alt=Monument funéraire en béton, il comporte deux colonnes néo-gréques et un chapiteau. Deux plaques sont apposées sur le tombeau en l'honneur de Madeleine et de son père, tous deux morts pour la France. |vignette|280x280px|Sépulture de Madeleine Pauliac et de son père Roger Pauliac. Madeleine Pauliac est une pédiatre et résistante française, née le à Villeneuve-sur-Lot et morte le à Sochaczew, près de Varsovie, en service commandé lors d'un accident automobile. Médecin chef de la Mission française de rapatriement en 1945, elle participe, huit mois durant dans une Pologne ravagée et périlleuse, au sauvetage des Français blessés retenus sur le territoire envahi par l'armée soviétique lors de l'offensive Vistule-Oder.

Biographie Jeunesse Madeleine Jeanne Marie Pauliac est la petite-fille d'Octave Pauliac, fondateur de l'une des trois principales conserveries de Villeneuve-sur-Lot et maire intérimaire durant la Grande guerre« Madeleine-Pauliac à une rue en sa mémoire », in Sud Ouest, Bordeaux, 10 mars 2018.(1916-1918) et de Marie Hautesserre Dizel, épouse Pauliac qui, en tant que présidente de l'Union des Femmes de France (UFF/Croix Rouge Française), organise et dirige l'hôpital militaire 106 dans le même temps . L'usine de la conserverie Pauliac, construite en 1905 par l'architecte Gaston RapinJean-Louis Amella, « Villeneuve. 5 kg d'explosif pour détruire la cheminée Pauliac. », in La Dépêche du Midi, Toulouse, 9 décembre 2008., employait alors une centaine d'ouvriers.

Madeleine Pauliac a trois ans et demi quand, le , son père Roger, aspirant du d'infanterie, est tué au bois d'Avocourt au cours d'un des bombardements de la bataille de Verdun. L'orpheline grandit avec sa sœur d'un an son aînée, Anne-Marie, à Nice, où leur mère, une Corse, les élève dans la tradition catholique.

Une décision du tribunal confie la garde des filles à leur grand-mère paternelle pour la durée des vacances. À Villeneuve, dans une maison de maîtrePh. Maynial, Madeleine Pauliac : l'insoumise., , Tallandier, Paris, 2019 . située 15 rue d'Agen, les adolescentes sont encouragées par leur grand-mère, dirigeante de la conserverie, à étudier, à faire du sport, devenir des femmes indépendantes et libres.

Les deux sœurs passent leur baccalauréat et sont envoyées par leur grand mère paternelle étudier à Paris. Là, à la rentrée 1929, avec une année d'avance, Madeleine Pauliac entreprend des études de médecine. Externe en 1932, elle termine son internat et soutient sa thèse auprès du professeur Pierre Nobécourt.. Elle est reçue docteur en 1939M. Paulliac, Thèse de médecine, n° 1457, Hôpital Necker-Enfants malades, Paris, 1939., une des trois cent cinquante femmes médecins françaises.

Engagement dans la Résistance française durant l'occupation Durant l'Occupation, au cours de la Seconde Guerre mondiale, Madeleine Pauliac met ses compétences de médecin hospitalier au service de la Résistance, alors que son fiancé part travailler aux États-Unis. Tout en exerçant au pavillon des diphtériques des Enfants Malades, unité prestigieuse où en 1894 Auguste Chaillou inventait la sérothérapie antidiphtérique, elle participe au ravitaillement des maquis et porte secours à des parachutistes alliésPh. Maynial, « MADELEINE PAULIAC », in LES INNOCENTES un film d'ANNE FONTAINE, Mars Films, Paris, février 2016..

Elle trouve toutefois le temps de conduire des études sur ses jeunes patientsArchives françaises de pédiatrie, , , , Société de pédiatrie de Paris, Paris, 1944 .. Bien qu'elle soit assistant hospitalier universitaire, ce n'est que sous la houlette masculine de son chef de cliniqueM. Lamy & M. Pauliac, « Douze mois au pavillon de la diphtérie aux Enfants Malades », Société de pédiatrie de Paris, Paris, 21 mars 1944. qu'elle est autorisée à les présenter en conférence. Ces travaux permettent de mesurer l'efficacité du traitement antidiphtériqueR. Levent, « À propos de la vaccination antidiphtérique », in Gazette des hôpitaux, , , Paris, 15 avril 1944.. Ils contribuent à l'évaluation du protocole de vaccinationParis médical, , , J.-B. Baillière et fils, Paris, 25 juin 1944., qui, en France, n'est pas encore généralisée, et par là ouvre la voie à cette généralisation.

En , elle prend part à la libération de Paris. Durant la bataille des Vosges, elle rejoint par ses propres moyens le service de santé de la 2 DB. La bataille d'Alsace n'est pas terminée quand le son engagement dans les Forces françaises de l'intérieur est régularisé. Elle reçoit le grade de lieutenant du SSA.

C'est à ce titre que le général de Gaulle en personne la convoque pour lui confier une mission sanitaire dans le cadre du rapatriement des cinq cent mille ressortissants français qui se trouvent dans la zone conquise par l'Armée rouge. Beaucoup appartiennent au STO. C'est un problème auquel travaille depuis deux ans Francis Huré, représentant du CFLN à Moscou. Il s'agit de ne pas laisser se transformer en otages ces prisonniers et déportés désormais aux mains des Soviétiques sinon abandonnés à eux-mêmes. Le Ministère des prisonniers, déportés et réfugiés, alias PDR, d'Henri Frenay, dont le secrétaire général est François Mitterrand, a bien des missions à Berlin et Prague et même à Moscou mais la situation sur le front de l'Est même est différentePierre Bourgeois, Claude Proche & Denise Bourgeois, « Le rapatriement à l'Est et l'aventure de la mission de Varsovie », in Histoire des sciences médicales, , , , Société française d'histoire de la médecine, Paris, 26 octobre 1985 .. Il n'y a pas de service de santé opérationnel.

Elle reçoit son ordre d'affectation le . Ce sera la Pologne, le front du Danube étant plongé par les généraux soviétiques Rodion Malinovski et Fiodor Tolboukhine dans un blackout politique totalPierre Bourgeois, Claude Proche & Denise Bourgeois, « Le rapatriement à l'Est et l'aventure de la mission de Varsovie », in Histoire des sciences médicales, , , , Société française d'histoire de la médecine, Paris, 26 octobre 1985 ..

Mission française de rapatriement (printemps 1945) Le , Madeleine Pauliac est envoyée par le général Juin auprès du général Catroux, ambassadeur de France en URSS. Celui-ci l'accueille à Moscou le . Le Pierre Bourgeois, Claude Proche & Denise Bourgeois, « Le rapatriement à l'Est et l'aventure de la mission de Varsovie », in Histoire des sciences médicales, , , , Société française d'histoire de la médecine, Paris, 26 octobre 1985 ., elle se voit confier le poste de médecin-chef d'un hôpital français ouvert en cette occasion à Varsovie, 6 rue de Kryniczna ()Aujourd'hui l'ancien hôpital français est appelé « maison biélorussienne » , dans un bâtiment désaffecté de la Croix-Rouge polonaise. Ce dispensaire prend la suite d'un service assuré jusqu'alors de façon très précaire, quasiment sans moyens, par un capitaine français sur le départ, Charles Liber. Il est administrativement rattaché à l'éphémère PDR.

Elle y parvient le . Le bâtiment est rapidement aménagé grâce à des fonds débloqués par l'ambassadeur Roger Garreau. Il offre quinze lits et accueillera jusqu'à quatre-vingt-cinq patients. Typhus, tuberculose, gale, œdèmes de carence, autopsies, dépressions traumatiques, urgences permanentes deviennent le quotidien du docteur Pauliac. Son rôle au sein de la Mission française de rapatriement est, avec l'aide du délégué du CFLN Christian Fouchet, d'organiser et mener l'action de la Croix-Rouge française. Celle ci consiste à rechercher, soigner et évacuer les prisonniers français.. Jusqu'alors, les seuls médecins militaires qui pouvaient agir étaient eux-mêmes des prisonniers. La seule possibilité d'hospitalisation qu'ils ont eu, était de diriger les plus malades vers des hôpitaux soviétiques.

Le tri entre ceux des prisonniers qui passeront par un rapatriement sanitaire et ceux qui n'en bénéficieront pas est difficile. Tous sont dans un état dégradé mais les moyens du service de santé sont restreints. Les rapatriements non sanitaires, assurés par d'autres militaires, sont de loin les plus nombreux. Le service du docteur Pauliac n'est qu'un élément, certes très autonome, dans un dispositif dont la direction est assurée par un colonel de l'artillerie coloniale.

Différentes instances du Gouvernement provisoire missionnent le docteur Pauliac pour rédiger des rapports sur la situation locale. Elle se rend au camp de Majdanek, où son rapport tente de reconstituer le système d'extermination. Lorsqu'elle rentre dans le baraquement des Français, elle rencontre un jeune résistant français de 20 ans, d'abord déporté à Auschwitz puis transféré à Madjanek où il a été affecté au Sonderkommando des fours crématoires durant dix mois. Il lui raconte que, certains jours, lorsque la chambre à gaz avait mal fonctionné ou que les gazés étaient trop nombreux, certains étaient encore vivants et parfois conscients quand ils arrivaient aux fours crématoires. Certains le regardaient, d'autres gémissaient et parfois suppliaient. Le garde allemand les assommait d'un coup de gourdin ou ordonnait de les enfourner encore vivants. En continuant à parler avec lui, Madeleine comprend qu'il est dans un état second :

C'est là, le , qu'elle apprend que la guerre est finie.

Un voyage à Toruń, Dantzig, renommé Gdańsk, et Gdynia fait l'objet de deux rapports. Le premier est adressé le à Étienne Burin des Roziers, directeur du cabinet du Général de Gaulle. Celui-ci lui répondra personnellement le mais dès le , un premier accord est signé entre la France et l'URSS autorisant l'organisation du rapatriement de tout prisonnier détenu par les Soviétiques se déclarant de lui même français, civils comme militaires.

Le second rapport, adressé à Roger Garreau, décrit les mêmes horreurs, par exemple l'entassement de corps décapités dans les cuves d'une usine à savon. Il documente l'utilisation du viol systématique des femmes, fillettes, adolescentes, parturientes, religieuses, vieillardes, comme arme de guerre par l'Armée rouge alors même que la loi soviétique interdit les rapports sexuels avec des étrangères.

Escadron bleu et SIPEG (fin 1945) Le , Madeleine Pauliac est rejointe à Varsovie par l'unité mobile n° 1 de la Croix Rouge partie le 23 de Constance sur le Lac. Ce sont dix jeunes infirmières et ambulancières volontaires et leur chef d'unité, Violette Guillot, qui conduisent cinq ambulances, des Austin offertes à la Croix-Rouge française par le roi George VI. Depuis Paris qu'elles ont quitté à la mi avril, elles ont déjà traversé l'Allemagne dans le sillage de la 7e armée, via Dachau et Buchenwald.

Au sein de cet Escadron bleu auquel elle donne les ordres de missionsPh. Maynial, Madeleine Pauliac : l'insoumise., ,Tallandier, Paris, 2019 ., Madeleine Pauliac va ainsi, pendant trois mois et demi, accomplir à travers toute la Pologne, et parfois jusqu'en Union soviétique, plus de deux cents expéditions. Au gré des renseignements, des Français, sans cesse déplacés par des autorités russes désorientées, sont récupérés dans des camps, des hôpitaux, des gares, y compris des Malgré-nous, tels cinq soldats exfiltrés du camp de Tambov grâce à la seule audace de Madeleine Pauliac. Les opérations sont toujours incertaines, souvent périlleuses. Le quasi rapt de huit Français hospitalisés à Białystok se fait sous les balles.