France-SoirÉgalement orthographié durant ses années de parution France soir, France Soir, France-soir ou FranceSoir. est un ancien quotidien généraliste français qui a connu son apogée du milieu des années 1950 à celui des années 1960.

Fondé en par les jeunes chefs résistants Robert Salmon et Philippe Viannay, il reprend d'abord le lectorat, la rédaction et le titre du journal clandestin Défense de la France créé par eux en 1941 et plus grand journal de résistants en 1944 avec près d'un million d'exemplaires, qui est désormais en sous-titre, le nouveau nom rappelant aussi Paris-Soir quotidien de l'entre-deux guerres dont le tirage avait culminé à 1,7 million d'exemplaires, grâce au recours à la photo et à des éditions renouvelées toute la journée.

France-Soir n'atteindra lui un million d'exemplaires qu'en 1953, en ajoutant à ses d' près d'un demi-million puisés chez deux rivaux, dont l'actionnaire Hachette prend aussi le contrôle, L'Intransigeant et Paris-Presse, pour progressivement fusionner avec eux. France-Soir récupère aussi des lecteurs de Ce Soir, qui avec un demi-million d'exemplaires quotidiens en 1946 est le plus grand des journaux communistes fédérés dans l'Union française de l'information, mais qui fermera dès 1953 en raison d'une ligne sectaire et politisée. Un quatrième concurrent, L'Aurore, racheté en 1951 par l'industriel textile Marcel Boussac dépérit aussi mais plus lentement, et n'est absorbé que deux décennies plus tard par le nouvel actionnaire commun, Robert Hersant.

Le journal connaît à partir de la fin des années 1960 une lente perte d'influence, notamment face au Parisien qui occupe le même créneau de presse et à la concurrence des médias audiovisuels et enfin d'internet.

Publié en version papier jusqu'en 2011, France-soir est ensuite reparu en version numérique de 2013 à 2019, année où tous ses journalistes ont été licenciés, puis est remplacé par un site web qui publie, sous le titre FranceSoir, de la désinformation avec un contenu complotiste. Le site perd son agrément de service de presse en ligne en 2024 même s'il existe toujours en 2026.

Histoire Fondation et héritage de Défense de la France À sa création en Article France-Soir sur Universalis.fr par les jeunes chefs résistants Robert Salmon et Philippe Viannay, le journal est assimilé, par son lectorat comme par son titre, au journal clandestin Défense de la France créé par eux en 1941Julien Mielcarek, « France-Soir célèbre son 20.000ème numéro » sur Ozap.com, ., à l'âge de 23 et 24 ans. Leur premier numéro fut imprimé le à , sur une machine offset Rotaprint., cachée dans les caves de la Sorbonne, avec en exergue cette phrase du philosophe Blaise Pascal : « Je ne crois que les histoires dont les témoins se feraient égorger ». vignette|448x448px|1957. À la une, un scoop mondial sur cinq colonnes : une photo panoramique du plus grand synchrocyclotron du monde, à Doubna (près de Moscou). Relayé à Grenoble, Clermont-Ferrand, Lyon et en Bretagne par les réseaux résistants Combat et Témoignage chrétien, Défense de la France devient le plus fort tirage de la presse clandestine, avec par jour dès . En , après de multiples déménagements, il est hébergé dans un bâtiment industriel sur trois niveaux, rue Jean-Dolent, derrière la prison de la Santé, dans le arrondissement de Paris. Imprimé chaque jour sur une machine « double jésus » de six tonnes, la « Grosse Margot », Défense de la France est le plus grand journal de résistants.

Il s'installe à la Libération dans l'immeuble du 100, rue Réaumur, libéré le par un groupe de résistants mené par Robert Salmon, qui a chassé les Allemands qui y imprimaient leur propagande.. En octobre, Pierre Lazareff rejoint l'équipe. Il revient des États-Unis, où il dirigeait depuis 1940 les émissions pour l'Europe occupée de l’Office of War Information. Il retrouve le poste de directeur de la rédaction de Paris-Soir, premier quotidien de l'entre deux-guerres avec 1,7 million d'exemplaires en 1936, dont l'imprimerie a été attribuée, en raison d'un comportement ambigu sous l'occupation, au Patriote, organe du mouvement de résistance Front national, un des cinq quotidiens lancés le 8 septembre à Lyon.

Robert Salmon propose à Pierre Lazareff de rebaptiser le quotidien France-Soir juste avant la création de Paris-Presse le par un autre résistant dont il se méfie, le futur député du parti gaulliste RPF Philippe Barrès, ex-rédacteur en chef de Paris-Soir dans les années 1930 et fils de Maurice Barrès.

, dit Salmon à Lazareff. Défense de la France est ainsi rebaptisé ainsi le France-Soir - Défense de la France, pour conserver la filiation avec le journal de la Résistance. Son tirage progresse très vite, malgré des dizaines de concurrents, passant de en à en .

La pénurie de papier oblige Robert Salmon à présider le Comité des papiers de presse, pour en démissionner dès 1945, quand le syndicat national des journalistes demande la mise sous séquestre de ce qui devient selon lui « le trust du papier »Raymond Ruffin, La Vie des français au jour le jour : De la Libération à la victoire (1944-1945) sur Google Books, consulté le 7 avril 2010.. Le rationnement limite les possibilités d'innovation des nombreux quotidien issus de la Résistance, limités à une page recto-verso jusqu'en 1948, l'année où France-Soir lance son supplément dominical Le Journal du dimanche.

Philippe Viannay, chef des maquis FFI de Seine-et-Oise« Participation des jeunes dans la conception et l'écriture des journaux clandestins : André Bollier. », consulté le 7 avril 2010., fonde lui en 1945, avec Jacques Richet, le Centre de formation internationale, qu'il transforme en Centre de formation des journalistes (CFJ) en 1946.

Sept éditions et un million d'exemplaires dès 1953 Les rédacteurs du service Politique du quotidien, parmi lesquels Yves Grosrichard, Robert Danger , ou encore Georges Gombault, sont pour la plupart issus de la presse de « gauche », mais acceptent, pour garantir l'audience populaire large recherchée dès 1944, de "Les Métamorphoses des pages Politique dans la presse écrite française (1945-2000)", thèse de doctorat en science politique de Nicolas Kaciaf, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2005 . France-Soir a cependant recruté , parmi lesquels Pierre Lazareff en 1947, et financé de nombreux « grands reportages », ce qui a généré , l'obligeant à vendre 50 % du capital à Hachette, qui révoque le PDG de France-Soir, le remplace par Pierre Lazareff et intervint dans la définition des orientations, ce qui finit par déclencher .

Entre 1947 et 1952, dix présidents du Conseil se sont succédé sur fond de . La préoccupation des participants à la Troisième force, où les majorités se nouent dans le huis clos parlementaire, n'étant plus de soutenir un parti plutôt qu'un autre mais de combattre les ennemis du régime, communistes en tête, gaullistes ensuite, les quotidiens non liés à un parti (Paris-Presse, France-Soir, Le Figaro, Combat, Franc-Tireur, etc.) eurent, dans ce contexte, plus de difficultés à s’abstraire des « pressions » de certaines personnalités ou partis se prévalant de cette préoccupation collective de la Troisième force. Jean Ferniot, chef du service Politique à FrancTireur le voit devenir de plus en plus « centriste » alors qu'il a été fondé par les résistants socialistes et communistes du mouvement éponyme. Le même processus se déroule à Combat repris par Henri Smadja en 1946 et Franc-Tireur acquis plus tard par Cino Del Duca en 1955 qui le transforme en Paris-Journal en . France-Soir devient en 1949 la propriété à 100 % de la Librairie Hachette, qui veut recréer un géant à l'échelle des 1,7 million d'exemplaires du Paris-Soir d'avant-guerre, en ajoutant aux de France-Soir d' près d'un demi-million puisés chez deux rivaux, dont Hachette prend aussi progressivement le contrôle: L'Intransigeant et Paris-Presse. L'addition des trois donne en théorie 1,13 million d'exemplaires, chiffre presque atteint en 1953, au terme de l'opération de vases communicants. Pierre Lazareff est placé à la tête du journal du fondateur Philippe Viannay, tandis que la pénurie de papier "Histoire du journal "Le Monde" 1944-2004", par l'historien Patrick Eveno en 2004, page 133, sur un marché contrôlé par l'État« Le Contingentement du papier en France 1944-1958 une censure déguisée » par Thierry Cottour dans « La Censure de l’imprimé, Belgique, France, Québec et Suisse romande » aux éditions Nota Bene en 2005 pour les journauxCritique du livre de Thierry Cottour par Daniel Vaillancourt, en 2009 dans la revue de l'Université de Toronto .

Pénurie de papier : les paginations moyennes en PQN (Presse quotidienne nationale) 1945-1960: Journaux France-Soir Le Monde Le Figaro L'Humanité Paris-PresseAnnée 194522222 Année 194848644 Année 195010121068 Année 1952121612810 Année 1954141614810 Année 195681616816 Année 19582016201014 Année 19601816221218Lazareff fait en matière logistique pour se procurer avant les autres , en profitant de sa masse d'acheteur, dans un contexte où les éditeurs récupèrent le contingent de papier attribué par le gouvernement jusqu'en 1958 aux journaux qu'ils rachètent"Cino del Duca (1899-1967) : de la bande dessinée à la presse du coeur, un patron de presse franco-italien au service de la culture de masse", thèse de doctorat d'Isabelle Antonutti en 2012 sous la direction de Jean-Yves Mollier, professeur d’histoire contemporaine à l'Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines .

Dans un premier temps, Hachette fait reculer le tirage de Paris-Presse de en 1948 à en 1951. Une baisse qui causant à elle seule la moitié de celle de la presse quotidienne nationale en 1949 et 1950Le tirage cumulé passant de à puis en 1950, avec un également un "trou d'air" du quotidien communiste Ce soir en 1950. Paris-Presse tombe même à en 1952, un tirage divisé par quatre en quatre ans. France-Soir en récupère l'essentiel, même s'il prend aussi des lecteurs à Ce Soir, quotidien communiste fondé en 1937 pour copier Paris-Soir, qui s'effondre lui aussi en 1949-1950.

Le prélèvement dans le lectorat des concurrents se fait en plusieurs étapes. Dès 1946, la FEP, société éditrice de France-Soir, fusionne avec Publi-France, la filiale d'Hachette qui édite Paris-Presse, créant une casquette commune aux vendeurs à la criée des deux titres. Puis à l'été 1947, c'est un accord entre France-Soir et L'Intransigeant, qui fait passer indirectement le second sous le contrôle du premier, lui donnant une ligne politique semblable à celle de Paris-Presse afin de faire perdre à ce dernier suffisamment de lecteurs pour le mettre en difficultéLe Monde du 2 août 1947. C'est l'année où le cofondateur Philippe Viannay préfère abandonner le contrôle de France-SoirBiographie de Philippe Viannay., consultation le 7 avril 2010. même si Robert Salmon reste gérant et président. Ces opérations sont critiquées par le concurrent Le Monde.

La tactique réussit : le c'est la fusion créant Paris-Presse-L'IntransigeantNotice « Paris Presse, L'Intransigeant » dans le catalogue « Opale Plus » de la Bibliothèque Nationale de France., soit un rival de moins. A son tour, Paris-Presse signe très vite lui-même ensuite un contrat avec France-Soir, pour rendre une quasi-fusion effective dès 1950"L'âge d'or de la corruption parlementaire" par Jean-Yves Mollier, Place des éditeurs, 2018 . Et en 1951, Paris-Presse et France-Soir sont réunis dans la société FranparFranpar veut dire "France-Soir, Paris-Presse-l'Intransigeant, détenue par Hachette: le tirage de Paris-Presse tombe alors à seulement en 1952Le Monde du 17 juin 1970 .