vignette|Dessin d'une personne transmasculine portant un binder. Dans son étagère, entre autres, un kit d’injection (des seringues et des aiguilles) et des flacons étiquetés « T », qui évoquent de la testostérone.|alt=Un homme en caleçon retire son tshirt devant un miroir, exposant son binder
La transition de genre est un ensemble de processus conduisant à modifier l'expression de genre et l'apparence d'une personne transgenre pour les faire correspondre à son identité de genre. Elle inclut de nombreux actes sociaux, administratifs et médicaux, pouvant être réalisés par la personne transgenre sans ordre particulier ni obligation d'exhaustivité.
La transition de genre commence toujours par une phase de questionnement. Lorsqu'une personne est transgenre, elle en prend conscience au cours d'une réflexion appelée coming in. Elle peut alors choisir d'entamer d'autres étapes, à commencer par le coming out et le choix d'un prénom et des pronoms adaptés.
La transition sociale correspond au coming out et à l'adoption publique d'une identité et expression de genre correspondant au genre d'arrivée, y compris par des moyens cosmétiques comme des accessoires ou vêtements. La transition médicale peut inclure des actions variées, allant du coaching vocal aux chirurgies génitales en passant par l'hormonothérapie, la greffe de barbe et de cheveux ou encore la mammectomie. Elle peut rencontrer de nombreux obstacles, notamment la transphobie de l'entourage de la personne et des difficultés dans l'accès aux soins. Enfin, la transition administrative, parfois considérée comme faisant partie de la transition sociale, concerne le changement de prénom et de sexe à l'état civil ainsi que l'accès à la transparentalité.
À toute étape du processus de transition de genre, la personne peut faire le choix ou se voir contrainte d'arrêter, temporairement ou définitivement, sa transition. Cet arrêt est appelé « détransition ».
Typologie des actes de transition
S'il existe de nombreux parcours de transition, avec une grande diversité d'étapes pouvant être suivies ou non, celles-ci se retrouvent généralement regroupées dans trois grandes catégories : la transition sociale, la transition juridique et la transition médicale. La transition sociale, qui correspond à la sociabilisation et aux espaces sociaux, et la transition administrative ou juridique, qui correspond au rapport de la personne avec l'État et les autres autorités officielles, sont parfois regroupées par métonymie sous le vocable de « transition sociale »..
Dans les années 1950, la transidentité est pensée uniquement dans une perspective médicale, c'est-à-dire par le changement du corps par la chirurgie ou la prise d'hormones, et appelée « transsexualisme » ou « transexualité ».. À la fin des années 1960, la militante trans Virginia Prince popularise le terme de pour parler de personnes ayant transitionné socialement, mais pas médicalement.. Cette distinction reste en place durant plusieurs décennies, mais après la publication du livre de Leslie Feinberg en 1992, le mot devient plus généraliste dans une perspective de mise en avant des différents parcours, sans se concentrer sur la partie médicale.
Une étude de 2014 menée en Australie et portant sur âgées de a trouvé que plus des trois quarts des personnes transgenres effectuent une transition sociale au moins partielle et qu'environ 40 % d'entre elles ne souhaitent pas de transition médicale, une proportion plus élevée chez les personnes non binaires.. De rares personnes trans font le choix de transitionner médicalement mais pas socialement, préférant garder leur corps et leur genre pour elles seules ou leur cercle intime..
Prise de conscience, questionnement et acceptation
Questionnement vignette|alt=Photographie d'une femme trans blonde sur un défilé. Son visage exprime de la joie tandis qu'elle pose en tenant sa grande couronne de strass contre la tête d'une main et un sceptre de l'autre.|Kylie Sonique Love décrit son processus de coming in comme une libération l'autorisant enfin à savoir qui elle est.. Le questionnement est le processus par lequel passent les personnes qui s'interrogent sur leur genre, leur identité de genre ou leur orientation sexuelle... Le questionnement amène une personne trans à prendre conscience de sa transidentité, une étape parfois appelée « coming in » (par opposition à l'annonce aux autres, le coming out).. Dans la majeure partie des cas, ce processus de questionnement et de compréhension de soi peut être une source d'angoisse et de sentiments dépressifs : la personne réalise qu'elle est différente et qu'elle ne correspond pas au modèle cisgenre hétéronormatif. Elle peut également souffrir de transphobie internalisée. Néanmoins, le coming in peut également s'avérer libérateur, permettant aux personnes de mieux comprendre leur identité et de se sentir davantage elles-mêmes. Le questionnement est ainsi une étape d'auto-acceptation de sa propre identité.
L'absence d'informations correctes et de représentations positives sur les identités LGBT+ ou l'absence de discussions ouvertes sur le sujet cause un stress plus élevé chez les adultes en questionnement.. Avoir un entourage lui-même LGBT+ peut aider dans le processus de coming in, soit que son existence soit rassurante en elle-même ou soit que cet entourage puisse servir d'interlocuteur privilégié par rapport aux questionnements liés au coming in. Depuis l'émergence de communautés LGBT+ en ligne, cet entourage n'a pas besoin d'être géographiquement proche..
L'étape du coming in est souvent la première d'un processus de transition de genre, bien que certaines personnes choisissent de ne pas transitionner après avoir pris conscience de leur identité de genre.
Choix du prénom Il est très commun, surtout en Amérique du Nord et en Europe, de changer de prénom pour mieux correspondre à son genre ressenti.. Le nouveau prénom est souvent le premier objet de réflexion de la personne transgenre, même si d'autres étapes de la transition peuvent avoir lieu avant le choix lui-même. Le prénom abandonné se nomme le morinom.
Les personnes transgenres choisissent généralement elles-mêmes leur nouveau prénom, parfois avec l'assistance de leurs proches.. Certaines personnes transgenres choisissent de garder leur prénom de naissance ou des vestiges de ce prénom dans un nouveau prénom relevant d'un autre genre, afin de conserver une continuité dans leur identité personnelle.
Certaines personnes conservent certains sons ou lettres du prénom de naissance, notamment l'initiale ou un son pouvant être utilisé pour un surnom, ou utilisent la version de leur prénom correspondant à l'autre genre (par exemple Alexandre et Alexandra). Enfin, les personnes portant un prénom épicène à l'oral avant leur transition, en français, changent parfois de prénom pour en prendre un différent dont le genre est marqué. Le prénom peut également venir par pur hasard, à force de tâtonnements.
La question de la transmission familiale se pose également : une personne transgenre peut choisir de s'inscrire dans la lignée des générations précédentes, par exemple en choisissant un prénom spécifique à une culture ou une origine, ou, si les parents d'un homme trans lui ont donné le nom d'une célébrité féminine qu'ils apprécient, celui-ci peut choisir le prénom d'une célébrité masculine qu'il apprécie. Certaines personnes veulent maintenir une continuité entre les prénoms, d'autres s'en débarrasser parce qu'elles associent l'ancien prénom à une forte souffrance causée par la dysphorie de genre ou refuser l'influence familiale dans une démarche de construction de soi.
La personne trans peut demander à des personnes de son entourage proche de tester un nouveau prénom pour voir ce qu'elle ressent quand il est utilisé et prononcé à voix haute.
Il est commun que la personne trans conserve, au moins dans un premier temps, son prénom de naissance sous la forme d'un deuxième prénom ou d'une initiale. Ce choix est parfois motivé par une volonté de simplicité administrative ou d'éviter des discriminations.
Choix des pronoms personnels vignette|Les personnes non binaires, telles que Marylize Biubwa (they/them), n'utilisent pas forcément les pronoms « il » ou « elle ».|alt=Photographie d'une personne noire portant un vêtement blanc, un collier en forme de fleur et du maquillage multicolore autour des yeux. Dans les langues grammaticalement genrées, les personnes transgenres binaires, c'est-à-dire s'identifiant pleinement comme homme ou femme, utilisent le plus souvent les pronoms personnels correspondants il ou elle..
Les personnes non binaires peuvent choisir d'employer des pronoms neutres, ou bien une combinaison de pronoms genrés, ou encore décider de n'employer aucun pronom pour se désigner. Les pronoms utilisés peuvent également varier pour correspondre à l'identité de genre de la personne en fonction de la période. Leur emploi dépend à la fois de l'adéquation ressentie par la personne entre son identité et le ou les pronoms utilisés et de l'environnement dans lequel elle évolue.. Les langues romanes, comme l'espagnol, l'italien, le portugais ou le français, sont des langues très genrées, dans lesquelles l'adoption de formes non binaires ou non genrées n'est pas toujours facile ou acceptée..
Les personnes trans peuvent utiliser un pronom personnel neutre pendant un certain temps puis passer à des pronoms binaires, surtout si elles ne se sentent pas légitimes en début de transition. De même, certaines personnes peuvent utiliser un pronom binaire puis se rendre compte qu'un pronom neutre leur convient mieux. Enfin, elles peuvent utiliser plusieurs ensembles de pronoms, en les alternant selon la période ou les préférences..
Transition sociale Coming out
L'annonce de la transidentité, aussi appelée « coming out », à l'entourage est un des éléments les plus significatifs dans le processus de transition pour de nombreuses personnes transgenres.. Ce coming out peut être plus ou moins bien reçu, voire entraîner de la violence ou une perte de domicile. En effet, les personnes trans sont beaucoup plus à risque d'être sans domicile fixe que la population générale., et les deux-tiers des jeunes trans sans abris le sont car ils ont été chassés ou ont fui le domicile familial peu après leur coming-out.. En conséquence, les personnes trans choisissent généralement les contextes, les moments et les personnes à qui annoncer leur transidentité.. Une autre stratégie est d'augmenter son passing afin d'éviter discriminations et violences transphobes..
Changement de l'expression de genre
L'expression de genre change dans la plupart des transitions. Elle passe d'abord par un changement de la pilosité (incluant la coupe de cheveux), par l'arrêt, l'évolution ou le début d'utilisation de maquillage et par un changement dans le style vestimentaire.. En général, l'objectif de ces modifications est de , c'est-à-dire d'être perçu par l'entourage comme étant du genre ressenti.
Certaines personnes font en outre évoluer leur voix pour lui donner une sonorité perçue davantage comme féminine ou masculine..
Il existe des pratiques et accessoires ayant comme objectif de faciliter le passing des personnes trans. Les personnes transmasculines peuvent s'appuyer sur plusieurs méthodes de bandage de la poitrine incluant le port du binder, un haut de compression, ainsi que sur le packing, le port d'un objet rembourré ou phallique appelé « packer » pour donner l'apparence d'avoir un pénis... Les personnes transféminines peuvent choisir de dissimuler leur pénis par des techniques de tucking, de recourir au rembourrage de hanches et de fesses ou encore de porter des prothèses mammaires externes.
Difficultés d'acceptation sociale du nom et des pronoms choisis