thumb|300px|La très prolifique kudzu, introduite au aux États-Unis, apprécie beaucoup le climat chaud et humide du sud-est où elle a tendance à envahir les milieux ouverts perturbés comme cette clairière aux abords de la Old Natchez Trace. Une plante envahissante au sens large (l'anglicisme plante invasive est parfois utilisé) est une plante généralement euryèce, problématique par sa capacité de colonisation qui dans certaines circonstances en font une espèce envahissante.
Définition
En 1995, Cronk et Fuller donnèrent comme définition aux plantes envahissantes :
ayant la capacité de coloniser rapidement une zone et de se propager très loin des plants parents, tout en laissant la possibilité à d’autres espèces de cohabiter, voire de leur succéder. S’installant souvent sur des terrains perturbés, elle peut être indicatrice de cette perturbation.
, comme l'ambroisie à feuilles d'armoise (Ambrosia artemisiifolia L.)Thèse de Boris Fumanal, http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00163962/fr/, importée d'Amérique du Nord en Europe, source d'allergies polliniques. thumb|Renouée du Japon au bord d'une route en Angleterre. Lorsqu'une plante est caractérisée d'« invasive », l'on désignera une plante exogène, ou allochtone, importée, naturalisée, dont l’introduction volontaire ou fortuite dans un milieu naturel ou semi-naturel déséquilibre et provoque d'importantes nuisances, souvent irréversibles, à la biodiversité d'un écosystème. L'on peut distinguer une espèce naturalisée continentale, déportée d’une zone à une autre dans un même continent, d'une espèce naturalisée exotique, c'est-à-dire provenant d’un autre continent. Par exemple, la renouée du Japon (Fallopia japonica (Houtt.) Ronse Decr.) importée d'Extrême-Orient, colonise notamment les berges de certains fleuves en Europe occidentale et en Amérique du Nord.
Les problèmes écologiques causés par les plantes envahissantes (au sens large) peuvent eux-mêmes engendrer des problèmes sociaux, mais aussi économiques. En effet la gestion de ces plantes devient d'autant plus difficile que leur expansion est avancée.
Les espèces exotiques envahissantes sont considérées comme la deuxième cause d'érosion de la biodiversité juste après la destruction et la fragmentation des habitats« L'UICN et les espèces étrangères envahissantes : un cadre d'action ». Ed. UICN, Congrès Mondial de la conservation, Ottawa, 1997.. Elles présentent souvent une adaptation locale rapide. et peuvent même présenter de meilleures performances dans la zone envahie que dans la zone d'origine..
Modes d'introduction Les modes d’introduction sont divers : transports d'hommes et de marchandises par bateau, avion, voiture (hémérochorie). La mondialisation apparaît donc comme un vecteur d’accélération de la dispersion de ces espèces. Un autre phénomène d’introduction involontaire d’espèces est le dérèglement climatique qui pousse les organismes vers de nouveaux horizons propices à leur développement.
L’introduction volontaire contribue aussi beaucoup à l’expansion de ces espèces. En effet, nombreuses sont celles qui ont été importées pour leur rôle décoratif notamment.
Conditions de l'invasivité Il est important de noter que toutes les espèces importées ne deviennent pas envahissantes. C’est dans ce sens que , en 1996, a défini la règle des « trois fois dix » : sur importées, seulement 100 parviendraient à s’introduire, 10 seraient capables de se reproduire et enfin une seule deviendrait envahissante. Ces chiffres s’expliquent à travers les différentes barrières existantesE. Sarat, E. Mazaubert, A. Dutartre, N. Poulet, et Y. Soubeyran. 2015. « Les espèces exotiques envahissantes dans les milieux aquatiques ». Connaissances pratiques et expériences de gestion. Office National de l’Eau et des Milieux Aquatiques, , 252 p. : la première est géographique, l’espèce doit survivre en dehors de son aire de répartition naturelle ; la barrière suivante est environnementale avec la nécessité de s’adapter aux conditions du milieu ; la troisième barrière est reproductive, l’espèce doit pouvoir constituer une population stable pour survivre ; enfin, la dernière barrière est la dispersion où l’espèce est capable de conquérir de nouveaux milieux.
Mécanismes intrinsèques à la plante expliquant l'invasivité d'une espèce Un ou plusieurs mécanismes peuvent expliquer qu'une espèce introduite dans un écosystème autre que le sien puisse devenir invasive :
la plante introduite n'est plus, dans son nouveau milieu, confronté à ses « ennemis » naturels, qui contrôlaient antérieurement la croissance de sa population ; beaucoup de plantes sécrètent par leurs feuilles et/ou racines ou rhizomes des composés organiques dits allélopathiques (molécules ayant des effets inhibiteurs à franchement phytotoxiques selon les cas) pour les espèces de la communauté végétale réceptrice (c'est le cas par exemple pour Artemisia absinthium ou Centaurea diffusa qui ne posent pas de problèmes en Eurasie, mais qui sont devenues envahissantes en Amérique du Nord) J. L. Hierro et R. M. Callaway, « Allelopathy and exotic plant invasion », Plant Soil, , 2003, lire en ligne, (consulté le 26 août 2021).. Des expériences faites sur Centaurea diffusa laissent penser que cette invasive utilise des composés chimiques pour inhiber ou éliminer les plantes qui la concurrencent. Ses voisins eurasiens de longue date s'étaient adapté à ces molécules au cours d'une longue convolution, mais de nouveaux voisins (nord-américains en l'occurrence) de Centaurea diffusa sont très sensibles à ces molécules pour lesquelles ils sont naïfs. parfois, le climat ou les conditions édaphiques nouvelles peuvent être plus propices que dans le milieu d'origine ; chez certaines plantes, on a montré que la production de molécules allélopathiques augmente en période chaude et se réduit ou perd de son efficacité sous la pluie ou par temps froid. Le réchauffement climatique pourrait donc exacerber le caractère allélopathique et invasif de certaines plantes, introduites et devenues invasives notamment.
Ces deux mécanismes expliquent que les plantes invasives établissent souvent de vastes colonies monospécifiques, un phénomène inhabituel dans les communautés naturelles (hormis dans les milieux extrêmes où il s'explique par le fait que là, seules une ou quelque espèces peuvent survivre).
État des lieux vignette|Plante envahissante des cours d'eau, le buddleia de David est parfois responsable de la banalisation des berges de rivières comme ici en Ariège sur le Touyre.
Ces plantes sont nombreuses. À titre d'exemple, elles dépassent largement la centaine d'espèces en France, et un premier arrêté ministériel est né le (Jussies). Ces deux espèces étant les plus avancées, on ne peut plus à l'heure actuelle les éradiquer, mais ces arrêtés visent à au moins limiter leur extension.
Les jardins botaniques seraient en partie responsables de la propagation de plus de 50 % des espèces invasives selon une analyse des données disponibles relatives à 34 des réputées les plus envahissantes du monde (selon l'UICN /Union internationale pour la conservation de la Nature), sur la base de cas documentés pour la période allant de 1800 au milieu des années 1900.
Pour 19 des de plantes étudiées, les points de départ des invasions ont très probablement été des jardins botaniques étude (Trends in Ecology, DOI : 10.1016/j.tree.2011.01.005 ) faite par Philip Hulme (Université de Lincoln à Christchurch, Nouvelle-Zélande)..
En 2001, une sorte de code de bonnes pratiques visant à limiter le risque d’évasions accidentelles, dit , est institué. Le Chicago Botanic Garden (CBG) remplace les espèces invasives par d'autres et a cessé ses échanges de graines avec d'autres jardins botaniques, mais la « Déclaration de Saint-Louis » n’était signée que par 10 des botaniques des États-UnisBrève du par Andy Coghlan : « Botanic gardens blamed for spreading plant invaders » sur le site newscientist.com, à son tour cité par Tela Botanica Rubrique « Points de vue », ..
En Suisse, (au sens premier du terme, c'est-à-dire « nouvelle plante ») sont considérées comme envahissantesPlantes exotiques envahissantes de nos jardins.. On trouve, entre autres, dans cette liste l'ailante, le paulownia, le cerisier tardif, le sumac, le robinier, le buddleia, le laurier-cerise ou la vigne-vierge à cinq folioles.
En France, on peut également citer la renouée du Japon, le baccharis, l'ambroisie élevée, le raisin d'Amérique, la balsamine de l'Himalaya, la berce du Caucase, le séneçon du Cap ou le panic des marais.
Au Canada, la renouée du Japon, la berce du Caucase, le fusain ailé, l’épine Vinette et le peuplier hybride sont ciblés.
Sur les quelque (plantes et animaux) qui ont été introduites aux États-Unis au cours des deux cents dernières années, 1 sur 7 environ est considérée comme invasive. : troènes, Acacias, Festuca arundinacea kentucky 31, rosier multiflore, Kudzu…
Sur les connues, 300 constituent réellement un problème majeur..
Moyens de gestion
De nombreux moyens de gestion existent pour lutter contre les plantes invasives. Certains sont efficaces à court terme mais nécessitent d’autres interventions régulières par la suite. Au contraire, d’autres ont un effet à long terme et permettent de réduire, voire d’éviter d’autres actions ultérieurement.
Tout d’abord, la gestion mécanique avec l’intervention de l’Homme ou de machines (lorsque cela est possible). En premier lieu, l’arrachage manuel qui consiste à retirer le système aérien de la plante herbacée ou de l’arbre, arbuste juvénile mais aussi le système racinaire pour empêcher une repousse. Ensuite, l’arrachage à la pelle mécanique pour extraire les plantes immergées ou les arbres et arbustes de plus grandes tailles avec leurs systèmes racinaires. Puis, la fauche avec récolte qui consiste à couper uniquement la partie aérienne et qui doit être régulièrement répétée. Elle peut s’accompagner d’un travail du sol pour gêner la croissance des racines ou de l’installation d’une bâche. Le cerclage consiste à enlever, sur presque la totalité de la circonférence de l’arbre, l’écorce d’une hauteur de à environ du sol. Cette méthode est à appliquer plusieurs fois par an pendant plusieurs années, jusqu’à ce que l’arbre meure. Après, l’abattage, qui doit être accompagné d’une autre technique comme le dessouchage (retrait des racines) ou la fauche régulière. La mise en place d’une bâche est utilisée la plupart du temps à la suite d’un arrachage ou d’un fauchage mais pas de façon isolée. Cette bâche est posée durant jusqu’à plus d’un an avec une surveillance régulière. Enfin, un dernier moyen de gestion concernant les plantes aquatiques : la mise en assec. Cela consiste à vider un plan d’eau pour faire dépérir ces plantes (l’idéal est d’avoir un système de vidange mais une pompe peut être installée)E. Russier-Decoster, M. Thune-Delplanque, E. Sarat, Y. Soubeyran, F. Clap et S. Moncorps. 2016. « Les espèces exotiques envahissantes sur les sites d’entreprises ». Livret 2 : Identifier et gérer les principales espèces. UICN France, 96p..