est un homme d'État japonais né le . Il est le Premier ministre du Japon, à la tête du Cabinet, du au .

Il est le du Parti libéral-démocrate (PLD) du au , et est élu à la Chambre des représentants — chambre basse de la Diète, le parlement japonais — depuis le , pour l'ancien électoral de la préfecture de Fukuoka de 1979 à 1983 puis de 1986 à 1996 et finalement, à la suite de la réforme du système électoral de 1994, pour le de Fukuoka depuis 1996.

Plusieurs fois ministre, il est surtout ministre des Affaires intérieures et des Communications dans les trois gouvernements de Jun'ichirō Koizumi du au , ainsi que ministre des Affaires étrangères dans le et dernier Cabinet Koizumi et dans celui de Shinzō Abe du au .

Figure importante au sein du PLD depuis le début des années 2000, à la tête de sa propre faction qu'il a créée en 2006 (l'une des plus petites du parti, elle regroupe surtout des partisans d'une réforme interne du mouvement afin d'y rendre le processus de décision moins dépendant des jeux d'influence entre grosses factions) et connu pour ses prises de position populistes et nationalistes, il a longtemps eu la réputation d'un « éternel second ». Il est également affilié au mouvement révisionniste Nippon Kaigi, favorable au retour du militarisme au Japon et à l'abandon du pacifisme d'après-guerre.

Secrétaire général du PLD (et donc du parti) à deux reprises, du au et du au , et considéré avec Shinzō Abe et Yasuo Fukuda comme l'un des « dauphins » potentiels de Jun'ichirō Koizumi après le retrait de celui-ci en 2006, il a dû essuyer trois échecs dans ses candidatures à la présidence du PLD (en contre Jun'ichirō Koizumi, en face à Shinzō Abe et en contre Yasuo Fukuda), avant de réussir à se faire élire le , lui permettant enfin d'accéder à la fonction suprême de Premier ministreReuters, « Le nationaliste Taro Aso prend la tête du gouvernement », France 24, 22/09/2008.

En , à la suite de la victoire importante du PLD, qui marque son retour aux affaires, Tarō Asō, réélu à la Chambre des représentants, retrouve un rôle politique de premier plan, de par sa nomination au titre de vice-Premier ministre et ministre des Finances. Il conserve ces fonctions sous les trois gouvernements de Shinzō Abe puis dans l'exécutif de Yoshihide Suga. Le successeur de ce dernier, Fumio Kishida, le nomme vice-président du PLD en , ce qui conduit à sa sortie du cabinet.

Origines, formation et carrière professionnelle

Origines familiales Né le à Iizuka dans la préfecture de Fukuoka sur l'île de Kyūshū, Tarō Asō est l'aîné d'une famille de six enfants (trois garçons et trois filles), issue d'une vieille dynastie industrielle et politique Profil et membres de la famille de Tarō Asō, blog Abductionpolitics.net.

Le groupe industriel familial Du côté paternel, l'histoire de la famille Asō est liée à celle du groupe industriel Asō Company, surtout connu à l'origine pour ses activités dans l'exploitation de mines de charbon et la métallurgie, mais aujourd'hui essentiellement spécialisé dans la cimenterie et dans les domaines médicaux, environnementaux et de l'immobilier.

Tarō Asō est ainsi l'arrière-petit-fils de , industriel et concessionnaire minier qui s'est lancé dans l'exploitation houillère en 1872 avant de créer en 1918 le groupe Asō Shoten qui s'est diversifié dans des activités aussi diverses que la construction ferroviaire et navale.

Ce groupe est devenu par la suite Asō Industry Ltd. puis aujourd'hui Asō Company. Les activités concernant le ciment se sont constituées en une entreprise à part entière, Asō Cement Ltd., qui a fusionné en 2001 avec le géant français du secteur des matériaux de construction, Lafarge SA pour se renommer en 2004 Lafarge Asō Cement Co. Ltd Historique de la compagnie Aso sur le site de LAFARGE ASO CEMENT. Le groupe Asō Company est actuellement dirigé par le frère cadet de Tarō Asō, , également PDG de Lafarge Asō Cement Co. Ltd Profil de l'entreprise sur le site de LAFARGE ASO CEMENT.

La compagnie des industries Asō fait partie des nombreuses grandes entreprises japonaises à avoir bénéficié de la main-d'œuvre bon marché, et en réalité réduite en esclavage, que constituait les Coréens lors de l'occupation japonaise de la péninsule. À cette époque, le groupe était dirigé par le père de Tarō et Yutaka Asō et, si la responsabilité directe de ces deux derniers ne peut être mise en cause (au moment des faits, Tarō Asō avait moins de 5 ans), de nombreux historiens mais aussi des autorités coréennes et des associations de défense de la mémoire des victimes de l'occupation japonaise de la Corée ont reproché aux dirigeants du groupe Asō de n'avoir jamais formellement reconnu ce passage de l'histoire de l'entreprise C. Reed, « Hard labor for Japan's foreign minister », Asia Times, 03/05/2006.

Un important héritage politique La famille Asō, en plus de ses activités industrielles, s'est aussi fortement impliquée dans la politique. Takichi Asō fut le premier parlementaire de la famille, en tant que membre de la Chambre des pairs de 1911 à 1925. Le père de Tarō Asō, , successeur de Takichi à la tête du groupe Asō, fut également élu à la Chambre des représentants pour l'ancien électoral de Fukuoka de 1949 à 1955 ainsi qu'un fidèle allié politique des Premiers ministres Shigeru Yoshida (son beau-père) et Kakuei Tanaka.

Par sa mère, , Tarō Asō est de plus le petit-fils de l'ancien Premier ministre du Japon de 1946 à 1947 et de 1948 à 1954, Shigeru Yoshida. Et, par son épouse , qu'il a épousée en 1983, il est le gendre d'un autre ancien Premier ministre, Zenkō Suzuki, qui a dirigé le Japon de 1980 à 1982.

Des liens avec l'aristocratie Tarō Asō est apparenté à différentes familles connues de l'aristocratie japonaise, et même à la famille impériale. Par son père, et plus particulièrement par sa grand-mère paternelle, il descend d'une branche cadette du clan Kanō qui a dirigé le domaine d'Ichinomiya de 1826 à 1871 et est notamment le petit-neveu du vicomte , cadre de banque un temps emprisonné par les Alliés après la Seconde Guerre mondiale et gouverneur de la préfecture de Chiba de 1962 à 1963. Par cette branche Tarō Asō est également le cousin de Kumiko Nakamura, veuve de l'ancien Premier ministre Ryūtarō Hashimoto.

Mais c'est par sa famille maternelle que Tarō Asō dispose de l'ascendance la plus illustre. Ainsi, par sa grand-mère maternelle, épouse de Shigeru Ishiba, il est l'arrière-petit-fils du comte , un diplomate actif durant les ères Meiji et Shōwa notamment en tant que ministre des Affaires étrangères ou bien de représentant du Japon, pays vainqueur après la Première Guerre mondiale, à la Conférence de paix de Paris en 1919, et qui s'était très tôt fait remarquer pour ses appels à limiter le rôle politique de l'empereur ainsi que pour le maintien de fortes relations diplomatiques avec le Royaume-Uni et les États-Unis. Et Nobuaki Makino était le fils de Toshimichi Ōkubo, ancien samouraï de la province de Satsuma qui fut l'un des plus célèbres artisans de la révolution Meiji et de l'occidentalisation du pays, en tant que l'une des figures majeures de la révolte contre le shogunat Tokugawa de 1868 puis de la répression de la rébellion de Satsuma de 1877.

Enfin, la sœur cadette de Tarō Asō, , a contracté un mariage particulièrement prestigieux puisqu'elle a épousé en 1980 le prince Tomohito de Mikasa, petit-fils du défunt empereur Taishō et donc cousin germain de l'empereur Akihito, la faisant entrer dans la famille impériale. Elle est désormais titrée Biographie du prince et de la princesse Tomohito de Mikasa sur le site de l'Agence impériale du Japon. Le prince Tomohito, décédé en 2012, était connu pour ses positions très conservatrices, voire traditionalistes, et notamment pour avoir défendu, en 2005 et 2006 — en plein débat national pour savoir si la succession au trône pouvait être ouverte aux filles afin de pallier le manque de garçon au sein de la famille impériale — le retour à l'ancien système successoral impérial antérieur à l'empereur Taishō, basé sur l'adoption par l'empereur de fils issus d'une branche cadette mais surtout sur la polygamie...

Une scolarité soignée Tarō Asō a suivi toute sa scolarité, du primaire jusqu'au supérieur, au sein de la compagnie scolaire privée Gakushūin, connue pour accueillir depuis l'ère Meiji les enfants de l'aristocratie japonaise mais également ceux des familles de la grande bourgeoisie. Il est diplômé en 1963 de la faculté des sciences politiques et économiques de l'université Gakushūin.

Une fois ce diplôme obtenu, il poursuit ses études à l'étranger, notamment pour parfaire son anglais. Il suit tout d'abord les enseignements de l'université Stanford à Palo Alto en Californie aux États-Unis, avant de devoir changer dès 1964 pour une autre école anglophone, la London School of Economics au Royaume-Uni, sur pression de son grand-père Shigeru Yoshida qui, selon Asō, aurait craint que ce dernier « s'américanise » et développe un anglais trop teinté de l'accent californien Discours de Tarō Asō, alors ministre des Affaires étrangères, à l'occasion du de la Woodrow Wilson School, à Tōkyō le 7 avril 2006.

Au service du groupe familial Il rejoint le groupe familial, la Asō Industry Ltd., alors dirigée par son père, à la fin de ses études en 1966, et s'expatrie une nouvelle fois pour travailler dans l'extraction et le négoce de diamants en Sierra Leone de 1970 à 1972 Discours de Tarō Asō, alors ministre des Affaires étrangères, devant le Japan National Press Club à propos de l'aide officielle au développement, le 19 janvier 2006.

Par la suite, après avoir pendant un temps dirigé les activités du groupe récemment implantées au Brésil à São Paulo Discours de Tarō Asō, alors ministre des Affaires étrangères, à propos des relations diplomatiques entre le Japon et l'Amérique latine, le 6 juillet 2007, il prend la succession de son père et préside donc la compagnie Asō de 1973 à 1979. À ce poste, il termine la transition entamée lors de la décennie précédente, à savoir l'abandon des activités minières au profit de la cimenterie.

Intérêts et activités extra-professionnels Tarō Asō a cultivé, auprès de l'opinion publique japonaise, une image d'homme politique atypique rompant avec celle de simple « héritier politique », image essentiellement entretenue par sa passion affichée pour les mangas, mais également pour avoir pratiqué du ball-trap à haut niveau au point de participer aux Jeux olympiques et enfin par sa foi catholique dans un pays majoritairement shintoïste et bouddhiste.

Rōzen Asō, fan de manga

Tarō Asō est particulièrement connu, aussi bien au Japon qu'à l'étranger, pour sa passion pour les mangas, les bandes dessinées japonaises, entretenue depuis l'enfance. Il a ainsi admis en 2003, dans une interview à un magazine spécialisé, lire entre 10 et 20 mangas par semaine « 麻生太郎 コミックを語る (Taro Aso parle de mangas) », Big Comic Original, publication originale : Shogakukan, 02/07/2003, Repris par le Bureau de Taro Aso le 22/12/2007]. Il a également profité de ses prérogatives de ministre des Affaires étrangères pour créer le le Prix international du manga, concours récompensant depuis lors une fois par an trois mangaka (dessinateurs de manga) non japonais « Hobby et profit? Le ministre Asō établit le diplomatique "Prix international du manga" », Tōkyō Shinbun, 22/05/2007 Rapport de la conférence de presse du 22 mai 2007, Ministère des Affaires étrangères japonais.. Devenu Premier ministre, il milite pour l'ouverture à Tokyo d'un « musée de la culture populaire japonaise » portant sur « les mangas, l'animation, les jeux vidéo et autres disciplines artistiques japonaises contemporaines » et afin de profiter de l'engouement des pays occidentaux (et notamment les États-Unis et la France) pour cette pop-culture afin d'en faire un atout diplomatique et touristique« Ouverture d'un musée sur la culture pop japonaise à Tokyo », Journal du Japon, 04/05/2009.