La Renaissance à Urbino (également nommée Renaissance géométrique) est une variante de la Renaissance italienne propre à Urbino dans l’actuelle région des Marches.
Ses principaux protagonistes sont Piero della Francesca, Donato Bramante, Francesco di Giorgio Martini, Luciano Laurana, Juste de Gand, Pedro Berruguete, Fra Carnevale, Giovanni Santi (père du peintre Raphaël), Melozzo da Forli, Giuliano da Sangallo, Alvise Vivarini.
Pendant la seigneurie de Frédéric III de Montefeltro, de 1444 à 1482 à Urbino, un mouvement artistique prend forme à sa cour grâce aux échanges culturels avec les autres centres de la péninsule italienne et étrangers, notamment flamands ou espagnol.
Le mouvement culturel à Urbino, qui se limite à la cour autour de son prince mécène ayant fait appel à de nombreux artistes étrangers, ne génère aucune école locale.
Néanmoins le « langage d'Urbino » grâce au déplacement des artistes connaît une grande diffusion devenant une référence parmi les diverses déclinaisons de la Renaissance italienne. Bramante, né dans le petit bourg proche de Monte Astrualdo mais qui se forme dans le milieu artistique d'Urbino se fait appeler lui-même Bramante d'Urbino..
La mesure et la rigueur figurent parmi les caractéristiques de la culture humaniste..
Selon André Chastel, la Renaissance d'Urbino, dite « mathématique » est l'une des trois composantes fondamentales de la Renaissance avec la florentine « philologique et philosophique » et padouane « épigraphique et archéologique ». Des trois, c'est la plus proche des arts..
Au , Urbino reste un vivier de culture et de création mais perd progressivement sa vitalité dans les arts figuratifs. Néanmoins, à cette époque débute Raphaël natif de la ville. Urbino reste longtemps une référence en Italie du point de vue culturel et littéraire comme en témoigne Baldassare Castiglione dans son ouvrage Le Courtisan dans lequel il n'hésite pas à déclarer le Palais ducal d'Urbino « le plus beau d'Italie ».
Contexte historique et culturel au début du Avant le règne de Frédéric III de Montefeltro à Urbino, l’ensemble de la région des Marches est un centre artistique, intellectuel et commercial prospère alimenté par les rivalités seigneuriales. Entre ancien style gothique et renaissance balbutiante, les villes de Fabriano et Ascoli Piceno, par exemple, développent une identité artistique spécifique et difficilement classable à l’image de l'art de Gentile da Fabriano ou de Carlo Crivelli. Comme dans la ville voisine d’Assise, les écoles giottesques (Giotto di Bondone) sont nombreuses au bord du littoral adriatique.
Culture et commerce Le port d'Ancône voisin est une fenêtre ouverte sur l’ensemble du littoral méditerranéen. Il voit naître Cyriaque d'Ancône, père de l’archéologie moderne qui remet au goût du jour, dans ses , l’héritage greco-romain et développe la connaissance du Moyen-Orient et de la Méditerranée orientale..
Du point de vue artistique, Florence et Urbino sont à moins de deux cents kilomètres l’une de l’autre, et dans la région des Marches, l’école de Camerino est alors à son apogée avec Carlo Crivelli et l’humanisme de ses universités.
Religion Sur le plan religieux, La région des Marches se trouve à la croisée des chemins entre l’humilité bienveillante franciscaine de la région de l'Ombrie, et l’obsession de l'instruction des Dominicains de la région de Romagne. En 1435, le Pape Eugène IV confie l’Evêché d’Urbino à Bernardin de Sienne, restaurateur de l’ordre franciscain qui sera canonisé dix ans après sa mort, le par le pape Nicolas V.
De plus, Urbino constitue une étape importante du pèlerinage de la Sainte Maison de Lorette par lequel transitent les pèlerins venant d'Angleterre, d’Allemagne, de Flandres ou de France.
Littérature Dans ce contexte, Piero della Francesca écrit sur la science de la Perspective, Francesco di Giorgio Martini établit son Traité d’architecture en concluant les travaux de rénovation du palais des Doges entrepris par Luciano Laurana, et Giovanni Santi, père du peintre Raphaël né dans l’actuelle , rédige son compte-rendu poétique des principaux artistes de l’époque.
Urbanisme au début du La place civique d'Urbino recouvre probablement l'ancien forum romain, à la croisée du cardo et du decumanus. Erigée par la commune du , la cathédrale barre au nord la perspective de la place ; de part et d'autre, les palais du podestat et des prieurs complètent le dispositif architectural de l'espace civique. Les Montefeltro y possèdent déjà une loggia.
Guidantonio, comte d'Urbino de 1404 à 1443, fait construire le palazzetto de Jole en face du palais du podestat. Ce premier palais seigneurial s'intègre harmonieusement dans l'espace civique et se fond dans un paysage urbain d'allure médiévale. Des travaux d'aménagement du Dôme sont engagés en parallèle, la fabrique de la cathédrale étant administrativement, financièrement et architecturalement subordonnée à la construction de palais seigneurial. Plusieurs actes de vente datant du début de la décennie 1440 prouvent que la stratégie urbaine des seigneurs d'Urbino consiste à investir patiemment le centre civique.
Règne de Frédéric III de Montefeltro
Contexte C'est en 1444 que Frédéric III de Montefeltro arrive au pouvoir à la suite de l'assassinat de son demi-frère Oddantonio. Condottière, diplomate et amoureux des arts et de la littérature, il entreprend la transformation d'Urbino, capitale sinistrée du duché et en fait progressivement un centre artistique parmi les plus féconds et raffinés de l'époque.
Frédéric qui est un condottiere très sollicité, a reçu une formation humaniste à Mantoue, auprès de Vittorino da Feltre qui lui transmit le goût pour les mathématiques, inspirant ses choix culturels et ses projets artistiques, et pour l'architecture dont les bases sont l'arithmétique et la géométrie. En effet, André Chastel définit la cour d'Urbino comme celle de l'« Humanisme mathématique », qui eut comme éminents représentants Piero della Francesca et Bartolomeo della Gatta. Mais le latin, l'astronomie, la gymnastique et la musique font aussi partie de la culture que lui insuffle Vittorino, avec les vertus de convenance et de retenue qu'il conserve toute sa vie.
Frédéric s'attache à la réorganisation de son état selon les préceptes modernes de confort, rationalisation et beauté. Florence est le point de référence de son projet culturel grâce aux nouveautés liées à l'humanisme et à la Renaissance. En 1444, Frédéric fait alliance avec Florence. Cette union permet une protection réciproque facilitant l'échange de personnalités et des artistes.
Frédéric fait venir à sa cour Leon Battista Alberti, Paolo Uccello, Luciano Laurana, Francesco di Giorgio Martini, qui rédige pour lui , et le mathématicien Luca Pacioli. À partir des années 1470 il s'intéresse à la peinture flamande et appelle à sa cour des artistes comme Pedro Berruguete et Juste de Gand, développant un « dialogue heureux » entre la tradition nordique « réaliste » et celle italienne « synthétique ». Giovanni Santi, père de Raphaël, écrivit un compte rendu poétique des principaux artistes de la périodePassage de la Vita e la gesta di Federico di Montefeltro duca d'Urbino de Giovanni Santi..
Au palais, la discussion tourne sur la forme que devait avoir la « cité idéale », sur la « perspective » et sur l'héritage historique des « Hommes illustres ».. La bibliothèque du duc, organisée par l'humaniste Vespasiano da Bisticci était riche de codex décorés de riches enluminures.
D'après Le Courtisan de Baldassare Castiglione, Frédéric est à la base des préceptes et manières du « gentilhomme » , qui resteront en vogue en Europe jusqu'au . Castiglione y évoque également l'atmosphère cultivée et éclairée d'Urbino sous le règne du fils de Frédéric, Guidobaldo.
C'est grâce à ses gains de soldat, accumulés au cours des vingt premières années de son règne, que Frédéric peut fonder sa propre cour et, à partir de 1468, investir dans l'art et l'architecture plus d'argent qu'aucun autre souverain italien. Il dépense autant pour les arts pour affirmer la légitimité de sa succession et pour se montrer un prince d'une incorruptible vertu chrétienne. L'art lui permet de faire connaitre ses prouesses militaires et de propager son image de souverain juste et bienveillant.
Urbanisme et architecture Les qualités communes aux œuvres d'art commandées par Frédéric III de Montefeltro sont la clarté, l'ordre et la dignité. Vespasiano, son biographe, souligne la rigoureuse maîtrise de soi du souverain, qualité qui imprègne l'iconographie limpide dont lui et ses conseillers s'entourent. Il fait venir à Urbino des artistes qui partagent sa propre fascination pour une architecture spacieuse et lumineuse. Selon Vespasiano, il prend une part active à la conception de ses propres édifices, notamment de son palais. Il partage cet enthousiasme avec son principal conseiller, Ottaviano Ubaldini qui surveille les commandes artistiques, puis le travail de l'architecte Francesco di Giorgio après la mort de Frédéric.
À Urbino, le premier travail de style renaissance date de 1449. Il s'agit du portail de l'Église San Domenico, construit par Maso di Bartolomeo avec une lunette de Luca della Robbia
Projet urbanistique Le projet le plus ambitieux est la construction du palais ducal tout en organisant le plan urbain de la ville selon les nouveaux préceptes dans le but d'en faire la « Cité du Prince ».. La construction du nouveau palais métamorphose le centre de la vie civique en affirmant le pouvoir du prince. Cette nouvelle résidence est construite à partir du castellare qui prend appui sur la muraille médiévale à l'ouest de la ville et a vocation à s'étendre largement vers l'ancienne place civique. Le geste architectural de Frédéric est initialement de rupture et d'éloignement. Sa demeure domine désormais la place et prolonge la rue principale. Une nouvelle cathédrale est construite. La place de la Commune est réduite au rôle de cour d'honneur du palais et le peuple d'Urbino, d'acteur, devient le spectateur des manifestations princières..
Urbino se présente à l'époque comme une cité de forme allongée et irrégulière entourée par une muraille défensive perchée sur deux collines contiguës. L'axe de circulation situé dans la partie commune la plus basse des deux cols partage la cité et conduit d'un côté vers la mer et de l'autre vers les cols des Apennins vers Pérouse et la Toscane. La résidence ducale est un simple palais situé sur le col méridional, flanqué d'un château fort sur le bord de la falaise vers la Porte Valbona. Auparavant, les Montefeltro résidaient dans une forteresse située au sud de la ville, éloignée du cœur de la cité, la place de la commune. Guidantonio s'en était déjà rapproché en installant un palais le long de la rue principale. À l'origine, la place où est construit le nouveau palais, était bordée au Nord par la face latérale de la cathédrale du , à l'Ouest se trouvait le , une fortification, le palais communal, celui du podestat et une loggia appartenant aux Montefeltro. Le palais d'Urbino n'a aucune valeur militaire : en faisant combler le profond fossé qui, au pied des murailles, protégeait les portes de la ville, Frédéric de Montefeltro en neutralise la fonction défensive. Il fait transférer la place du marché, qui était installée dans la ville basse, sur le grand plateau artificiel ainsi crée.