Jeanne Jacquemin, née Marie Jeanne Boyer à Paris le Archives de Paris, acte de naissance n°2500 dressé le 14/08/1863, vue 26 / 31 et morte dans la même ville le Archives de Paris, acte de décès n°4552, vue 8 / 31, est une artiste peintre, dessinatrice et graveuse française du mouvement symboliste.

Biographie vignette|redresse|Saint-Georges, lithographie reproduite dans L'Estampe moderne. Née Marie Jeanne Boyer , rue de Port-Royal à Paris, elle est « hôtesse » de l'actrice et courtisane Léonide Leblanc, puis elle épouse le dessinateur de batraciens Édouard Jacquemin, avant de s'en séparer pour vivre avec le graveur Auguste Lauzet, qui était un ami de Vincent van Gogh.

À Paris, Jeanne Jacquemin expose de 1892 à 1897 à la galerie Le Barc de Boutteville, aux expositions impressionnistes et symbolistes, au Salon de La Plume et à la galerie Siegfried Bing. Elle est accueillie favorablement par la critique, sensible à l'étrangeté et à la force de ses pastels, au symbolisme douloureux et caractéristique d'une certaine morbidité « fin de siècle ». Octave Maus l’invite à exposer à Bruxelles au Salon des XX ; durant son séjour, elle se lie à Georges Rodenbach auquel elle offre un pastel inspiré d'un de ses poèmes. De 1890 au début du , Jeanne Jacquemin fait partie du paysage artistique et intellectuel parisien. Elle est proche de Stéphane Mallarmé, Paul Verlaine, J.-K. Huysmans, Saint-Pol-Roux, Odilon Redon et de la plupart des poètes symbolistes qui lui dédient divers poèmes. Elle est aussi une figure qui défraye la chronique. Edmond de Goncourt commente sa vie mouvementée dans son Journal. Elle assiste à la création d'Ubu roi d'Alfred Jarry dans la loge de Georgette Leblanc. Jacquemin et Lauzet vivent à Sèvres dans une maison de l'avenue Henri-Regnault où ils reçoivent artistes et poètes, y organisant aussi des séances de spiritisme.

Pour L'Estampe moderne, elle produit un dessin imprimé en lithographie (1897), un Saint Georges qui serait un autoportrait.

Chez Le Barc de Boutteville, elle entre en relation avec Alfred Vallette et Remy de Gourmont : ce dernier, après un article dans le Mercure de France attire l'attention de Jean Lorrain qui lui confie l'illustration de La Mandragore . Durant une dizaine d'années, Jacquemin et Lorrain seront de proches amis. Une des gravures de Jacquemin, La Douloureuse et Glorieuse Couronne inspire à Lorrain le poème “D’après un Jacquemin”, L’Ombre ardente . Lorrain intervient même pour demander à Robert de Montesquiou une aide au profit de la « peintresse » et de son compagnon, le graveur Lauzet, qui sont dans le besoin.

Bien plus tard, Lorrain publie dans Le Journal du un article intitulé « Victime », dans lequel Jeanne reconnaît son portrait ainsi que celui de son ancien compagnon : elle intente alors un procès à Lorrain pour diffamation qu'elle gagne . Cette affaire fit un peu scandale : Lorrain s'inspirait de la vie de Jeanne et de Lauzet, qui, en 1897, s'étaient éloignés de Paris pour Aubagne. Lauzet y soigna sa tuberculose, avant d'y mourir l'année suivante.

Après la mort de Lauzet, Jeanne Jacquemin s'éloigne peu à peu de l'activité artistique. Souffrant de neurasthénie, elle est alors internée à la Salpêtrière dans le service du docteur Samuel Pozzi, proche des milieux littéraires, et par ailleurs médecin de Lorrain.

Au cours des années qui suivent, Jacquemin se remarie deux fois ; d'abord avec le docteur Lucien-Marius Pautrier, puis, en , au mystique Paul Sédir, avant de terminer sa vie, oubliée de tous, dans une modeste pension quai des Grands-Augustins. Elle est inhumée dans le carré des indigents du cimetière de Thiais.

Œuvres D'après Jean-David Jumeau-Lafond, historien de l'art spécialiste de l'artiste et qui l'a redécouverte dans les années 1990, .

Collections publiques

Le Cœur de l'eau, avant 1898, pastel, Tournai, musée des Beaux-Arts, dépôt de la Maison tournaisienne.

Mentions Jean Lorrain fait une allusion voilée à la peintresse dans son roman Monsieur de Phocas (1901) : le personnage principal, Jean de Fréneuse, cherche désespérément à contempler un “regard émeraude” et le trouve dans l’un des pastels de l’artiste : “[…] cela dans un pastel plutôt lâché de facture et signé d’un nom de femme, une peintresse inconnue à laquelle pourtant je ferais bien une commande, si j'étais sûr qu'elle reproduisît cet étrange regard.”La description qui s’ensuit pourrait faire référence à l’un des sept pastels exposés par Jeanne Jacquemin en à la galerie Le Barc de Boutteville, et aussi décrits par Jean Lorrain le dans l’Écho de Paris.“Et cependant moins que rien. Ces deux ou trois crayons de pastel écrasés autour de cette face carrée, amaigrie, aux maxillaires énormes, et plafonnant, la bouche voluptueusement ouverte, les narines dilatées, sous une lourde couronne de violettes, avec, au coin de l'oreille, un pavot. La face est plutôt laide, d'une couleur cadavéreuse et triste, mais sous les paupières à peine soulevées luit et sommeille une eau si verte, l'eau morne et corrompue d'une âme inassouvie, la dolente émeraude d'une effrayante luxure !”

Notes et références

Annexes Bibliographie « Jeanne Jacquemin », in: Jean-David Jumeau-Lafond, Les Peintres de l'âme, le symbolisme idéaliste en France, [cat. exp.], Bruxelles, Musée d'Ixelles, 1999. Jean-David Jumeau-Lafond, « Jeanne Jacquemin, peintre et égérie symboliste », Revue de l'art, , .

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