Lê Bá Đảng (Lê, son nom, Bá, son nom intercalaire et Đảng, son prénom), de son nom d’artiste Lebadang1 Dès le début des années 50, il signera Lebadang, en contractant son nom, son nom intercalaire et son prénom, qui sera son nom d'artiste., né le « Dang modifia son état civil en 1939 pour se vieillir d'un an afin de pouvoir s'engager dans l'armée française » à Bich La Dông province de Quang Tri près de Huê, ancienne capitale impériale du Viêt Nam, et mort le à Paris Relevé des fichiers de l'Insee, est un peintre, graveur et sculpteur vietnamien naturalisé français en 1980.
Il a passé l’essentiel de sa vie en France, avec quelques séjours aux États-Unis et au Japon.
Son œuvre comprend, après ses études à l’école des beaux-arts de Toulouse (de 1942 à 1948), ses premiers dessins, peintures, lithographies et gravures aux thèmes assez classiques que suivirent, dès 1955, des réalisations reconnues par les critiques d’art. Le Cincinnati Art Museum lui consacre sa première exposition personnelle aux États-Unis en 1966. Il réalise, en 1985, ses premiers Espaces, des œuvres en papier qui combinent plusieurs techniques par collage et superposition, entre sculptures et bas-reliefs, comme une synthèse et un dépassement de ces deux formes d’expression.
La France lui a rendu hommage en le faisant chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres en 1994. Diverses distinctions lui ont été décernées aux États-Unis, en Angleterre et au Viêt Nam. II a été commissionné pour réaliser l’épée d’académicien de Jacques Ruffié. Il a créé les décors et costumes pour l’opéra My Châu - Trong Thuy à l'Opéra de Paris, en 1977, édité plusieurs portfolios de lithographies, dont Huit chevaux en 1964, son premier portfolio en relief, sans couleurs ni encre, sur des poèmes et calligraphies de Chou Ling, conçu des sculptures pour le verrier Daum et réalisé un grand Espace dans les carrières de la « Cathédrale d’Images » des Baux-de-Provence en 1997.
Au Viêt Nam, la ville de Huê et les autorités de la province de Thùa Thiên-Huê ont inauguré, en présence de l’artiste en 2006, la « Fondation d’Art Lebadang » qui conserve et expose en permanence plus de 400 œuvres de l’artiste reflétant plus de 70 ans de création.
Ses œuvres sont présentes dans de nombreuses collections privées, notamment aux États-Unis, au Japon et en France.
En 2015, Myshu Lebadang, son épouse, fait une donation au musée Cernuschi d'un ensemble d'œuvres sur papier qui reflète toute l'étendue des recherches plastiques et des innovations techniques de l'artiste dans le domaine de l'estampe.
Le est inauguré en présence de Myshu Lebadang le « Lebadang Memory Space » situé à Kim Son, près de Huê au Viêt Nam.
Le , parution de la première monographie (Lebadang 1921-2015)consacrée à Lebadang aux Éditions Lelivredart sous la direction de Luc HO. L’ouvrage est en version bilingue français/anglais, il a pour vocation de contribuer au rayonnement de l’œuvre de l’artiste Elle est une invite à découvrir l’œuvre et le parcours singulier de cet artiste exilé entre un Orient nostalgique et un Occident magnifié qu’il cherchera à transcender à travers son œuvre, en explorant des techniques diverses jusqu’à en créer de nouvelles. Une œuvre ouverte, prolifique et comme incessante qui débouchera sur La comédie humaine en référence à l’œuvre éponyme d'Honoré de Balzac qui représente la condition humaine selon Lebadang, et sur la série novatrice des Espaces, des œuvres sur papier entre sculpture et bas-relief, comme une synthèse et un dépassement de ces deux formes d'expression (Luc HO).
Biographie Enfance et jeunesse au Viêt Nam Lebadang est né le à Bich La Dông (province de Quang Tri, près de Huê), dans une famille de paysans aisés. C'est à Bich La Dông et Quang Tri qu'il fait ses études primaires. Dès son adolescence, il ressent le besoin d'échapper à sa condition et de partir en France. En 1939, il s’engage volontairement au service de la Main d’Œuvre Indigène (M.O.I)2 Incorporé à Quảng Trị le 16 octobre 1939, il embarque à Đà Nẵng (anciennement Tourane) le 3 février 1940 et débarque à Marseille le 20 mars 1940. rattaché au ministère du Travail français. Son père ne pourra pas annuler son engagement et assistera, désemparé, au départ de son fils. Lebadang fera partie de ces « travailleurs indochinois » souvent recrutés de force par l’État français, au début de la Seconde Guerre mondiale, pour remplacer les ouvriers français mobilisés et travailler dans les usines d’armement et les poudreries pour la Défense nationale.
Cette période fera l'objet d'un livre (paru en 2009 aux Éditions Actes Sud) Immigrés de force : les travailleurs indochinois en France, 1939-1952 écrit par Pierre Daum et d'un film (sorti le ) Công Binh, la longue nuit indochinoise de Lam Lê inspiré par l'ouvrage de Pierre Daum, deux œuvres dans lesquelles Lebadang est cité.
Arrivé à Marseille en « Débarqué du Cap Varella le 20 mars 1940. », après un passage à la nouvelle prison des Baumettes, il est interné dans un camp comme de nombreux autres travailleurs indochinois. Prisonnier des Allemands pendant plus de 14 mois3 Du 19 juin 1940 au 28 août 1941., il s’évade et regagne son unité en Camargue où il travaille à la réimplantation de la riziculture avec d’autres travailleurs indochinois. De retour au camp de la M.O.I de Marseille, il est envoyé au camp disciplinaire de Lannemezan dans les Hautes-Pyrénées après une altercation avec un officier français. Il parvient à nouveau à s’évader du camp disciplinaire de Lannemezan et rejoint Toulouseen zone libre.
De Toulouse à Paris De 1942 à 1948, il suit les cours à l'école des beaux-arts de Toulouse et s'inscrit « aux cours de peinture de M. Espinasse et aux leçons de sculpture de M. Manin ». Dans l’atelier de sculpture, il réalise en ronde-bosse le buste très réaliste d’un de ses condisciples et un nu féminin en pied qui montre déjà un dessin très sûr et une maîtrise des volumes. C’est là qu’il dit avoir trouvé la vraie France, l’amitié chaleureuse et solidaire, la culture qui l’avait toujours fasciné. C’est à l’école des beaux-arts de Toulouse qu’il rencontre Thérèse de Longueval qui deviendra l’épouse du professeur Jacques Ruffié, dont Lebadang réalisera l’épée d’académicien en 1991. Sa condition s’améliore, il crée des affiches pour l’opéra de Toulouse (Britannicus), des événements culturels et sportifs. En , il obtient son diplôme et gagne un concours d’affiches publicitaires. Avec l'argent du concours, il part pour Paris où règne une effervescence culturelle qui l'attire.
En 1950, dans le milieu des Vietnamiens de Paris, il rencontre Myshu (de son vrai nom Micheline Nguyên Hai), née au Havre le , qui deviendra son épouse. Ce seront ses débuts à Paris, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, le quartier Mouffetard et la galerie Au Seuil Étroit, en face de Notre-Dame. Il peint un de ses premiers autoportraits à l'huile dans une gamme de gris et de bleus sur une toile de lin brut et dessine à l'encre de Chine, rehaussé d'aquarelle, des scènes de la vie quotidienne dans un style assez réaliste entre la pochade et l'esquisse sur le vif. Il fera une série de chats à l'encre de Chine d'après le sonnet Les Chats de Charles Baudelaire extrait de ses Fleurs du mal.
En 1951, il dessine le portrait de son père décédé à Bich La Dông, au Viêt Nam. Ce dessin fait de mémoire lui rend hommage. Parti en 1939, il ne reverra plus jamais son père. Le , de la même année, naît Fabrice, dit « Touty », à Paris.
En 1953, il réalise une série d’encres de Chine et de lavis qui évoque la nostalgie des paysages de son pays natal et commence à peindre des jonques et des chevaux. En 1954, il entreprend des encres sur papier qui représentent des scènes de la guerre d’Indochine, notamment la bataille de Diện Biên Phủ4 Ces encres de Chine seront présentés à l'exposition War au musée Historique de Hànôi en 2014.qui marque la fin de la guerre d’Indochine.
Premières expositions Ses premières expositions à Paris et en province (Cannes, Aix-en-Provence, Montpellier et Nantes) sont accueillies avec intérêt dans la presse. Pour Fernand Dartigues « Les chevaux de Le Ba Dang naissent du mouvement et de la lumière5 Article de Fernand Dartigues pour l'exposition à la galerie Cézanne de Cannes en octobre 1956. »
En 1956, la galerie de l’Odéon présente sa troisième exposition personnelle. Il expose également à la galerie Au Seuil Étroit en face de Notre-Dame à Paris. Cette minuscule galerie, qui jouxte la librairie Shakespeare and Company fondée par George Whitman, lui est prêtée par Roger Maria alors directeur artistique du Théâtre du Lucernaire. Il l’aménage comme un espace d’exposition. La galerie présente notamment les peintures de l’artiste viennois Hundertwasser. Autour de Roger Maria, un embryon de collectionneurs commence à se dessiner et à s’intéresser aux œuvres de Lebadang. M. Maestroni, alors directeur de la galerie Cézanne, lui organise sa première exposition à Cannes.
En 1958, à Paris, il découvre la lithographie dans l’atelier Arts-Litho et fréquente l’atelier de Fernand Mourlot et celui de Jacques Desjobert.
L’Angleterre, l’Allemagne, la Suisse et la Norvège accueillent ses œuvres et lui ouvrent le chemin des États-Unis et l’intérêt des galeries et collectionneurs.
Portfolio en relief En 1964, il réalise Huit chevaux, son premier portfolio en relief, sans couleurs ni encre, sur des poèmes et calligraphies de Chou Ling, qui inaugure ses premières recherches sur la matière et les techniques de l'estampe.
En 1965, Il réalise un grand tableau (120 x 700 cm) sur la guerre du Viêt Nam qui se trouve désormais dans la collection de la Fondation Lebadang à Huê. Cette même année, Lyndon Baines Johnson ordonne des raids aériens en déclenchant l’opération Rolling Thunder et autorise l’utilisation du napalm, de la dioxine et l'agent orange.
En 1966, le Cincinnati Art Museum lui offre sa première exposition personnelle aux États-Unis. La même année, il expose à la Newman Contemporary Art Gallery à Philadelphie. L'année suivante, il achève un portfolio de lithographies La nature prie sans paroles sur un poème de Lao Tseu.
En 1967, Lebadang réalise deux peintures comme fondement ou matrice de son œuvre à venir. Le fond est divisé en plusieurs surfaces ou facettes, entre le clair et le foncé, un point ou une ligne, un point lumineux qui semble guider le regard, une ligne qui sépare et structure le tableau. Le fond est texturé avec une matière fluide, frottée et essuyée au chiffon. Par-dessus, les formes, en touches légères, sont comme imbriquées et semblent émerger de ce fond. Le premier tableau est un arbre sous une lune orange, le second est un cheval galopant dans un paysage crépusculaire. La palette est orange et rouge rehaussée de blanc et de jaune pour les couleurs claires, de bruns et de noir, avec du bleu, pour les couleurs foncées. Pour la première fois, dans le coin droit, en bas du tableau, et au-dessus de sa signature, l’artiste introduit un petit signe rectangulaire en couleur comme le sceau d’une estampe orientale.
Estampe L’année 1970 est placée sous le signe de l’estampe. Lebadang publie plusieurs portfolios et innove de nouvelles techniques dans l’estampe : gravures-reliefs, gaufrages, eaux-fortes sur fond gaufré, lithographies sur double papier japon, lithographies et reliefs, etc.
L'atelier d'imprimerie de Bernard Rémusat à Mougins près de Cannes et à Caillan, dans le Var, fut le lieu d'expérimentations pour toutes les estampes que créera Lebadang. Avec patience, talent et compréhension du résultat espéré par Lebadang, Bernard Rémusat multipliait les essais sur une antique presse à bras. Les matrices pour les gravures en relief, parfois trop dures, déchiraient le papier. Le travail était recommencé jusqu'à pleine satisfaction. La complicité entre l'artiste et l'imprimeur fut essentielle. Les thématiques de l'artiste sont habituelles, les gravures en relief sont des paysages abstraits qui amorcent la grande série des Espaces de 1985.