Émile Gallé né à Nancy le et mort dans la même ville le est un industriel, verrier, ébéniste et céramiste français.
Il est le fondateur et premier président de l'École de Nancy en 1901.
Enfant de l'art et du commerce, il est l'une des figures les plus marquantes des arts appliqués de son époque et l'un des pionniers de l'Art nouveau. C'est également un précurseur en matière de génétique et d'évolution concernant le monde végétal., ses travaux méconnus du grand public sont pourtant d'une grande pertinence puisqu'ils précèdent ceux de Gregor Mendel et en annoncent les grandes lignes. À la porte de son atelier de Nancy, on pouvait lire cette devise : La citation complète est la suivante :
Biographie Jeunesse et apprentissage vignette|gauche|redresse|Maison construite pour Charles Gallé vers 1871 au 2, avenue de la Garenne à Nancy. Son père, Charles Gallé, est déjà d'une envergure peu commune. Peintre sur porcelaine, il maîtrise l'art délicat de l'émail. En 1844, il épouse Fanny Reinemer, issue d'une famille de commerçant en faïences et cristal, et intègre l'entreprise de sa belle-famille en 1846 avant d'en prendre seul la direction en 1856. Il crée une production propre et y rencontre le succès.
Émile Gallé nait le à Nancy. Il entre en octobre 1858 au lycée Henri-Poincaré pour des études secondaires couronnées du baccalauréat.. En 1865, il part apprendre l'allemand à Weimar et y poursuit des études de minéralogie. C'est ensuite l'apprentissage des métiers du verre à Meisenthal et de la céramique à la Faïencerie de Saint-ClémentABC, Émile Gallé, les céramiques au pavois.. Dès 1863, Émile commence à collaborer en tant qu'ornemaniste avec son père. En 1867, il rejoint la direction de la verrerie familiale et représente son père à l'Exposition universelle. Il effectue en 1871 un séjour à Londres, ce qui lui permet d'apprendre l'anglais. Son approche n'est pas simplement théorique et Émile ne craint pas de s'initier au soufflage. Il adjoint à cela de bonnes connaissances en ébénisterie et surtout la passion familiale pour les sciences naturelles et plus particulièrement pour les plantes qui l'amène au dessin. Il fut notamment à Nancy l'élève de Dominique-Alexandre Godron, naturaliste et médecin.
En 1870, il est de retour à Saint-Clément où, avec Victor Prouvé, il compose un service de vaisselles rustiques avant de s'engager volontairement en tant que soldat dans la guerre franco-allemande. Il est à Londres, en 1871, où il travaille au musée de Kensington et aux jardins botaniques royaux de Kew.
Il s'installe à Paris pour étudier l'art des cristaux anciens, les émaux de masse des lampes arabes de Philippe-Joseph Brocard, ou l'art japonisant d'Eugène Rousseau.
Carrière artistique vignette|redresse|Le Grand Foudre, domaine Pommery à Reims.|gauche Il retourne à Nancy, ayant de nouvelles voies d'exploration de la technique du verre et il s'emploie à imiter la nature avec des stries, des nœuds, des éclats, des reflets, des ombres, des marbrures. Il épouse Henriette Grimm en 1875.. Puis, en 1877, il reprend les activités développées par son père et s'installe avenue de la Garenne à Nancy. Il développe l'affaire grâce à son travail acharné.
Il participe à l'Exposition universelle de 1878. Sa renommée s'étend au monde entier et il obtient quatre médailles d'or.
En 1883, il construit de vastes ateliers de faïencerie, de verrerie et d'ébénisterie et s'y réserve une pièce au centre, où il élabore ses projets. De nombreux artistes et artisans commencent à travailler pour lui. Il va ouvrir plusieurs comptoirs et va régulièrement exposer ses propres œuvres.
Il expose à Paris, en 1884 ; La Pierre, le Bois, la Terre, le Verre obtient une médaille d'or. Il expose de nouveau dans la même ville en 1885. De 1884 à 1889, il exprime ses idées dans son livre Écrits pour l'artÉcrits pour l'Art. Floriculture, art décoratif, notices d'exposition, Paris, Librairie Renouard, H. Laurens, 1908, réédité à Marseille, chez Laffitte, 1980, 379 p.. Dans l'esprit du temps, Gallé célèbre dans son art les provinces perdues de l'Alsace et de la Moselle. Pour l'Exposition universelle de 1889, Gallé développe, à travers ses décors symboliques, le thème du patriotismeLucie Marie, « Patriotisme et décor symbolique dans l'œuvre d'Émile Gallé », Annales de l'Est, 2005, ..
En 1889, il reçoit le grand prix de l'Exposition universelle et il est promu officier de la Légion d'honneur. Vers cette époque, environ 300 artistes et artisans travaillent pour lui. Il interdit à ses collaborateurs de reproduire une fleur sans en avoir le modèle sous les yeux.
En 1892, il offre, avec les frères Daum, des objets d'art au président Sadi-Carnot pour commémorer la défaite de 1871 et la perte de l'Alsace-Lorraine.
vignette|redresse|La cristallerie créée à Nancy en 1894, située au 86, boulevard Jean-Jaurès, qui deviendra par la suite l'École spéciale de radioélectricité.|gaucheIl participe à l'Exposition universelle de 1893 de Chicago. L'année suivante, il ouvre sa cristallerie et participe à l'exposition d'art décoratif lorrain à Nancy.
Il prend part à l'exposition de Munich, en 1897, où il reçoit une médaille d'or, puis il expose à Francfort, et à Londres. vignette|Émile Gallé dans son atelier, Victor Prouvé, 1892, Musée de l'École de Nancy. En 1900 a lieu le couronnement de sa carrière : deux grands prix, une médaille d'or. La même année, Rose Wild, sa collaboratrice, obtient une médaille de bronze à l'Exposition universelle. Il est élevé au grade de commandeur de la Légion d'honneur et, le 19 mai, il est admis à l'Académie de Stanislas de Nancy. Il y effectue un discours de réception sur le décor symbolisteLe Décor symbolique, Imprimerie Berger-Levrault et Cie, 1900 (Académie de Stanislas, séance publique du 17 mai 1900, discours de réception)..
Il participe à l'exposition de Dresde, en 1901 et, la même année, il crée l'École de Nancy avec Victor Prouvé, Louis Majorelle, Antonin Daum et Eugène Vallin, alliance dont il est le président.
En 1902, il participe à l'Exposition des arts décoratifs de Turin. Couvert d'honneurs et de gloire, il devient membre de la Société nationale des beaux-arts de Paris et de plusieurs sociétés savantes. Il dessine à la demande d'Henri Gallice, alors directeur de la maison de champagne Perrier-Jouët, une bouteille ornée d'anémones blanches évoquant le cépage chardonnay.
Il expose, en 1903, au pavillon de Marsan, à Paris, le vase Érable sycomore cosigné par Rose Wild. En 1904, il réalise le Grand Foudre pour l'Exposition universelle de Saint-Louis (Missouri). La fabrication du foudre proprement dite est due à la maison Fruhinsholz. Émile Gallé en a réalisé la façade sur commande. vignette|Tombe d'Emile Gallé. Le , Émile Gallé meurt des suites d'une maladie dont les premiers signes sont apparus lors de l'Exposition universelle de 1900. Si les médecins de l'époque y voyaient un surmenage, une neurasthénie, une pathologie pulmonaire, une anémie pernicieuse ou une leucémie, et que des historiens plus modernes y aient pu voir un empoisonnement du sang lié aux métaux lourds (plomb, fluor, arsenic, cadmium, manganèse, uranium) utilisés lors de la fabrication du verre, une thèse de médecine de 2002 écarte ces hypothèses (sauf l'anémie pernicieuse) et en propose deux autres, l'anémie sidéroblastique idiopathique acquise et le lymphome non Hodgkinien, en soulignant l'impossibilité de poser en diagnostic définitif... Il repose à Nancy au cimetière de Préville.
Engagement politique
Pour ses contemporains Gaston Varenne et Roger Marx, Émile Gallé conçoit son rôle d'artiste comme en lien avec le monde, capable à la fois d'en ressentir les souffrances et de le guider vers un futur meilleurGaston Varenne « La pensée et l’art de Gallé », Le Mercure de France, .Marx, Roger, « Émile Gallé écrivain », Mémoires de l’Académie de Stanislas, 1906–1907.. Le beau ne doit pas être qu'une jouissance esthétique, mais contribuer à une exigence morale. Cela s'incarne par ses nombreuses prises de position et engagements politiques.
Un an après la création de la Ligue française pour les droits de l'homme, il en fonde en octobre 1898 la section nancéienne aux côtés de Charles Keller et d'Hippolyte Bernheim. Radical-socialiste, il participe à la fondation du journal L'Étoile de l'Est et est élu président d'honneur de la Fédération républicaine de Meurthe-et-Moselle en octobre 1901. Il défend les Juifs de Roumanie et en particulier l'action de Bernard Lazare, ainsi que les Irlandais dans leur révolte face aux Britanniques et le mouvement de libération nationale arménien .. Il prend aussi position contre les villages de liberté de l'Armée française en Afrique de l'Ouest..
Émile Gallé prend à de nombreuses reprises parti pour soutenir l'innocence d'Alfred Dreyfus, notamment par des tribunes dans la presse, le dans Le Progrès de l'Est, en décembre de la même année dans Le Républicain Lorrain. Cette prise de position lui vaut un effondrement de ses ventes et une forte impopularité à Nancy, lui et son épouse voyant dorénavant les passants changer de trottoir lorsqu'ils les croisent. Cette impopularité durera jusqu'après sa mort, au point que Le Républicain Lorrain ne peut s'empêcher de critiquer les positions politiques de l'artiste dans ses articles nécrologiques. Le , jour du jugement, il prononce un discours solennel devant ses ouvriers et ferme l'usine.
Il est aussi l'un des pionniers de l'écologie et participe à la création d'une association pour la protection des plantes sauvages à Nancy.
Botanique
Émile Gallé s'intéresse à la botanique : il apprend notamment à lire dans Fleurs animées de Grandville et est formé par Charles-François Guibal, à l'âge de 14 ans, à former des herbiers en récoltant des plantes dans les coteaux et bois autour de Nancy, en forêt de Haye, mais aussi dans les Vosges, l'Alsace et même les Alpes françaises et suisses. S'il ne poursuit pas stricto sensu une carrière scientifique en raison de faiblesses en mathématiques, Émile Gallé se passionne pour la botanique, suivant les enseignements de Godron et fondant en 1877 la société centrale d'horticulture de Nancy. Il est sollicité par le maire de Nancy pour faire partie du comité de surveillance du jardin botanique et se constitue une collection personnelle de près de . Il correspond avec de nombreux botanistes de son époque, français, mais aussi belges, suisses, luxembourgeois, allemands et américains, parmi lesquels Louis Pasteur, et publie divers articles scientifiques sur la variabilité des végétaux, notamment les mutations de la gentiane des champs et l'évolution des orchidées. En 1883, il participe à la troisième édition de lAtlas de la Flore lorraine et participe à la découverte de présence, sur le territoire lorrain, de laîche blanche, de narcisse des poètes et de spilanthes autumnalis. Il organise la première exposition de géographie botanique et est membre d'honneur de l'exposition de 1890 sur ce thème. En 1900, lors de l'Exposition universelle, il donne une présentation au congrès international de botanique de Paris sur les orchidées de Lorraine, en particulier Loroglossum hircinumm Reich.
Il cultive de nombreuses plantes dans son jardin du 2, avenue de la Garenne à Nancy, tels quAkebia quinata Decne., Primula cortusoides L, Abies douglasii, Zygopelatum mackayi ou Cypripedium chantini.
Vie privée Gallé a eu quatre filles : Thérèse (1878-1966), épousa Lucien Bourgogne en 1902. Lucile (1879-1981), épousa Paul Perdrizet en 1906. Claude (1884-1950). Geneviève (1885-1966), épousa Robert Chevalier en 1910.
Œuvres
Les travaux céramiques