Le combat d'El Bodón se déroule le à El Bodón en Espagne, dans le cadre de la guerre d'indépendance espagnole. Il oppose la cavalerie française du général Louis Pierre de Montbrun à un contingent anglo-portugais sous le commandement du marquis de Wellington. L'affrontement se solde par une retraite des Alliés.

À l'été 1811, l'armée anglo-portugaise de Wellington pénètre en Espagne et met le siège devant Ciudad Rodrigo. Le maréchal Marmont se porte alors au secours de la place avec l'armée du Portugal. Le , la division de cavalerie du général Montbrun, déployée en avant-garde, se heurte aux forces adverses dirigées par Wellington. Les troupes alliées renoncent peu après à s'emparer de Ciudad Rodrigo et se retirent sur la frontière. Bien que d'une importance mineure, ce combat est révélateur des difficultés rencontrées par Wellington dans sa progression sur le sol espagnol.

Contexte

À l'issue des batailles de Fuentes de Oñoro (du 3 au ) et d'Albuera (), l'armée anglo-portugaise met le siège devant Badajoz, mais une contre-offensive française l'oblige à rétrograder sur Elvas. Le maréchal Auguste Marmont, commandant en chef l'armée française du Portugal, positionne ses troupes autour de Navalmoral afin de protéger à la fois Badajoz et Ciudad Rodrigo. Dans les dix semaines qui suivent, profitant de l'inactivité de son adversaire, Marmont s'emploie à réorganiser et compléter ses forces, fortement diminuées après l'échec de la troisième invasion du Portugal et la bataille de Fuentes de Oñoro.

De son côté, le marquis de Wellington projette de s'emparer des deux villes de Badajoz et Ciudad Rodrigo en vue de la reconquête de l'Espagne, en dépit de l'absence de soutien de ses alliés espagnols. Son intention est de se concentrer prioritairement sur Ciudad Rodrigo tout en n'excluant pas un abandon des opérations si la résistance française se montre trop forte. En outre, le commandant britannique sait qu'il ne peut pas non plus compter sur des renforts en provenance d'Estrémadure, où les hommes du général Hill fixent le corps français de Drouet d'Erlon devant Badajoz.

Le choix de Wellington d'attaquer Ciudad Rodrigo plutôt que Badajoz s'explique à la fois par le soutien au nord des milices portugaises, capables d'entreprendre des opérations secondaires ; par le relief montagneux du terrain qui lui est doublement favorable, d'une part en lui offrant de solides positions défensives et d'autre part en réduisant l'efficacité de la cavalerie française, plus nombreuse que la sienne ; et enfin par le fait qu'en attirant son adversaire vers le nord, Wellington espère priver Marmont de l'appui de Soult, en Andalousie, et d'empêcher ainsi la réunion des deux principales armées impériales du secteur — l'armée du Nord, bien que numériquement importante, étant dans l'incapacité de soutenir Marmont.

Face à la supériorité de son adversaire, et dans l'attente de son train de siège (artillerie et matériel du génie), Wellington se borne à isoler Ciudad Rodrigo en empêchant toute communication avec l'extérieur. Le blocus commence le . Le 12, Wellington établit son quartier-général à Fuenteguinaldo, alors que les forces non engagées dans les opérations de siège restent cantonnées à l'arrière. La coupure des lignes de communication entre Ciudad Rodrigo et Salamanque n'entraîne aucune réaction immédiate de la part des Français ; la cité assiégée a en effet été ravitaillée deux jours avant l'arrivée des Anglo-Espagnols et dispose de provisions jusqu'à début octobre. Un courrier intercepté le précise qu'un convoi de vivres est prêt à quitter Salamanque le 21, tandis que des dépêches également tombées aux mains des assiégeants informent que l'armée du Nord et l'armée du Portugal sont en train d'effectuer leur jonction, donnant une importante supériorité numérique aux Français.

Dans ces conditions, Wellington fait le choix de demeurer autour de Ciudad Rodrigo afin de préserver ses troupes, qu'il sait suffisamment fortes pour livrer bataille en rase campagne. Le général en chef britannique met également à profit le relief montagneux de la région pour bâtir des retranchements à Fuenteguinaldo ainsi qu'à Rendo et Alfaiates, non loin de Sabugal.

Topographie du terrain

El Bodón (voir carte) est un petit village situé à environ au sud-ouest de Ciudad Rodrigo, installé sur un plateau entourant la ville et où transite la route reliant Ciudad Rodrigo à Fuenteguinaldo. À cet endroit, aussi bien à l'est qu'au sud et à l'ouest, le terrain en pente offre une position dominante à un éventuel occupant.

Forces en présence

Ordre de bataille français

Les troupes françaises présentes dans la région, en plus de la garnison de Ciudad Rodrigo, appartiennent à l'armée du Portugal commandée par le maréchal Marmont et à l'armée du Nord dirigée par le général Dorsenne. Les effectifs en présence de ces deux armées se montent à pour Marmont et pour Dorsenne, formant un total disponible de .

Armée du Portugal

vignette|Le maréchal Marmont, commandant en chef l'armée du Portugal.

Cette armée, au commandement de laquelle Marmont a remplacé le maréchal Masséna, comprend six divisions d'infanterie, deux brigades de cavalerie légère et une division de dragons. Sa composition est la suivante :

Maréchal Auguste Frédéric Viesse de Marmont, commandant en chef — , et , hommes du train et sapeurs Division Maximilien Sébastien Foy — 12 bataillons d'infanterie, Division Bertrand Clauzel — 12 bataillons d'infanterie, Division Claude-François Ferey — 11 bataillons d'infanterie, Division Jacques Thomas Sarrut — 9 bataillons d'infanterie, Division Antoine Louis Popon de Maucune — 12 bataillons d'infanterie, Division Antoine François Brenier de Montmorand — 9 bataillons d'infanterie, Brigade de cavalerie légère : général de brigade Auguste Étienne Marie Gourlez de Lamotte — 4 régiments, 613 hommes. de hussards de hussards de chasseurs à cheval de chasseurs à cheval Brigade de cavalerie légère : général de brigade François Fournier — 3 régiments, 701 hommes Division de dragons : général de division Louis Pierre de Montbrun — 2 brigades, 7 régiments, .

Armée du Nord

L'armée commandée par le général de division Jean Marie Pierre Dorsenne est à ce moment la plus grande armée française dans la péninsule espagnole, avec disponibles en date du . Cependant, la majeure partie d'entre eux sont utilisés à la garnison des places du nord de l'Espagne, si bien que Dorsenne ne peut mobiliser que et pour appuyer Marmont.

Ordre de bataille anglo-portugais

vignette|Le marquis de Wellington, commandant en chef l'armée anglo-portugaise.

Wellington aligne près de , dont . Sa cavalerie comprend au total incluant 900 Portugais. L'historien britannique Charles Oman remarque que la faiblesse relative des effectifs s'explique par le nombre de malades, en prenant l'exemple des bataillons arrivés à Lisbonne au mois de juin, forts d'entre , et réduits en septembre à : ainsi, le Regiment of Foot compte, au , 513 malades sur un effectif théorique de 791 hommes. En cas d'affrontement, Wellington peut réunir les troupes suivantes :

d'infanterie (à Carpio de Azaba) : lieutenant-général Thomas Graham — d'infanterie : lieutenant-général Thomas Picton — 3 brigades, hommes Brigade A : lieutenant-colonel Wallace, commandant par intérim en remplacement du major-général Henry MacKinnon — du Regiment of Foot — 1 bataillon du Regiment of Foot — 1 bataillon du Regiment of Foot — 1 bataillon du Regiment of Foot — 3 compagnies Brigade B : major-général Charles Colville — du Regiment of Foot — 1 bataillon du Regiment of Foot — 1 bataillon Regiment of Foot — 1 bataillon Regiment of Foot — 1 bataillon portugaise : brigadier-général Luís Inácio Xavier Palmeirim — 4 bataillons et du régiment d'infanterie , lieutenant-colonel Charles Sutton — 2 bataillons et du régiment d'infanterie , lieutenant-colonel José Joaquim Champalimaud — 2 bataillons (à Fuenteguinaldo) — (dans la Sierra de Gata) — (sur la rivière Azaba) — (entre Sabugal et Fuenteguinaldo) — « Division légère » (près de Martiago) — Corps de cavalerie : major-général Stapleton Cotton — 6 brigades, Artillerie — 11 batteries à cheval et de campagne Artillerie à cheval britannique — 3 batteries Artillerie de campagne — 1 batterie de la King's German Legion et 5 batteries portugaises

Déroulement du combat

vignette|gauche|Le général de division Louis Pierre de Montbrun, commandant la division de dragons de l'armée du Portugal.

Un contingent militaire français, mêlant des troupes de l'armée du Portugal et de l'armée du Nord, s'approche de Ciudad Rodrigo afin d'assurer le ravitaillement de la place et forcer les assiégeants à lever le blocus. Envoyée en avant-garde, la cavalerie arrive sous les murs de la ville le où elle est rejointe par l'infanterie le lendemain. Devant l'arrivée des Français, les éléments de cavalerie britanniques positionnés au nord de l'Águeda se retirent vers le sud en laissant ouverte la route de Salamanque. Dans le même temps, les et britanniques s'avancent sur Carpio de Azaba pour couvrir celle d'Almeida ; Wellington et la restent à Fuenteguinaldo tandis que la occupe Pastores et El Bodón. La « division légère » se trouve à Martiago. Un rideau de cavalerie protège l'ensemble, avec la division portugaise Madden sur le cours inférieur de l'Águeda, la brigade Anson sur la route de Carpio, et enfin la brigade Alten sur le cours supérieur de l'Águeda entre Carpio et Pastores.

Ne croyant pas les Français capables de pousser au-delà de Ciudad Rodrigo, le général en chef britannique a imprudemment dispersé ses troupes, donnant à ses adversaires la possibilité de s'immiscer dans les intervalles entre les différentes unités et ainsi empêcher leur concentration à Fuenteguinaldo. Les troupes françaises tâtent le dispositif de Wellington, ce qui donne lieu à quelques accrochages sans grandes conséquences aux alentours de Carpio. Cependant, la situation s'aggrave rapidement dans le secteur de la à El Bodón..

Le général Montbrun emprunte la route de Fuenteguinaldo avec sa division de dragons et les brigades de cavalerie légère Lamotte et Fournier. Une fois l'Águeda franchi, il continue son chemin, à peine gêné par la brigade Alten qui ne peut rien faire pour ralentir les cavaliers français. Ces derniers ne tardent pas à se retrouver en plein cœur du dispositif de la , fractionnée en plusieurs groupes sur un front large d'une dizaine de kilomètres. Une partie de la brigade A ( du régiment d'infanterie et trois compagnies du du ) est à Pastores tandis que le reste de la brigade occupe El Bodón à environ au sud-ouest. La brigade B et la brigade portugaise sont divisées en deux groupes : le premier, composé du du , du et du régiment d'infanterie portugais , occupe une hauteur où passe la route reliant Ciudad Rodrigo à Fuenteguinaldo ; le second — du , et régiment d'infanterie portugais — forme l'aile gauche de la division au nord-est. Les cinq escadrons de cavalerie de la brigade Alten sont en position au centre, accompagnés de deux batteries portugaises sous le commandement du major von Arentschildt.

vignette|upright=1.5|Carte de Ciudad Rodrigo et de ses environs en septembre 1811. El Bodón est au sud-ouest, à de la ville.