement tous ses héritiers directs. Il associa donc à l'Empire son beau-fils, Tibère, qui lui succèdera sans difficulté.

Auguste s'appuyait sur des homines novi, soit des hommes nouveaux : des chevaliers, des militaires, des notables des villes italiennes et des sénateurs ralliés dans l'espoir d'obtenir des postes importants. Conservateur, il mena une politique hostile aux esclaves et aux affranchissements. Favorable à l'ordre moral et à la famille, il promulgua des lois contre le célibat et les « mauvaises mœurs ».

Auguste acheva la pacification des pays des Cantabres et des Astures en Espagne. L'Empire s'étendit jusqu'au Danube grâce à la création des provinces de Mésie et de Pannonie. Les peuples des Alpes furent enfin soumis par Tibère et Drusus et furent divisées en provinces : Norique, Rhétie et Alpes maritimes. La longue guerre contre les Germains conduisit l'armée jusqu'à la Weser et à l'Elbe. Mais en l'an , le chef germain Arminius se souleva. Trois légions dirigées par Varus furent anéanties dans la forêt de Teutoburg. La Germanie sera finalement abandonnée par Tibère en . Deux secteurs situés sur la rive gauche du Rhin était alors appelés Germanie.

Les autres Julio-Claudiens

Tibère (14-37) était le fils d'un premier mariage de Livie, l'épouse d'Auguste. Ce remarquable militaire avait déjà 56 ans quand il devint empereur. Très conservateur, il gouverna dans la lignée d'Auguste. Ce dernier l'avait contraint à adopter Germanicus qui était son successeur prévu. Il meurt en Orient en . C'est alors que Séjan, préfet du prétoire, manœuvra pour se rendre indispensable à Tibère, notamment en faisant éliminer ses rivaux de la famille impériale. Finalement dénoncé par Antonia, la mère de Germanicus, il fut arrêté et aussitôt exécuté. Tibère acheva son règne en faisant régner la terreur à Rome et en condamnant de nombreux sénateurs. Mais contrairement à Auguste, Tibère fut un empereur économe.

Caligula (37-41) était le fils de Germanicus. Il fut rapidement accusé de folie et fut assassiné par sa propre garde avant d'avoir complété sa de règne. Les prétoriens acclamèrent alors l'oncle de Caligula, (41-54), un des rares rescapés des intrigues de Séjan.

Sous Claude, les affranchis Narcisse et Pallas créèrent la chancellerie impériale et le fiscus, donnant ainsi aux empereurs les institutions qui leur manquaient. Claude était favorable à la promotion des provinciaux et accorda le droit de cité à plusieurs peuples des Alpes et fit même entrer au Sénat des notables de Gaule chevelue (au-delà de la Gaule cisalpine et de la Provence). Il acheva la conquête de la Maurétanie et commença à imposer la domination romaine à la Bretagne.

La cour impériale est un nid d'intrigues. La quatrième épouse de Claude, Messaline, le trompait et elle finira par être exécutée. Agrippine, sa nièce et sa cinquième épouse, intriguait tant qu'elle réussira à faire adopter par l'empereur son propre fils d'un premier lit : Néron. En l'an , elle fit empoisonner l'empereur et malgré ses 17 ans, les prétoriens acceptèrent de proclamer son fils empereur.

Néron gouverna d'abord sous l'influence de sa mère avant de la faire assassiner en l'an . Il suivit les conseils de Burrus et de Sénèque le Jeune jusqu'au décès (naturel pour une fois) de Burrus en . Par la suite, il renvoya Sénèque et gouvernera seulClaude Lepelley, Article Néron, Encyclopaedia Universalis, µDVD, 2007..

Les Flaviens

À la mort de Néron, l'empire connut une première crise. Les généraux Galba, Othon et Vitellius sont tour à tour nommés empereurs par leurs troupes puis assassinés en 69. C'est finalement l'Italien Vespasien (70-79), le chef de l'Armée d'Orient, qui devint empereur, donnant ainsi naissance à la dynastie des Flaviens. Ses deux fils, Titus (79-81) et Domitien (81-96), lui succédèrent à tour de rôle. Ce dernier fut assassiné en l'an par une conspiration de palais.

Les Antonins

Le Sénat avait déjà prévu un remplaçant en la personne de Nerva (96-98) qui donne naissance à la dynastie des Antonins. Il adopte son successeur Trajan (98-117), un romain d'Hispanie. Cinq empereurs remarquables sur six choisissent, de leur vivant leur successeur car ils n'ont pas de fils, toutefois le choix se porte toujours sur de proches parents. Les règnes de Trajan et de son successeur Hadrien (117-138) correspondent à l'apogée de l'Empire romain. Trajan, tout en s'attachant à favoriser l'agriculture et à développer l'administration, fait la conquête de la Dacie, de l'Empire parthe et annexe l'Arabie. La conquête de la Parthie ne lui survit pas. L'empereur Hadrien s'attache à mener une politique plus défensive. Sous son règne, dans plusieurs régions frontières, en Afrique et en Bretagne notamment, des fortifications importantes se développent, souvent appelées limes. Par ailleurs Hadrien s'attelle à améliorer le fonctionnement de l'empire. Dans la continuité d'un effort commencé par d'autres empereurs, il s'attache à favoriser l'intégration des provinciaux, notamment par la création de colonies honoraires : alors que le terme colonie désignait le plus souvent l'installation de colons romains, il est désormais un titre honorifique concédé à une cité et qui donne la citoyenneté romaine à tous ses habitantsVéronique Vassal, Le nouvel Hadrien, L'Histoire , octobre 2008, p 28 et 29. Sous le règne d'Antonin le Pieux (138-161), une nouvelle distinction, entre honestiores (riche) et humiliores (pauvre), apparait dans le droit, ces derniers étant plus durement sanctionnés pour une même fauteY. le Bohec, Antonin le Pieux (138-161). Marc Aurèle (161-180) est connu pour être un empereur-philosophe stoïcien. Il passe 15 ans sur le front du Danube à lutter contre les barbares. L'empire entre en effet dans une période bien moins propice : ses voisins aux frontières semblent plus puissants, l'empire doit faire face à des difficultés agraires, des famines, à l'épidémie de la peste antonine. Marc Aurèle choisit son fils, Commode (180-192) comme successeur. L'assassinat de celui-ci met fin à la dynastie des Antonins.

Les Sévères

L'assassinat de Commode, le dernier des Antonins en ouvre une crise politique comme à la fin de la dynastie des Julio-Claudiens. La garde prétorienne assassine le nouvel empereur Pertinax et porte au pouvoir Didius Julianus. c'est finalement le général de l'armée du Danube, l'africain Septime Sévère (193-211) qui prend le pouvoir en 193. Il comble de bienfaits l'armée dont il augmente les effectifs et renforce le pouvoir impérial. Les prétoriens qui ont fait et défait tant d'empereurs sont recrutés parmi les légions du Danube fidèles à Septime Sévère. Le brassage culturel qu'apporte l'empire s'accroît, les religions venues d'Orient deviennent plus populaires dans l'Empire, en particulier le culte de Mithra parmi les militaires. Cet aspect a parfois été exagéré par les historiens qui ont décrit les Sévères comme une dynastie orientale, jugement considérablement relativisé aujourd'hui. Il nomme ses deux fils Auguste mais à sa mort, Caracalla (211-217) s'empresse de tuer son jeune frère Geta. Il est connu pour avoir publié en 212, le célèbre édit qui porte son nom. Il meurt assassiné sur le front parthe sur ordre du préfet du prétoire Macrin (217-218) qui ne réussit à prendre sa place que peu de temps. Le cousin de Caracalla, Élagabal (218-222) devient ensuite empereur mais tout occupé au culte du dieu du même nom il laisse le gouvernement à sa grand-mère, Julia Maesa.Il est tué par les prétoriens et son cousin Sévère Alexandre (222-235) lui succède. Après son assassinat, l'Empire sombre dans une période bien plus troublée, traditionnellement qualifiée d'anarchie militaire, terme cependant impropre car si le pouvoir impérial fut parfois divisé, il ne fut jamais absent.

Le pouvoir impérial