L'Hirondelle de fenêtre (Delichon urbicum) est une espèce de passereaux de la famille des Hirundinidae qui niche en Europe, en Afrique du Nord et en Asie tempérée, et qui hiverne en Afrique subsaharienne et en Asie tropicale. Elle a la tête et les parties supérieures bleutées, le croupion blanc et les parties inférieures d'un blanc pur, et occupe à la fois les paysages ouverts et les environs des habitations humaines. Elle ressemble fortement aux deux autres espèces du genre Delichon, qui sont endémiques de l'Est et du Sud de l'Asie, l'Hirondelle de Bonaparte (D. dasypus) et l'Hirondelle du Népal (D. nipalense). L'Hirondelle de Pallas (D. lagopodum), sous-espèce asiatique de l'Hirondelle de fenêtre, est parfois considérée comme espèce à part entière.

Comme son nom l'indique, l'Hirondelle de fenêtre fait souvent son nid sur les façades des maisons, dans les gîtages d'une charpente ou sur d'autres structures artificielles. Le nid est une coupe fermée, à l'entrée exiguë, placée sous les avant-toits ou des endroits similaires sur les bâtiments, souvent en colonies, et constituée à partir de petites boules de boue conglomérées. Cette hirondelle se nourrit d'insectes qu'elle attrape en vol, et migre pour assurer son alimentation.

Trois sous-espèces, parfois deux, sont reconnues. Cette espèce est chassée par le Faucon hobereau (Falco subbuteo) et d'autres oiseaux de ce genre, et peut être la cible de certains parasites, mais sa grande distribution combinée aux effectifs importants font d'elle un oiseau peu menacé au niveau mondial. Sa proximité avec l'Homme lui vaut d'apparaître dans la culture et la littérature.

Description Plumage et mensurations L'Hirondelle de fenêtre mesure de 13,5 à 15 centimètres de long. Chez les populations occidentales, dont la sous-espèce type, l'adulte a une envergure de 26 à 29 centimètres et un poids de 18,3 grammes en moyenne.

Le plumage est noir, avec des reflets bleutés luisants au-dessus et le croupion bien blanc, très visible, même de loin. Les parties inférieures sont blanches, y compris le dessous des ailes ; les courtes pattes ont également un plumage duveteux blanc. Les yeux sont bruns et le petit bec est entièrement noir ; les doigts et les parties visibles des pattes sont roses. Elle a une queue courte et fourchue, sans filets. Delichon urbicum meridionale est plus petite que la sous-espèce type. La sous-espèce D. u. lagopodum a un croupion blanc s'étendant beaucoup plus loin sur la queue, et la profondeur de la fourche de sa queue est intermédiaire entre celle des populations occidentales et celle de l'Hirondelle de Bonaparte.

Il n'y a pas de grand dimorphisme sexuel, mais la femelle a en moyenne la gorge moins blanche comparativement au blanc pur observé chez le mâle. Le juvénile, au plumage d'un noir de suie, est plus terne que l'adulte. Ses rémiges tertiaires sont liserées de blanc, et ses parties inférieures sont globalement d'un blanc plus sale, avec la gorge grisâtre. La base du bec et la mandibule ont un peu de jaune.

Espèces similaires thumb|L'Hirondelle de Bonaparte a la queue moins fourchue que l'Hirondelle de fenêtre.

Le croupion blanc pur de l'Hirondelle de fenêtre permet de la distinguer des autres hirondelles très répandues dans le paléarctique : l'Hirondelle rustique (Hirundo rustica), l'Hirondelle de rivage (Riparia riparia) et l'Hirondelle rousseline (Cecropis rufula), bien que le juvénile de cette dernière ait un croupion assez clair. En Afrique, il existe également un risque de confusion avec l'Hirondelle à croupion gris (Pseudhirundo griseopyga), mais cette espèce a le croupion gris et les parties inférieures blanc cassé ainsi qu'une longue queue bien fourchue. L'Hirondelle de fenêtre vole avec 5,3 battements d'ailes par seconde en moyenne, ce qui est plus rapide que les 4,4 battements par seconde de l'Hirondelle rustique, mais sa vitesse de vol de est classique pour les hirondelles.

L'Hirondelle du Népal (Delichon nipalense) se différencie de l'Hirondelle de fenêtre par son menton noir, ses sous-caudales noires et sa queue beaucoup plus carrée. L'espèce la plus ressemblante est l'Hirondelle de Bonaparte (D. dasypus), mais celle-ci a le dessous plus sombre que l'Hirondelle de fenêtre, avec une queue plus courte et à l'échancrure moins profonde. La confusion la plus courante est celle entre les Hirondelles de Bonaparte mâles adultes, qui ont des parties inférieures plus pâles, et la sous-espèce lagopodum de l'Hirondelle de fenêtre, qui a une queue moins fourchue que les sous-espèces de l'Ouest, mais qui montre tout de même encore une fourche plus marquée que D. dasypus.

Écologie et comportement Chant et locomotion L'Hirondelle de fenêtre est un oiseau bruyant et les colonies poussent des gazouillements incessants. Les cris de contact sont des tchirp et des tshirrip calmes et réguliers, ou des prri secs variants selon l'humeur et les occupations. Le chant, généralement produit par le mâle et à toute période de l'année, est lent et uniforme, assez gracieux mais pas structuré. Le cri d'alarme est un tchièrr aigu.

thumb|Individu en vol en Islande, où l'espèce niche occasionnellement.

Le vol de l'Hirondelle de fenêtre est plus voletant que celui de l'Hirondelle rustique, mais aussi planant et lent quand la seconde file comme une flèche. L'Hirondelle de fenêtre vole également à très haute altitude ; parfois elle frôle le sol ou l'eau du bout des ailes ou de son ventre. Il arrive qu'elle se pose au sol, sur le sable humide par exemple, notamment pour récupérer des matériaux pour la construction de son nid.

Alimentation vignette|gauche|Spécimen en train de s'abreuver en vol. Les habitudes alimentaires de l'Hirondelle de fenêtre sont similaires à celles d'autres oiseaux insectivores, dont les autres hirondelles et les martinets. Elle capture en vol des insectes de petite taille, qui font partie de ce qui est appelé le « plancton aérien ». Dans les zones de reproduction, les diptères et les pucerons forment une grande partie de son alimentation, et en Europe l'Hirondelle de fenêtre attrape une plus grande proportion de pucerons et de petits diptères que l'Hirondelle rustique. Comme chez cette dernière espèce, les hyménoptères et en particulier les fourmis volantes représentent des ressources alimentaires importantes dans les zones d'hivernage. De petits odonates, lépidoptères, orthoptères ou araignées peuvent compléter son régime.

Cette espèce chasse à une hauteur moyenne de 21 mètres au cours de la saison de reproduction, mais à des hauteurs plus faibles dans des conditions humides. Les terrains de chasse sont généralement à moins de 450 mètres du nid, et l'oiseau préfère les terrains ouverts ou l'eau, cette dernière en particulier lors de mauvaises conditions météorologiques, mais les hirondelles suivent également les bêtes de labour ou de grande taille pour se nourrir des insectes dérangés à leur passage. Sur les aires d'hivernage, la chasse a lieu à plus de 50 mètres de haut.

Reproduction Construction du nid thumb|Hirondelles prélevant de la boue destinée au nid. vignette|Un couple d'hirondelles de fenêtre construisant son nid. L'Hirondelle de fenêtre nichait à l'origine sur des falaises et dans des grottes, et certaines colonies nichant sur les falaises existent encore, construisant leurs nids en dessous d'un rocher en surplomb. Elle utilise aujourd'hui communément les structures humaines telles que les ponts et les maisons. Contrairement à l'Hirondelle rustique, elle niche à l'extérieur des bâtiments habités, plutôt qu'à l'intérieur des granges ou des étables. Les nids sont construits à la jonction d'une surface verticale et un surplomb, par exemple sous les corniches ou les avant-toits des maisons, comme sur les génoises, de sorte qu'ils peuvent être renforcés par l'attachement aux deux plans.

Les oiseaux nicheurs retournent en Europe entre avril et mai, et la construction du nid commence entre la fin mars en Afrique du Nord et la mi-juin en Laponie. Le nid est une coupe convexe nettement fermée fixée au-dessous d'un rebord approprié, avec une ouverture étroite dans sa partie supérieure. Il est construit par les deux partenaires avec des boulettes de boue recueillies dans leurs becs, et il est tapissé d'herbes, des cheveux ou d'autres matériaux moelleux. La boue, ajoutée en couches successives, est prélevée à proximité au bord d'étangs, de ruisseaux ou de flaques. L'intérieur est lissé de toute aspérité, les parois fortifiées avec des morceaux de paille. La construction prend de 10 à 18 jours ; le nid mesure de 12 à de diamètre pour une hauteur de 9 à . L'Hirondelle de fenêtre niche souvent en groupes, et les nids peuvent être construits en coopération. Une colonie de moins de dix nids est classique, mais il a été enregistré des colonies comptant des milliers de nids. Le nid construit, les oiseaux se montrent menaçants ou agressifs, les combats entre mâles pouvant être particulièrement violents. Les Moineaux domestiques (Passer domesticus) tentent souvent de s'emparer du nid pendant la construction, les hirondelles allant nicher ailleurs si les moineaux parviennent à leurs fins. L'entrée du nid est si petite, une fois celui-ci terminé, que les moineaux ne peuvent plus l'occuper.

Après une courte parade, les partenaires s'accouplent au nid. Quatre ou cinq œufs blancs sont pondus, mesurant en moyenne , pour un poids de . La femelle se charge de l'essentiel de l'incubation, qui dure normalement 14 à 16 jours. Les oisillons sont nidicoles, et ils quittent le nid à l'âge de 22 à 32 jours, en fonction des conditions météorologiques. Les jeunes à l'envol continuent à être nourris par les parents pendant environ une semaine après avoir quitté le nid. Parfois, les jeunes oiseaux de la première couvée aident à nourrir les petits de la seconde.

Élevage des jeunes thumb|Les cinq œufs d'une ponte d'Hirondelle de fenêtre, dans la collection du Muséum de Toulouse. thumb|Deux juvéniles dans leur nid. Il y a normalement deux couvées chaque année, le nid étant réutilisé pour la deuxième couvée ; il est réparé et réutilisé d'année en année. Le succès d'éclosion est de 90 %, et la survie à l'envol entre 60 et 80 %. La mortalité moyenne pour les adultes est de 40-70 % l'année. Une étude britannique a trouvé un taux de survie légèrement en dessous des 40 %, mais allant de 25 à 70 %, dépendant principalement des chutes de pluie dans les zones d'hivernage africaines mais pas de celles des aires de reproduction, ce qui suggère que ce sont les ressources alimentaires des aires d'Afrique qui sont limitantes. Les troisièmes couvées ne sont pas rares, bien que les oisillons éclos sur le tard soient souvent délaissés et meurent de faim. Des individus âgés de 10 et 14 ans ont été enregistrés, mais la plupart vivent moins de cinq ans. Pendant des semaines après avoir quitté le nid, les jeunes se rassemblent en groupes toujours croissants alors que la saison avance et ils peuvent être vus dans les arbres, sur les toits ou sur des fils électriques avec les Hirondelles rustiques. À la fin d'octobre, la plupart des hirondelles de fenêtre ont quitté leurs zones de reproduction d'Europe occidentale et centrale, bien qu'il ne soit pas rare que des oiseaux restent jusqu'à fin novembre et décembre, et les migrations plus méridionales se terminent plus tard.