Le Musée zoologique de la ville de Strasbourg présente des collections de zoologie appartenant à la Ville de Strasbourg. Longtemps géré par du personnel universitaire, il fait aujourd'hui partie intégrante du réseau des musées de la Ville de Strasbourg. Il est situé boulevard de la Victoire à proximité du campus historique de l'université de Strasbourg.

Fermé pour travaux depuis , le musée a rouvert ses portes le . Il compte plus de 1,2 million de spécimens dont sont présentés au public.

Histoire

À l'origine du musée : Jean Hermann vignette|gauche|Le cabinet de Jean Hermann, tel que reconstitué en 1989Claude Viel, « Le cabinet d'histoire naturelle de Jean Hermann à Strasbourg », Revue d'histoire de la pharmacie, , 1989, , .. La curiosité et la détermination du naturaliste Jean Hermann (1738-1800) sont à l'origine de ses premières collections et du futur musée. Après l'obtention de son diplôme de docteur en médecine à l'université de Strasbourg en 1762, il se rend à Paris, visite des établissements scientifiques et des cabinets de curiosité connus. Il fait également quelques acquisitions pour son propre cabinet d'histoire naturelle qu'il vient d'ouvrir dans son appartement sur la place Saint-Thomas, à l'angle de la rue Salzmann. vignette|upright|gauche|Testudo hermanni, la tortue qui lui doit son nom. Également professeur, lui-même ne voyage guère, mais entretient des relations épistolaires avec un important réseau de scientifiques, tels que Georges Cuvier, Carl von Linné ou Alexander von Humboldt, et fait partie de nombreuses sociétés savantes. Son cabinet compte 900 oiseaux, plus de 200 mammifères, des reptiles, des vers, des poissons, des insectes, des coquillages. Il constitue également un herbier de plus de . À sa mort en 1800, on recensera de minéraux rangés dans 150 tiroirs. Il possède en outre une importante bibliothèque d’ouvrages d’histoire naturelle de plus de .

La notoriété de ses collections attire de nombreux visiteurs, de France et de toute l'Europe : plus de y viennent entre 1762 et 1800, dont le zoologiste Lacepède, le naturaliste Lamarck, le physicien Volta, le minéralogiste Dolomieu, le prince Ferdinand de Wurtemberg ou l’archevêque primat de PologneRoger Bour, « Jean Hermann (1738-1800), Professeur d'histoire naturelle et Herpétologiste strasbourgeois », Bull. Soc. Herp. Fr., 2009, .

La période française (1804-1870) Lorsque Jean Hermann meurt en 1800, le cabinet est d'abord géré par sa famille puis vendu à la Ville de Strasbourg en 1804. Il s'agit d'éviter le démantèlement des collections, à une époque où se développent les premiers musées d'histoire naturelle. Son gendre, Frédéric Louis Hammer (1762-1837), ainsi que son frère, Jean-Frédéric Hermann (1743-1820), futur maire de Strasbourg, contribuent à la sauvegarde du cabinet. vignette|upright|Buste de Schimper au Musée. En 1818 les collections sont transférées dans les bâtiments de l'actuel Grand Séminaire, derrière la cathédrale. Leur entretien est confié à l'Académie de Strasbourg (université) pour ouvrir un musée d'histoire naturelle. Achats, dons et échanges se multiplient et le manque de place se fait sentir.. De nouveaux locaux sont trouvés à la Krutenau. À son tour le Muséum d'histoire naturelle de Paris cède de nombreux spécimens. Hammer dirige le musée jusqu'en 1826. L'année suivante il est remplacé par le médecin et zoologiste Georges Louis Duvernoy (1777-1855), collaborateur et ami de Georges Cuvier (1769-1832). Lorsque Duvernoy est nommé au Collège de France en 1837, Dominique Auguste Lereboullet (1804-1865) prend la direction du musée. Il est bientôt secondé par Wilhelm Philipp Schimper (1808-1880), devenu Conservateur en 1839. Ensemble ils créent, en 1851, l'association strasbourgeoise des Amis du musée qui joue un rôle important dans les acquisitions du musée jusqu'en 1870. De 1865 à 1867 l'établissement est dirigé par Émile Baudelot (1834-1875« Émile Baudelot (1834-1875), » Facultés et Université de Nancy aux 19e-20e siècles ), auquel succède Schimper. Pendant la guerre de 1870, le musée est bombardé, les collections sont déplacées et désorganisées, l'association est dissoute . Refusant un poste au Museum d'Histoire naturelle à Paris, Schimper choisit de rester en Alsace et accepte un poste de professeur à l'université allemande de Strasbourg. Il reste à la tête du Musée jusqu'à sa mort en 1880.

La période allemande (1871-1918) vignette|upright|Ludwig Döderlein. À l'issue du conflit, l'annexion de l'Alsace-Lorraine entraîne également d'importants bouleversements dans le monde scientifique. Sur le modèle disciplinaire déjà mis en œuvre par Wilhelm von Humboldt à Berlin, la Kaiser-Wilhelms-Universität est structurée en instituts spécialisés, ce qui entraîne la scission des autres collections (botanique, géologie, minéralogie, paléontologie),qui dépendent désormais de l'université. Seules celles de zoologie demeurent la propriété de la ville et rejoignent un nouveau musée construit en 1893. Son conservateur, puis directeur est Ludwig Döderlein (1855-1936), qui imprime bientôt sa marque. Il se charge du déménagement, de la conception scientifique et muséographique, ainsi que de l'agencement intérieur du bâtiment. Quant à la présentation des spécimens, il fait le choix de tout exposer : il n'y a pas de réserves. Son approche universaliste, servie par la politique expansionniste allemande, conduit à un enrichissement considérable des fonds, par des acquisitions, mais aussi grâce aux spécimens rapportés par les scientifiques de leurs explorations autour du monde, notamment sur de nouveaux lieux de collecte (Dar-es-Salam, archipel Bismarck, Tsingtao, Neubritannien, Ponape, Neuguinea, Deutsch-Ostafrika). Lui-même a réuni une importante collection de spécimens d'animaux marins au cours de son séjour au Japon. Contraint au départ en 1919, alors que l'Alsace est redevenue française, il doit aussi intégrer ces pièces aux fonds du musée, même si l'Alsacien Adolf Burr (né en 1889), devenu conservateur-adjoint, l'aide à continuer d'étudier ses collectionsMarie-Dominique Wandhammer, « Musée zoologique », in Dictionnaire culturel de Strasbourg : 1880-1930, Presses universitaires de Strasbourg, 2017, .

Le musée au (1918-2019) En 1920, le biologiste Émile Topsent (1862-1951) est nommé professeur de zoologie à l'université de Strasbourg. Au musée il se démarque de son prédécesseur : les vitrines sont allégées, des réserves sont créées au troisième étage, une muséographie plus audacieuse est proposée aux visiteurs : il s'agit désormais d'aborder le monde animal par son rapport au monde humain. Après le départ de Topsent en 1927, la muséographie subit peu de transformations pendant la période de l'entre-deux-guerres.

La Seconde Guerre mondiale est catastrophique pour le musée. Les Allemands transfèrent les collections de grands mammifères dans l'actuelle manufacture des tabacs, qui est bombardée en 1944. Le musée perd alors la quasi-totalité de ces collections (dont 45 bouquetins, 75 antilopes et gazelles, 35 félidés, des tapirs des Indes et d'Amérique centrale et une collection de zèbres unique au monde).

Lorsque le musée rouvre ses portes le , le nouveau conservateur en est l'entomologiste François Gouin (1911-1998). Il doit faire face aux travaux de remise en état qui durent dix ans et, par ailleurs, il n'est pas possible de reconstituer à l'identique les collections détruites. Cependant, en 1961, la décision d'attribution d'indemnités de guerre au musée permet notamment de lancer un programme d'achat d'animaux naturalisés et d'ouvrir un département d'anatomie des vertébrés, comprenant une section d'ostéologie et d'anatomie comparée. François Gouin reste à ce poste jusqu'à sa retraite en 1976« Gouin, François (1911-1998) », notice IdRef . vignette|Exemple de diorama : « Paysage africain du Tanganyka » (2011). En 1977 Guy Hildwein lui succède à la tête de l'établissement, secondé par Élisabeth Lang qui prendra le relais de 1988 à 2002. Ils entreprennent la rénovation des présentations du musée. À l'instar d'autres musées français et européens, ils renoncent à présenter systématiquement dans des vitrines les spécimens par familles et optent pour des dioramas, c'est-à-dire des mises en scène évoquant un milieu et les différentes espèces qui y vivent. Au fil des années, les bords du lac Tanganyka, la savane, les Andes et le milieu polaire sont ainsi représentés. Populaires dans les années 1980, ces dioramas seront délaissés à leur tour.

Rénovation au Au début du , le musée, qui a peu évolué, apparaît comme désuet« Le musée zoologique de Strasbourg reprend vie après six ans de travaux », Rue89, 12 septembre 2025 . En 2018, c'est le moins fréquenté de la ville. Par ailleurs la mise aux normes de sécurité et d'accessibilité du bâtiment nécessite une rénovation de grande ampleur. Portée par l'Université en collaboration avec la Ville de Strasbourg, cette nécessaire transformation s'inscrit dans le cadre du Plan Campus — le respect de l'esprit du lieu et de la lisibilité des espaces intérieurs constituant une priorité. Le musée ferme au public le à l'issue des Journées Européennes du Patrimoine. À partir d', les collections sont conservées au Pole d'étude et de conservation des musées de la Ville de Strasbourg.vignette|upright=1.6|gauche|Les collections Hermann réinterprétées (2025). La durée des travaux avait d'abord été estimée à trois ans. Cependant le musée ne rouvre finalement ses portes que six ans plus tard, le Musées de la Ville de Strasbourg .De grands aménagements sont apportés. Ainsi, le cabinet de travail de Jean Hermann, figure emblématique de l'établissement, ne fait plus partie de la nouvelle muséographie, mais une sélection de ses collections est réinterprétée dans une installation à caractère contemporain« Le Musée zoologique métamorphosé ouvre ses portes », DNA, 11 septembre 2025 .

Samuel Cordier, auteur d'une thèse en muséologie des sciences au Muséum national d'histoire naturelle (MNHN), est conservateur du patrimoine et directeur du Musée zoologique de Strasbourg depuis 2021« Jury 2025 - Prix du Roman d'Écologie » ..

Bâtiment Hall d'entrée Décor peint Après l'ouverture du musée en 1893, la décoration du hall est confiée à la Kunstgewerberschule, future École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, dont le directeur est alors (1850-1916). L'artiste, originaire de Munich, est connu comme l'un des principaux représentants de la tendance naturaliste du Jugendstil« Anton Seder », Numistral.

Sous sa supervision, huit grands panneaux peints à l'huile sur plâtre sont réalisés en 1894 et 1896, en étroite collaboration avec (1865-1945), formé à la peinture et à la décoration de théâtre et qui enseigne à l'école depuis 1890. La nature – particulièrement les fonds marins et la jungle – nourrit leur inspiration.

Le girafon vignette|gauche|upright=0.8|Le girafon dans le hall d’entrée (2006) La figure emblématique du musée a longtemps été un girafon taxidermisé situé dans le hall d'accueil. Née au zoo d'Aalborg au Danemark en juin 1992, cette girafe de Rothschild, ou « girafe de Baringo », a vécu au zoo de Verviers en Belgique. À sa mort en 1996, elle est naturalisée à Liège avant de rejoindre le musée zoologique de Strasbourg en 1999 où elle est exposée pendant 22 ans. En 2021 elle quitte le hall pour gagner les réserves. La méthode de naturalisation à base de plastique pratiquée dans les années 1990 induit, avec les variations de température, des distensions de la matière à l’intérieur qui provoquent de très larges craquelures au niveau de l’ensemble des coutures de l’encolure et du ventre, et sur les membres. Le girafon n’est pas réintégré dans les pièces exposées après la rénovation du Musée zoologique.

Les squelettes