Le boulevard de Magenta (prononcer "maginta") est situé dans le 10 arrondissement de Paris, en France.

La dénomination fautive « boulevard Magenta » est parfois rencontrée.

Situation et accès Situé dans le 10 arrondissement de Paris, quartiers Saint-Vincent-de-Paul, Porte-Saint-Denis et Porte-Saint-Martin, il commence place de la République et 1, rue Beaurepaire, finit 1, boulevard Marguerite-de-Rochechouart et 53, boulevard de la Chapelle. Il relie ainsi les extrémités sud-est et nord-ouest du .

Stations de métro République Jacques-Bonsergent Gare de l’Est Gare du Nord Barbès - Rochechouart

Gare RER Une gare portant le nom du boulevard est située à l'est de la Gare du Nord. Elle est desservie par la sous le nom de Magenta, même si elle n'est pas sous le boulevard de Magenta.

Origine du nom Elle doit son nom à la bataille de Magenta, victoire remportée par Napoléon III le durant la campagne d'Italie, en Lombardie, contre les troupes autrichiennes.

Historique Rue de la Barrière-Poissonnière / Rue du Nord Une ordonnance royale en date du autorise le percement, sur les terrains appartenant à MM. André et Collier, d'une voie commençant à la rue des Magasins (actuelle rue de Saint-Quentin) et se dirigeant vers la barrière Poissonnière. Elle prit le nom de « rue de la Barrière-Poissonnière » parce qu'elle se dirigeait vers cette barrière, puis en 1833, elle fut renommée « rue du Nord »Félix et Louis Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments, édition de 1844, .

Dans les années 1840, la voie partait de la rue des Magasins (au niveau des actuels rue de Saint-Quentin) et finissait à la rue des Abattoirs (actuelle rue de Dunkerque). Cette voie était longue de . Elle se prolongeait alors comme impasse dans la rue des Abattoirs (actuelle rue de Dunkerque), sur une longueur de .

Sa largeur fut fixée de la rue des Magasins (actuelle rue de Saint-Quentin) jusqu'à la rue La Fayette, à , et de cette rue à la rue des Abattoirs (actuelle rue de Dunkerque) à .

Le dernier numéro impair de la rue était le et le dernier numéro pair était le .

Percement du boulevard Dans le cadre de la transformations de Paris sous le Second Empire, Napoléon III approuve un projet visant à créer un boulevard de de long reliant le Château d'eau et la barrière Poissonnière (boulevard de Rochechouart). Ce boulevard reprend ainsi le tracé de la rue du Nord qui disparaitGustave Pessard, Nouveau dictionnaire historique de Paris, p. 900. Le côté droit de la rue du Nord est toutefois conservéFélix et Louis Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments, édition de 1855, .

Les travaux sont engagés immédiatement par le baron Haussmann à l'encoignure droite de la rue de la Douane (actuelle rue Léon-Jouhaux) et à l'encoignure droite de la rue de la Fidélité.

En 1855, le percement d'un boulevard de de large, baptisé boulevard du Nord, entre le faubourg-Saint-Martin (rue du Faubourg-Saint-Martin) et la barrière Poissonnière (boulevard de Rochechouart) est déclaré d'utilité publique.

En 1858, la Ville de Paris et l'État signe une convention prévoyant le prolongement du boulevard du Nord entre le Château d'eau (place de la République). Le projet, confirmé par décret la même année, est déclaré d'utilité publique en 1859.

En 1864, la section comprise entre le boulevard de Strasbourg et le Château d'eau reste à construire.

Le boulevard Magenta devint alors la desserte principale de la gare du Nord et sa porte d'entrée majestueuse dans le Paris « moderne », et se peupla d’immeubles haussmanniens aux façades en pierre de taille, murs avec refends et balcon aux deuxième (étage « noble » avant la généralisation de l'ascenseur à la fin du siècle) et cinquième étages, attirant ainsi une population aisée. Les frères Goncourt, dans leur Journal, regrettaient d'ailleurs que ces boulevards rectilignes « ne sentent plus le monde de Balzac ».

Cependant, fuyant la circulation et les nouvelles manufactures qui s’installent à proximité des gares, la bourgeoisie qui, déjà sous Louis XVI, s’était installée à proximité des grands boulevards « historiques » Saint-Martin et Saint-Denis, commence progressivement à s’éloigner du boulevard.

Une chanson de Vincent Scotto évoque dès 1916 le nouveau côté populaire du boulevard : Ell' prend l'boul'vard MagentaEll' prend l'boul'vard Magenta, musique de Vincent Scotto, paroles de Vincent Scotto et Émile Gitral, Éditions Salabert, 1916, Bibliothèque historique de la Ville de Paris..

Le boulevard depuis la seconde moitié du Dans les années 1980, le boulevard a été transformé en axe rouge, ce qui signifie que le stationnement y est interdit, pour augmenter le nombre des voies de circulation.

Au début du millénaire, la chaussée est à quatre voies avec des trottoirs exigus. La Ville de Paris décide la réduction de la circulation du boulevard qui est transformé en Définition de l'espace civilisé donnée par la mairie de Paris. Consulté le 28 juillet 2008. et inauguré en : sous l'impulsion de l'adjointe au maire d'arrondissement Charlotte Nenner, 300 ormes ont été plantés sur une double rangée, des couloirs de bus ont été aménagés sur la chaussée et des pistes cyclables ont été créées sur les trottoirs. Ce mouvement va à l'encontre des travaux de voirie des années 1960 pendant lesquels les trottoirs avaient été rétrécis et les arbres déplacés vers les façades pour élargir les voies de circulation automobile, passées de 15 à de largeFrédéric Héran, Le Retour de la bicyclette. Une histoire des déplacements urbains en Europe, de 1817 à 2050, Paris, La Découverte, 2015, .. Il ne restitue cependant pas l'aspect du boulevard créé par Haussmann, ni l'esprit d'origineLes règlements et les pratiques d'époque ne prévoyaient une double rangée d'arbres que si la largeur de la voie était supérieure à dans le cas de trottoirs de (arbre à des façades d'immeuble, entre arbres, de la rue). Voir à ce propos : Georges Lefebvre, Plantations d'alignement, promenades, parcs et jardins publics : service municipal, P. Vicq-Dunod éditeur, coll. « Bibliothèque du conducteur de travaux publics », 1897, . Lire en ligne..

En 2009, il était considéré comme le deuxième axe parisien le plus accidentogène avec et au niveau des rues du Château d'eau et de Lancry, et des cyclistes peu à l'aise sur la piste cyclable en raison de risques de collision avec les piétons sur tout linéaire. Avec le fort développement de la pratique du vélo à compter des années 2010, la largeur de la piste cyclable () qui ne permet pas des dépassements et la proximité du stationnement (avec des risques de chocs à l'ouverture de la portière passagers) ne satisfait plus les cyclistes et les conflits d'usage avec les piétons sont nombreux, la seule amélioration apportée en 2020 avec la mise en contraste de la piste cyclable par une résine verte se révélant insuffisante, ce qui incite les associations de cyclistes à demander la mise en sens unique du boulevard pour y créer des pistes plus largesOlivier Razemon, Le Pouvoir de la pédale, Éditions de l'Échiquier, 2014, ..

Bâtiments remarquables et lieux de mémoire Numéro indiqué sur le jugement du tribunal militaire allemand. : immeuble dans lequel habitait Jacques Bonsergent, premier Parisien fusillé (le ) par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. : immeuble haussmannien à la cour ouverte sur le boulevard par un porche sculpté par François Théophile Murgey, cartouche de François Théophile Murgey., qui travailla à la décoration des appartements de Napoléon III au Louvre. : emplacement du Wauxhall, salle de bal populaire à la mode anglaise de style néo-gothique construite en 1785 par les architectes Mellan et Moeench. Le Wauxhall fut détruit lors du percement du boulevard Magenta en 1841. Son souvenir existe encore dans le nom de la ruelle qui débute à cet endroit : la cité du Wauxhall. : immeuble de rapport de 1869 des architectes Jules et Paul Sédille, comportant deux médaillons aux symboles maçonniques. Le premier médaillon comporte les mots « Précision et Liberté » entourant une équerre et un compas ; l’autre comporte la mention « Le beau. Le vrai. L’utile » entourant un flambeau. C'est le lieu de naissance de Nathalie Kraemer, peintre déportée et assassinée à Auschwitz. : immeuble de rapport de 1869 des architectes Jules et Paul Sédille, à la façade ornée de trois atlantes en gaine sans bras. : immeuble de 1887 construit par l'architecte Louis Gauché. Les sculptures allégoriques monumentales de la façade représentant la Science, portant le flambeau du savoir, et l'Industrie, en tenue d'ouvrier avec une roue dentée, sont signées Maniglier et datées de 1879 (et dont les réductions en bronze ont été exposées au Salon de 1880). L'ingénieur Desnos s'y installa ; il était le représentant parisien du rouleau compresseur Bouillant sous la et avait d'autres maisons de commerces à Londres, Bruxelles et New York.

: immeuble de 1867-1869 à la façade présentant un décor sculpté à deux consoles, figurant Hercule et le Lion de Némée, construit par l'architecte Paul Sédille, qui y habita. Le sculpteur Henri Chapu (1833-1891) y effectua des ouvrages.

: emplacement du restaurant Véry où l'anarchiste Ravachol a été arrêté le . Pour le venger de la propriétaire qui l'avait dénoncé, les anarchistes y font exploser une bombe le au matin.

: cité de Magenta (1868). : immeuble haussmannien à la façade décorée de deux cariatides en buste sculptées par Charles Gauthier (1831-1883). : immeuble haussmannien construit en 1869 par L. HigonetProtections patrimoniales, arrondissement, Ville de Paris, Règlement du PLU, tome 2, annexe VI, à 398.. C'est là qu'est née et qu'habita la violoniste Ginette Neveu (1919-1949), comme le signale une plaque en façade. : immeuble haussmannien construit en 1866-1867 à la façade décorée d'atlantes sculptés par Sébastien Delarue , qui travailla au Palais du Louvre. L'immeuble a été construit en 1866 à l'emplacement des jardins à la française d'une propriété appartenant à un ministre de Louis XV, Pierre Etienne Bougeois, marquis de Boynes, et racheté aux enchères par Jean Honoré Dubail, boulanger, oncle du futur maire de l'arrondissement. La boutique du rez-de-chaussée a notamment été occupée par l'inventeur de la pompe rotative sur brouette, M. Albert Hirt, fils de l'inventeur d'un compteur à eau. Le 56, Magenta a fait l'objet d'une biographie récente écrite par Jean-Claude Grenier, journaliste, racontant la vie de ses anciens habitants dont un juif engagé volontaire étranger dans l'armée française pour lutter contre les nazis, Hirsz Gryfel, un rescapé de la liste Schindler, Majer Rozenblat ou encore la comédienne Alice Dufrêne. Sans oublier une avocate célèbre devenue l'amante d'un espion allemand et poursuivie pour collaboration, Denise Dinten.

: église Saint-Laurent.

Square Alban-Satragne, construit sur une partie de l'ancien enclos Saint-Lazare.

bis : marché Saint-Quentin à l’architecture métallique inspirée par Victor Baltard, installé en 1866. Au , un restaurant Bouillon Duval se trouvait à ce niveau, à l'intersection avec la rue La Fayette. : immeuble dans lequel se retrouvaient les pères du « roman national » Alexandre Chatrian et Émile Erckmann pour écrire ensemble sous le pseudonyme Erckmann-Chatrian. La proximité avec la Gare de Paris-Est leur permettait de retourner régulièrement en Lorraine. : immeuble dans lequel séjourna Léona Delcourt (qui eut une brève aventure avec André Breton), plus connue sous le nom de « Nadja », lors de son arrivée à Paris, au Sphinx Hôtel (du nom des têtes de sphinx visibles sur la façade)Photo de l'enseigne de l'hôtel par Jacques-André Boiffard dans André Breton, Nadja, in Œuvres complètes, tome 1, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », Paris, 1988, , http://www.terresdecrivains.com/Sur-les-pas-de-Nadja-et-Andre.. vignette|Le cinéma Le Louxor en 2015.