Sci-Hub (ou Scihub) est un site web fournissant un accès libre à des articles scientifiques obtenus par web scraping. en contournant les paywalls (« péages ») classiques des éditeurs académiques. Des publications sont ajoutées quotidiennement après avoir été téléchargées via des proxys d'établissements universitaires. Début , cette bibliothèque clandestine permet ainsi de consulter gratuitement plus de d'articles. dont l'accès coûterait, en règle générale, plus de par article.
Il a été attaqué en justice par la maison d'édition scientifique Elsevier pour atteinte au droit d'auteur. En , l'adresse originale, sci-hub.org, est fermée. Des domaines alternatifs sont alors mis en place. Le tribunal judiciaire de Paris ordonne le à trois fournisseurs d'accès à Internet de bloquer l'accès à Sci-Hub.
Pour de nombreux chercheurs, il s'agit d'un outil incontournable pour la recherche scientifique du fait du coût des articles qui ne peut être financé par les organismes de recherche, en particulier dans les pays émergents.
Historique gauche|vignette|redresse|Alexandra Elbakyan fondatrice de Sci-Hub, à l'Université Harvard en .
Le projet Sci-Hub a débuté le . Il a été fondé par Alexandra Elbakyan., alors étudiante en neurosciences au Kazakhstan, dans le but de diffuser plus largement le savoir scientifique chez les personnes étant, comme elle, bloquées par les « paywalls »..
Entre et le printemps , Sci-Hub fournissait un accès aux publications scientifiques sans les stocker, en utilisant des identifiants d'université ou d'organismes de recherche aléatoirement.
Parallèlement, LibGen commence à stocker des articles scientifiques issus de Sci-Hub, en .
En , la demande d'articles explose, notamment en Chine. Pour suivre cette demande, Sci-Hub a commencé à rediriger vers le répertoire de LibGen quand les articles y étaient déjà présents. Plus tard, la même année Alexandra Elbakyan a acquis de nouveaux serveurs, via une campagne de financement participatif, sur lesquels elle a installé une copie des données présentes sur LibGen dont un serveur est mort emportant avec lui quelque .
À partir de , le code est réécrit et une fonction de recherche automatique des articles (utilisant automatiquement tous les identifiants) est mise en place. Des copies des serveurs sont effectuées et Alexandra Elbakyan cherche activement à compléter les manques de son répertoire en se basant sur les sujets et journaux les plus demandés.
Durant l'été , de grandes bibliothèques universitaires apprennent que leurs coûteux abonnements à Elsevier et Wiley ont été détournés ou piratés pour ou par un serveur donnant un accès gratuit à des milliers puis des millions d'articles..
En , le classement d'Alexandra Elbakyan parmi les dix personnalités les plus influentes de l'année par la revue Nature. accroît la notoriété de Sci-Hub.
Les éditeurs les plus touchés ayant porté plainte, le nom de domaine original, sci-hub.org, est rapidement désactivé en , sur décision de justice américaine. Le projet refait surface sous un nom de domaine en « .io »., les dons des utilisateurs couvrant le coût de fonctionnement. Le nom de domaine « .io » est supprimé en ..
La bibliothèque de données de Sci-Hub abriterait, en , environ de documents, soit 68,9 % de la littérature scientifique référencée par Crossref et 85 % des articles publiés par les éditeurs payants..
Le , Twitter bloque de façon permanente le compte officiel de Sci-Hub. en application d'un règlement sur la contrefaçon. Des chercheurs indiens ont exprimé leurs inquiétudes, affirmant que le compte est essentiel dans la poursuite de leurs recherches..
Le , l'unité de lutte aux crimes contre la propriété intellectuelle de la police de la Cité de Londres déclare que l'utilisation du site pourrait constituer une menace contre les données personnelles des étudiants qui y ont accès, mentionnant entre autres que des institutions russes pourraient recueillir des données. Dans la foulée, le chef de l'unité demande aux universités britanniques de bloquer l'accès au site, jugeant que les informations transmises par les étudiants pourraient servir à compromettre les réseaux informatiques des universités. Des spécialistes jugent que les étudiants pourraient aussi télécharger des programmes malicieux..
Une étude effectuée en sur la base de ayant fait l'objet d'une rétractation a montré que 85 % d'entre eux continuaient à être diffusés sur Sci-hub.. Les auteurs de l'étude s'inquiètent à ce titre du risque que le site participe à la diffusion d'articles contenant des informations fausses ou obsolètes..
Principe d'utilisation Le site est spécialement conçu pour copier les données cachées derrière les « péages » et les rendre accessibles à l'utilisateur (avec le titre ou le (DOI) de l'article comme mot-clé), et il serait plus fiable pour trouver le texte intégral.. Il est également possible de passer par le moteur de recherche Google Scholar pour trouver un article puis de passer les barrières des éditeurs en utilisant l'extension Sci-Hub depuis son navigateur. Pour ces raisons, il est de plus en plus tentant de l'utiliser pour la communauté étudiante, les académiques ou des personnes intéressées par les sujets traités, notamment dans les pays en développement tels que l'Inde et l'Indonésie, ainsi qu'en Iran, en Chine, en Russie et au Brésil. Fournir aux institutions et aux pays financièrement défavorisés et manquant d'infrastructures scientifiques un accès aux résultats de la recherche était expressément le but d'Alexandra Elbakyan dès la création du site. Elle a expliqué qu'elle avait téléchargé des documents de manière similaire pour effectuer son travail de recherche dans une université du Kazakhstan, étant donné son besoin d'en parcourir des centaines. C'était le premier site à offrir un accès automatique et gratuit à large échelle, ceci lui valant parfois d'être comparé au .
Avant son lancement, les scientifiques, la communauté étudiante et le lectorat d'articles scientifiques non-abonnés pouvaient solliciter par courriel les auteurs des papiers nécessaires à leur recherche. Au moment du lancement de Sci-Hub, des forums et réseaux sociaux scientifiques existaient aussi, comme le tag #ICanHazPDF sur Twitter. Ce partage « manuel » semble supplanté par Sci-Hub et d'autres équivalents comme Library Genesis (LibGen) qui peuvent répondre à des milliers de requêtes par jour. De facto, Sci-Hub est devenu une sorte de première bibliothèque scientifique virtuelle ouverte et presque universelle, mais dont les contenus sont majoritairement illégalement mis à disposition (une partie est cependant à l'origine en accès libre). De la création du site en à , plus de d'adresses IP uniques auraient fait des demandes (sachant qu'une seule IP peut éventuellement désigner un établissement scolaire, une institution, un laboratoire ou un sous-ensemble universitaire regroupant parfois un grand nombre de personnes). vignette|center|redresse=3|Page d'accueil de Sci-hub, en 2023.
Utilisateurs Un article publié par le site web du journal Science en est introduit par l'exemple d'un étudiant iranien qui devrait (en ) dépenser environ par semaine (l'équivalent de toutes ses dépenses mensuelles) pour acheter les articles scientifiques de son domaine (plusieurs dizaines de dollars par article de quelques pages), que son université n'a pas les moyens de lui procurer (notamment à cause des mesures d'embargo). Parmi les programmes d'aides au monde académique de pays en voie de développement, un seul semblait pouvoir couvrir son domaine scientifique, « », qui l'oblige à contacter individuellement les auteurs d'articles pour solliciter une copie gratuite, ce qui constitue un frein considérable à l'activité de recherche. De plus, ces liens sont généralement morts dans les après la publication. L'article présente aussi le point de vue opposé : celui d'éditeurs tels qu'Elsevier dont le directeur tweetait : lors d'un débat houleux à propos de l'accès universel via Sci-Hub s'étant déroulé le .
L'auteur de l'article, John Bohannon, a négocié avec Sci-Hub (sans difficulté, précise-t-il) de pouvoir analyser des données anonymisées de demande de consultation pour une période de (de à ) pour répondre à des questions encore sans réponses : qui accède à la plateforme ? d'où ? et pour lire quoi ? Résultat : au moment de l'étude des dizaines de millions de contacts ont eu lieu en avec environ d'articles recherchés, dont plus de demandés par des personnes de l'Iran, en Inde et en Chine. Des demandes ont émané de tous les continents sauf l'Antarctique et de presque tous les pays, pour tous les champs scientifiques et pour des articles récents, mais aussi anciens. Jusqu'alors, on ignorait qui consultait ces documents.
vignette|Nombre de téléchargement d'article via Sci-hub par habitant, par pays, en . Selon cette étude, une partie de l'usage le plus intense de Sci-Hub est le fait de campus universitaires américains et européens. Certains chercheurs semblent utiliser Sci-Hub par commodité plutôt que par nécessité alors qu'ils pourraient obtenir le même article de leur bibliothèque universitaire, ce qui pourrait expliquer que les États-Unis sont le cinquième pays (après la Russie) chargeant le plus d'articles et un quart des demandes faites à Sci-Hub provenant de membres de l'OCDE, c'est-à-dire des pays réputés les plus riches et ayant théoriquement un accès facile aux périodiques scientifiques, via des abonnements universitaires (souvent, pour les revues de haut niveau, l'étudiant n'a accès qu'à des revues liées à son domaine d'étude, ce qui peut freiner la pluridisciplinarité). Les historiques de téléchargement montrent que ce site permet aussi à des chercheurs de continuer à travailler en Libye malgré la guerre civile. En , la Chine est le premier pays de provenance des téléchargements ( en un mois), les États-Unis étant seconds..
Les flux temporels de téléchargement reflètent le rythme de vie des chercheurs de plus en plus actifs au fur et à mesure de l'avancée de la journée et pour certains jusque tard dans la nuit (ou toute la nuit). Fin , Sci-Hub atteint son record de téléchargements (plus de par jour). En , ce sont qui sont téléchargés chaque jour.
À la suite de l'article de John Bohannon, le site web de la revue Science publiait les résultats d'un questionnaire de l'opinion de ses lecteurs, sur Sci-Hub. Il en ressort que 88 % des pensent que ce n'est pas « mal » de télécharger des articles sur le site créé par Alexandra Elbakyan..
Une étude publiée en montre que 35 % des téléchargements seraient des articles parus dans les deux dernières années. Les éditeurs les plus « téléchargés » seraient Elsevier et Springer Nature, tandis que les publications de Wiley-Blackwell et de l'Institute of Electrical and Electronics Engineers (IEEE) sont beaucoup moins téléchargées malgré leur important contenu..