L'école des Enfants de l’armée, d'abord destinée à l'étude des arts et métiers, devient bientôt une institution nationale, et donne plus tard naissance à l'École d'Arts et Métiers de Châlons-sur-Marne et au Prytanée de Saint-Cyr.
Origine
François XII de La Rochefoucauld duc de Liancourt (1747-1827) a créé à Liancourt dans l’Oise la ferme de la MontagneLa ferme de la Montagne" ou Liancourt, berceau des écoles d'Arts et Métiers, une école pour éduquer les pupilles de son régiment de cavalerie, devenu plus tard le dragons, avec le concours de Monge, Berthollet, Chaptal et Laplace.
Cette institution prit bientôt une grande extension et compta en 1788 (année où elle devint l'École des Enfants de la PatrieAlexis-François Artaud de Montor, Encyclopédie des gens du monde, Treuttel et Würtz, 1842, sous la protection du roi) jusqu'à 130 élèves. L'école est devenue en 1792, après l'exil du duc de La Rochefoucauld-Liancourt, l'école des Enfants de l'armée. En 1795, les élèves des deux écoles des Orphelins de la Patrie de Paris sont déplacés à Liancourt dans l'école des Enfants de l'armée qui est alors installée au château de Liancourt.
Après la transformation en 1803 du collège de Compiègne du Prytanée français en école d'arts et métiers, l'école de Liancourt y est transférée. En 1806 les élèves de l'école de Compiègne sont installés à Châlons-sur-Marne dans l'École impériale d'Arts et Métiers de Châlons-sur-Marne, à l'origine de l'actuelle école d'ingénieurs Arts et Métiers ParisTech et de toute l'histoire de ses élèves, les gadzarts.
Histoire Les débuts Le duc va essayer d'intéresser les autorités de Versailles à ce projet d'établissement d'enseignement en intervenant auprès de ses relations et obligés, comme le conseiller d'État Jacques-Antoine-Hippolyte de Guibert, fils du gouverneur des Invalides ou Jean François d'Avrange du Kermont, commissaire des Guerres d'artillerie à la Maison du roi, ou le comte d'Avranges, commandant des gardes de la porte du roi. En vain. En 1783, ne voyant pas son projet avancer, il choisit alors d'installer une filature dans sa ferme. Les élèves doivent se former sur les métiers installés.
Au début de 1786, Jacques de Guibert l'interpelle sur son projet car son père est « surchargé d'enfants de ces invalides dans son hôtel » et il est prêt à l'aider auprès du ministre de la Guerre, le maréchal de Ségur. François de La Rochefoucauld, duc de Liancourt, écrit au ministre en lui renouvelant sa proposition de créer une école en prenant à sa charge les investissements et les aléas du projet. Le , le maréchal de Ségur lui écrit que le roi a donné son accord de principe pour établir une école pour cent enfants de soldats invalides à Liancourt, et il précise : « Sa majesté vous accorde avec plaisir comme vous le désirez le titre d'inspecteur de cette école ». Il conclut la lettre en demandant au duc de rédiger un projet d'ordonnance fixant les modalités de fonctionnement sur une base de 100 élèves dès la première année et permettant le financement nécessaire. Le duc envoie son projet qui est reçu le par le ministre qui lui signale que le roi doit signer l'ordonnance après son voyage à CherbourgArchives de la Manche : Visite du roi à Cherbourg (juin 1786). Le duc lance les travaux d'aménagement dès le dont le coût s'est élevé à Michel Mignot, Une école sur ordonnance, , Arts & Métier Mag, février 2015, .
Le , le duc de La Rochefoucauld-Liancourt, qui est aussi grand maître de la Garde-Robe du Roi, obtient de Louis XVI une ordonnance à la ferme de la Montagne. Le roi accorde une indemnité de huit sous par jour et par élève, plus deux sous pour l’éclairage et le chauffage, soit pour 100 élèves pendant une année. Fin , les ateliers sont en état de marche. L’école professionnelle ouvre ses portes quelques mois plus tard. Les 26 premiers élèves arrivent le . Pendant la Révolution, le duc s’exile en 1792, voyage aux États-Unis en 1797 et 1798, et revient en France en 1799Institut français de l'éducation : La Rochefoucaud-Liancourt.
La Révolution française Continuation de l'école de Liancourt après l'exil du duc de La Rochefoucauld-Liancourt Après l'exil du duc de La Rochefoucauld-Liancourt en , l'école des Enfants de l'armée qu'il avait fondée à Liancourt se retrouve privée de son appui. Le commandant de l'école s'est alors adressé au ministre de la guerre, Jean-Nicolas Pache. Ce dernier a demandé le à la Convention nationale d'accorder à la maison d'éducation des Enfants de l'armée une somme annuelle de . Le , le citoyen Jean-Baptiste Massieu fait un rapport au Comité d'instruction publique sur l'école mais aucune décision n'est prise. Le , devant l'immobilisme, un représentant porte la question devant la Convention nationale qui décrète que « le Comité d'instruction publique doit lui faire sous trois jours un rapport sur l'école militaire de Liancourt ». Joseph Lakanal est chargé du dossier. Le , un décret décide de la suppression des écoles militaires, cependant ce décret ne concerne pas l'école de Liancourt, mais la paie de 10 sous par jour et par écolier attribuée à l'école des Enfants de l'armée est supprimée. Le commandant de l'école, le capitaine Morieux, se rend à Paris pour réclamer au Comité d'instruction publique, d'abord auprès de Grégoire, le , puis auprès de Léonard Joseph Prunelle de Lière (1741-1828), le 27. Trois mois se sont passés sans que le Comité d'instruction publique ne prenne une décision. Le 13 nivôse an II, le ministre de la guerre demande au Comité d'instruction publique de prendre une décision. Le Comité nomme Jacques-Michel Coupé, député de l'Oise, rapporteur. Il présente son rapport au Comité le 21 nivôse an II. Un projet de décret est présenté par Coupé le 23 nivôse qui prévoit : Article premier : L’École dite des Enfants de l’armée, à Liancourt, département de l’Oise, est maintenue provisoirement jusqu’à l’organisation effective des secours publics. Article 2 : Le ministre de la guerre enverra au Comité d’instruction publique la liste nominative des cent soixante enfants qui doivent s’y trouver, et de ceux qui se présenteraient en sus pour y être admis, avec le nom de leurs départements. Article 3 : Il lui remettra aussi une indication des améliorations ou changements actuellement nécessaires s’il s’en trouve, pour le plus grand avantage des enfants à qui la nation doit ce secours. Article 4 : Le Comité d’instruction en rendra compte à la Convention nationale. Article 5 : La paie de chaque,élève, suspendue depuis le dernier (vieux style), leur sera soldée, à dater de cette époque, à raison de quinze sols par jour. Article 6 : Il sera remis au ministre de la guerre une somme de vingt-quatre mille livres pour continuer les aliments provisoires.
Le Comité des finances de la Convention nationale ayant approuvé le projet de décret, après discussion à la Convention, le décret est réduit à deux articles approuvé par la Convention nationale le 25 nivôse an II () décidant que la maison d'éducation dite des Enfants de l'armée, dite aussi institution de l'école nationale de Liancourt, doit être provisoirement conservée, et de la paie accordée à chaque élève : Article premier : L’école dite des Enfants de l’armée, établie à Liancourt, département de l’Oise, est maintenue provisoirement jusqu’à l’organisation effective des secours publics. Article 2 : La paie de chaque élève sera portée à quinze sous par jour au lieu de dix, et l’arriéré leur sera payé sur ce piedJames Guillaume, Le chevalier Pawlet et l'école des Orphelins militaires (1773-1795). Documents inédits. Le 23 floréal an III () un secours est accordé par la Convention à l'école. Le 30 floréal an III () une proposition est faite pour transférer cette école à Versailles. Le 9 prairial an III (), décision sur la somme à accorder à cette école. Le 20 prairial an III () il est décidé de réunir les élèves de l'école des Orphelins de la partie située dans le prieuré Saint-Martin et de Popincourt à l'école de LiancourtDécret du 20 prairial an III, dans Collection des lois et décrets approuvée et encouragée par le Comité de Salut Public de la Convention nationale, tome 10, , imprimerie de Lagarde aîné, Douai (lire en ligne). Le 19 messidor an IV (), il est décidé des bâtiments, jardins et terrains qui lui sont destinésTable générale par ordre alphabétique des matières, des lois, ..., .
Le directeur, le capitaine en retraite Morieux, avait su en faire un chef-d'œuvre d'économie rurale et domestique, une école de frugalité, de travail et de bonnes mœursRapport fait à la Convention nationale au fin des Comités réunis d'instruction publique et des finances, sur la question de savoir s'il est utile ou non de conserver l'Institut des Jeunes Français établi dans le ci-devant prieuré Martin, sous la direction de Léonard Bourdon par le citoyen Plaichard-Choltiëre, député du département de la Mayenne. Imprimé par ordre de la Convention nationale. Paris, s. d. Imprimerie Nationale, in-8, 8 p. .
Réunion de l'Institut des Jeunes Français et de l'école des Orphelins militaires avec l'école des Enfants de l'armée à Liancourt