Régine, de son vrai nom Régina Zylberberg, est une chanteuse, actrice et femme d'affaires franco-belge née le à Etterbeek (Belgique) et morte le dans le arrondissement de Paris.
Surnommée la « Reine de la nuit » pour les nombreuses discothèques qu'elle a animées, elle ouvre sa première boîte de nuit dénommée Chez Régine à Paris, à Saint-Germain-des-Prés, puis s'installe à Montparnasse au New Jimmy's. Elle ouvrira des discothèques qui porteront son nom dans le monde entier. Elle a connu de nombreux succès dans la chanson avec Les P'tits Papiers, La grande Zoa, Patchouli-chinchilla ou Azzurro.
Biographie Jeunesse (1929-1952) Régina Zylberberg naît le en Belgique à Etterbeek, l'une des dix-neuf communes de la région de Bruxelles-Capitale.. Ses parents, qui ont vécu huit ans en Argentine, sont des juifs ashkénazes polonais. Son frère cadet, Maurice Zylberberg, ultérieurement connu sous le nom de Maurice Bidermann, futur industriel dans le textile et l'habillement, naît dans la même ville en 1932. Elle a également, par son père, une demi-sœur cadette prénommée Évelyne.
Après la Pologne, l'Argentine et la Belgique, en 1932, Joseph Zylberberg, son père, une fois la boulangerie familiale perdue au poker à Anderlecht, s'installe à Paris où, quelques mois plus tard, elle et son frère viennent le rejoindre. Ils vivent à Belleville, où Joseph Zylberberg est boulanger« Sur un quai de la gare du Nord : Joseph (son père) qui nous attend, Joseph qui nous prend tous les deux, Maurice et moi, en même temps dans ses bras. Il nous installe dans son triporteur - direction Belleville, où il était boulanger. Puis, ça a été notre enfance dans les quartiers de Paris, nos fuites et nos cachettes pendant la guerre, et, de nouveau à Belleville » in ., et sont parfois mis dans des pensionnats« Nous vivions en pensionnat jusqu'au jour où mon père, flanqué d'une nouvelle épouse, nous a récupérés » in .. Après les avoir remis à leur père, sa mère est repartie vivre en Argentine. Malgré les tentatives de celle-ci pour renouer avec sa fille devenue adulte, Régine refusera catégoriquement de la revoir.
Lors du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, comme beaucoup de petits Parisiens, elle est évacuée de la capitale et trouve refuge à Saint-Léon (Allier) au château de Coulon. Une fois l'armistice signé, elle doit rentrer à Paris, mais par une ordonnance allemande en date du , définissant le premier statut des Juifs, ceux-ci ont été interdits de retour en zone occupée. Son train est à l'arrêt pour un contrôle et à la vue de son nom Zylberberg, les Allemands ordonnent qu'elle descende du train où l'attend un camion de la Croix-Rouge française, qui l'emmène avec d'autres enfants au château de la Brosse, où elle retrouve par hasard son frère Maurice. Elle retrouve ensuite à Aix-en-Provence son père qui la place dans un couvent à proximité, sous un faux nom, avec la complicité des sœurs. Pouvant sortir du couvent, elle retrouve son père tous les dimanches. C'est à Aix-en-Provence que naît sa passion pour le chant et sa vocation pour la fête, faisant ses premiers pas sur scène au casino d'Aix« Le week-end, mon père joue au casino et moi je regarde les revues. C'est là que je fais mes premiers pas sur scène, au casino » in .. La petite Régine reste des nuits entières à attendre son père qui joue au casino d'Aix-en-Provence, songeant à celle qu'elle pourrait devenir..
Après l'arrestation de son père à Lyon, elle est placée dans la famille Heymann, également juive, membre de l'Union générale des israélites de France à Lyon, 77, rue de la Villette. Cf. Paulette Durieux, interview de Régine, Télé 7 jours , semaine du 22 au 28 novembre 1969, page 36., où ceux-ci tiennent un home pour personnes âgées. Alors âgée de 13 ans et demi, elle y tombe amoureuse de Claude, 16 ans, avec lequel elle a sa première relation amoureuse et qui lui promet de l'épouser quand elle aura 15 ans« Chez les Heyman, dans cette maison de grands-pères et de grands-mères, je rencontre mon premier grand amour. Leur fils. J'ai treize ans et demi. Claude en a seize. Et nous nous aimons […] Il me force à me lever le matin à 5 heures pour travailler avec lui avant qu'il ne parte pour le lycée. C'est le moment privilégié, tout le monde dort, où l'on peut s'aimer totalement. Claude décide de m'épouser. Il veut qu'à mes quinze ans, je devienne sa femme » in .. Le , le jeune Claude Heymann, neveu du grand-rabbin de Lyon, Bernard Schonberg, est arrêté par la Milice à la grande synagogue de Lyon. et meurt assassiné en déportation La Parenthèse inattendue, france2.fr, 21 mai 2014..
Régine rejoint son père à la Libération à Paris, où il tient le café La Lumière de Belleville, et y travaille au comptoir. Elle découvre les bals américains, le jazz, le bebop et autres danses qui deviennent sa passion.
Après son divorce en 1949, elle est représentante en soutiens-gorge et en lingerie« J'ai d'abord été représentante en soutiens-gorges et en dessous, je me baladais dans Paris en bus et en métro avec deux grosses valises et je n'avais pas beaucoup de temps pour Lionel » in .. Au début des années 1950, elle est vendeuse dans une boutique de Juan-les-Pins, où elle fréquente les boîtes à la mode et les « stars », ce qui fait naître sa vocation d'animer les soirées dansantesThierry Ardisson, interview de Régine, Tout le monde en parle, 22 juin 2002..
Carrière
« Reine de la nuit » À partir de 1952, Régine occupe successivement plusieurs postes, « dame pipi », barmaid et disquaire dans un club branché de la nuit parisienne, 18, rue de Beaujolais, le Whisky à gogo., notamment fréquenté par l'écrivaine Françoise Sagan mais également bien d'autres personnalités célèbres à l'époque. Le nom vient du titre français du film Whisky Galore ! d'Alexander Mackendrick et va donner son nom au Whisky a Go Go aux États-Unis. L'établissement parisien, fait de caves sur plusieurs niveaux, reste considéré comme la première discothèque du pays... Régine innove également lorsqu'elle fait remplacer le premier juke-box importé en France par deux tourne-disques afin d'éviter le silence entre deux titres. Elle invente aussi la bouteille d'alcool nominative. Elle souhaite que la clientèle, jusqu'alors hétéroclite, soit triée : la notion de « club privé » est imposée. Elle se fâche avec Paul Pacini, propriétaire du site ; encouragée par Serge Gainsbourg, elle veut son propre lieu.
Elle ouvre, en 1956, une boîte de nuit, Chez Régine, située à Saint-Germain-des-Prés, rue du Four, à la sortie du métro Mabillon. Sagan, qui baptise Régine , assurera la notoriété du lieu, tout comme Georges Pompidou, Brigitte Bardot, Rudolf Noureev ou encore Serge Gainsbourg.
En 1961, elle ouvre le New Jimmy's au 124, boulevard du Montparnasse, où elle diffuse des musiques américaines, lançant et faisant découvrir le twist et le cha-cha-cha au Tout-Paris. Chez Régine de la rue du Four, renommé Le Club 65, est alors repris par Gérald Nanty. En , le temps du Festival de Cannes, elle ouvre Chez Régine à Cannes, fréquenté par de nombreuses stars.
Ayant animé 22 clubs à travers le monde, elle gagne le surnom de « Reine de la nuit »., indiquant cependant n'avoir . Parmi les villes prestigieuses où elle s'implante, généralement fréquentées par la jet set, figurent le Régine's à New York (ouvert le dans le building du Delmonico Hôtel et qu'elle décide de fermer en 1991), Miami (ouvert en au et dernier étage du Gran Bay Hôtel dans le quartier de Coconut Grove), Monte-Carlo, Rio de Janeiro, Le Caire, Saint-Tropez, Deauville, Santiago, Kuala Lumpur, Istanbul, Marbella, Montréal, Genève ou encore Düsseldorf. Des personnalités internationales fréquentent ses établissements, comme Björn Borg, Andy Warhol, Elizabeth Taylor, Julio Iglesias ou encore Michael Jackson. Pour permettre à ses fidèles clients de voyager de club en club autour du monde, elle crée une carte de membre vendue , qui comptera .
En 1988, elle obtient de la ville de Paris la concession du restaurant Ledoyen à Paris« Régine : “Je veux rendre l'immobilier vivant !” », entretien avec Jean-Pierre Thiollet, International Amiic Tribune, mars 1989. ; elle ouvre Le Rage, un restaurant lounge, sur Park Avenue à New York. Elle crée des lignes de vêtements, des parfums, un magazine, patronne des croisières sur le Queen Elizabeth 2.
De New York à Nîmes Au début des années 1990, elle prend la direction du Cheval-Blanc Régine's Hôtel, un hôtel quatre étoiles à Nîmes (dirigé auparavant par la famille nîmoise Layalle), tandis que Simon Casas était directeur des arènes de Nîmes situées juste en face. Régine achète une maison près de Nîmes, et s'y installe avec son mari Roger Choukroun afin de gérer au plus près cet établissement de luxe, soutenue par son ami Jean Bousquet, maire de la ville. L'hôtel 4 étoiles est alors l'un des plus chics et l'un des plus en vogue à Nîmes, notamment lors des ferias où l'on peut croiser le Tout-Paris : Yves Mourousi, Jean Marais, Andrée Putman, Eddie Barclay, Jean-Paul Gaultier, Inès de la Fressange... Le mobilier de l'hôtel est signé Philippe Starck et la décoration est confiée à Jean-Michel Wilmotte. Situé face aux Arènes, Le Cheval-Blanc Régine's Hôtel devient vite un temple de la nuit nîmoise, et Régine y organise des fêtes mémorables. En 1994, alors que le jeune Thierry Marx, fraîchement décoré d'une étoile au guide Michelin, a enfin donné du caractère à la cuisine, l’aventure s’achève par un flop retentissant. Quelques mois plus tard, l'ensemble du matériel de l'hôtel est vendu aux enchères, épongeant une partie du gouffre financier évalué à 62 millions de francs.
En 1992, elle reprend, avec Didier Vérité comme directeur, Le Palace à Paris, club mythique ouvert par son ancien rival Fabrice Emaer en 1978, mais rapidement le lieu périclite : écrit Cathy Guetta.. Sur avis du tribunal, le club est un temps cogéré par Régine et Thierry Kléminiuk, un repreneur. À la suite d'une fermeture administrative pour un trafic d'ecstasy au sein de l'établissement, elle perd le contrôle du club, beaucoup d'argent et sa villa de Saint-Tropez (hypothéquée par la banque Hervet en échange d'un prêt de de francs). L'affaire du Palace agite la classe politique et judiciaire, l'impartialité des juges ayant été mise en cause.
En 2003, elle se sépare de tous ses clubs, mais reste propriétaire de la marque à son nom. Homonyme du club de la rue du Four, le Chez Régine de la rue de Ponthieu, fondé dans les années 1970 après avoir été repris par Laurent de Gourcuff, est revendu au collectif La Clique à l'origine du Baron, avenue Marceau. Pour le lancement de son parfum Zoa Night Perfume en , elle organise la soirée de lancement au club de la rue de Ponthieu comme à la grande époque, entourée de ses amis stars. L'été, à Saint-Tropez, on la voit toujours danser jusqu'au petit matin.
Chanteuse et actrice Très tôt, elle prend des cours de chant et, encouragée par Renée Lebas, décide de se lancer dans la chanson. Elle interprète de nombreux titres spécialement créés pour elle par les auteurs les plus connus, à commencer par Charles Aznavour, en 1965, avec Nounours, et Henri Salvador, avec Oublie-moi. Serge Gainsbourg lui écrit Les P'tits Papiers, Il s'appelle "Reviens", Pourquoi un pyjama ?, Les femmes, ça fait pédé. Frédéric Botton lui écrit La grande Zoa, Barbara Gueule de nuit. D'autres auteurs et compositeurs écrivent pour Régine, dont Emil Stern, Eddy Marnay, Francis Lai, Jean Cau, Jean-Loup Dabadie, Michel Grisolia, Charles Level, Françoise Sagan, Serge Lama, Romano Musumarra, Françoise Dorin, Didier Barbelivien, Michel Leeb et Patrick Modiano« Quand Régine chante Patrick Modiano » sur lereseaumodiano.blogspot.com, décembre 2011..
Elle reçoit, en 1967, le prix Pierre-Brive Consécration de l'académie Charles-Cros, en même temps que Jacques Dutronc. Elle perd son père la même année.