L’histoire de la santé à Lyon est l'étude de l'évolution de l'ensemble des sujets liés à la santé, les personnes, institutions, découvertes médicales, depuis les origines à nos jours à Lyon en France.
Cette histoire s'inscrit résolument dans l'évolution globale de la médecine française, avec quelques spécificités liées à l'histoire locale.
Antiquité
La connaissance sur la médecine lyonnaise à l'antiquité est extrêmement lacunaire, si l'on enlève les quelques légendes qui ont cours depuis plusieurs siècles.
Moyen Âge
Établissements hospitaliers Au Moyen Âge, les hôpitaux lyonnais sont de simples maisons particulières tenues par des religieux et ouvertes aux plus pauvres. Cette offre de soin est complétée par des léproseries ouvertes progressivement à plusieurs points d'entrée de la ville, pour atteindre le nombre de quatre.
Pathologies Cette période historique ne fournit que trop peu de documents pour détecter la plupart des maladies qui frappent les Lyonnais. Les deux fléaux décrit principalement sont la peste et la lèpre.
Une peste est signalée par les textes en 580, survenant à la suite d'une inondation. La peste noire frappe bien entendu la ville en 1348 ; ses effets sont destructeurs. Certains historiens du se fondent sur le relatif silence des chroniqueurs médiévaux pour mettre en doute le passage de l'épidémie à Lyon .. Mais il semble qu'ils n'aient tout simplement pas eu accès aux bonnes sources. Ainsi, dans la paroisse de Saint-Nizier, sur trois à quatre mille paroissiens, six cents à six cent cinquante adultes sont enterrés, sans compter les enfants .. La perte totale de population s'élève pour la ville à ., ce qui correspond à environ un tiers de la population ..
Renaissance
Établissements hospitaliers À la Renaissance, l'essor marchand et la prospérité de la ville lui permettent d'ouvrir deux établissements importants, à même de gérer l'afflux de nécessiteux : l'Hôtel-Dieu et la Charité.
Personnalités médicales notables Durant quelques années, François Rabelais enseigne et pratique à Lyon du printemps 1532 à 1535, étant le collègue de Symphorien Champier à l'Hôtel-Dieu. Il y publie, entre autres, des ouvrages médicaux, et y exerce avec succès d'après l'hommage de Macrin
Pathologies vignette|Troupes du roi de France à Florence, lieu où ils furent peut être infectés par la syphilis. tableau de Francesco Granacci.
À la Renaissance, Lyon voit l'arrivée d'une nouvelle maladie : la syphilis. Elle viendrait d'Italie et aurait été ramené par les armées de Charles VIII revenant d'Italie en 1495. Dès 1496, les recteurs de l'Hôtel-Dieu demandent au roi de vider les malades de son armée qui remplissent l'hôpital et de les faire quitter la ville, de peur qu'ils ne contaminent toute la population. Mais cette maladie est à présent installée dans la ville. Les malades de la syphilis sont regroupés dans une salle à part de l'Hôtel-Dieu en 1542 puis, entre 1578 et 1587, envoyés à la Charité.
À partir du milieu du , le scorbut apparaît en ville, touchant surtout les enfants. Les cas les plus nombreux sont recensés dans les hôpitaux de la Chana (où sont recueillis les garçons abandonnés) et Sainte-Catherine (où sont recueillis les jeunes filles).
Époque moderne
vignette|L'hôtel-Dieu en 1768. Lavis à l'encre réalisé par Jean-Jacques de Boissieu. et
Personnalités médicales notables
Pierre Tolet ( (1502-1586), ce doyen de la faculté de Lyon instaure l'enseignement en français de la médecine.
Jean Canappe (vers 1480), père de la chirurgie médicale, profession alors réservée aux barbiers.
Symphorien Champier (1471-1539), médecin, philosophe, historien
Marc-Antoine Petit (1766-1811), chirurgien, premier chirurgien-major de l’Hôtel-Dieu de Lyon, l’initiateur de l’enseignement médico-chirurgical de Lyon, qui aboutira à la création de l’École secondaire de Médecine.
Pathologies Le scorbut fait encore des ravages au . Il provoque certaines années de tels dégâts qu'en 1638, les recteurs décident de demander la protection de la Vierge par une procession à Fourvière et fondent un vœu. En 1640, ils font appel au médecin de l'archevêque de Bordeaux Lopez, qui a étudié ce mal chez les marins de la ville. Celui-ci conseille l'utilisation de citrons. Au , le scorbut semble avoir globalement disparu, n'apparaissant que ponctuellement dans les populations de mendiants.
En 1628, une forte épidémie de peste traverse la ville.
À partir de 1830, le scorbut fait son retour à Lyon.
Les débuts de l'hygiénisme Une fraction notable des églises lyonnaises (Saint-Just, Saint-Irénée, Saint-Georges, Saint-Pierre, Saint-Nizier) est construite à l'emplacement de cimetières du Lugdunum antique .. À l'époque moderne, les cimetières, antiques et médiévaux, continuent d'encercler ces lieux de culte. Ce sont non seulement des lieux d'inhumation mais des lieux de vie actifs (lingerie, vente de livres ou d'accessoires de toilettes, voire prostitution).. Les premières inquiétudes quant au maintien de cette promiscuité s'expriment lors du , autour de la formule ..
Après une observation méthodique de plusieurs décennies, l'abbé Lacroix, membre de l'Académie, publie Réflexions sur les sépultures dan sla Ville de Lyon. Il y préconise la fermeture de tous les cimetières paroissiaux et le regroupement des inhumations dans un cimetière unique, dont l'emplacement devrait selon lui être déterminé en fonction des vents dominants, préférentiellement à l'est de la ville. À cette date, Lyon compte à son estime , et pratique environ annuels.. Une mission est commanditée par le lieutenant général en sénéchaussée Jean-François Gesse de Poisieux, à fins de visites de tous les cimetières et cryptes de la ville, caveau par caveau, à la seule exception des cimetières monastiques. L'équipe comprend huit hommes : le magistrat , son greffier, deux médecins, deux chirurgiens et deux architectes.. L'enquête dure du au . Elle révèle la « fétidité » de l'ensemble du dispositif d'enterrement. Les corps sont systématiquement dépourvus de bière, ne sont recouverts que d'une fine couche (moins de neuf pouces) de terre, voire pas du tout..
Pratiques hygiénistes
À Lyon, la médecine reste hospitalière durant un long moment, prenant sur ce point un certain retard par rapport à d'autres villes françaises. Elle n'acquiert une faculté mixte de médecine qu'en 1877. La hausse de la population durant le impose la création de nombreuses institutions, hôpitaux ou cliniques chirurgicales, et l'hôpital de l'Antiquaille accueille les personnes que la cité souhaite isoler, atteintes de maladies honteuses, contagieuses ou mentales.
Personnalités médicales notables Étienne Sainte-Marie (1777-1829), médecin et responsable administratif.
Joseph Gensoul, (1797-1858), chirurgien, réalise en 1827 la première résection de l'os maxillaire, puis :résection de la mandibule, désarticulation de l'épaule, résection partielle de l'omoplate, ligature de la sous-clavière pour anévrisme de l'artère axillaire...
Amédée Bonnet (1809-1858), médecin et chirurgien, précurseur de la chirurgie orthopédique.
Joseph-Pierre Pétrequin (1809-1876), chirurgien-major de l’Hôtel-Dieu de Lyon.
Charles-Paul Diday, (1813-1894) médecin, chirurgien, dermatologue, spécialiste des maladies vénériennes, préside durant 34 ans la Société de médecine de Lyon et fonde la Gazette médicale de Lyon.
Louis Léopold Ollier (1830-1900), ) considéré comme le véritable créateur de la chirurgie orthopédique moderne.
Louis Charles Émile Lortet (1836-1909) tout à la fois médecin, botaniste, zoologiste, paléontologue, égyptologue et anthropologue.
Alexandre Lacassagne (1843-1924), médecin légiste, un des fondateurs de l'anthropologie criminelle.
Jean Léo Testut, (1849-1925), professeur d'anatomie à Lyon et auteur d'un célèbre traité d'anatomie.
André Latarjet (1877-1947), anatomiste, président de la Fédération internationale de médecine du sport.
Structures de santé La Révolution française tente d'effacer les structures traditionnelles de santé. Les principes révolutionnaires substituent la prise en charge par la Nation des malades et des déshérités à la charité chrétienne et à l'entraide confessionnelle. Mais le gouvernement, vite dépassé financièrement par l'ampleur de la charge, la reporte en grande partie sur les municipalités, qui vont s'appuyer sur des structures traditionnelles qui se reforment progressivement.
En 1796, la loi du 7 frimaire an V impose la création de bureau de bienfaisance dans chaque ville. À Lyon, les autorités en créent un par arrondissement. Ils ont comme double rôle l'assistance aux pauvres par la distribution de nourriture et de soins. Ceux-ci sont assurés par des médecins rémunérés. Les établissements hospitaliers sont regroupés sous une structure unique : les Hospices civils de Lyon, regroupant l'Hôtel-Dieu qui s'occupe surtout des enfants malades, la Charité qui héberge les cas sociaux, les vieillards, les enfants abandonnés et les filles enceintes et l'Antiquaille, où sont placés les incurables et aliénés. Mais les finances prévues par les autorités sont très loin de suffire pour accueillir tous les publics et rapidement, d'autres structures de soin à destination des plus pauvres se mettent en place.
La principale institution mise en place au début du pour compléter l'offre de soins est le Dispensaire généralVoir aussi la thèse de C. Jouve, Le Dispensaire général de Lyon, Lyon I, 1979.. Il est fondé par cinq jeunes médecins : Goulard, Terme, Ambroise Comarmond, Gubian, Jandard ; avec l'autorisation de la mairie. Il s'agit de désengorger les hôpitaux et les bureaux de bienfaisance en sollicitant les élites lyonnaises qui souscrivent pour soutenir l'institution et qui gagnent alors le droit de faire soigner des nécessiteux de leur choix. Cette structure assure gratuitement les consultations, la délivrance de médicaments, les accouchements à domicile et les interventions chirurgicales. Vue par les élites comme complémentaire aux autres structures, elle est massivement soutenue à sa création en 1818. La réussite de cette institution tient dans l'esprit de tradition charitable et le prestige pour les médecins qu'il y a à soutenir une institution soutenue par l'élite de la ville en y pratiquant gratuitement. Les médecins sont donc bénévoles, mais il y gagnent une reconnaissance sociale importante.
Fondations hospitalières vignette|Intérieur de l'Hôpital de la Charité.
Enseignement L'enseignement de la médecine à Lyon se fait jusqu'en 1821 au sein de l'Hôtel-Dieu, en deux cours (anatomie-pathologie externe et Physiologie-accouchement). À la suite de demandes répétées, une école secondaire de médecine est instituée en 1821. Elle est remplacée en 1841 par l'école préparatoire de médecine et de pharmacie, qui est elle-même remplacée en 1877 par la Faculté de médecine et de pharmacie.
Spécialités médicales Avec un personnel toujours plus nombreux et compétent, Lyon voit sa pratique médicale s'élever en même temps que les plus novateurs progrès de la science.
Chirurgie À l'instar des chirurgiens du monde entier, Lyon voit l'apparition durant ce siècle de la chirurgie moderne, avec l'application de l'anesthésie, de l'antisepsie et de l'asepsie. Durant la première moitié du siècle, le quotidien du chirurgien est le changement des pansements, où le chirurgien-major enlève les parties souillées, débarrasse la plaie du , nettoie puis replace compresses, bandes et alèzes.
Parmi les chirurgiens notables il y a Joseph Gensoul, qui se rend célèbre en réalisant le la première résection de l'os maxillaire sur un jeune homme atteint d'un ostéosarcome. Le jeune homme est peu mutilé par l'opération, et guérit en une semaine environ. Cette prouesse pour l'époque eut un grand écho en France, ce qui amène Gustave Flaubert à le citer comme un médecin célèbre à égalité avec Guillaume Dupuytren dans Madame Bovary.
L'anesthésie