La réserve de biosphère du delta du Danube (en , en ) est une réserve de biosphère transfrontalière reconnue par l’UNESCO en 1998 : en Roumanie (province de Tulcea) et en Ukraine (province d'Odessa), elle protège la majeure partie des bouches du Danbe, les lagunes voisines, leurs rivages et une bande maritime de 2,5 milles marins au-devant de ceux-ci en mer Noire... Côté roumain, dans la région historique de Dobroudja du Nord, elle englobe aussi les grandes lagunes voisines des bouches du Danbe ; côté ukrainien, dans la région historique de Bessarabie méridionale (Boudjak), elle recouvre le delta secondaire du bras de Chilia et voisine avec la réserve des limans de Tuzla..

Géographie La réserve de biosphère du delta du Danube est située à cheval sur les régions historiques de Dobrogée (județ de Tulcea) en Roumanie et de Bessarabie (Boudjak, oblast d'Odessa) en UkrainePetre Gâștescu, Romulus Știucă: Delta Dunării, CD-Press 2008, , .. La réserve roumaine comptait permanents (mais le quadruple l’été), dont , Les Lipovènes sont des russes vieux-croyants. et au recensement de 2011..

Espèces et espaces protégés La réserve du delta du Danube abrite plus de de plantes, d'insectes, d'oiseaux et de poissons d'eau douce dans ses nombreux lacs et marais.

Les bouches du Danube accueillent lors des migrations, des millions d’oiseaux de différents biotopes de la Terre (Europe, Asie, Afrique, Méditerranée) dont certains viennent y nicher, et sont une zone extrêmement poissonneuse. C'est une zone de rassemblement et un quartier d'hivernage pour un grand nombre d'oiseaux d'eau migrant depuis les steppes, les forêts boréales et/ou les toundras plus au nord de la Scandinavie, de la Finlande et de la Russie. Par ailleurs, le delta du Danube abrite de grandes populations d'oiseaux aquatiques de toutes sortes, notamment deux espèces de pélicans, des hérons, cigognes, cormorans et sternes. La région possède quelques-uns des très rares paysages de forêts de mosaïques pâturées d'Europe, maintenus dans leur état naturel par les chevaux sauvages et le bétail sauvage encore présents.

Les principales espèces observées en 2015 sont les suivantes : thumb|left|alt=Triturus dobrogicus |Triturus dobrogicus, un urodèle protégé. Environ qui sont les oiseaux emblématiques de la réserve, et son emblème côte roumain. Ils représentent la plus grande population nicheuse d’Europe. En septembre, on peut admirer de grands rassemblements en partance pour l’Afrique (mais avec le réchauffement climatique, de plus en plus s'arrêtent en Grèce, dans les deltas des fleuves de Thrace). Cinq cents couples de pélicans frisés ont été recensés. Plus de cent couples de spatules blanches ratissent avec leur bec les fonds vaseux du Sud du delta. La spatule est, avec les esturgeons, l’emblème de la partie ukrainienne de la réserve. Reconnaissables à leur plumage foncé et iridescent, d'ibis falcinelles peuplent la contrée, essentiellement sur les rives des limans, en Roumanie. Le delta offre au cormoran pygmée un des sites de nidification les plus importants du monde. s'y rassemblent. On compte six couples de pygargues à queue blanche dans le delta. L'envergure de ce rapace peut atteindre plus de deux mètres. Le balbuzard pêcheur est un rapace en voie de disparition dans la région. Sous les serres, des excroissances charnues lui permettent de mieux retenir les proies glissantes. La Société ornithologique roumaine (SORSociété ornithologique roumaine sur , équivalent local de la LPO.) a mené des campagnes de repeuplement qui ont donné des résultats (on était passés en quinze ans de trois couples nicheurs à six) mais en raison du braconnage, on pense qu’il ne reste que deux couples nicheurs. Le tadorne casarca, espèce de canard peu répandue, a été observé sur l’île Popina, sur le liman Razelm, en Roumanie, avec une quinzaine de couples, un chiffre non confirmé par la SOR en raison du braconnage. La SOR espère, sans en être sûre, que l’érismature à tête blanche, canard à bec bleu en voie de disparition dans toute l'Europe, niche encore dans le delta. Les différentes espèces d'esturgeons, venu de la mer Noire, remontent le fleuve et ses affluents ; le bélouga peut dépasser les quatre mètres de long. La disparition n'est pas à l'ordre du jour, mais la raréfaction est telle que leur pêche, jadis une industrie (la Roumanie fut, dans les années 1930-1960, le deuxième producteur mondial de caviar derrière l’URSS et devant l’Iran), n'est aujourd'hui plus rentable. On trouve le silure, parfois nommé « poisson-chat », sur l’ensemble du Danube mais plus encore à l'embouchure. Très vivace, le silure peut atteindre de long et capturer des petits oiseaux et des mammifères. Sa chair est excellente. La loutre commune, carnivore au poil épais et soyeux, a beaucoup souffert de la pollution le long du fleuve mais reste abondante dans le delta. Le chien viverrin est un canidé nocturne qui se regroupe en famille de cinq ou six individus : il se nourrit de petits rongeurs, de poissons, de glands, de baies et de fruits. Depuis les années 2010, la réserve de biosphère du delta du Danube fait partie du cercle des « Wilder Parks ». Cette initiative coordonnée par l'ONG Rewilding Europe a sélectionné 10 sites pilotes sur le continent européen en vue de redonner plus de place aux processus et dynamiques naturelles dans les aires protégées du continent. Elle bénéficie ainsi d'un soutien logistique, organisationnel et financier émanant notamment d'institutions financières de l'Union européenne.

En collaboration avec des partenaires, l'équipe de Rewilding Danube Delta travaille à améliorer de manière significative l'intégrité écologique et le fonctionnement naturel de de zones humides et de deltas terrestres, par les principes du réensauvagement à l'échelle du paysage. Des processus naturels revitalisés et autonomes, en particulier les inondations et le pâturage naturel, régiront la formation du paysage, entraînant d'autres processus naturels, le retour de la faune, une plus grande biodiversité et le développement d'une économie fondée sur la nature.

La zone de réensauvagement du delta du Danube fait partie du programme d'élevage Tauros, géré par la Fondation Taurus et Rewilding Europe. L'objectif de ce programme est de ramener une version fonctionnelle et sauvage des aurochs en établissant des populations sauvages viables de cet animal dans plusieurs biotopes européens. En raison de translocations en 2016 et en 2017, le nombre de Tauros paissant près de Sfântu Gheorghe est désormais de . Rewilding Europe soutient ici le développement d'entreprises basées sur la nature.

Historique

vignette|Zones humides détruites sous le régime communiste. Côté roumain, dès la fin du , l’océanographe et biologiste Grigore Antipa (1867-1944), élève d’Ernst Haeckel auquel on doit l’écologie, prit soin de développer l’économie du delta en préservant ses milieux et ses ressources, et en redistribuant le plus équitablement possible les richesses ainsi créées au moyen d’une « Régie des pêcheries de l'État » coopérative, dont le siège se trouvait à Tulcea et qui coordonnait l’activité de tous les pêcheurs, aménageait des étangs pour la « pisciculture naturelle » et fournissait bateaux et outils. Les rois Carol et Ferdinand de Roumanie approuvèrent ce système d’exploitation rationnelle des ressources du delta, qui ne perturbe pas les équilibres hydrologiques et biologiques, tout en augmentant la productivité. S’inspirant des connaissances scientifiques alors récemment acquises et aussi des méthodes ancestrales des habitants, l’équipe d’Antipa mit sur place un système de gestion des roselières, des étangs et des lagunes, maillé d’un réseau de pêcheries coopératives, qui assura la prospérité du delta et de ses habitants jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Il inaugura ainsi les premières applications pratiques de la géonomie et fit de la Roumanie le second, et certaines années le premier producteur mondial de caviar dans les années 1930Grigore Antipa, Le delta du Danube et la Mer Noire, éd. de l'Académie roumaine, Bucarest 1939..

Bien que la Roumanie ne manquait pas de superficie agricole utile, le régime communiste de Roumanie qui promouvait l’idéologie de la , pensant qu’il fallait „assainir les marécages, inutiles et malsains” : ses dirigeants n’agissaient qu’en ingénieurs sans consulter les hydrologues, les limnologues et les ichtyologues. Ce régime rompit donc avec le mode de gestion « doux » d’Antipa, nationalisa les bateaux et les outils des pêcheurs, et transforma la « Régie des pêcheries » en une « Centrale du delta » dirigée depuis Bucarest par le ministère de l'Agriculture et de la Pêche. Cet organisme imposa autoritairement des quotas de prises très élevés et obligatoires, difficiles à atteindre et épuisant les stocks, entreprit d’endiguer et drainer les canaux, et d’assécher de zones inondables (environ 15 % de l'ensemble du delta : polders de Sireasa, Pardina, Tătaru, Băltenii-de-Jos et Dunavăț). Cette politique que nul ne pouvait discuter sans risquer sanctions et emprisonnement, s’accentua sous la présidence de Nicolae Ceaușescu, détruisant les frayères, bouleversant les réseaux trophiques (ce qui fit proliférer taons et moustiques, et s’effondrer les prises de pêche) et provoquant ainsi un exode rural des habitants du delta. De plus, ces travaux de poldérisation ont utilisé, avec une forte mortalité, les prisonniers politiques que le régime déportait dans les camps de « Sviștofca », « Periprava » et « Cardon » (nord-est du Delta roumain)ICCMER (« Institut d'investigation sur les crimes du régime communiste et la mémoire de l'exil roumain ») page Dan Mihai Țălnaru, Lagărul morții, mărturii (« Le camp de la mort, témoignages ») revue Istoria Liliana Nicolae et Mirela Rus, Visul lui Nicolae Ceauşescu - coşmarul Deltei (« Le rêve de Ceauşescu, cauchemar du Delta » sur la BBC .

Toutefois, en même temps, une vingtaine de zones représentant aussi environ 15 % du delta, furent protégées au moyen de réserves naturelles où chasse, pêche et tourisme étaient réglementés, ainsi que toutes les activités agricoles (cap Doloșman, îles de Popina et de Sacalin, côte de Zătoane, dunes de Chituc et des Loups, étangs de Belciug, Corbu-Nuntași, Nebunu, Potcoava, Răducu et Rotundu, forêts de Babadag, de Caraorman, du Codru, d’Erenciuc et de Letea, zones mixtes de Periteasca-Leahova, de Roșca-Buhaiova, de Vătafu-Lunguleț, collines de Ghiunghiurmez et salines de Murighiol)Petre Gâștescu, Romulus Știucă : Delta Dunării, CD-Press, Bucarest 2008, ..

Avec la chute des régimes communistes en Europe, l’effondrement de la dictature en 1989 aboutit à la dissolution de la « Centrale », mais la « Régie des pêcheries » d’Antipa ne fut pas rétablie et l’État se réserva le droit de privatiser à sa guise les ressources du delta. Ce ne furent pas les pêcheurs locaux, mais de plus grandes entreprises (conserveries, agro-alimentaire, papeteries exploitant les roseaux et les cannes Arundo donax) qui en profitèrent. vignette|gauche|Laboratoire flottant d'halieutique de la réserve de biosphère du delta du Danube.