Thorbjørn Jagland, né Johansen le à Drammen, est un homme d'État norvégien. Membre du Parti travailliste norvégien (AP), il est Premier ministre de 1996 à 1997 puis président du Parlement norvégien, le Storting, de 2005 à 2009. Il est secrétaire général du Conseil de l'Europe de 2009 à 2019.

Étudiant en sciences économiques à Oslo, il adhère à la Ligue des jeunes travaillistes (AUF) en 1966, dont il prend la présidence entre 1977 et 1981. Il devient secrétaire général du parti en 1987, puis président en 1992, succédant à Gro Harlem Brundtland. En 1993, il est élu député au Parlement.

En 1996, il est nommé à 45 ans Premier ministre de Norvège et constitue alors un gouvernement travailliste minoritaire. Aux élections législatives de l'année suivante, l'AP recueille 35 % des suffrages exprimés, soit en dessous du score minimal revendiqué par Jagland. Celui-ci remet sa démission et passe alors dans l'opposition.

Finalement, le parti revient au pouvoir en 2000, sous l'autorité de Jens Stoltenberg, qui en fait son ministre des Affaires étrangères. Les travaillistes repartent dans l'opposition à la suite des élections de 2001. L'année d'après, il en cède la direction à Stoltenberg. Les élections de 2005 ramènent le Parti travailliste au pouvoir, dans le cadre d'une coalition majoritaire. À cette occasion, Thorbjørn Jagland est élu président du Storting.

Au début de l'année 2009, il est choisi comme nouveau président du comité Nobel norvégien, chargé de désigner le prix Nobel de la paix. Le , alors que la coalition de Stoltenberg a confirmé sa majorité, il est élu secrétaire général du Conseil de l'Europe, ce qui le contraint à se retirer de la vie politique norvégienne. Premier Norvégien à assumer cette responsabilité, il est confirmé dans ses fonctions en 2014 et devient alors le premier secrétaire général à enchaîner deux mandats.

En 2015, il est relevé de ses fonctions à la présidence du comité Nobel.

Biographie Jeunesse, études et vie familiale Né le à Drammen, Thorbjørn Jagland est le fils d’un soudeur, Helge Th. Jagland et d’une cuisinière, Ingrid Bjerknes.. En 1969, il obtient son diplôme du secondaire. Avec son frère jumeau Helge, Thorbjørn Jagland étude les sciences économiques à l’Université d’Oslo mais ne termine pas ses études car il est déjà engagé dans la vie politique.

En 1976, il épouse la journaliste Hanne GrotjordThorbjørn Jagland biography at Government.no. Le couple a deux enfants, Anders (né en 1978) et Henrik (né en 1986). Depuis qu’il est Secrétaire général du Conseil de l’Europe, Jagland réside à Strasbourg.

Jagland a reçu le titre de Commandeur de l'ordre national de la Légion d'honneur pour son « inlassable engagement militant à l’égard du continent européen et des valeurs universelles qu’il représente ».. Rapide ascension politique

En 1966, à l’âge de 16 ans, il rejoint la section de la Ligue des jeunes travailleurs (AUF) de Lier. En 1973, il est élu Président de la section de Buskerud de la Ligue des jeunes travailleurs, fonction qu’il exercera jusqu’en 1975. Il est alors élu membre du conseil du comté de Buskerud. En 1977, il prend la Présidence nationale de la Ligue des jeunes travailleurs, poste qu’il occupera jusqu’en 1981. Au cours de cette période, il exprime la volonté de rapprocher la branche jeunesse du parti de sa direction, soulignant toutefois la nécessité pour la Ligue des jeunes travailleurs d’avoir son propre programme politique. Entre autres idées qu’il soutient à l’époque, figurent celles de la nationalisation de l’industrie pétrolière, de l’autorisation de mener des essais de forages pétroliers en dehors du nord de la Norvège et il défend par ailleurs l’idée que l’État devait mettre à profit les revenus pétroliers pour nationaliser les entreprises du pays.

À partir de 1981, il exerce la fonction de secrétaire du Parti travailliste, dont il devient en 1986 le Secrétaire général par intérim et, en 1987, le Secrétaire général. À ce titre, Jagland prend diverses mesures qui ont abouti à des réformes organisationnelles et politiques. Le droit des syndicats de peser sur les travaux du Parti travailliste est ainsi restreint; par ailleurs, pour formuler le manifeste du parti des consultations périodiques sont engagées au-delà de celui-ci avec la société civile, etc. En 1986, il accède en outre à la Présidence du Comité international du Parti travailliste. Il cumulera les deux fonctions jusqu’en 1992, année où il est élu à la Direction du parti, succédant alors à celui qui l’avait longtemps dirigé, Gro Harlem Brundtland.

En 1993, Jagland est élu député de la circonscription de Buskerud au Parlement norvégien ; il sera réélu à trois reprises. Au cours de son premier mandat, M. Jagland est membre de la Commission permanente des affaires étrangères, ainsi que président du groupe parlementaire travailliste. En 1995, il publie plusieurs ouvrages intitulés « Brev » (Lettres)., « Vår sårbare verden » (Notre vulnérable monde) en 2001 et « Ti teser om EU og Norge » (Dix thèses sur l'UE et la Norvège) en 2003.

Premier ministre de Norvège Le , Gro Harlem Brundtland fait savoir à Jagland qu’elle se retire de la vie publique et lui laisse les rênes du Gouvernement. Le troisième cabinet Brundtland démissionne, ce qui amène le chef de parti Jagland à former un nouveau cabinet. Deux ministres sont contraints de démissionner rapidement.

Lors de son premier mandat de Premier ministre, Jagland a lancé son concept de « Maison norvégienne ». Dans l’allocution qu’il prononce devant le Storting après sa nomination, il décrit cette « Maison » comme un édifice fondé sur quatre piliers. Par cette métaphore, il désigne « la création d’un patrimoine commun dans une société écologiquement durable ". Ces quatre piliers sont la politique commerciale et de l’emploi, la politique de protection sociale, la politique en matière de recherche et d’éducation et la politique étrangère et de sécurité. Jagland déclare alors que chacun doit contribuer à la construction de cette maison et souligne notamment que le Gouvernement se doit de coopérer avec l'opposition pour atteindre ces objectifs. Dans son discours, il déclare que sa politique ne s’écartera pas beaucoup de celle de Harlem Brundtland mais qu'il mettra toutefois davantage l'accent sur les questions de la violence, de l'abus d'alcool et des drogues et de la criminalité, et qu’il s’emploiera notamment à améliorer les mesures de prévention et à moderniser les tribunaux. Il déclare en outre qu’il importe d'informatiser l’ensemble du système éducatif. Dans le cadre de la construction de cette Maison norvégienne, son Gouvernement commence aussi à mettre en place des conseils laïcs ayant une expertise dans leurs domaines respectifs et contribuant à faire remonter l’information sur d’importantes questions de société. Jagland déclare que l’objectif est d’assurer une meilleure prise en considération des critiques dans la prise de décision politique et de stimuler la réflexion politique. En , il déclare : « la Maison norvégienne aurait pu être mieux planifiée et préparée mais le temps était compté. J’ai pris le risque. Quant au Parti travailliste, il était loin du compte. Mon objectif était de faire un bon score aux élections, ce que nous avons fait. Nous n'avons d’ailleurs pas fait mieux depuis ». Dans un entretien, il déclare en outre : « Je reçois encore des lettres de gens qui n’ont pas oublié la Maison norvégienne. C'était un élan vers quelque chose de nouveau, un projet de société dont l’ambition était aussi d’inspirer les partis ».

Ultimatum « 36,9 % des voix aux élections »

Avant les élections législatives de 1997, Jagland fait savoir qu’il présentera la démission de son Gouvernement si le Parti travailliste recueille moins de 36,9% des suffrages. En effet, Jagland avait accédé au poste de Premier ministre sur la base des voix obtenues par Brundtland lors du scrutin de 1993, ce qui ne lui avait pas donné de majorité parlementaire claire pour gouverner. Le Gouvernement travailliste, qui n’était soutenu que par 67 des 165 membres du Parlement, à savoir le groupe parlementaire de son propre parti, avait donc dû rechercher - au cas par cas - l'appui du principal parti d'opposition, le Parti du Centre, ainsi que celui du traditionnel parti rival des travaillistes, le Parti conservateur. Vu qu’il n’existe aucune forme d'investiture parlementaire avant la formation d’un cabinet, celui risque de ne pas avoir le soutien voulu dès sa formation si le Gouvernement est minoritaire. Brundtland avait déjà approuvé cette stratégie ponctuelle alors qu’elle était Premier ministre, la décrivant comme une «épreuve de slalom au Storting (Parlement) ». Cela étant, les négociations visant à boucler le budget annuel de l’État en 1996 avaient été particulièrement difficiles. Selon Trond Nordby, politologue, Jagland estimait qu'un cabinet soutenu par moins de 36,9 % des voix ne serait pas en mesure d’atteindre des résultats significatifs face à un Parlement plus fort.

Comme la suite l’a montré, le Parti travailliste n’a recueilli que 35 % des voix. Une fois de plus, aucun parti n’avait obtenu de majorité, de sorte que le pouvoir avait été confié au premier Cabinet de Kjell Magne Bondevik, Jagland ayant présenté sa démission le . Ce cabinet bénéficiait d’une majorité parlementaire encore plus faible. Erik Solheim, Chef du Parti socialiste de gauche, devait déclarer à l’époque que si M. Jagland démissionnait « il marquerait l’histoire en tant qu’homme politique des plus déconcertants ».

Chef du Parti travailliste

Après l'élection de 1997, une lutte de pouvoir est engagée au sein du Parti travailliste, Stoltenberg cherchant à devenir le nouveau chef du parti. Le Parti avait perdu l’essentiel de son pouvoir politique au profit de Kjell Magne Bondevik et de son cabinet. La confirmation de cette tendance lors des élections municipales en 1999 n’avait fait qu’accroître le mécontentement au sein du parti. Les journaux regorgeaient alors d’articles sur la lutte de pouvoir qui opposait Jagland et Stoltenberg au sein du parti. Lors d'une interview, la journaliste Kirstin Karlsen du quotidien Aftenposten avait ainsi demandé à Jagland : « Ne souhaitiez-vous pas que Stoltenberg connaisse des débuts plus faciles que les vôtres en 1996 ? N'avait-il pas eu assez de temps pour se préparer avant l'élection? », Jagland avait répondu :

Après plusieurs années de conflit, la lutte pour le pouvoir a en gros pris fin en 2000 lorsque Stoltenberg est devenu candidat du parti au poste de Premier ministre ; Jagland a ensuite exercé la fonction de ministre des Affaires étrangères. Interrogé sur cette lutte de pouvoir, il a déclaré : « Il ne sert à rien de chercher à se protéger lorsque les coups pleuvent de l'intérieur ».

Jagland serait remplacé par Stoltenberg à la tête du parti l'année suivante en 2001, dans des conditions que nombre de médias devaient qualifiées de controversées. Plus tôt cette année-là, une source anonyme au sein du parti avait fait savoir au quotidien Dagbladet que « selon toute vraisemblance » Jagland resterait chef jusqu'en 2004. Cependant, l’intéressé avait renoncé au poste avant le vote, venant d’être hospitalisé pour des problèmes de santé, il avait d'ailleurs estimé « qu’il se devait de mettre fin à cette guerre personnelle destructrice ».

D’après les résultats d’une enquête, Jagland était en 2000 la deuxième des 50 personnalités norvégiennes les plus influentes.

Chef de la diplomatie norvégienne

En 2000, le premier cabinet Bondevik démissionne à la suite d’une motion de censure. Un nouveau cabinet travailliste, dirigé par Jens Stoltenberg, est proclamé par sa majesté le Roi Harald V le . Alors que Jagland est toujours dirigeant du Parti travailliste à l’époque, l’hypothèse de sa candidature au poste de Premier Ministre n’est pas envisagée, il se contentera de la fonction de Ministre des affaires étrangères.