Voltairine de Cleyre, née le à Leslie, Michigan et morte le à Chicago, est une militante et théoricienne anarchiste américaine qu’Emma Goldman considérait comme Normand Baillargeon, & Voltairine De Cleyre par Emma Goldman..

Elle est l'auteure de chroniques, de poèmes, d'essais politiques surtout consacrés à l’économie, la religion, la pensée anarchiste et ses moyens d’action. Elle promeut un anarchisme sans adjectif qui refuse les « tendances » qui divisent le mouvement libertaire et défend l’action directe comme seul moyen de révolution sociale.

Son féminisme radical (bien que le mouvement n'existe pas encore à l'époque, il s'agit d'une association à posteriori) l'amène, dès 1890, à dénoncer « l’esclavage sexuel » et le viol légal qu’est à ses yeux l'institution du mariage.

En 1911, lors de la révolution mexicaine, elle s’engage activement aux côtés de Ricardo Flores Magón et contribue à son journal, Regeneración.

Biographie

Voltairine de Cleyre est née dans une famille pauvre de la classe ouvrière. Sa mère, Harriet Elizabeth Billings est américaine et son père, Hector De Claire, est né à Lille (1836) dans le Nord de la France et récemment immigré aux États-Unis. Elle doit son prénom à l’admiration de son père pour Voltaire, mais on la surnomme très vite Voltai. Vers 1887-88 elle changera son nom pour de Cleyre. En 1880, après la séparation de ses parents, son père la recueille et la place dans un couvent. Cette expérience, associée aux liens de sa famille avec le mouvement abolitionniste et le chemin de fer clandestin, la dureté et la persistance de la pauvreté dans laquelle elle a grandi ajoutées à son nom de baptême, l’ont rendue athée. Ceci a certainement contribué à la rhétorique radicale qu’elle a développée peu de temps après son adolescence.

Elle commence à s’impliquer dans le mouvement libre-penseur (principalement anticatholique et anticlérical) après sa sortie du couvent en donnant des conférences et des articles aux périodiques libres-penseurs. Au début des années 1880, sa présence dans le mouvement libre-penseur est influencée par Thomas Paine et surtout Mary Wollstonecraft, ainsi que de Henry David Thoreau, Big Bill Haywood, Clarence Darrow, et plus tard Eugene Victor Debs.

Anarchisme sans adjectif thumb|Voltairine de Cleyre à Philadelphie en 1901. En 1887, elle découvre le socialisme : N. Baillargeon, , Elle devient anarchiste après la pendaison, le , des quatre anarchistes accusés à tort d’avoir posé une bombe au cours de l’émeute de Haymarket Square, qui fit sept morts. Le procès de ces « martyrs de Chicago » (ils étaient huit inculpés au total) s’est déroulé dans une hystérie collective contre les anarchistes. , écrit-elle dans un essai autobiographique publié en 1914.

Le , elle donne naissance à un fils, Harry, dont le père est le libre-penseur James B. Elliot, avec lequel elle n'eut pas de vie commune suivie. Elle eut d'autres partenaires, comme Dyer D. Lum, Thomas Hamilton Garside, et Samuel Gordon, médecin, anarchistes tous deux et avec lesquels non plus elle ne partagea pas de vie commune..

Connue pour être une excellente oratrice et rédactrice, Voltairine de Cleyre, possédait, selon son biographe Paul Avrich, et, selon E. Goldman, en tant qu’avocate inlassable de la cause anarchiste dont

Emma Goldman, qui estimait Voltairine de Cleyre, a écrit un essai en sa défense. Cependant, les deux femmes étaient en désaccord sur quelques points-clé. Voltairine de Cleyre a commencé à fréquenter pour plusieurs années les anarchistes individualistes dont elle a adopté les idées. Dans son essai de 1894 intitulé In Defense of Emma Goldman and the Right of ExpropriationDéfense d’Emma Goldman et du droit d’expropriation., elle a soutenu le droit d’expropriation tout en restant neutre en ce qui concerne la tentative de le faire appliquer :

Par la suite, Voltairine de Cleyre a néanmoins fini par adopter une position à mi-chemin entre l'anarchisme individualiste et communiste : « L’individualisme suppose que la propriété privée soit la clé de voûte de la liberté individuelle ; affirme qu’une telle propriété devra consister en l’absolue possession de ses propres produits et du partage de l’héritage naturel de tous utilisables par tous. L’anarchisme communiste, au contraire, déclare qu’une telle propriété est à la fois irréalisable et indésirable ; que la possession et l’utilisation des ressources naturelles et des moyens de production par tous peuvent seules protéger l’individu contre la récurrence de l’inégalité et de ses conséquences, le gouvernement et l’esclavage. Ma conviction personnelle est que les deux formes de société , ainsi que de nombreuses variantes, seraient expérimentées, en l’absence de gouvernement, dans différents lieux selon les instincts et les conditions matérielles des habitants, mais que ces deux objections fondées devraient être laissées au choix. Seules la liberté et l’expérimentation sont en mesure de déterminer les meilleures formes de la société. Par conséquent, je ne me qualifie plus autrement que comme « anarchiste » tout simplement.»

Elle est devenue, à la place, l’une des avocates les plus en vue d’un « anarchisme sans adjectif », une faction de l’anarchisme se concentrant sur l’harmonie entre ses diverses factions, et n’a rien préconisé au-delà de la conception de base de l’anarchisme comme idéologie anti-étatiste et anticapitaliste. Dans The Making of an AnarchistBiographie d’une anarchiste., elle écrit : thumb|Affiche annonçant un mémorial quelques jours après la mort de Voltairine de Cleyre. Dans son essai de 1912, « De l'action directe », largement cité aujourd’hui, en défense de l’action directe, elle souligne des exemples tels que ceux de la Boston Tea Party en faisant remarquer que

Voltairine de Cleyre s’est également opposée avec force à l’existence d’une armée en temps de paix, arguant du fait que son existence rend les guerres plus probables. Dans son essai de 1909 intitulé Anarchism and American TraditionsL’Anarchisme et les traditions américaines., elle propose, afin d’obtenir la paix, que

Révolution mexicaine Au printemps 1911, à un moment où elle est plongée dans un profond désespoir, elle reprend courage grâce à la révolution mexicaine et surtout grâce à l'action de Ricardo Flores Magón, « l'anarchiste mexicain le plus important de l'époque », selon Paul Avrich. Elle rassemble des fonds pour aider la révolution et commence à donner des conférences pour expliquer ce qui se passe et l'importance de la solidarité internationale. Elle devient la correspondante et la distributrice du journal Regeneración à ChicagoChris Crass, « Courte biographie de Voltairine de Cleyre », traduit par Yves Coleman, lire en ligne ici, là ou là..

Voltairine de Cleyre était proche de Dyer D. Lum, « son professeur, son confident, son camarade » et inspirateur.

Tentatives de suicide et d’assassinat Sujette toute sa vie à la dépression et à la maladie, elle a essayé de se suicider au moins à une occasion et a survécu à une tentative d’assassinat le . Son assaillant, Herman Helcher, était un ancien élève auquel elle a pardonné plus tard, écrivant :

Elle meurt d’une méningite septique lors d'une opération à l'hôpital de Sainte-Marie de Nazareth, à Chicago, dans l'Illinois.

Une féministe radicale

thumb|James B. Elliot et Harry, le fils de Voltairine de Cleyre. Dans son essai de 1890, Sex SlaveryL’Esclavage sexuel., elle condamne les idéaux de beauté qui encouragent des femmes à se déformer le corps et les pratiques éducatives qui forment de façon artificielle les enfants selon qu’ils appartiennent à un sexe ou un autre. Le titre de l’essai se réfère non pas à la prostitution, bien que ce sujet soit également mentionné, mais plutôt aux lois du mariage permettant aux hommes de violer leurs épouses sans conséquences. De telles lois font

Pour elle, le mariage n’est que l’autre nom de l’esclavage sexuel. Un rapport sexuel non consenti, même entre un mari et son épouse, n’est autre qu’un viol. Les femmes doivent acquérir la pleine possession de leur propre corps. Dans « Les barrières de la liberté », conférence qu’elle prononce le , elle affirme que le mariage est la caution légale de l’assujettissement des femmes. Une société libre ne peut advenir sans une responsabilisation et une rébellion des femmesHélène Hernandez, « Femmes et anarchistes : Voltairine de Cleyre et Emma Goldman », Le Monde libertaire, , 15 mai 2014 texte intégral..

En 1907, lors de la conférence « Le mariage est une mauvaise action »Voltairine de Cleyre, « Le mariage est une mauvaise action », texte traduit, annoté et présenté par Yves Coleman, Éditions du Sextant, 2009., véritable plaidoyer en faveur de l'amour libre, elle affirme que seule la distance ménagée permet l'épanouissement des relations amoureuses. Le contrat de mariage imposant une promiscuité des âmes et des corps va à l'encontre de l'amourFemmes et anarchistes, recueil de textes de Voltairine de Cleyre et Emma Goldman, Éditions BlackJack, préf. Émilie Notéris, traduction de l’anglais (États-Unis) Léa Gauthier, Yves Coleman, Marco Sylvestro, Anna Gruzynski, Jean René David, Les Presses du réel, 2014 notice éditeur..

En 1895, dans une conférence aux femmes de la Ligue libérale, elle déclare :

Toute sa vie, elle combat le système de la domination masculine. Selon l'historien Paul Avrich,

Œuvres Traduites en français Y a-t-il plus fier et libre que nous ? Textes et poèmes anarcha-féministes, postface d'Emma Goldman, édition établie, traduite et préfacée par Léa Gauthier, Paris, Payot, coll. "Petite Bibliothèque Payot", 2023. « De l’action directe », texte d'une conférence de 1912 « De l'action directe » (Mother Earth, 1912). Présenté par Normand Baillargeon, Le Passager clandestin, 2009 Traduit, annoté et présenté par Yves Coleman, éditions du Sextant, 2010 Anarchisme et traditions américaines, texte traduit et annoté par Isabelle Pivert, préface de Chris Crass traduite par Yves Coleman, éditions du Sextant, 2012 D'espoir et de raison. Écrits d'une insoumise, textes réunis et présentés par Normand Baillargeon et Chantal Santerre, Lux Éditeur, 2008 ; rééd. 2018, présentation éditeur « Le Mariage est une mauvaise action », texte traduit, annoté et présenté par Yves Coleman, éditions du Sextant, 2009 Textes en français de Voltairine de Cleyre

En anglais The First Mayday: The Haymarket Speeches, 1895-1910Le Premier Mai : Les discours de Haymarket, 1895-1910. (recueil de ses discours), édité par le Libertarian Book Club, 1980 Texte de L'Esclavage sexuel (Sex Slavery, 1890), en anglais sur Molinari Institute

Littérature Dans Chants d'utopie, premier cycle de Brice Bonfanti, le chant XIV du livre 2 est consacré à Voltairine de Cleyre sous le titre : Des fenêtres des portes des ponts des jardins.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Alice Béja, Voltairine de Cleyre, anarchisme, féminisme et amour libre, Éditions de l'Atelier, 2025 , présentation éditeur. Constance Bantman, Mélancolie anarchiste - A propos de : Alice Béja, Voltairine de Cleyre. Anarchisme, féminisme et amour libre, La Vie des idées, Collège de France, . Marie Rabecq, « Alice Béja, Voltairine de Cleyre. Anarchisme, féminisme et amour libre », IdeAs [En ligne] 27 (2026), mis en ligne le . Collectif, Femmes et anarchistes - Voltairine de Cleyre et Emma Goldman, préface d' Émilie Notéris, BlackJack éditions, , , notice éditeur Normand Baillargeon, « Voltairine et nous », Le Monde libertaire, , , à 17 The Voltairine de Cleyre Reader (manuel), édité par AJ Brigatiet, AK Press, 2004 Ronald Creagh, Histoire de l'anarchisme aux États-Unis d'Amérique : les origines, 1826-1886, Claix : Pensée sauvage, 1981, texte intégral Paul Avrich, An American Anarchist: the life of Voltairine de Cleyre, Princeton : Princeton University Press, 1978 Eugenia C. DeLamotte, Gates of Freedom: Voltairine de Cleyre and the Revolution of the Mind, Ann Arbor : University of Michigan Press, 2004