Le suffixe est un suffixe formateur de toponymes typique des zones géographiques ayant connu un ancien peuplement de langue celtique.
Description Le suffixe -acum est parfois noté -acu(m) ou encore pour rappeler que le -m final est amuï en latin tardif. Ainsi doit-on le noter conventionnellement en gallo-roman.
Contrairement à -anum qui est issu du latin, -acum est d'origine gauloise. La forme gauloise est parfois notée -acon et remonterait au celtique commun *-āko(n).
Un nouveau suffixe -iacum s'est souvent créé à partir de la finale des anthroponymes en -ius + -acum, d'où -i-acum. Il est parfois devenu un suffixe autonome qui permet la dérivation à partir de n'importe quel radical. Aussi se confond-il souvent avec le simple -acum dans les faits. Pour cette raison, au lieu de -acum, on note -(i)acum.
On constate également l'utilisation de deux variantes, l'une au féminin singulier -(i)aca (> -aye, exemple : Bouaye, Loire-Atlantique) et l'autre au féminin pluriel -(i)acas (> -ies au Nord de la France et en Belgique, exemple : Taintignies, Belgique).
Enfin, les anthroponymes gallo-romans terminés par -inus ou -inius combinés au suffixe -acum donnent la terminaison devenue -ignac (graphie occitane -inhac), -igny, etc. selon les régions (voir les types toponymiques issus de *Campaniacum et *Montaniacum). La terminaison -INIACU a acquis peu à peu son autonomie, et a parfois été directement ajoutée, en tant que nouveau suffixe, à différents noms de personnes pour former un nom de domaine.
Origine et signification D'après des comparaisons étymologiques, c'est un suffixe d'adjectif à l'origine. L'emploi comme adjectif se vérifie aussi dans des inscriptions en langue gauloise et latine : il caractérise un sanctuaire (Anualonacu « au sanctuaire d'Anualō »)Pierre-Yves Lambert, La Langue gauloise, édition errance 1994, . ; il définit un dieu par exemple : Mars Braciaca « dieu de la bière ? »Xavier Delamarre : Dictionnaire de la langue gauloise, Paris (éditions errance) 2001. , . ; il indique l'origine familiale de quelqu'un et situe des marins sur la colonne des Nautes (nautae Parisiaci « marins de chez les Parisii »)Pierre-Yves Lambert, Op. cit.. Il a donc une dimension également localisante. L'adjectif localisant devient substantivé comme dans d(e)ae Rosmertae Dubnocaratiaco « À la déesse Rosmerta de Dubnocaratiacum ». C'est cet emploi substantivé qui a donné naissance aux noms de lieux. Dans ce cas, Dubnocarati- ne peut être que le nom de personne Dubnocaratius, ce qui vérifie la thèse d'Henri d'Arbois de Jubainville sur l'origine des noms en -iacum.
Ce suffixe s'est perpétué en brittonique et en gaélique après évolution phonétique : gallois -og, vieux breton -oc > breton -euc > -eg, irlandais -ach.
Coligny < *Kolin-(i)āko- correspond peut-être au breton kelennec (cf. Quelneuc), cornique Kelynek (cf. Callinick et Kelynack), gallois Clynnog et Irlandais cuilneach qui signifient « lieu planté de houx ».
Emploi en toponymie française Cas général Au départ, -acum est principalement utilisé pour dériver des appellatifs toponymiques ou hydronymiques. Ces radicaux sont parfois difficiles à identifier, l'ancien celtique continental étant une langue encore mal connue.
Parmi les plus anciennes mentions d'un toponyme en -acum en Gaule, on trouve Nemetacum mentionné Nemetacon vers 170 ap. J.-C., nom antique d'Arras. Il est basé sur le terme gaulois nemeton qui signifie « sanctuaire », d'où le sens global de « lieu de culte ». Dans le nom de Bavay, attesté vers l'an 300 sous les formes Bagacum, Bagaco, il s'agit d'un nom d'arbre *bāgos qui était vraisemblablement le nom du « hêtre » en celtique. La forme d'origine de Bavay devrait être *Bāgākon, qui doit aussi être la forme primitive du nom de la forêt de Beiach (Suisse) qui a été germanisé lors de la progression des Alamans. Malgré tout, l'emploi de -(i)acum avec un anthroponyme se vérifie dès le sur les bronzes de Champoulet : le nom de personne Dubnocaratius contenu dans le nom de lieu Dubnocaratiaco (cf. ci-dessus).
Autres exemples de formations en -(i)acum basées sur un radical gaulois :
Alizay sur alis- (Cf. Alise-Sainte-Reine) « falaise, rocher, alisier ». d'*Alisākon Ambenay / Ambonnay sur ande préfixe signifiant « au-dessous » (Cf. auvent de *ande-banno) et bona « fondation, ville ». de *Andebonākon ; Ambernac, composé d'éléments des deux types toponymiques précédents. de *Andebernākon ; / Andillac sur andel / andal « mouvement de l'eau » Cf. vieil occitan andalhon ; / sur bren-, brin-. Français dialectal bren, bran « boue, excrément » de *Brinnākon ; Carnac / Charnat / sur *karn « tas de pierre, tumulus de pierre » (cf. verbe gaulois carnitu(s) « a (ont) érigé une tombe », vieil irlandais carn « tas de pierres », gallois carn « tas de pierres » sur *(i)sarno « fer ». de *(I)sarnākon ; / Gornac, basé sur un élément gorn- qui ressemble au vieil irlandais gorn « brandon »; de *Gornākon, peut-être « lieu des brandons » (vieil irlandais gornach), mais c'est plutôt un thème hydronymique postulé par l'ancien français gornel « marécage »Maurice Labègue et Jacques Chaurand, Les Noms des communes du département de l'Oise, Bonneton, 1994, .Marianne Mulon, Noms de lieux de l'Île-de-France, Bonneton, 1997., d'où le sens global probable de « lieu marécageux ».
Peut-être également à partir d'un appellatif latin ou gallo-roman : , mais Ernest Nègre opte pour un propriétaire CampaniusTGF §7029. , basé sur *glat(t)- « collant » (d'où le terme glat(te) désignant une « terre compacte, terre collante » dans différents dialectes)Michel Roblin, Le Terroir de Paris aux époques gallo-romaine et franque : peuplement et défrichement dans la Civitas des Parisii (Seine, Seine-et-Oise), éd. A. et J. Picard, Paris, 1951; thèse soutenue à l’université de Paris, ..
Cependant, il sert plus tardivement (Jules César ne cite aucun nom en -acum dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules) et plus généralement à former des noms de domaine basés sur le nom de leur propriétaire.
Les noms de personnes rencontrés avec ce suffixe peuvent aussi bien être typiquement gaulois, gallo-romains, latins ou encore germaniques.
On le retrouve dans des centaines de noms de communes, sous des formes diverses qui caractérisent des régions ou des zones linguistiques distinctes. Par exemple, l'anthroponyme latin Aurelius est à la fois à l'origine des communes d'Aurillac et d'Orly et Maximiacum conduit aussi bien à Messimy qu'à Meximieux. La mode des anthroponymes latins s'est répandue en Gaule avec la domination romaine et est très bien attestée dans les dédicaces des inscriptions qui mentionnent souvent le nom gaulois d'un père, accompagné du nom latin du fils ou encore différents noms latins précédés ou suivis de surnoms gaulois. Dans certains cas, un anthroponyme apparemment latin peut recouvrir un nom d'origine gauloise, ainsi les noms de personnes latins Lucus, Lucius, Lucanus, etc., vu leur extrême fréquence en Gaule, peuvent très bien recouvrir un nom de personne gaulois *Lucos, *Locos (cf. irlandais Luch, Lochán)Xavier Delamarre, op. cit., , sous Luco-, Loco- « loup »., basé sur le nom gaulois du loup, voire du lynx et qu'on retrouverait dans les nombreux , , , , etc.
Ce mode de formation toponymique a pu, selon certains spécialistes, se perpétuer jusqu'aux environs du , époque à laquelle il a été relayé par des créations de type roman. Cela expliquerait les noms de lieux voisins, basés sur le même anthroponyme avec ce suffixe, d'une part, et avec un appellatif roman, d'autre part. Exemple : Boisney / Boincourt avec le nom de personne germanique Boto : *Bot-iniacu / *Boton-cort (le n supplémentaire est la désinence du cas régime en ancien français, l'anthroponyme étant toujours au cas régime dans les noms de lieux en -court) ou encore Bréquigny / Bracquemont avec le nom de personne germanique Brakko : *Brakk-iniacu / *Brakko-mont.
Charles Rostaing insiste sur la diffusion de ce suffixe : « Les noms en -acum sont très nombreux : ils forment le vingtième du total des noms de lieux habités ; on les trouve partout en France, sauf dans le département des Alpes-Maritimes, et ils sont assez rares en Provence et en Languedoc, plus romanisés. »Les Noms de lieux, , 1945, 1992, . Ce suffixe est, tout comme dans les Alpes-Maritimes, quasi inexistant au Pays basque et en Corse.
Le cas particulier de la Bretagne En Bretagne, l'évolution phonétique du suffixe *-āko(n) a abouti à de nombreuses variantes, notamment -oc au nord-ouest, -ec dans la zone située à l'ouest de la limite des parlers celtiques au et -euc dont la répartition s'étend sur la Haute Bretagne et le pays de Guérande. La variante -ac étudiée par Bernard Tanguy dans sa thèse de doctorat est principalement présente à l'est de la Bretagne et semble bloquée par la limite naturelle que constitue la Loire au sud. Cette diversité des produits de *-āko(n) s'explique souvent par l'hypothèse de l'implantation de groupes de Bretons originaires de l'île de Bretagne (Grande-Bretagne) à partir du , hypothèse notamment développée par Léon Fleuriot. Pourtant, ce suffixe correspondrait plutôt à la limite maximale d'un retrait de l'usage du celtique vers l'ouest plutôt qu'une expansion vers l'est menée par des Bretons insulaires.
Normalement dans les régions de langue d'oïl, -(I)ACU a évolué phonétiquement en -ay, -é, -y, etc., en passant par un stade -(i)ac à une époque mal déterminée.
Ce n'est pas toujours le cas en Bretagne armoricaine où l'on parlait breton conjointement au gallo-roman. Ainsi trouve-t-on en Bretagne du Sud (Loire-Atlantique, Morbihan) et à l'est (Ille-et-Vilaine, Côtes d'Armor) de nombreux toponymes terminés par -(é)ac, comme Brignac ; Moréac ; Vignac ; Campénéac ; Montennac, Lohéac, Loudéac, Tinténiac, Carnac, etc. qui ont tous leurs stricts équivalents dans d'autres régions : Brigné (Saumurois), Brignac (Hérault) ; Mory (Pas-de-Calais), Morey (Sâone-et-Loire) ; Vigny (Moselle) ; , ; , ; Loué (Sarthe) ; Taintignies (Belgique), Tintignac (Corrèze) ; Carnac-Rouffiac, Charnat, , etc.
Deux théories expliquent le maintien du -ac au , alors qu'à cette époque il évoluait en -é, -y, etc. dans la zone romane.
Cette zone correspondrait à la zone de bilinguisme roman / breton. C'est le contact avec la langue bretonne qui a empêché l'évolution commune dans les dialectes d'oïl, cependant l'usage de la langue bretonne va être trop limité dans l’espace et le temps à l'est d’une ligne courant de Vannes à Saint-Malo (avec une pointe vers l’ouest au centre) pour provoquer la disparition du gallo-roman et le renouvellement complet de la toponymie. En outre, dans la partie est et sud est du pays Rennais (Vitré, Fougères, etc.), où le breton n'a jamais été parlé, *-(I)ACU a généralement abouti à -é (cf. Vitré), tout comme dans le Maine ou en Anjou surtout (il n'y a aucun nom en -ac dans cette zone). Cette zone correspondrait à la zone où l'on utilisait le breton sans parler de bilinguisme véritable, même s'il y eut certainement des îlots romans comme il y eut des îlots brittophones à l'est de Rennes. Ce n'est que plus tard que le roman s'étendit vers l'ouest. Le roman gagna vraisemblablement les portes des actuels départements des Côtes-d'Armor et du Morbihan vers le , puis gagna le Nord-Est des Côtes-d'Armor un siècle plus tardAndré Chédeville, Noël-Yves Tonnerre, La Bretagne féodale , Éditions Ouest-France, .. Les processus et les causes de son expansion sont mal connus. Les différentes guerres ou relations diverses favorisaient l'avancée du roman, langue plus valorisée. D'autres parlent d'un essor démographique plus important en Haute Bretagne qui aurait favorisé une émigration vers l'ouestAndré Chédeville et Noël-Yves Tonnerre, op. cit. et de la venue de colons originaires de la Normandie toute proche.