Les Habits neufs du président Mao. Chronique de la Révolution culturelle est un livre de Simon Leys, nom de plume de Pierre Ryckmans, publié en 1971 par Champ libre. Il fait partie de sa série d'essais sur la Chine. Le titre renvoie au conte de Hans Christian Andersen, Les Habits neufs de l'empereur.
La chronique traite des événements qui se sont déroulés en république populaire de Chine de février 1967 à octobre 1969, au plus fort de la révolution culturelle, alors que l'auteur se trouvait à Hong Kong, à l'époque colonie britannique.
À contre-courant de la vogue du maoïsme en France, ce texte a mis en avant, comme explication de la révolution culturelle, les luttes de pouvoir entre factions dirigeantes, et plus particulièrement la volonté de Mao de détruire le Parti communiste chinois afin de reprendre le pouvoir qui lui avait échappé depuis plusieurs années.
Présentation
Le titre est une référence au conte de Hans Christian Andersen, Les Habits neufs de l'empereur, où un enfant dit candidement ce qu'il voit quand passe le grand-duc dans ses fameux habits neufs : D'une manière générale, la formule Le Roi est nu ou L'Empereur est nu est passée dans le langage courant pour souligner des apparences trompeuses ou un manque de pouvoir inavoué. Il y a de longues années vivait un empereur qui aimait par-dessus tout être bien habillé. Il avait un habit pour chaque heure du jour. Un beau jour, deux escrocs arrivèrent dans la grande ville de l’empereur. Ils prétendirent savoir tisser une étoffe que seules les personnes sottes et incapables dans leurs fonctions ne pouvaient pas voir et proposèrent au souverain de lui confectionner des vêtements. L’empereur pensa que ce serait un habit exceptionnel et qu’il pourrait ainsi repérer les personnes intelligentes de son royaume. Les deux charlatans se mirent alors au travail. Quelques jours plus tard, l’empereur, curieux, vint voir où en était le tissage de ce fameux tissu. Il ne vit rien car il n’y avait rien. Troublé, il décida de n’en parler à personne, car personne ne voulait d’un empereur sot. Il envoya plusieurs ministres inspecter l’avancement des travaux. Ils ne virent pas plus que le souverain, mais n’osèrent pas non plus l’avouer, de peur de paraître pour un imbécile.Tout le royaume parlait de cette étoffe extraordinaire. Le jour où les deux escrocs décidèrent que l’habit était achevé, ils aidèrent l’empereur à l’enfiler. Ainsi « vêtu » et accompagné de ses ministres, le souverain se présenta à son peuple qui, lui aussi, prétendit voir et admirer ses vêtements. Seul un petit garçon osa dire la vérité : . [ou dans une traduction plus habituelle : « le roi est nu ! »]. Et tout le monde lui donna raison. L’empereur comprit que son peuple avait raison, mais continua sa marche sans dire un mot..
Pour Simon Leys : . Il présente plusieurs situations montrant que le monde occidental exprima son hostilité aux mouvements contestataires chinois entre le milieu du jusqu’au début des années 1970, indiqua constamment son hostilité aux mouvements contestataires chinois. À partir de cette date, Mao Zedong ayant révélé « sa nature essentiellement archaïque et réactionnaire », ils le vénérèrent Pierre Haski Comment Pierre Ryckmans est devenu Simon Leys,Rue89, août 2014..
Pour le journaliste David Caviglioli, Simon Leys David Caviglioli Mort de Simon Leys, le sinologue qui a vu la Chine sombrer dans la barbarie, L'Obs, 11 août 2014.. Pour Simon Leys, Michael Scott Christofferson, French Intellectuals Against the Left: The Antitotalitarian Moment of the 1970s, Berghahn Books, 2004, 294 p., p. 64 : .
Annexes Lettre ouverte à Mao Zedong de Peng Dehuai le Dans cette Lettre, tout en feignant de reconnaître le succès du Grand Bond en avant de 1958, Peng Dehuai ne manque pas une occasion d'en souligner les échecs et les méfaits. Il feint également de n'en accuser que les camarades, en usant du nous pour désigner les coupables dont l'expérience est incomplète, la compréhension superficielle. Et surtout, Simon Leys, d'après l'édition Ding Wang : Peng Duhai Wenti Zhuan ji-Zhongong ennuya da geming zilia huitain, 3, Hong Kong, 1969..
Lettre d'excuses à Mao Zedong De Peng Dehuai après sa disgrâce le .
Semonce à l'Empereur par Hai Rui. Article de Wu HanParu dans le journal Renmin ribao du sous le pseudonyme de Liu Mianzhi..
L'article écrit sous forme de conte de sagesse est une allusion directe à l'injuste disgrâce qui frappe Peng Dehuai. Il sera ensuite adapté en un opéra classique : La Destitution de Hai Rui, œuvre qui sera elle-même à l'origine de la disgrâce de Wu HanSimon Leys, Essais sur la Chine, 221.. Le récit a lieu sous l'empereur Ming Jiajing (1507 – Pékin, 1567), onzième empereur de la dynastie Ming. Cet empereur « jouissait d'une inviolabilité absolue, son nom même (嘉靖) était tabou, tout caractère qui se retrouvait dans la composition de son nom devait être écrit avec l'un ou l'autre jambage en moins » (…) Donc cet homme inaccessible reçoit une semonce sévère d'un de ses sujets qui l'accuse de pressurer son peuple jusqu'au dernier sou et de perdre son temps à adresser des lettres aux esprits. Hai Rui accompagne sa lettre d'un mémoire sur la situation politique du pays, et somme le souverain de répondre à cette question : « Valez-vous mieux que l'empereur Wendi des Han ? ». Furieux, Jiajing s'apprête à punir l'insolent, mais l'eunuque Huang Jin lui annonce que Hai Rui attend tranquillement la mort chez lui. Et Jiajing de s'exclamer « Cet homme est vraiment de la trempe de »Simon Leys, Essais sur la Chine, 204 : Bi Gan avait osé critiquer le dernier souverain de la dynastie Shang, Zhouxin, qui lui avait fait arracher le cœur.. La réputation de Hai Rui lui vaut une très grande sympathie populaire, et lorsqu'il est calomnié auprès de l'empereur, des érudits prennent sa défense. Pour finir, Hai Rui est adoré des masses ; il s'oppose à la corruption et au gaspillage, il soulage les misérables, abolit les privilèges. il combat les forces obscurantistes de la réaction. Et Wu Han (alias Liu Mianzhi) considère qu'on ferait bien de l'imiter.
Fragments de la déposition de Peng Dehuai durant son procès
Interrogatoire de Pu Anxiu Femme de Peng Dehuai, Pu Anxiu est interrogée pendant le procès de l'accusé.
Sources de l'ouvrage Simon Leys n'indique ses sources qu'en 1972, après la parution de la première édition de son livre. Dans la presse communiste chinoise, ce sont : Renmin ribao (Le Quotidien du Peuple), Hong qi (Drapeau rouge), Jiefang jun bao (journal de l'Armée populaire de libération), Wenhui bao. Simon Leys utilise aussi les publications des Gardes rouges. Pour la presse de Hong Kong, il lit Da gong bao, journal officiel du régime communiste, Ming bao (Gauche indépendante), Xingdao ribao (droite)... Simon Leys cite aussi les sources des annexes, avec de nombreux documents relatifs à l'affaire Peng Dehuai. Pour les biographies, Simon Leys utilise le Biographical Dictionary of Republican China de Boorman, le Who's Who in communist China, Huang Zhenxia , Zhonggong junren zhi et China News Analysis, un bulletin d'informations rédigé et publié à Hong Kong par le père jésuite László Ladány dont Leys fait un vif éloge :Simon Leys, Essais sur la Chine, pages 223 et suivantes..
À propos de cette période, Simon Leys dira : « Le Monde m'accusa de répandre des mensonges fabriqués par la CIAEntretien avec Simon Leys, Le Figaro, , lundi 16 novembre 2009, . ». Dans son ouvrage Libération, un moment d’ivresse : 1973-1981, le journaliste Alain Dugrand, un des créateurs de Libération, considère que ces accusations ont pour origine les « maos de la gauche prolétarienne »Alain Dugrand, Libération 1973-1981 un moment d'ivresse, Fayard, 2013, 350 p..
Dans sa dénonciation de la révolution culturelle et, entre autres choses, du sort réservé par celle-ci aux milliers de chrétiens, catholiques comme protestants, Pierre Ryckmans s'est inspiré du bulletin hebdomadaire China News Analysis publié à Hong Kong par le sinologue jésuite hongrois László Ladány, directeur d'un centre recueillant et analysant les informations sur la situation en Chine à l'époque : Toutes les ambassades et consulats étaient abonnés à ce bulletin, « remarquablement bien informé et de très haut niveau » selon l'agence de presse Églises d'Asie, et qui professait que la révolution culturelle était . Pierre Ryckmans, qui a reconnu — tardivement — s'être inspiré des numéros 759, 761, 762, 763 (mai à ) pour écrire Les habits neufs du président Mao, est parvenu à relayer en Europe et aux États-Unis les propos du père Ladány qui, jusque-là, prêchait dans le désertA propos de Pierre Ryckmans, alias Simon Leys, et des sources qui ont inspiré 'Les Habits neufs du président Mao', Églises d'Asie, 21 août 2014 : .. Pour l'universitaire et écrivain néerlandais Ian Buruma, Pierre Ryckmans, à Hong Kong, n'a fait qu'écouter des amis chinois et (comme il le dit lui-même) mais aussi puiser dans les informations du bulletin hebdomadaire en anglais China News Analysis du père jésuite László Ladány : .. Le journaliste hongkongais Alex Lo, dans un article d'opinion publié sur le site du South China Morning Post, explique le regard lucide que porte Ryckmans sur la révolution culturelle par le fait que celui-ci observait la Chine depuis Hong Kong et était fervent lecteur de l'hebdomadaire China News Analysis du père Ladany Alex Lo, Rights and wrongs of observing China, sur le site du South China Morning Post, 21 août 2014 : . En 1991, dans The New York Review of Books, Simon Leys lui-même rapporte que tous les spécialistes de la Chine dévoraient le bulletin hebdomadaire du père Ladany et que beaucoup le pillaient mais qu'en général ils faisaient bien attention à ne pas déclarer leur dette à son égard ni à mentionner son nom. Le père Ladany, narquois, observait tout ce cirque avec détachement Simon Leys, The Art of Interpreting Nonexistent Inscriptions Written in Invisible Ink on a Blank Page, compte rendu du livre de Laszlo Ladany, The Communist Party of China and Marxism, 1921––1985: A Self Portrait (Hoover Institution Press), in The New York Review of Books, October 11, 1990 Issue : ..
Le journaliste Francis Deron du Monde indique à propos de ces sources qu'il s'agit : Francis Deron "Les Habits neufs du président Mao", par Francis Deron, Le Monde, 6 août 2008..
Accueil de l'œuvre La dénonciation par Simon Leys du régime maoïste lui a valu quelques inimitiés. Claude Roy, Sur la Chine, réédition 1983, 85-86., écrit l'écrivain Claude Roy.
Hervé Hamon et Patrick Rotman décrivent dans quel état d'esprit se trouvaient les maoïstes parisiens au moment de la publication du livre de Simon Leys. Maria Antonietta Macciocchi venait de faire paraître un ouvrage sur une Chine idyllique, De la Chine : Génération, vol. II, 363.
Ce n'est que vers la fin des années 1980 que les virulents écrits de Simons Leys sont enfin salués, surtout au moment des massacres de Tian'anmen, comme une entreprise visionnaire et salutaire, même par ses plus ardents détracteurs, qui pourtant, comme l'indique Philippe Forest, n'exprimeront jamais le moindre regret : . Le numéro 66 de l’été 1976 voit encore la publication de deux poèmes du Grand Timonier, traduits par Philippe Sollers, ainsi que d’un article d’Alain Peyraube sur la révolution de l'enseignement en Chine. Le numéro 68 de l’hiver 1976 se conclut par une note lapidaire sur le maoïsmePhilippe Forest, Histoire de Tel Quel, 523..