Le coup d'État roumain du est un épisode de la Seconde Guerre mondiale. Organisé par la résistance roumaine sous l'égide du roi Michel , il permet de renverser le dictateur Ion Antonescu, de mettre fin à la collaboration du royaume de Roumanie avec les forces de l'Axe et de faire entrer le pays dans le camp des Alliés. En effet, malgré l'avancée de l'Armée rouge sur le front de l'Est et son entrée en Roumanie en mars 1944, Ion Antonescu refusait de rompre son alliance avec le Troisième Reich.
Début 1944 l'opposition roumaine à la dictature du maréchal Antonescu (formée par les partis agrarien, libéral, social-démocrate et communiste) forme en une coalition nommée qui, avec le roi Michel , vise à renverser le ConducătorCe titre, qui signifie « guide » en roumain, désigne Ion Antonescu. Il a plus tard été employé par Nicolae Ceaușescu., à déclarer la guerre à l'Axe et à retourner l'ensemble de l'armée roumaine contre l'Allemagne nazie (jusque-là seules deux divisions intégrées à l'Armée rouge, « Tudor Vladimirescu » et « Horia-Cloșca-Crișan », combattaient contre les nazis). De longues tractations officieuses ont lieu avec les Alliés occidentaux à Ankara (la Turquie est neutre) par l'intermédiaire du prince Barbu Știrbei, et avec l'Union soviétique à Stockholm (la Suède aussi est neutre) par l'intermédiaire de Neagu Djuvara, diplomate roumain qui négocie sous l'égide de l'ambassadeur Frederic Nanu un armistice avec l'ambassadrice soviétique Alexandra Kollontaï.
L'offensive soviétique sur Iași et Chișinău en Moldavie, le , avait semé assez de panique dans l'état-major roumain pour qu'Ion Antonescu perde le soutien de l'armée : le , le roi convoque donc le maréchal pour une entrevue au palais royal, le destitue et le fait arrêter, nomme un nouveau gouvernement composé de militaires et d'hommes politiques pro-Alliés et annonce à la radio le renversement d'Antonescu, la demande d'armistice avec les Alliés et la déclaration de guerre à l'Allemagne nazie et à la Hongrie. Pour l'armistice, Staline fit tarder sa réponse jusqu'au afin de permettre à l'Armée rouge d'occuper entièrement la Roumanie en s'emparant de tout le matériel de l'armée roumaine qui avait reçu l'ordre de ne pas se défendre.
Dans les heures et les jours qui suivent, les forces du Troisième Reich, commandées par le général Johannes Frießner, tentent de prendre le contrôle de la capitale roumaine et de stabiliser le front le long d'une ligne fortifiée située sur les Carpates orientales, le Siret et le bas-Danube, mais ce plan échoue car les forces roumaines parviennent à repousser les troupes de l'Axe hors de leur pays et, début septembre, il ne reste plus d'unité allemande importante sur le territoire. L'Armée rouge est à Bucarest le et est le véritable maître de la Roumanie jusqu'au coup d'État. L'ambassadeur allemand Manfred Freiherr von Killinger se suicide pour ne pas être capturé par les soviétiques. Malgré l'entrée en guerre de la Roumanie contre le Troisième Reich le et la signature de l'armistice du avec les Alliés, l'occupation de la Roumanie par l'Union soviétique est celle d'un « pays impérialiste ennemi » et l'URSS, représentée à Bucarest par Andreï Vychinski, intervient directement dans les affaires du pays au point d'organiser un nouveau coup d'État le . Celui-ci impose un gouvernement communiste, lequel débouche le par la proclamation de la République populaire roumaine.
Préliminaires
Antonescu fait le choix de l'alliance allemande thumb|alt=Portrait du maréchal Antonescu.|left|Le maréchal Ion Antonescu vers 1941. Convaincu de l'impossibilité d'une victoire allemande après la défaite de l'Axe à Stalingrad, et alors que l'Armée rouge est déjà en Roumanie du nord-est depuis (Première offensive Iași-Chișinău), le maréchal Aontonescu, qu'une presse aux ordres qualifie de « Pétain roumain »Mihai Pelin, Antonescu, le Pétain roumain et ses guerres, Ed. Iosif Constantin Drăgan, Venise 1988. et de Conducător (« guide ») tolère, à partir de 1943, les prises de contact de son bras droit, le vice-Premier ministre Mihai Antonescu (simple homonyme) avec les Alliés occidentaux. Dès le départ, ces contacts sont compromis par la volonté des Anglo-Américains d'obtenir une reddition inconditionnelle de la part de la Roumanie et par le scepticisme des Britanniques, qui ne misent pas sur Antonescu mais envoient à Bucarest la mission Autonomous pour négocier avec l'opposition, notamment l'entourage de Iuliu Maniu. La stabilisation du front de l'Est après l'offensive Dniepr-Carpates et l'arrêt provisoire de l'avancée soviétique le mettent finalement un terme à ces premières négociations, Antonescu reprenant espoir dans la capacité des forces de l'Axe à freiner l'ennemi.
En , l'aggravation de la situation militaire allemande, avec la déroute du Groupe d'armées Centre en Biélorussie, le Débarquement de Normandie et l'échec relatif des missiles V1, obligent cependant le Conducător à admettre la nécessité de traiter avec l'ensemble des Alliés, y compris les Soviétiques. Moscou se montrant disposée à imposer des conditions moins strictes pour obtenir la paix, les Roumains imaginent pouvoir améliorer les conditions de l'armistice en menant des négociations parallèles au Caire (avec les trois puissances alliées) et à Stockholm (avec les seuls Soviétiques). Antonescu et Maniu essaient ainsi, chacun de son côté, d'obtenir des garanties pour que leur pays ne devienne pas un état communiste après la guerre.
De leur côté, les Allemands suspectent à juste titre Bucarest de chercher à se retourner contre eux. Le , Adolf Hitler convoque donc le maréchal Antonescu dans son quartier général de Rastenburg. La rencontre est tendue, d'autant que le Führer refuse de répondre aux demandes de renforts du dictateur roumain et menace le pays de « représailles à la polonaise » en cas de défection, convainquant Antonescu de la nécessité de rester dans l'orbite de Berlin. Pour le Conducător, l'objectif final reste en effet de poursuivre le combat contre les Soviétiques et comme Winston Churchill avait affirmé devant les Communes le qu'il ne soutiendrait jamais la Roumanie contre l'URSS, Antonescu n'a d'autre choix que l'alliance avec le Reich. Il refuse donc de répondre à la proposition que Moscou lui a adressée en juin. Toutefois, il envoie le de nouveaux émissaires à Istanbul pour faire aux Anglo-Américains de nouvelles propositions de paix, assorties d'avantages économiques pour l'Après-guerre. Mais les conditions d'armistice par lesquelles lui répondent les Alliés poussent le Conducător à rester fidèle à l'Allemagne.
Pendant cette période, Antonescu déclare au général Heinz Guderian qu'un complot contre sa personne, similaire à celui subi par Hitler le 20 juillet 1944, est impossible. Pourtant, à cette époque, le projet de coup d'État est déjà en marche et des généraux roumains conspirent contre le maréchal avec l'opposition car le refus d'Antonescu de renoncer à l'alliance allemande détermine le roi Michel de Roumanie et l'opposition à mettre en œuvre son renversement.
L'opposition se tourne vers les Alliés thumb|L'ancien Premier ministre Iuliu Maniu, principale figure de l'opposition politique à Ion Antonescu. Les tractations entre l'ancien Premier ministre Iuliu Maniu et les dirigeants communistes roumains avaient commencé à l'automne 1943, et une coalition de partis opposés à la dictature du maréchal Ion Antonescu se forme en . Elle inclut le Parti national paysan de Maniu, le Parti national libéral, le et le Parti communiste roumain, minuscule mais très influent du fait de la puissance soviétique. Cette coalition, qui reçoit le nom de « Bloc national démocrate », n'est en réalité qu'un accord pragmatique entre des forces qui ne se font pas confiance mais qui sont toutes résolues à renverser le Conducător, signer un armistice immédiat avec les Alliés et se retourner contre les forces de l'Axe. Les nationaux-paysans et les libéraux souhaitent en effet rétablir le régime parlementaire antérieur à la dictature carliste mise en place par Carol II en 1938. Les mouvements de gauche (unis, depuis avril, dans une alliance qui profite surtout aux communistes) quant à eux visent l'instauration d'un État communiste. Cependant, dans les réunions clandestines pour coordonner les opérations militaires postérieures au renversement d'Antonescu, les communistes ont l'avantage de fournir les francs-tireurs partisans nécessaires aux opérations.
Le , Iuliu Maniu informe ses représentants au Caire de la création du « Bloc national démocrate » et leur demande d'obtenir des Alliés l'envoi, en Roumanie, de trois brigades et le début des bombardements de la Hongrie et de la Bulgarie afin d'éviter l'écrasement rapide du royaume par l'Axe après le renversement d'Antonescu. Maniu promet, en échange, d'ouvrir le territoire roumain à l'Armée rouge, ce qui était l'une des exigences des Alliés. Cependant, malgré cela, les envoyés de Maniu n'obtiennent aucune réponse de la part des Alliés. En effet, Britanniques et Américains se montrent prêts à accepter la proposition mais ils sont bloqués par le représentant soviétique, dont le gouvernement reste silencieux. Au même moment, l'ambassadrice soviétique à Stockholm Alexandra Kollontaï est en pleine négociation de paix avec l'ambassadeur roumain Frederic Nanu, représentant Antonescu, politiquement condamné, et l'URSS se montre peu encline à traiter avec Maniu qui a la sympathie des occidentaux. Dans ces conditions, la date du , initialement prévue par les conspirateurs pour organiser le coup d'État, est retardée.
L'Allemagne maintient sa confiance à la Roumanie Il est difficile de reconstituer dans quelle mesure les responsables politiques et militaires allemands présents en Roumanie ont conscience de l'intensité et de l'ampleur de l'opposition à leur domination. L'ambassadeur allemand Manfred Freiherr von Killinger, maître de facto de la Roumanie, se méfie de plus en plus d'Ion Antonescu et suggère même aux autorités du Reich de le remplacer par un nouveau gouvernement plus docile, tout en gardant sur le trône le roi Michel , alors que celui-ci est au centre des conspirations anti-allemandes. En fait, les dignitaires nazis sont convaincus de leur emprise sur Bucarest et considèrent que toute tentative de trahison serait facilement réprimée par les forces allemandes.
Adolf Hitler ayant été convaincu de la loyauté d'Antonescu lors de leur rencontre du , refuse d'envoyer des renforts en Roumanie et s'oppose au transfert de la SS Polizei Panzergrenadier Division de Belgrade vers Bucarest. Le , le Führer écarte, en les qualifiant de « rumeurs infondées », les informations que la Luftwaffe lui transmet concernant l'imminence d'un coup d'État contre le Pétain roumain (comme Antonescu se plaisait à se qualifier). Ainsi, la veille du coup d'état royal, une réunion du haut-commandement allemand concernant la situation militaire dans les Balkans n'évoque même pas la situation de la Roumanie, alors qu'une nouvelle offensive soviétique en Moldavie a commencé le . Le commandement allemand est très cloisonné en Roumanie, ce qui complique la réaction du Reich face à un soulèvement. Les chefs de la Luftwaffe tel Alexander Holle qui voient leur carburant et des pièces de rechange « disparaître », s'attendent à un « coup de poignard dans le dos », alors que le général Johannes Frießner qui commande la Wehrmacht a confiance dans la puissance de ses en Roumanie, sans compter les unités SS présentes sur sol roumain.
Contexte du coup d'État Préparation du putsch royal