La synagogue de Nordhausen, inaugurée en 1845, a été détruite en 1938 lors de la nuit de Cristal comme la plupart des autres lieux de culte juif en Allemagne.

Nordhausen est une ville allemande de l'arrondissement de Nordhausen dans le Land de Thuringe. La ville compte actuellement un peu moins de .

Fin août 1943, pendant la Seconde Guerre mondiale, les nazis installent dans son voisinage immédiat le camp de concentration de Nordhausen-Dora, initialement camp annexe du camp de concentration de Buchenwald. Quelque personnes y travaillèrent dont périrent en raison des conditions de travail inhumaines.

Histoire de la communauté juive La communauté au Moyen Âge Une communauté juive existe dès le Moyen Âge dans l'ancienne ville impériale de Nordhausen. En 1290, Rodolphe de Habsbourg décide que les Juifs habitant à Nordhausent doivent payer au roi un impôt dont le montant sera défini par les citoyens de la ville. Les Juifs habitent dans la Judenstrasse (rue aux Juifs) où est aussi située la synagogue. Le cimetière juif se trouve en dehors de la ville, à Frauenberg. Les Juifs de Nordhausen vivent principalement du prêt d'argent.

La communauté est détruite lors des persécutions antisémites pendant la peste noire. D'après un vieux livre de prières de Worms, les Juifs auraient été début mai 1349, brulés dans leur cimetière à l'initiative du margrave Frédéric II de Misnie. Parmi les martyrs se trouverait le rabbin de l'époque Jakob : Revue Allgemeine Zeitung des Judentums du 18 février 1873 : la revue raconte une légende d'après la chronique de Ernst Günther Förstemann (1788 – 1859), que la communauté juive ayant été jugée coupable d'empoisonnement des puits, tous les Juifs de Nordhausen sont condamnés au bûcher. Le rabbin fait installer une piste de danse au-dessus du bûcher et demande que de la musique soit jouée pendant le supplice : Ils sont restés ensemble toute la nuit du 4 au 5 mai. La prière et les chants alternent avec les discours du rabbin Jacob les préparant à la mort prochaine. Quand le matin, l'heure fixée arriva, le rabbin a appelé la communauté à se rendre avec lui au cimetière et à sanctifier en chantant et en dansant le nom de l’Éternel, comme l'avaient fait autrefois David et la maison d'Israël tout entière, quand ils ont amené l'Arche d'alliance à Sion. : Revue Allgemeine Zeitung des Judentums du : Le chapitre le plus sombre dans l'histoire des Juifs de notre vieille ville est la violente persécution au moment de la peste noire..

Les biens des Juifs assassinés sont offerts par le roi au bailli impérial de Nordhausen, le comte Heinrich d'Hohnstein et Sangerhausen, ainsi qu'aux comtes Heinrich et Gunther de Schwarzbourg. La ville acquiert alors de ceux-ci le Judengut (biens des Juifs) pour la somme de 400 marks d'argent.

En 1350, dès la fin des persécutions, les Juifs peuvent de nouveau s'installer en ville. Après 1360, on compte quatre familles juives en ville, et au milieu du , environ six familles. Les familles juives vivent alors du prêt sur gage, jusqu'au milieu du où le conseil municipal leur interdise ce métier. Ils se spécialisent donc dans le commerce de chevaux, de linge et de draps. Les persécutions contre les Juifs reprennent lors des épidémies de peste: Revue Jüdisch-liberale Zeitung du mars 1929. La revue cite une lettre, en haut allemand, du landgrave Frédéric III de Saxe au conseil municipal de Nordhausen en 1493, lors d'une épidémie de peste, reflétant la façon de penser à cette époque : Au maître du conseil et aux conseillers de la ville de Nordhausen! Sachez que nous avons fait brûler tous nos Juifs, autant que notre pays pouvait, en raison de l'énorme culpabilité qu'ils ont à l'égard de la chrétienté en essayant de nous tuer en jetant du poison dans tous les puits. C'est pourquoi nous attendons de vous que vous tuiez vos Juifs ; gloire et honneur à Dieu, pour le salut de la chrétienté, afin qu'ils ne puissent plus affaiblir les Chrétiens. en 1438/1439 et en 1447, date à laquelle, ils sont expulsés par le conseil municipal. Ils reviennent en ville entre 1450 et 1454, mais sont définitivement expulsés en 1559. À l'exception d'une courte période au , l'installation de Juifs à Nordhausen est interdite jusqu'au début du .

La communauté au et au avant le nazisme

En 1808, la ville fait partie du royaume de Westphalie dépendant de l'empire napoléonien. L'installation des Juifs dans la ville est de nouveau possible. Le premier à s'y installer s'appelle Meyer Ilberg (ou Meyer Abraham). Au cours du siècle, le nombre de Juifs à Nordhausen va progresser rapidement par l'arrivée de Juifs en provenance principalement des communautés rurales d'Ellrich, Sülzhayn, Werna et Immenrode. En 1809, il y a 5 familles juives. En 1817, on compte 14 familles représentant 74 personnes. En 1825, on a environ 100 habitants juifs et en 1830, 165 répartis en 30 familles. En 1895, on obtient un maximum de 489 habitants juifs: Revue Allgemeine Zeitung des Judentums du 12 février 1897. Ce nombre va décroitre légèrement au début du . En 1900, ils ne sont plus que 474 et en 1910 on compte 452 habitants juifs.

Dans la seconde moitié du , de nombreux magasins de la Rautenstraße et de la Töpferstraße sont détenus par des Juifs. Les Juifs sont propriétaires d'usine, commerçants, médecins, avocats, artistes, etc. et participent activement jusqu'au début des années 1930 au développement économique et culturel de la ville. Le , avocat de profession est membre du SPD au Reichstag. En 1915, il vote contre l'octroi de crédits de guerre, et combat fermement contre la montée du nazisme. Il meurt en 1934, en exil en Suisse. Une rue porte actuellement son nom, la Oskar-Cohn-Straße.

La communauté est fondée en 1813, avec comme premier président Meyer Abraham qui la dirigera jusqu'à sa mort en 1826. En plus de la synagogue, la communauté possède un centre communautaire inauguré en 1865, une école religieuse juive et un cimetière. Entre 1875 et 1925, un rabbin dirige les offices religieux. Il est en même temps enseignant et prédicateur. Pour l'aider, un enseignant, servant aussi de Hazzan et de Shohet est engagé.

Lors de la Première Guerre mondiale, la communauté juive perd au front huit de ses membres, auxquels s'ajoutent six autres personnes nées à Nordhausen, mais habitant dans d'autres villes.

En 1924, la communauté juive compte environ 450 personnes. Ses dirigeants sont le Dr Carl Stern, président de 1928 à 1931, et Mrs Louis Jonemann, Hermann Collin, Louis Kleimenhagen, Eli Neufeld et Oscar Blumenthal. Différentes commissions régissent la communauté: la commission d'entraide, dirigée par le Dr Stern; la commission scolaire dirigée par Hermann Collin; la commission de la cacherout dirigée par W. Katz; la commission des finances, sous la direction d'Eduard Mautnzer; celle de la construction sous la direction de Louis Kleimenhagen. Le est rabbin, prédicateur et enseignant. Samuel Seelig est Shohet ainsi qu'enseignant. Le rabbin Levy et Samuel Seelig donnent des cours à 30 enfants dans l'école religieuse de la communauté. En plus le rabbin Levy enseigne l'instruction religieuse dans les écoles secondaires de la ville. La communauté a engagé aussi un Shamess (bedeau), M. L. Altmann, et un gardien de cimetière, M. Petri.

En 1932, les dirigeants de la communauté sont le Dr Gutmann, Hermann Collin et Louis Kleimenhagen. Samuel Seelig est toujours enseignant et Hazzan. Pendant l'année scolaire 1932-1933, 33 enfants fréquentent l'école religieuse.

La communauté possède plusieurs associations caritatives, culturelles et sportives : la Chewra Gemilus Chassidim (ou Chewra Kadischa, société du dernier devoir), fondée en 1861, dirigée en 1924 par Emil Hirsch et en 1932 par H. Hecht, avec 80 membres, chargés de l'aide aux familles endeuillées et aux malades ; le Israelitischer Frauenverein (association israélite des femmes), fondée en 1848, forte de 114 membres, avec à sa tête en 1924 Jos. Warburg et en 1932 Herzfeld. Elle vient en aide aux malades, aux sans-emplois et aux pauvres. Une section locale de la Centralverein (association de Juifs d'Allemagne) sous la présidence en 1924 du , avec 85 membres; une section locale de la Hilfsvereins (association mutualiste) dirigée en 1924 par Willy Eisner et forte de 70 membres; une Synagogengesangverein (association de la chorale de la synagogue) sous la direction en 1924 de Heinrich Pinthus, avec 30 membres; une Zionistische Ortsgruppe (section locale sioniste) de 25 membres, dirigée en 1924 par E. Pinthus; un Deutsch-jüdische Jugendgruppe (groupe de la jeunesse juive allemande) dirigé en 1924 par Kurt Kleimenhagen, avec 35 participants; une association contre l'antisémitisme dirigée en 1924 par Mr. Häberlein avec 160 adhérents; la Jacob-Plaut-Loge U.O.B.B (Loge du B'nai B'rith), présidée en 1924 par Heinrich Pinthus et en 1932 par l'avocat , avec 75 membres; et une Wanderfürsorge Verein (association d'aide aux migrants). La communauté possède une salle de lecture et une bibliothèque situées dans le centre communautaire: Revue Allgemeine Zeitung des Judentums du 18 août 1885 inauguré en 1885, situé près de la synagogue, avec comme responsable le A. Levy.

La période nazie et la fin de la communauté Après la Première Guerre mondiale, de nombreux actes antisémites: Revue Jüdischen Wochenzeitung für Kassel, Kurhessen und Waldeck du 10 avril 1931 sont commis, en même temps que la montée du nazisme. En 1933, à l'arrivée d'Hitler au pouvoir, 438 Juifs vivent à Nordhausen. Le , les nazis mettent en place le boycott des commerces et établissements juifs. Le journal Nordhäuser Allgemeine Zeitung décrit le déroulement de la journée : Comme nous l'avions déjà annoncé, les SA et SS de Nordhausen ont fermé le matin à 10h00, tous les commerces et entreprises juifs, ainsi que les bureaux des avocats et médecins juifs. Après leur fermeture, des affiches rouges ont été placardées aux entrées avec le texte suivant : Fermés tant que les Juifs du monde n'arrêteront pas leur combat contre l'Allemagne en marche. Les SA et SS de Nordhausen. Toute la journée, des éléments SA et SS sont restés devant les magasins fermés. Cette action a naturellement suscité un grand intérêt. La communauté juive de Nordhausen avait pourtant, dès la veille, par crainte, exprimé dans un communiqué son total désaccord avec les actions anti-allemandes qui se déroulaient dans le monde entier. Avec l'indignation, nous condamnons la propagande abominable contre l'Allemagne faite à l'étranger par des provocateurs irresponsables et le boycott des produits allemands. Nous nous opposerons à chaque instant, et de toutes nos forces aux mensonges dirigés contre l'Allemagne. Dans les années qui suivent, une partie de la population juive quitte le pays en raison du boycott économique, de la marginalisation croissante et de la répression : Revue Jüdisch-liberale Zeitung du 8 janvier 1936 : « Selon un communiqué de la police de Nordhausen, deux Juifs ont été arrêtés pour avoir violé la loi sur la protection du sang allemand et de l'honneur allemand ». Ils ne sont plus que 303 en 1934, mais encore 386 en 1937 en raison de l'installation de Juifs provenant de petites communautés avoisinantes. Fin octobre 1938, 43 soi-disant Juifs de l'Est, dont les familles Joschkowitz, Gottlieb et Nebenschoss, sont déportés en Pologne.

Lors de la nuit de Cristal du 9 au , la synagogue est profanée et incendiée, et de nombreux commerces et habitations détenus par des Juifs sont pillés et saccagés. Environ 100 hommes, femmes et enfants sont rassemblés dans la prison et dans la cour de l'hôpital. 67 hommes sont transférés le au camp de concentration de Buchenwald. Le Hazzan Kurt Singer, obligé d'assister aux souffrances infligées à son père, se suicide. Plusieurs hommes meurent dans les jours qui suivent dans le camp.