Plainpalais est un quartier de la ville de Genève (Suisse) et une ancienne commune du canton du même nom.

Histoire Formé des faubourgs de Palais, plaine marécageuse (plana palus), de Saint-Léger et de Saint-Victor, entre le Rhône et l'Arve, le territoire de l'ancienne commune couvre les quartiers actuels de Plainpalais, de La Jonction, de La Cluse, des Tranchées, de Champel, du Bout-du-Monde, des Acacias et une bande de terre sur la rive gauche de l'Arve (Les Vernets). Elle s'est aussi appelée Banlieue de Neuve (du nom d'une des portes de Genève).

vignette|Cimetière des Rois, allée centrale, Genève.|gauche

Le cimetière des Rois est créé en 1482 pour y accueillir les victimes de la peste. Il est alors situé en dehors des murs de la ville autour de l'Hôpital des Pestiférés. Suite à la fermeture de la plupart des cimetières paroissiaux après la Réforme protestante (1536), le cimetière de Plainpalais reste le seul en usage pour la cité de Genève. Il est un témoin de l'histoire de Genève dont il est devenu le Panthéon. La tombe de Jean Calvin y côtoie celles de Beatriz Consuelo, Jorge Luis Borges, d'Émile Jaques-Dalcroze ou de personnalités politiques genevoises comme Léon Nicole, James Fazy ou Adrien Lachenal.

gauche|vignette|Plainpalais est représenté en bas à gauche sur ce dessin imaginatif de Matthias Quad, ou de l'atelier de Franz Hogenberg, datant d'environ 1603. Il illustre l'échec de l'attaque surprise du 12 décembre 1602 menée par le duc de Savoie pour prendre Genève. On y voit des envahisseurs franchissant les douves au centre gauche, tandis que leurs renforts pénètrent dans Plainpalais en bas. Au centre, une colonne de défenseurs se dirige vers les Savoyards. Le lac Léman se trouve en haut au centre.

C'est à Plainpalais que se massent les troupes de Charles-Emmanuel Ier dans la nuit du 11 au durant la nuit de l'Escalade.

La rive gauche de l'Arve est disputée entre les États de Savoie et Genève jusqu'au traité de Turin (1754) qui l'attribue à la ville. Plainpalais devient commune par la loi du , date à laquelle le Conseil municipal et la fonction de maire sont instaurées.

Au , Plainpalais est principalement une banlieue maraîchère (culture de choux, artichauts, laitues et cardons) et un lieu de détente avec la plantation d'allées arborisées autour d'un vaste losange (actuelle plaine de Plainpalais). Dès 1848, le site devient propriété de la commune et sert à des réjouissances tant militaires que civiles. Le site attire plusieurs institutions culturelles et de divertissement regroupées dans un faible rayon (cirque en 1865, diorama en 1880, casino en 1887, théâtres, etc.) et est marqué durablement par l'Exposition nationale de 1896. En 1849, lorsque se pose la question de la création d'un hôpital cantonal, le choix des députés se porte sur l'ancienne propriété d'Edouard Claparède pour sa proximité de la ville et son exposition favorable. L'implantation de l'hôpital cantonal (1856), de la maternité (1875), de l'école de médecine (1876) et de l'école de chimie (1878) diversifient les activités de la commune.

Celle-ci se développe sous l'autorité de Charles Page (maire entre 1882 et 1910) : les ponts Sous-Terre (1891) et de la Coulouvrenière (1896), les quais du bord de l'Arve (1890-1891), la nouvelle mairie (1888) et la Maison communale (1906), unique à Genève, sont réalisés. Implantés vers la Coulouvrenière, l'usine à gaz (1845-1914) et les Forces motrices (bâtiment construit entre 1883 et 1892) donnent à la commune des atouts industriels dans le secteur de la mécanique (quartier de La Jonction).vignette|Les ateliers de la SIP à Genève, rue Gourgas (à droite le MAMCO)|207x207px|gauche

C'est dans une villa située à Plainpalais qu'Auguste De la Rive et Marc Thury installent en 1858 le premier atelier à l'origine de la Société genevoise d'instruments de physique. Le Bâtiment d’art contemporain (BAC), implanté dans l’ancienne usine, est situé en bordure de la rue de Bains, de la rue Gourgas et de la rue des Vieux-Genadiers. En rénovation jusqu'au printemps 2029, le BAC regroupera trois institutions culturelles (le Musée d’art moderne et contemporain, le Centre d’art contemporain Genève et le Centre de la photographie Genève) pour former le plus grand centre d’art contemporain de Suisse.

vignette|Temple de Plainpalais|221x221px

Situé à l'angle de l'avenue du Mail, du boulevard du Pont d'Arve et du boulevard Carl-Vogt, le Temple de Plainpalais joue un rôle central dans la communauté genevoise au fil des siècle. Le , le Conseil municipal de la Commune de Plainpalais endosse la responsabilité de la construction d'un temple protestant, suite à une pétition de propriétaires de la commune, appuyée par le Conseil d'État. L'architecte J.-P. Guillebaud remporte le concours ouvert le . Le temple est inauguré le et sera rénové pour la dernière fois en 1998 et 2000.200px|thumb|Synagogue de Plainpalais|gauche

Reposant jusque-là sur une stricte unité religieuse, Genève pratique la liberté de culte depuis 1846. Après sa reconnaissance officielle en 1852, la communauté israélite fait construire entre 1853 et 1857 dans le quartier de Plainpalais une synagogue, remplaçant celle de Carouge datant de 1787, la synagogue Beth-Yaacov de Genève inaugurée en 1859. Bannis de Genève pendant des siècles, les juifs ont le droit de citoyenneté depuis 1857. vignette|Église du Sacré Cœur à Genève, après rénovation. Extérieur : terrasse du restaurant « l'Olivier du Sacré-Cœur ».|237x237px Après l'approbation du projet par le Grand Conseil de Genève en 1849, James Fazy devient, à partir de 1850, le principal artisan de la démolition des fortifications de la vieille ville et d'une transformation urbaine connue sous le nom de « Ceinture fazyste ». Ce projet permet à la ville de s'étendre au-delà des limites des anciens remparts, qui sont alors détruits, entraînant la construction de nouveaux quartiers. Plusieurs édifices religieux sont érigés à Genève à cette époque, notamment la basilique Notre-Dame de Genève, l'église anglaise de Genève, la synagogue Beth Yaakov, l'église russe et un temple maçonnique, qui deviendra plus tard l'église du Sacré-Cœur de Genève. gauche|vignette|253x253px|Vue de l'église russe à la fin du XIXe siècle, avec l'observatoire de Genève au second plan. De l’autre côté de la Vieille-Ville, la promenade Saint-Antoine marque la limite entre Genève et le nouveau quartier des Tranchées, alors situé dans l’ancienne commune de Plainpalais. Au bout de la promenade se trouve la place Franz-Liszt, à l'endroit même où le compositeur hongrois vit de 1835 à 1836, période durant laquelle il enseigne au Conservatoire de Genève au moment de sa fondation. Le premier édifice construit dans le quartier des Tranchées est la cathédrale de l'Exaltation-de-la-Sainte-Croix, consacrée en 1866. Sophie, la fille de Fiodor Dostoïevski, meurt à Genève quelques semaines après sa naissance. Les obsèques de Sophie ont lieu à l'église russe. Elle repose au cimetière de Plainpalais.

Plusieurs bâtiments scolaires sont construits entre 1885 et 1903 et des rues et boulevards sont percés ou élargis dès 1890 (dont l'avenue du Mail, le boulevard Carl-Vogt et le boulevard Saint-Georges).gauche|vignette|Au centre, l'ancienne école de médecine dans le quartier de Plainpalais à Genève. A gauche, le pont Hans-Wilsdorf.

En 1559, l’Académie de Genève est créée à l’initiative de Jean Calvin comme un séminaire théologique et humaniste. En 1864, Carl Vogt présente un projet d’Université qui verra sa réalisation en 1873 avec la création de la faculté de médecine et l’édification des trois bâtiments universitaires des Bastions entre 1868 et 1872. L'ancienne école de médecine est construite en 1876 à l'angle de la rue de l'École-de-médecine, à laquelle elle a donné son nom, et du quai Ernest-Ansermet, où se trouve également, à proximité immédiate, la tour de la Radio-Télévision Suisse, construite entre 1968 et 1970.

Le pont Hans-Wilsdorf relie la rue de l’Ecole-de-Médecine aux Vernets où se situe, depuis 1965, le siège de Rolex.vignette|Bâtiment Uni-Carl Vogt de l'Université de Genève (Suisse).

Situé au 66 du boulevard Carl-Vogt, le bâtiment Uni Carl Vogt changera de nom suite à une décision du Rectorat de l’Université de Genève. La décision est motivée par les thèses racistes et misogynes du naturaliste, qui fut l'assistant de Louis Agassiz à l'Académie de Neuchâtel.

De 1875 à 1876, un bâtiment est construit à Plainpalais pour abriter une caserne, un arsenal et un manège avec écurie. Le bâtiment sera successivement remplacé par l'ancien palais des expositions, puis par Uni Mail. La présence du Palais des expositions à Plainpalais, entre 1926 et 1980, renforce la dynamique du quartier. À sa démolition, le site est occupé par l'un des principaux bâtiments de l'Université de Genève.

vignette|Uni Dufour vu de la plaine de Plainpalais|283x283px

Surnommé le bunker par ses détracteurs, le Bâtiment Uni Dufour est construit dans les années 1970. Inspirés par Le Corbusier, Werner-Charles Francesco, Gilbert Paux et Jacques Vicari remportent le concours organisé en 1965 après l’incendie de la Maison des Congrès. En 1995 un nouveau concours est organisé par une banque privée. Le jury retient deux projets. Celui de Maria-Carmen Perlingeiro qui reprend le projet de végétalisation de l’espace extérieur prévu à l’origine et celui de Tatsuo Miyajima : la Forteresse des droits de l’homme. Il s’agit de 222 diodes disposées autour du bâtiment sur lesquelles défilent des chiffres symbolisant le cycle de la vie et de la mort. La situation du bâtiment en fait le trait d’union entre le parc des Bastions et la Plaine de Plainpalais. Uni Dufour abrite deux auditoires de 600 et 300 places, une cafétéria, le Rectorat et l’administration centrale de l’Université de Genève.

A l’emplacement d’Uni Dufour, s’élevait le Palais électoral, construit après l’adoption de la constitution genevoise de 1847. Inauguré en 1855, il est démoli en 1911 et reconstruit en 1915, avant d’être définitivement détruit par un incendie en 1964. Il accueillait les assemblées du Conseil général qui se tenaient jusque là au temple de Saint-Pierre. Le bâtiment est surnommé la « boîte à gifles ». Il accueille le premier salon de l’automobile en 1905. En 1871 des soldats français y sont hébergés. La rotonde abritant le Panorama Bourbaki, illustrant l'internement de l'armée de l'Est, est édifiée en 1880 au boulevard de Plainpalais (actuel boulevard Georges-Favon). En 1897, elle est déplacée à la Jonction. Le panorama quitte ensuite Genève pour être remonté à Lucerne dans un bâtiment construit en 1889.

En face d'Uni Dufour, à l'intersection de la rue De-Candolle et de la rue du Conseil-Général se trouvait la Brasserie Landolt (1875-1999), qui fut fréquentée par Lénine, Chaim Weizmann, premier président de l'État d'Israël ou encore par des réfugiés portugais préparant la Révolution des Œillets.vignette|Arrêt de tram attaché au rond-point de Plainpalais avec sa statue en bronze sculptée par John Aldus représentant l'une de ses amies en la personne de Monique Barbier-Mueller.|255x255px Réaménagé en 1979-1980, le Rond-point de Plainpalais est un carrefour important de la ville de Genève. L'activité commerçante du quartier attenant, la présence de bâtiments universitaires, ainsi que de manifestations sur la Plaine de Plainpalais voisine en font un lieu animé en permanence et une importante station des Transports publics genevois. Une ligne de tramway passant par la Rue du Conseil-Général et la Rue de Carouge avec des voitures tractées par des chevaux est inaugurée le entre la Place neuve et le Rondeau de Carouge. Cent ans plus tard la ligne 12 du tramway de Genève y était la dernière encore en activité.