vignette|Manifestation contre des brutalités policières envers Marcus Abrams, un jeune autiste américain, le 20 septembre 2015

L'exclusion des personnes autistes (dont la cause est parfois désignée par le néologisme d'autismophobie) appartient au principe d'exclusion sociale d'individus jugés indésirables par une population majoritaire. Les personnes ayant des troubles du spectre de l'autisme (TSA) étaient fortement exclues jusqu'au début du . Les politiques publiques et les découvertes scientifiques permettent d'améliorer les interventions pour compenser le handicap et la qualité de vie depuis la seconde moitié du . L'ONU a affirmé les droits des personnes autistes à vivre parmi la société sans être discriminées, en 2005 et 2008. Des politiques de désinstitutionnalisation, d'intégration, puis d'évolution vers une société inclusive sont menées dans différents pays. Les pays scandinaves et anglo-saxons sont réputés les plus avancés. En 2015, le Conseil des droits de l'homme constate la persistance de violations des droits humains fondamentaux des personnes autistes dans de nombreux pays, tant en Europe, notamment en France et en Grèce, que sur le continent africain. Parallèlement, des tests de dépistage prénatal de l'autisme sont en développement.

L'accès aux services de base, notamment à l'éducation, peut être difficile, sinon impossible, en raison non seulement de symptômes liés à l'autisme comme l'hypersensibilité sensorielle, mais aussi à cause de préjugés sur le handicap social. Les situations de dépendance et les internements en hôpital psychiatrique qui en résultent entraînent des coûts financiers importants et des violations de droits humains, notamment par l'administration de médicaments et de systèmes de contention sans consentement. Les jeunes autistes qui accèdent à l'éducation subissent souvent du harcèlement scolaire et des insultes. Des cas d'infanticides d'autistes dits « sévères » sont documentés. Les personnes autistes sont vulnérables aux agressions sexuelles et les enfants de femmes autistes subissent un risque de placement abusif. L'accès à l'emploi est rare, les compétences professionnelles des adultes autistes étant fréquemment sous-estimées. Avec un fort taux d'échec à l'entretien d'embauche, leur taux de chômage atteint 75 à 91 % en Europe. Cet ensemble de discriminations entraîne des suicides, de fréquentes angoisses et des dépressions, et donc une augmentation de la mortalité des personnes autistes. Elles pourraient être alimentées par les représentations stéréotypées de l'autisme, bien que le lien soit difficile à établir.

Certaines entreprises pratiquent une discrimination positive en faveur de l'emploi, notamment dans l'informatique. Le mouvement pour les droits des personnes autistes cherche à apporter des solutions pour réduire cette exclusion sociale, par la diffusion d'une philosophie de l'appartenance et la demande d'un changement de regard extérieur sur l'autisme, afin de mettre fin au rejet de la différence.

Définition et mécanisme La première recension systématique consacrée à ce sujet, en 2022, conclut que les personnes autistes subissent beaucoup de discriminations, de jugements, et de stéréotypes par autrui, et qu'elles présentent des symptômes plus ou moins clairs d'intériorisation de ces mauvaises expériences, tels qu'une estime de soi très basse et une mauvaise santé mentale..

Le néologisme « autismophobie », en langue française, est employé depuis 2014 par Olivia Cattan, mère d'enfant autiste française, pour une campagne militante..., et a été repris par le militant Hugo Horiot, en 2018, qui le décrit comme . Il précise que , terminologie qu'il assimile à .

Comme le note la sociologue Brigitte Chamak, depuis les années 2000, , avec une importance accrue donnée aux répercussions sociales, souvent du fait de personnes handicapées relevant de l'ancien diagnosticContrairement à ce qui figure dans l'article de Brigitte Chamak, le diagnostic du syndrome d'Asperger n'existe plus, les personnes concernées étant incluses dans les Troubles du spectre de l'autisme depuis la parution du DSM-5 en 2013. du syndrome d'Asperger, et militant pour la neurodiversité. La définition de l'autisme oscille ainsi entre la particularité médicale et la gêne sociale : pour le philosophe Josef Schovanec, dans sa définition de trouble social, . Il ajoute qu'il est . L'inspecteur pédagogique régional Jean-Michel Wavelet s'interroge sur la capacité qu'ont les personnes avec autisme à révéler la fermeture de certaines sociétés aux autres et à la différenceJean-Michel Wavelet , « Épilogue. L'autisme à l'école : une étrange familiarité » dans .. La nature de leur handicap est souvent mal comprise. Selon Temple Grandin :

Nature de la discrimination et de l'exclusion Le concept de discrimination et d'exclusion sociale des personnes autistes est plurivoque, les cas et conséquences étant variables, notamment en fonction de la sévérité perçue du handicap. Les personnes autistes les plus sévèrement handicapées sont aussi les plus exclues, en raison notamment d'une compétition et d'une sélection dans les établissements, les établissements scolaires préférant par exemple accueillir des enfants verbaux et perçus comme intelligents, plutôt que des enfants non-verbaux.

Selon la loi britannique, une personne autiste est discriminée si elle reçoit un traitement moins favorable qu'une personne non-autiste, ou s'il y a défaut dans la nécessité de faire un pour s'adapter à ses difficultés. Cet ajustement concerne généralement l'accueil à l'école et le poste de travail, qui doivent être aménagés pour ne pas placer la personne autiste dans une situation désavantageuse. Certains pays, entre autres le Royaume-Uni, ont des obligations légales à tenir., d'autres non. Définir comment s'ajuster peut être difficile, dans la mesure où le handicap créé par l'autisme s'associe à des avantages spécifiques pour réaliser certaines tâches. De plus, il y a souvent confusion entre inaptitude et préférence de choix de la part de la personne autiste, ses attentes pouvant être radicalement différentes de celles d'une personne neurotypique, et certaines de ses particularités (par exemple, le refus absolu de mentir ou d'enfreindre un règlement) difficiles à reconnaître en tant que handicap.

Formes de discriminations et d'exclusions Les formes de discrimination et d'exclusion auxquelles les personnes autistes sont exposées incluent l'ostracisme, le refus de scolarisation, le refus d'embauche ou de promotion malgré leurs compétences, l'exclusion d'établissements et de divers événements de la vie, ou même le simple fait de leur signaler qu'ils ne sont pas les bienvenus..

Inscription dans les mécanismes d'exclusion des personnes handicapées D'après la Anne McGuire, la société occidentale montre une longue histoire de violences et de discriminations contre les personnes autistes en particulier, et contre les personnes en situation de handicap de façon plus générale :

Une personne autiste institutionnalisée génère en moyenne une charge financière de plus de de dollars américains (soit environ d'euros) pendant sa vie (chiffre 2007), assumée par sa famille et la collectivité.. L'inclusion et la lutte contre les discriminations, notamment dans le monde du travail, ne sont pas qu'un objectif humaniste, ils constituent aussi un enjeu économique. D'après la professeure de psychologie Patricia Howlin, ..

Histoire thumb|redresse|Premier portrait de Victor de l'Aveyron.|alt=Gravure représentant un adolescent vu de profil

Il est vraisemblable que les personnes autistes aient été longuement et lourdement exclues au cours de l'Histoire. Selon le psychiatre et psychanalyste Jacques Hochmann, avant toute caractérisation médicale de l'autisme, les enfants concernés sont marginalisés ou tués, très généralement qualifiés d'« idiots », et traités sans humanité. Le mythe du changeling a vraisemblablement servi de justification au meurtre ou à l'abandon de bébés et d'enfants (entre autres handicaps) autistes : en affirmant que leur enfant biologique a été échangé avec un autre, des parents se débarrassaient d'enfants qu'ils jugeaient étranges ou distants émotionnellement.. L'un des cas les plus connus d'enfant rétrospectivement diagnostiqué comme autiste est celui de Victor de l'Aveyron, décrit en 1799 comme un enfant sauvage non-verbal, retrouvé errant dans une forêt du Sud de la France.

En revanche, Josef Schovanec analyse l'histoire des personnes autistes verbales attirées par les lettres et les sciences, mieux insérées dans la société, comme étant associée à la fortune de l'université allemande du , époque coïncidant avec leur exclusion des universités françaises en parallèle.

Années 1930 et 1940

Dans le contexte de la montée de l'eugénisme et du nazisme dans les années 1930 et 1940, un grand nombre de personnes handicapées assassinées pendant l' T4 sont vraisemblablement autistes. D'après Steve Silberman, les enfants concernés sont diagnostiqués idiots (de nombreux meurtres étant décidés après l'échec à un test de QI), épileptiques ou schizophrènes. À l'époque, ces trois sous-groupes comportent de nombreux autistes. Environ autistes ont pu être euthanasiées de cette façon.. Le Troisième Reich n'a pas spécifiquement ciblé l'autisme : toutes les personnes au comportement jugé problématique subissent cette politique à une époque où l'autisme reste très peu connu, sinon inconnu..

Le médecin autrichien controversé Hans Asperger décrit de façon positive le syndrome qui porte désormais son nom, en 1944, en demandant explicitement une place pour ces personnes dans la société :

L'étude de ses dossiers démontre qu'il effectue un tri entre ses patients sur la base de leur degré d'intelligence supposé et envoie sciemment autistes en camp d'extermination., depuis sa clinique à Spiegelgrund.. D'après l'historienne Edith Sheffer, citée par Seth Mnookin, la création du diagnostic médical de « psychopathie autistique », futur diagnostic du syndrome d'Asperger, doit beaucoup à l'idéologie nazie..

Politiques d'intégration

vignette|redresse|Leo Kanner, auteur de l'une des premières études sur l'évolution socio-professionnelle des autistes.|alt=Photo en noir et blanc d'un homme d'âge mûr. Leo Kanner, l'un des deux grands découvreurs de l'autisme avec Hans Asperger, réalise l'une des premières études du devenir socio-professionnel en examinant l'évolution des onze enfants autistes (généralement issus de milieux favorisés) qu'il a suivis en 1943. Plusieurs ont décroché un emploi correct, tandis que les personnes placées en institution sont peu ou pas autonomes à l'âge adulte. D'après Josef Schovanec, .

En France, d'après Jacques Hochmann, des psychanalystes sont les premiers à s'intéresser aux enfants autistes après la Seconde Guerre mondiale .

Plusieurs pays adoptent des lois contre la discrimination des personnes handicapées applicables à l'autisme, depuis la fin du . En 1969, Bengt Nirje propose un modèle de normalisation, et une participation sociale active des personnes en situation de handicap. Bien que la littérature scientifique internationale soit très limitée à cette époque, avant les , la plupart des autistes (environ les trois quarts) sont fortement dépendants et isolés socialement. Très peu fréquentent des établissements scolaires. Ils vivent pour l'essentiel chez leurs parents, ou en institution spécialisée. Ultérieurement, la littérature scientifique pointe de fréquentes régressions (perte de fonctions cognitives et du langage) chez les personnes placées en institution, par rapport à celles qui vivent en milieu ordinaire. Comme l'a observé Leo Kanner, les personnes autistes les mieux intégrées sont celles qui ont bénéficié d'un enseignement soutenu, d'une vie indépendante et d'opportunités pour développer leurs relations sociales.