Almanzor ou Al-Mansur (de son nom Ibn Abû `Âmir et surnomé « al-Mansûr », le VictorieuxAbû `Âmir dit « al-Mansûr bi-llah Muhammad ben `Abd Allah. Se retrouve aussi le nom Ibn `Âmir Al-Mansûr ou Mohamet ibn Abu Adher "al-Mansûr" ou encore hajib, Ibn Abi Amir al-Mansûr. En arabe : أبو عامر "المنصور بالله" محمد بن عبد الله.), né à Algésiras vers 937-938 et mort à Medinaceli le , est un chef militaire et homme d'État andalusi. , qui signifie « le victorieux » en arabe, est devenu en espagnol. Vizir du palais du calife omeyyade de Cordoue, (976-1013), il obtient, à force d’intrigues, d’assassinats politiques et de nombreuses victoires à travers la péninsule ibérique, tout pouvoir en al-Andalus de 978 à sa mort en 1002, fondant ainsi la courte dynastie amiride.
Sa fulgurante ascension au pouvoir a été expliquée par une soif de domination, mais l'historien Eduardo Manzano Moreno souligne que « elle doit s'entendre au sein des complexes luttes internes au sein de l'administration ommeyyade » [...] « Notre homme ne marcha pas sur le pouvoir en solitaire, il était appuyé par un réseau complexe de relations familiales (...). Dès la disparition d', les grandes familles de l'administration cordouane décidèrent de se ranger en appuyant le vizir Almanzor. Sa domination met fin à l'influence que les fonctionnaires eunuques et des esclaves avaient alors..
Son image de « champion de l’islam » a servi à justifier sa prise d’autorité gouvernementale..
Jeunesse vignette|Mosquée de Cordoue transformée aujourd'hui en cathédrale où Almanzor étudie le fiqh et le hadîth. Muhammad ibn Abî'Amir est le fils d'Abd-Allah, issu d'une riche famille arabe yéménite de cadis et de juristes, les Banû Ma'âfir.; sa mère Borayha quant à elle est issue d'une famille arabe.. Un de ses ancêtres, Abd al-Malik, avait participé en 711 à la conquête de l'Hispanie wisigothe sous les ordres de Tariq ibn Ziyad et obtenu une terre en Andalousie, près d'Algésiras dans le village de Torash. C'est sur cette même terre que naît Almanzor trois siècles plus tard.
La date de sa naissance n'est pas connue avec précision, mais sa mort en 1002, selon Ibn Idhârî à l'âge de 65 ans, permet d'en déduire qu'il naît vers 937/938. Cette date confirme de peu les écrits d'al-Abbâr qui donnent 939/940 pour année de naissance, date d'autant plus marquante qu'elle correspond à la défaite de Simancas. L'enfance d'Almanzor est tout aussi méconnue. Son père meurt à Tripoli au cours de son pèlerinage à la Mecque. Très jeune, il quitte sa famille pour suivre des cours de magistrature à Cordoue, à l'époque un des centres d'études les plus prestigieux du monde musulman. Studieux, il y acquiert de solides connaissances juridiques sous les cours d'éminents enseignants dont certains, invités par la calife Al-Hakam proviennent même de Baghdad comme Abu Bakr ibn Mu'âwiya Al-Qurayshî, un traditionaliste reconnu. Très tôt, il fait preuve d’ambition, annonçant par exemple un soir à ses amis qu'un jour il deviendra gouverneur du pays. Chacun des présents, se prenant au jeu, lui annonce la fonction qu’il souhaiterait occuper ; une fois arrivé au pouvoir, il attribue les charges ainsi demandées.
Il débute comme écrivain public, poste qu'il occupe jusqu'en 967, où il devient aide-greffier au prétoire du cadi en chef de la capitale. Apprécié pour ses qualités, il est rapidement transféré aux ordres du vizir Al-Mushafî, un vieil homme originaire d'une famille modeste de Valence qui a gravi les échelons sous le règne d'. Cette mutation lui permet d'atteindre les hautes sphères du pouvoir.
Ascension vignette|left|, sous le règne duquel Almanzor atteint les hautes sphères du pouvoir.
Cordoue Au service d'Al-Mushafî, Almanzor devient, grâce à ses compétences, son honnêteté et son éducation, administrateur des biens du fils du calife Abd al-Rahmân et de sa mère la princesse Subh, une captive vasconne qu' avait choisie pour favorite. Cette fonction marque le début de la carrière politique d'Almanzor. D'une habileté remarquable il est désigné dès sâhib al-sikka c'est-à-dire directeur de l'atelier monétaire de Cordoue. L'appui de la princesse Subh lui permet de gravir rapidement les échelons. Le , il est promu comme sâhib al-mawârîth c'est-à-dire curateur des successions vacantes, chargé de l’administration des biens en déshérence. En , il devient cadi de Niebla et de Séville et finalement, en , après la mort du jeune prince Abd al-Rahmân, il reçoit de nouveau la charge de gérer la fortune du nouvel héritier, . Cette très rapide ascension est l’objet de critiques au sein du peuple et éveille la méfiance du calife , qui continue néanmoins à lui confier différentes missions.
Ainsi, Almanzor reçoit rapidement le titre de cadi suprême (qâdi al-qudât), lui permettant d'être garant de la justice pour l'ensemble de l’oumma sunnite, et traite les affaires relatives aux testaments, aux biens de mainmorte, aux divorces, aux partages, aux successions et à l'administration des biens des orphelins. Cette lourde charge prouve la confiance que lui accorde malgré tout le calife
Maghreb En 969, après la conquête fatimide de l'Egypte et le déplacement de leur capitale et du pouvoir central de Kairouan vers Le Caire, l'Emir Idrisside de l'actuel Maroc, Hassan ibn Qannun décide de rompre son allégeance faite aux Omeyyades pendant le règne d'Abd-al-Rahman III et rallie le Califat Fatimide qui lui donnera plus d'autonomie du à l'éloignement de sa nouvelle capitale.
Au mois de , le calife Al-Hakam II décide d'en finir avec la dynastie Idrisside, il confie cette mission à Al-Manzor, ce dernier est nommé Grand Cadi du Maghreb et est chargé de s'y rendre afin de porter des présents à plusieurs chefs berbères pour les rallier à la cause du calife. C’est au cours de ce voyage qu'il comprend le parti qu'il peut tirer des populations berbères et de leurs chefs qui constituent un réservoir inépuisable de combattants.
La mission au Maghreb d'Almanzor est un succès et il ne manque d'ailleurs pas d’informer régulièrement le calife de son bon déroulement et ne rentre à Cordoue qu'au mois de avec tous les honneurs. En moins de dix ans, Almanzor est devenu un des personnages les plus importants du régime et une personne de confiance pour le calife . Toutefois il lui reste encore un obstacle, le chambellan (hâdjib), Ja'far al-Mushafî, à la tête du gouvernement, de l’armée et des services de renseignement, qui étend son autorité sur les gouverneurs provinciaux et surtout bénéficie du privilège d'être le seul vizir à pouvoir s'entretenir quotidiennement avec le calife. C'est ce titre qu’Almanzor convoite désormais.
Crise de succession vignette|Madinat al-Zahra, où Almanzor enferme le jeune . Au printemps 975, vieillissant quitte Madînat al-Zahra pour rentrer à Cordoue et s’assure de nommer son fils comme successeur en invitant le les notables à signer l'acte déclarant Hishâm comme son héritier et c'est à Almanzor, entre autres, que revient la charge de faire parvenir à travers la péninsule et en Afrique du Nord le document qu'aucun notable n’osera refuser de peur de désobéir au calife. Al-Hakam meurt quelques mois plus tard, le , laissant un royaume divisé ; le parti des esclavons (saqâliba), issus d'esclaves européens (principalement slaves) affranchis formant une caste au sein du royaume, a acquis en quelques décennies une grande puissance du fait de leurs importantes fonctions au sein du gouvernementLes esclavons, dont la seule ville de Cordoue compte près de , s'opposent régulièrement à l'aristocratie arabe.
Ce conflit fragilise la stabilité du pays et un complot esclavon est organisé dès la mort d’. Menés par Fâ'ik al-Nizâmî, grand maître de la garde-robe et des manufactures, et Djawdhar, grand orfèvre et grand fauconnier, le groupe des eslavons souhaite placer sur le trône le frère d', Al-Mughîra. Ce dernier présente l'avantage d'être âgé de 27 ans, alors que Hishâm le successeur désigné n'avait qu'une dizaine d'années. La crainte que son très jeune âge puisse provoquer une crise dynastique est une menace que les esclavons souhaitent écarter. Mis au courant du complot, le chambellan Al-Mushafî dénonce immédiatement les meneurs et la tentative de priver le futur calife de ses droits est un échec. Un conseil est tenu afin de porter au pouvoir le jeune Hishâm tandis qu’al-Mushafî décide d’assassiner al-Mughîra et charge Almanzor de la besogne. À son arrivée au palais d'Al-Mughîra, Almanzor l’interroge sur ses intentions et son aspiration au pouvoir ; Al-Mughîra, comprenant le but de la visite, jure une totale obéissance au nouveau calife Hishâm. Pris de pitié, Almanzor envoie immédiatement une lettre à Al-Mushâfi pour lui assurer que le frère du défunt calife ne constitue pas une menace et que son élimination n’est pas nécessaire. En dépit de ses arguments, Almanzor doit accomplir sa mission et charge ses soldats d’étrangler Al-Mughîra et de maquiller le meurtre en suicide. À son retour auprès d'Al-Mushâfi, Almanzor est accueilli avec reconnaissance.
Craignant pour leurs vies, Fâ'ik et Djawdhar se rangent immédiatement à la décision d'Al-Mushafî et, le , est intronisé. Au cours de la cérémonie, Almanzor est chargé de lire à haute voix l’acte d'investiture durant lequel les dignitaires et juristes prêtent serment d’allégeance (bay'a) au nouveau calife. L’intronisation du nouveau calife n'est cependant pas du goût de tous, l’âge de ce dernier, impliquant une régence, et une rumeur faisant état de troubles mentaux de celui-ci accentuent la vague de réprobation née de l’assassinat d'Al-Mughîra. Ces évènements permettent à Almanzor et Al-Mushafî de s’entraider voire de s'apprécier, afin de déjouer les complots qui les visent tous les deux. Aidés par Subh, la mère du jeune calife, Almanzor et Al-Mushafî mettent tout en œuvre pour apaiser les tensions et rendre le nouveau calife populaire. Le , le nouveau calife en habit d'apparat est présenté aux habitants de Cordoue et, pour l'occasion, la taxe sur l'huile est abolie, faisant la joie du peuple. Almanzor reçoit quant à lui le titre de vizir et Al-Mushâfi accède au poste de hâdjib, l'équivalent d'un premier ministre.
Ces mesures pour accroître la popularité du jeune calife n'empêchent pas les esclavons de continuer leurs complots. Alertés qu'une révolte menée par Fâ'ik et Djawdhar couve au sein de l'Alcazar, Almanzor et al-Mushafî arrêtent les meneurs. Djawdhar présente sa démission et quitte le palais califal et Fâ'ik est déporté dans l'une des îles des Baléares où il meurt peu après. Un grand nombre des cadres esclavons de l'armée sont radiés et privés de solde, ce qui ne manque pas de réjouir la population de Cordoue qui n'apprécie guère leur insolence. Les trois personnes les plus importantes du califat sont désormais Almanzor, Al-Mushafî et Ghâlib, le gouverneur de la Marche moyenne, une région particulièrement vulnérable mais stratégique pour les campagnes en direction des royaumes de Castille et de León.
L'ascension au pouvoir vignette|Salamanque, ville attaquée par Almanzor en 977 en riposte à l'attaque des rois chrétiens.