L’histoire du patinage artistique remonte au Moyen Âge. Cependant, les premiers écrits au sujet de cette discipline sportive parlent simplement de patinage. C’est bien plus tard qu’apparaissent deux disciplines distinctes ; le patinage artistique et le patinage de vitesse. alt= Scène de patinage sur l’eau gelée des douves|thumb|upright=1.5|Scène de patinage sur l’eau gelée des douves, Esaias van de Velde, 1618

Premières références au patinage thumb|Paysage d’hiver avec patineurs, dont certains semblent déjà pratiquer le schoonrijden, Hendrick Avercamp, 1620

La première référence officielle au patinage est attribuée au moine anglais William Fitzstephen. Dans son livre sur Thomas Becket, l’ecclésiastique de Canterbury décrit une scène se déroulant derrière les murs au Nord de la ville :

« … lorsqu’il gèle à Finsbury et à Moorfield, la jeunesse londonienne se livre au patinage sur glace. Certains ont accroché un os à leur semelle et tiennent en main un bâton ferré. Ils survolent la glace comme des oiseaux et fendent l’air comme des flèches. Deux jeunes hommes entament alors un face-à-face de bâtons jusqu’à se faire chuter. Les blessures sont souvent situées au niveau de la tête ou, lorsque l’un tombe sur l’autre, on se casse un bras voire une jambe… »

Les patins fabriqués avec les os n’étant pas assez tranchants, il fallait s’aider de bâtons pour avancer sur la glace. Au fil du temps, plusieurs versions du patin en bois se sont développées. Aux Pays-Bas, aux , on utilise une chaussure en bois montée sur une lame de fer. Le principe du patinage reste cependant inchangé. Ce n’est qu’à la suite d’un accident que des innovations vont apparaître.thumb|Lydwine tombe sur la glace, gravure sur bois, Johannes Brugman, 1498|left

C’est un apprenti menuisier membre de la Corporation néerlandaise du matériel de navigation et de patinage qui choisit un jour de fixer la lame de fer à la verticale plutôt qu’à l’horizontale. Il invente ainsi la chaussure de patinage comme on la connaît aujourd’hui. Les patineurs peuvent alors abandonner le bâton pour se mouvoir plus librement et surtout plus vite sur la glace. Il leur devient également plus facile de contrôler leurs mouvements et pratiquer le schoonrijden. 

Ce nouveau patin monté sur des lames à la verticale est adopté au . La première représentation picturale d’une scène de patinage est une gravure sur bois de Johannes Brugman, parue en 1498 dans la biographie de Sainte Lydwine de Schiedam. On peut y voir Lydwine, la Sainte patronne hollandaise des patineurs, faire une chute sur la glace. Plus important encore, on distingue aussi en arrière-plan un homme qui patine la jambe un peu relevée, ce qui indique qu’il porte probablement déjà des patins à lames.

Le patinage réservé à l’élite left|thumb|Couple de patineurs, gravure française, Aux Pays-Bas, le patinage est un sport pratiqué par le peuple, comme en témoignent de nombreux tableaux de Vieux Maîtres. En 1610, le carnaval du patinage organisé à la cour de l'empereur Rodolphe II participe incontestablement à la démocratisation de ce sport de loisir. Ailleurs cependant, le patinage sur glace est un plaisir réservé à la noblesse.

À Paris, sous le règne de Louis XVI, on pratique également le patinage. Parmi les figures historiques connues pour avoir pratiqué le patinage sur glace, on compte Madame de Pompadour, Napoléon Ier, Napoléon III ou encore la dynastie des Stuart. On raconte même que la Reine Victoria aurait rencontré son futur mari le Prince Albert lors d’une virée sur la glace.

Enfin, Casanova lui-même aurait été un grand amateur de sérénades en patins. Durant l’hiver 1759, alors qu’il poursuivait deux jeunes filles, une chute sur la glace aurait valu au séducteur de nombreux hématomes. Mais la description détaillée qu’il nous livre donne à voir une tenue typique de la patineuse de l’époque : jupes courtes (descendant jusqu’aux mollets) sur des collants en velours noir.

Les débuts du patinage moderne À Édimbourg en 1742, le premier club de patinage sur glace voit le jour. Quelques années plus tard, à Londres, on publie pour la première fois un manuel de patinage sur glace.

Le patinage sur glace se divise désormais en deux disciplines : le patinage artistique et le patinage de vitesse. thumb|Jackson Haines (1840–1879) Le patineur américain Jackson Haines est considéré comme le père du patinage artistique moderne. À la suite du congrès rassemblé à Pittsburgh en Pennsylvanie pour établir les 25 règles de l’organisation de compétitions aux États-Unis, se tient la première édition du championnat des États-Unis dont Jackson Haines sort vainqueur. Il présente une nouvelle manière de patiner mais aussi un nouveau type de patins : les patins montés sur des lames en acier. À une époque où prévaut le style britannique, particulièrement rigoureux, on reproche à Jackson Haines de s’attarder sur des poses corporelles avec les pieds et les mains au lieu de se concentrer sur la course et les figures. Il tente alors sa chance en Europe. Il rencontre tout d’abord le succès dans la ville de Stockholm. Sa prestation se compose de plusieurs pas de danse totalement nouveaux en patinage. Mais la Grande-Bretagne s’oppose à lui comme à ses acolytes américains, et refuse tout changement dans cette discipline sportive rigoureusement réglée. Malgré tout, ce nouveau courant ne se laisse pas maîtriser si facilement.

À l’hiver 1868, Jackson Haines se rend à Vienne et triomphe de nouveau. Les spectateurs sont subjugués lorsqu’il se met à danser une valse sur toute la patinoire. La ville natale de Johann Strauss témoigne sa gratitude envers le patineur ; Vienne organise une soirée durant laquelle 500 couples reprennent la valse du champion sur la glace. La prestation de Jackson Haines donne lieu à la création de l’école de patinage de Vienne qui rattrape bientôt l’avance prise à l’époque par la Grande-Bretagne. Considéré comme le premier patineur artistique, Jackson Haines s’éteint en 1875, à l’âge de 31 ans, à la suite d’une pneumonie. Ses élèves continuent à développer cette discipline et les premières règles officielles font leur apparition. Cette première régulation sera plus tard reprise par l’Union internationale de patinage (UIP).

Début du left|thumb|Ulrich Salchow (1877-1949) Au début du , le patinage artistique développe davantage sa dimension sportive avec le Suédois Ulrich Salchow. Sacré dix fois champion du monde, il rehausse le record de patinage artistique de façon significative. Ulrich Salchow utilise le patin à lame dentée. Une invention de son cru, grâce à laquelle il jouit d’une plus grande force de propulsion pour patiner comme pour exécuter des sauts. En 1908, il devient le premier champion olympique de patinage artistique. Il couronne sa carrière par un nouveau saut, aujourd’hui appelé Salchow et appartenant à la catégorie des sauts de base. En 1911 est créée l’Union Suisse de Patinage.

La première épreuve olympique de patinage artistique a lieu lors des Jeux de Londres en 1908.

Avant la Première Guerre mondiale Dans les dernières années qui précèdent la Première Guerre mondiale, le sport connaît d’une manière générale un grand essor, y compris le patinage artistique et de vitesse. 

L’ouverture du Palais des sports de Berlin et de sa patinoire de (60 m x 40 m) marque une étape très importante de l’histoire du patinage. Non seulement le public s’intéresse davantage au patinage artistique, mais les performances des patineurs s’améliorent également.

Il n’est donc pas étonnant que nombre de patineurs de talent voient le jour en Allemagne. On compte parmi ceux-ci Werner Rittberger, inventeur d’un saut de base en patinage artistique auquel il a donné son nom (le Rittberger ou le boucle) et la très talentueuse Charlotte Oelschlägel. Elle fait ses premiers pas en tant que professionnelle à l’âge 10 ans. À 17 ans, elle s’envole pour New York où elle réussira à s’imposer. Grâce à elle, le patinage artistique gagne en popularité aux États-Unis.

Entre-deux-guerres C’est seulement après la Première Guerre mondiale, en 1922, que se renouvellent les plus grandes compétitions de patinage artistique. Deux personnes y jouent un rôle clé : la Norvégienne Sonja Henie et l’Autrichien Karl Schäfer.

Sonja Henie, dix fois championne du monde, introduit de nouvelles tendances dans le patinage artistique, telles que les jupes arrivant aux genoux, mais aussi l’élégance par mouvements entièrement revisités. Pendant plus de dix ans, elle est l’une des femmes les plus admirées au monde.

Le patineur autrichien Karl Schäfer est une figure incontournable patinage individuel messieurs dans les années 1930. Entre 1929 et 1936, il est sacré huit fois champion d’Europe et sept fois champion du monde.

Après la Seconde Guerre mondiale L’après-guerre marque le tournant décisif de l’histoire du patinage artistique. La discipline connaît en effet un essor exceptionnel. La construction de patinoires, qui deviennent progressivement des patinoires couvertes, permet des entraînements intensifs et influence ainsi les performances des patineurs. Les figures libres s’imposent peu à peu face aux figures imposées, jusqu’alors considérées comme l’épreuve de patinage par excellence mais ne présentent pas vraiment d’attrait pour les spectateurs.

Ne pouvant participer à des compétitions internationales, les patineurs européens prennent un certain retard pendant la guerre, qu’il leur est difficile à rattraper. Les Américains profitent de cette situation pour poursuivre leur travail et apporter plus de dynamisme, de rapidité et d’endurance au patinage grâce à une préparation physique plus intensive. thumb|Gabriele Seyfert. Le premier à s’imposer en figures libres au niveau international dans l’après-guerre est le très populaire patineur américain Richard Button, avec sa maîtrise parfaite du double saut. Il s’essaie également au triple salchow lors des entraînements. Trois figures dominent le patinage féminin international : la Canadienne Barbara Ann Scott, l’Américaine Peggy Fleming et l’Allemande Gabriele Seyfert.

À partir de 1952, la danse sur glace devient une discipline internationale avec ses propres championnats. Les couples de danseurs britanniques brillent particulièrement dans cette discipline avec leur exécution caractéristique, ce qu’on appelle l’école de danse britannique.

Fin du et début du Les compétiteurs russes et outre-Atlantique restent longtemps les maîtres incontestés en patinage individuel messieurs, à l’instar de Brian Orser, Brian Boitano, Alexander Fadeïev, Viktor Petrenko, Elvis Stojko, Aleksey Yagudin et Evgeni Plushenko. Ils maîtrisent les triples ou quadruples sauts avec des combinaisons et des suites de sauts différentes, des pirouettes intéressantes et des chorégraphies très créatives.

Dans le patinage féminin, la patineuse la plus renommée est l’est-Allemande Katarina Witt. Sa carrière débute par sa victoire aux Jeux olympiques de Sarajevo en 1984, se poursuit avec plusieurs titres en championnats européens et mondiaux et atteint son sommet lorsqu’elle défend son titre olympique à Calgary en 1988. Sa course est toujours d’une grande exigence technique, accompagnée d’une chorégraphie créative et d’une exécution parfaite. Parmi les plus grandes patineuses au niveau mondial, on peut citer Midori Ito, Kristi Yamaguchi, Chen Lu, Maria Butyrskaya, Michelle Kwan et Irina Sloutskaïa. Ce sont désormais les patineuses asiatiques qui dominent la discipline (Shizuka Arakawa, Miki Ando, Mao Asada, Kim Yu-na).