Ivo Maroevic, né le à Stari Grad sur l'île de Hvar, en Croatie, et mort à Zagreb le . Il est un muséologue spécialisé dans la préservation du patrimoine et de l’urbanisme.
Il a été professeur à la faculté des Sciences sociales et humaines de Zagreb, et conservateur du musée de SisakMuseum Documentation Center : Ivo Maroevic, élément biographique et bibliographique . Il est membre de l’Institut de restauration de Croatie et de l'ICOFOMÉlément bibliographique des auteurs, in Eilean Hooper-Greenhil, Museum, Média, Message, édition Routledge, première édition 1995, ..
Biographie
Formation Ivo Maroevic obtient en 1960 son diplôme d’Histoire de l’art en anglais, à l’Université de philosophie de Zagreb, en Croatie. En 1971, à la même Université, il soutient sa thèse de doctorat sur la ville de Sisak, ville et architecture .
Parcours professionnel Il deviendra conservateur du musée municipal de Sisak entre 1965 et 1969.
Ivo Maroevic fut enseignant, notamment à l’école primaire de Grubišno Polje. Il fut professeur d’anglais, et dispensa des cours de culture visuelle, de conservation et de documentation.
Il prit par la suite la direction de l’Institut de restauration de Croatie à Zagreb jusqu’en 1983Zlatko Jurić, Sjecanje: Ivo Maroevic (1937-2007), Vjerodostojan uzor, in Matica hrvatska.
À l’Université de Zagreb, il fut enseignant puis doyen adjoint. En 1986, il fut l’un des fondateurs de la chaire de muséologie au sein de l’Université de Zagreb, au département des sciences de l’information. L’enseignement donné concernait la muséologie, la conservation et la protection du patrimoine culturel et des collections muséales. Il dirigea, entre autres, la thèse de Peter van Mensch, publiée en 1992.
Rôle international Ivo Maroevic fit partie de l’ICOM (Conseil International des Musées) et œuvra pour la création du comité de l’ICOM en Croatie en 1991, reconnu comme membre de l’ICOM à l’Assemblée Générale de Québec en 1992.
Il appartint à l’ICOMOS (Conseil international des monuments et des sites) depuis 1976 et l’ICTOP (Comité international pour la formation du personnel) depuis 1995, mais également à l’ICOFOM (Comité international pour la muséologie). Il en fut le vice-président entre 1998 et 2002 et publia au sein de sa revue ICOFOM StudiesICOFOM, lettre d’information, Décès d’Ivo Maroevic .
Au-delà de son engagement international, Ivo Maroevic s'est investi dans les questions de conservation et préservation du patrimoine en Europe de l’Est, notamment au sein de l’AHF (Arbeitskreis fuer Hausforschung) depuis 1975, et du Comité national de l’ex-Yougoslavie dont il fut un membre actif à partir de 1977. Il appartint au comité d’experts pour la restauration de Dubrovnik après le séisme de 1982 à 1989, puis, également après la guerre d’indépendance de la Croatie entre 1992 et 1993. Depuis 2005, Ivo Maroevic fait partie, pour l’Unesco, du comité croate au conseil pour la protection des monuments culturels.
Tout au long de sa carrière, Maroevic publia des ouvrages de référence (environ une douzaine d’ouvrages), et dans la presse spécialisée (près de entre 1969 et 2005). Il écrivit principalement dans la revue de l’ICOFOM (ICOFOM Studies) mais également au sein de la revue Informatica Museologia, unique revue croate dédiée à la muséologie, dirigée un temps par son compatriote Tomislav Sola.. Ses publications traitent, pour l'essentiel, de ses recherches sur l’actualité de la muséologie, mais aussi de l’histoire de l’art et de l’urbanisme.
Prix Ivo Maroevic a reçu plusieurs prix : le Bozidar Adzija Prize par la Fédération des conservateurs de Croatie, La croix de Sika, le prix de la ville de Zagreb, le prix Matica Hrvatska pour le livre War and Heritage in Croatia et le prix « Pavao Ritter Vitezovic » pour l’ensemble de sa carrière, par l’Association des musées croates.
Recherches et théories Ivo Maroevic est influencé par la pensée du bloc de l’Est présentant la muséologie comme une science, et définissant le musée comme A. M. Razgon, « Museum », Great Soviet Encyclopedia, 17, 1974, , traduction proposé par le Dictionnaire encyclopédique de muséologie sous la direction de A. Desvallées et de F. Mairesse, Paris, Armand Colin, 2011, .
Tout au long de sa carrière, Ivo Maroevic cherche, comme son ancien élève Peter van Mensch, à constituer un ensemble d’outils d’analyse spécifique à la muséologieF. Mairesse, « l’Histoire de la muséologie, est-elle finie ? » in Muséologie et histoire, Allemagne/Argentine, 2006, ISS 35, ..
Définir la muséologie L’un des axes de sa recherche est de définir la muséologie. Selon Maroevic, cette dernière appartient aux sciences de l’information au même titre que la I. Maroevic, Museology as a part of information sciences in Museum, territoire et société, ISS 5, Addenda 3, Londres, juillet 1983.
Pour le muséologue croate, la muséologie peut se définir comme l’étude de la muséalité, des activités du musée et la relation entre la théorie et la pratique au sein du musée. La muséologie comme science induit, selon lui, l’étude systématique de la muséalia (l’objet muséal) ; c'est-à-dire : la »Ibid..
En 1993, Maroevic définit la muséologie comme I. Maroevic, 1993, cité in Art in Museology, Museology and Art, Rio de Janeiro, ISS 26, 1996..
Au cours de sa carrière, Ivo Maroevic étudie la muséologie comme une science moderneChristian Müller-Straten, préface de la réédition de l’Introduction à la muséologie - l'approche européenne, 1998, Munich.. Il entend par là que la muséologie doit utiliser les outils des sciences modernes, tout en conservant un lien étroit entre pratique et théorie, afin qu’elle puisse continuer d’évoluer. Avec sa conception de la muséologie comme la science de l’information, Maroevic s’ancre dans les théories de la muséologie pensée alors par le bloc de l’Est.
La muséologie du bloc de l'Est défendait le musée comme outil pédagogique et comme moyen d’étudier la société. Et ce se faisait grâce à des objets présentés pour les informations d’une assez grande qualité qu’ils renferment et communiquent afin nourrir la connaissance de l’Homme et de ses activitésI. Maroevic, Museology as a part of information sciences Museum, territoire et société, ISS 5, Addenda 3, Londres, juillet. La collection d’objet par le musée permet de protéger la mémoire de l’Humanité et de la diffuser.
Questionner l’objet muséal Dans le cadre de ses recherches autour de la muséologie, Ivo Maroevic étudie les objets muséaux, appelé aussi muséalie. Sa conception de l’objet muséal s’inscrit dans la philosophie développée par l’Université de Zagreb : la musealie est considérée comme un document, mais elle s’inscrit également dans un contexte patrimonial plus englobantA. Desvalles, F. Mairesse [dir.], Dictionnaire encyclopédique de muséologie, Paris, Armand Colin, 2011, .
Dans la pensée du muséologue croate, la muséalie est le témoin d’une réalité auquel il n’appartient plus depuis qu’il a été introduit dans la réalité muséale. Il reste cependant un objet réel dont la matérialité documente la réalité dont il est issu. Il sert de pont entre le passé, le présent et le futurI. Maroevic, Introducing to museology- the european approach, Munich, Verlag Christian Müller-Straten, 1998: I. Maroevic, L’objet de musée en tant que document, Objet-document, ISS 23, Pékin, 1994, ..
Musealia et muséalité À l’objet muséal, musealie, s’attache la muséalité qu’Ivo Maroevic décrit comme . Elle est , c'est-à-dire qu’elle est la I. Maroevic, Le rôle de la muséalité dans la mémoire, Museology and Memories, Remember, ISS 27, de l’ICOFOM, France, 1996, .
L’objet muséal: contextes et approches L’étude des objets s’inscrit dans un triple contexte : primaire, archéologique et muséologique. Le contexte primaire correspond au stade où l’objet gagne ses propriétés de document. Ces propriétés de documents ne sont pas activées dans le contexte archéologique où s’opposent le temps historique et le temps chronologique. Enfin, le contexte muséologique permet à l’objet de communiquer les informations dont il est doté. Cela permet de témoigner et de protéger des différentes identités qu’a revêtues l’objet au cours des contextes primaire et archéologique. L’objet muséal est alors le support de la documentation et de la rechercheI. Maroevic, L’objet de musée en tant que document, .
Ce système d’étude permet une approche pluridimensionnelle de l’objet. Sa théorie est notamment nourrie du travail d’Hans-Georg Gadamer (Vérité et Méthode). Il adapte la méthode du philosophe allemand à sa méthode d’interprétation et à la présentation du patrimoine. Pour Ivo Maroevic, toute nouvelle interprétation doit être conçue comme une I. Maroevic, What is it that we are presenting in a museum - objects or idea ?, . Cette approche lui permet de se rapprocher des travaux de Peter van Mensch (Identity of museum objects, 1989/90) : .
Selon Ivo Maroevic, l’objet muséal serait donc en partie tributaire de son contexte . L’interprétation de l’objet serait également orientée par sa mise en exposition. En effet, pour le muséologue croate, l’objet en soi ne changerait pas, mais sa migration d’une collection ou présentation à une autre modifierait son sens. Cette nouvelle présentation correspondrait à une nouvelle réalité à laquelle l’objet appartiendrait temporairement. Changer la mise en exposition d’un objet permettrait donc d’interpréter différemment, toujours de manière subjective, le monde des objetsI. Maroevic, What is it that we are presenting in a museum- objects or idea?, Muséologie et présentation : original ou virtuel ?, ISS 33B, Cuenca, 2002, ..
Originaux et copies L’ensemble des réflexions d’Ivo Maroevic sur l’objet muséal le pousse également à s’interroger sur la question de l’objet original et de la copie. Ivo Maroevic s'est penché sur l'histoire des musées et de la muséologieL'état de ses recherches dans ce domaine est notamment détaillé dans la première partie de son ouvrage de référence, Introducing to museology - the european approach, 1993 ; réédition en 1998, Munich.. Ses différentes études lui permirent d'avancer l'idée que les substituts d’objets muséaux sont aussi vieux que les collections elles-mêmes . Selon Ivo Maroevic, I. Maroevic , Substituts for museum objects, Originaux et objets substitutifs dans les musées, ISS 8, Zagreb 1985, ..
Le lien avec les objets originaux et leurs substituts est complexe. Les formes des substituts peuvent varier, ce peut être une copie pour préserver, une copie pour restituer, une copie témoin d’objets ancien reconnue comme objet original, des objets originaux comme substitut d’autres expressions.
Définir le musée En tant que muséologue, Ivo Maroevic fut amené à interroger le musée à la fois sur sa forme et sur son fond. Pour lui, au fur et à mesure de l’histoire du musée, ce dernier fut de plus en plus associé à ce qu’il présente plutôt qu’aux collections qu’il possèdeI. Maroevic, What is it that we are presenting in a museum- objects or idea?, in Muséologie et présentation : original ou virtuel ?, . De plus, l’essor du numérique créa des tensions entre le musée détenteur d’objets réels et la virtualité du numérique. Ce clivage est notamment nourri par la conception patrimoniale de l’objet muséal par Ivo Maroevic pour qui la matérialité de l’objet est essentielle et tout autant porteur d’informations quant au monde duquel il provient. Or, cette matérialité est totalement niée par le monde virtuelVirtual Museums : the challenge of Globalisation, In Museum and Globalisation, Melbourne, ISS 29, 1998, .. Si l’objet perd sa matérialité pour devenir virtuel, il n’est alors plus objet mais représentationI. Maroevic, The museum object as historical source and document, Muséologie et histoire, ISS 35, Allemagne/Argentine, 2006, ..