Zbyněk Zbyslav Stránský, né le à Kutná Hora (Tchécoslovaquie) et mort le , est un muséologue tchèque. Membre actif du Comité international pour la muséologie au sein du Conseil international des musées, il a œuvré au développement théorique de la muséologie et concevait cette discipline comme une science en devenir.
Biographie Formation et Carrière Zbyněk Z. Stránský a tout d’abord étudié la philologie et l’histoire à l'université Charles de Prague puis la musicologie à l'université Masaryk de Brno. Ces spécialisations lui permettent, une fois ses études universitaires achevées, de travailler dans différents musées tchèques tels que le musée Anton Dvorak à Prague. Il est employé en 1962 par le musée de Moravie (en tchèque : Moravské Muzeum) à BrnoDolak J., Vavrikova J., Muzeolog Z. Z. Stránský : Život a dílo, Brno, Masarykova univerzita, 2006 ; Tomes J., Český biografický slovník XX. století. Díl 3. Q-Ž, Praha, Paseka, 1999. Voir aussi Stránský Z. Z., « The department of museology, faculty of Arts, Masaryk University of Brno and the questions of defining a profile of the museology curriculum » ICOFOM Study Series n°22, 1993, ..
Rôle et place au sein de la communauté internationale Zbyněk Z. Stránský est convaincu qu’il faut travailler et débattre de façon coordonnée sur le plan national et international pour développer la muséologie ; c’est pourquoi il s’implique tout particulièrement dans les activités du Comité international pour la muséologie, en tant que membre régulier puis membre du comité exécutif de l’organisation à partir de 1986Museological News, n°9, 1986, .. Il participe à de nombreuses publications – articles mais aussi commentaires – et fait partie de différents comités de réflexion tels que celui sur la terminologie qui l’amènera à collaborer à la rédaction du Dictionarium museologicumVocabulaire polyglotte présentant la correspondance en vingt langues différentes des termes essentiels à la muséologie ; Dictionarium museologicum, Budapest, National Center of Museums, 1983.. Il est considéré en 1989 comme faisant partie du « noyau dur » de la famille ICOFOMMuseological News, n°12, 1989, .
Le développement des museum studies et l’« école de Brno » Zbyněk Z. Stránský s’emploie tout au long de sa carrière à mettre au point une formation complèteIl envisage au début des années 1990 de compléter son offre de cours afin de pouvoir dispenser des licences, des masters et des PhD en muséologie (voir note 8). et cohérente en muséologie afin de former des professionnels du musée, de leur donner les moyens de penser la muséologie de demain, d’œuvrer à l’institutionnalisation et à la reconnaissance universitaire de la discipline, et de lui offrir des structures de recherche. Il n’est néanmoins pas le seul à œuvrer au développement de la formation dans la seconde moitié du On peut citer par exemple les cours de Raymond Singleton puis Geoffrey Lewis à Leicester, ceux de George Henri Rivière à Paris dans les années 1970, les programmes de Toron en Pologne, de Zagreb en Yougoslavie (actuellement en Croatie) ou encore de l’American Association of Museums aux États-Unis.. Divers programmes, dont les contenus et l’organisation dépendent en grande partie de la conception de la muséologie des enseignants qui les conçoivent, voient le jour dans le monde. Les pays anglo-saxons proposent des cours basés avant tout sur des cas pratiques, tandis qu’un enseignement plus théorique est dispensé en Europe de l'est – notamment à Brno – et en Amérique du sud. Cette différence d’approches transparaît aussi à travers la dénomination des programmes ; s’il est plutôt question de « museum studies » ou de cours d’« études muséales » dans les pays anglo-saxons, on préfère parler de cours de « muséologie » dans les pays est-européensStránský Z. Z., Introduction à l’étude de la muséologie destinée aux étudiants de l’École Internationale d’Été de muséologie – EIEM, Brno, Université Masaryk, 1995, ..
Dès 1963, Zbyněk Z. Stránský, encouragé et soutenu dans cette démarche par Jan JelinekJan Jelinek est un muséologue tchèque, président de l’ICOM de 1971 à 1977 et premier président de l’ICOFOM en 1977. Il est aussi directeur du musée anthropologique de Brno., propose la création d’une « section de muséologie » rattachée à l’université J.E. Purkyně de Brno (actuelle Université Masaryk). Il met en place, quelques années plus tard, une chaire pour la formation post-universitaire du personnel des musées tchécoslovaquesStránský Z. Z., , 1993, .. Par ailleurs, il initie la mise en place d’une École Internationale d’Été de muséologie à Brno, soutenue notamment par l’UNESCOL’UNESCO exprime sa volonté de voir une telle entreprise être créée dans les résolutions faisant suite à sa Conférence Générale. et le Comité international pour la muséologie, organisée par l’Université J.E. Purkyně et le musée de Moravie. La première session a lieu en 1987. Le développement de cette université d’été est rendu possible par la Révolution de velours qui précipite, à la fin des années 1980, la chute du régime communiste tchécoslovaque. L’EIEM propose aux professionnels de musées venant de tous les continents d’étudier les bases théoriques et méthodologiques de la muséologie quelques semaines en juillet ou en août, et permet aux participants de se constituer un réseau personnel et professionnel internationalLes informations de cette partie sont issues de diverses brochures et affiches distribuées par l’EIEM au début des années 1990 rédigées par Zbyněk Z. Stránský et Vinoš Sofka..
Points de vue sur la muséologie La muséologie comme science Un des grands apports de Zbyněk Z. Stránský à la muséologie se trouve dans son travail visant à établir la muséologie comme une science.
Définition de la scientificité de la muséologie Pour qu’une discipline soit considérée comme une science, Zbyněk Z. Stránský définit trois critèresStránský Z. Z, « Museology as a science », Museologia, n°15, XI , 1980, ., auxquels la muséologie doit répondre : L’historicité de la discipline. Il doit être possible de trouver des traces de la théorie sous-tendant la discipline dans le passé. Ceci prouve que la muséologie possède une historicité propre qui n’est pas celle des musées en tant qu’institutionStránský Z. Z., dans Museological Working papers n°1, 1980, , ici .. Elle doit répondre à un besoin social objectif. Pour Zbyněk Z. Stránský, le musée et la société sont liés car le développement de l’un accompagne celui de l’autre. L’existence même d’une théorie sur le musée est une preuve de l’utilité de la muséologie pour la société car le musée accompagne la formation de la culture humaine, .. Un paradigme propre, que Zbyněk Z. Stránský définit par la présence d’un objet spécifique de connaissance, d’un vocabulaire et une méthodologie propres, d’un système théorique spécifique. À cela, il ajoute que la muséologie doit pouvoir s’insérer dans le système scientifique dans sa forme actuelleVan Mensch P., Towards a methodology of museology, thèse, Université de Zagreb, 1992, en ligne : http://www.muuseum.ee/uploads/files/mensch02.htm, consultée le 6 janvier 2016..
Pour Zbyněk Z. Stránský, seul le critère d’historicité et celui du besoin social objectif sont remplisStránský Z. Z., Museology as a science, , .. De plus il identifie trois stades de développement d’une science : la formation, l’unification et la maturité. La muséologie traverse encore le premier stade, ., elle n’est donc pas encore une science à part entière.
L’objet d’étude de la muséologie Comme objet d’étude spécifique de la muséologie Zbyněk Z. Stránský propose le rapport spécifique de l’être humain à la réalité qui s’incarne dans certaines pratiques, .: l’acquisition et la préservation d’objets ayant une valeur de représentativité de certains phénomènes, ., ainsi que leur présentation. Aucune autre discipline ne peut rendre compte de cet aspect de la réalité qu’il nomme la muséalité. Cependant la muséologie n’est pas une discipline qui étudierait simplement les musées. L’approche muséologique à la réalité est présente au-delà de l’institution muséale, dans la raison d’être des musées. Le musée n’est qu’une forme, historiquement datée et géographiquement localisée que ce rapport humain à la réalité a prisStránský Z. Z., dans ICOFOM Study Series n°12, 1987, , ici ..
Une méthodologie à développer En 1980, il note que la muséologie, malgré quelques propositions, n’est pas encore dotée d’une méthodologie propre mais constate tout de même un effort pour uniformiser le langage utilisé dans les travaux académiques comme le montre la publication de dictionnaires muséologiques.
Système théorique de la muséologie Zbyněk Z. Stránský propose une modélisation de la science muséologique en quatre niveaux de connaissances, .: la muséologie historique qui étudie l’histoire de la muséalité (niveau diachronique); la muséologie sociale qui étudie les rôles de cette dernière dans la société contemporaine (niveau synchronique); la muséologie théorique qui étudie les processus de sélection des « porteurs de muséalité » et leur processus de sortie du cycle d’utilisation, le processus de thésaurisation de ces objets formant des collections et enfin le développement de ces collections du point de vue scientifique et culturel (niveau théorique); la muséologie appliquée (ou muséographie) qui étudie les aspects concrets du travail dans les musées (niveau appliqué).
La muséologie et les autres sciences Un des enjeux pour la reconnaissance de la muséologie comme une science est son émancipation théorique et méthodologique vis-à-vis des autres sciences auxquelles elle peut être rapprochée. Ce point est important pour Zbyněk Z. Stránský qui rappelle souvent dans ses écrits que les emprunts aux autres disciplines montrent toujours certaines limites car leurs cadres théoriques et méthodologiques ne sont pas conçus pour englober les spécificités du muséalVoir comme exemple : Stránský Z. Z. « La Prospective – un outil muséologique ? Muséologie et futurologie » ICOFOM Study Series n°16, 1989, p. 303-308..
L’objet de musée et les collections Les objets de musée ou musealia