vignette|Soldats de l'armée tibétaine à Shigatsé en 1939.
L'armée tibétaine () est la force militaire du gouvernement du dalaï-lama notamment pendant la période dite d'indépendance de facto de 1912 à 1951. Armée de volontaires tibétains à l'origine, elle a été modernisée avec l'aide des Britanniques et des Japonais. Contexte
La situation géographique du Tibet et des voies d'accès difficiles ont participé à protéger le Tibet d’invasions militaires. Par ailleurs la faible population tibétaine n’a pas favorisé son expansion militaire à l’exception toutefois de la période de l’empire du TibetTibet (Xiziang) Encyclopædia Universalis.
- milieu du
Pendant la période de l’empire du Tibet, les rois mettent en place une « redoutable armée » qui leur permet de conquérir un territoire immense. En 751 lors de la bataille de Talas les troupes du califat abbasside soutenues par des contingents tibétains (envoyés par l'empereur Tridé Tsuktsen), battent l'armée chinoise de la dynastie Tang, alors dirigée par Tang Xuanzong. En 763, l’armée tibétaine va jusqu’à occuper provisoirement Chang'an, capitale de l’empire chinoisAlice Travers Chronologie de l'histoire du TibetOutre-Terre 2009/1 (n° 21), pages 109 à 128 .
L’armée tibétaine est notamment constituée d’une cavalerie mobile, un arc court et puissant compose l’armement. Par contre les armées chinoises, équipées lourdement, se déplacent plus difficilementTibet en chinois Xizang Larousse.
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La tibétologue Katia Buffetrille mentionne qu'après la chute de l'empire du Tibet, les forces armées tibétaines sont faibles.
Ippolito Desideri, le premier Européen à résider à Lhassa en 1716, indique qu'il n'existe pas une armée permanente mais juste une garde royale. Pendant les guerres, les familles doivent envoyer un homme rejoindre l'armée tibétaine. Son équipement et son cheval sont fournis par la communauté. Toutefois le dalaï-lama créée un régiment de et installe des militaires aux frontières.
L'administration financière de l'armée tibétaine est gérée par deux fonctionnaires l'un est religieux et l'autre laïc. L'armée est d'abord organisée à partir d'une milice régionale. En cas de guerre, chaque famille doit fournir un homme et financer son équipement militaire. Les officiers sont désignés au sein des familles aisées. Le gouverneur de la région donne les affectations à ces hommes. Les dépenses générales sont à la charge de la région. À la fin des conflits les hommes retournent dans leurs familles. Cette organisation conduit à des forces armées inefficaces, peu formées et mal équipées.
Polhané Sönam Topgyé décide de créer une armée de métier constituée de . Celle-ci est dirigée depuis Lhassa, son organisation s'inspirant de l'armée mongole.
Sous l'empire Qing, de 1792 à 1912 Formation d'une infanterie tibétaine permanente (1792) À la fin du siècle, l’incapacité des Tibétains à repousser les forces népalaises sans l’aide de l’armée chinoise, amène l’empereur Qianlong à signer un décret intitulé « Règlement en 29 articles pour mieux gouverner le Tibet » Melvyn C. Goldstein, The Snow Lion and the Dragon, : .. Constatant que « L'absence de l'armée officielle dans la région du Tibet a eu pour conséquence l'instauration de conscriptions d'urgence en temps de crise, ce qui s'est avéré dommageable pour le peuple tibétain », le article décrète la formation d'une infanterie tibétaine permanente de , laquelle permettra au Centre de ne plus avoir à secourir militairement les Tibétains. L’armée tibétaine, tout comme la garnison impériale, est placée sous le commandement des commissaires impériaux, lesquels sont chargés également de la défense des frontières, in T'OUNG PAO ou ARCHIVES [...] de l'Asie orientale, vol. XI, 1910, , : ..
Instauration du « drapeau au lion des neiges » comme drapeau militaire
Partant du principe qu'un drapeau militaire est une nécessité pour l'entraînement quotidien d'une armée, le gouvernement central des Qing instaure le « drapeau au lion des neiges » comme drapeau militaire du Tibet. : ..
Expédition militaire britannique au Tibet (1903-1904)
Lors de l'expédition militaire britannique au Tibet en 1903 et 1904), le lieutenant-colonel Laurence Waddell évoque une armée tibétaine permanente composée de complétée par une milice et des hommes incorporés grâce à la taxe militaire. Ainsi le nombre de militaires est de dans l'infanterie et dans la cavalerie.
Période dite d'indépendance de facto (1912-1951) Création d'une armée de volontaires tibétains (1912) La chute de la dynastie mandchoue en 1911 est un heureux coup du sort dont le dalaï-lama, qui s'est exilé en Inde, tire parti immédiatement. Il crée, en secret, un ministère de la guerre et met sur pied une force armée pour reprendre le pouvoir, .. Sous la conduite de Dasang Damdul Tsarong, nommé commandant en chef (chida) et envoyé au Tibet depuis l'Inde, des volontaires tibétains prennent Shigatsé et Nadong, avant de gagner Lhassa, où la république a été proclamée le après le soulèvement de la garnison chinoise, l'arrestation du commissaire impérial Lian Yu et la création d'un conseil représentatif provisoireMelvyn Goldstein, A History of Modern Tibet, 1913-1951: The Demise of the Lamaist State, University of California Press, 1991, pages 104, 113, 120, 131–135, 138..
Combats de Lhassa La ville est désormais divisée en une partie nord tenue par les Tibétains et une partie sud tenue par les Chinois Dundul Namgyal Tsarong, In the Service of His Country: The Biography of Dasang Damdul Tsarong, Commander General of Tibet, Snow Lion Publications, 2000, 149 p., .. Les combats forcent le général Zhong Yin à se retrancher au monastère de Tengyéling, transformé en forteresse et dont les moines lui sont favorables. Les autres monastères, qui sont entrés en rébellion, demandent le départ immédiat de tous les ressortissants chinoisLaurent Deshayes, Histoire du Tibet, Fayard, 1997, ..
Départ de la garnison chinoise En , après s'être rendus, trois mille soldats chinois et leurs officiers sont autorisés à quitter le Tibet pour l'IndeMelvyn Goldstein, A History of Modern Tibet, 1913-1951: The Demise of the Lamaist State, , : . Nombreux sont ceux qui se perdent en route ou qui meurent de faim ou de froidLaurent Deshayes, , .. Leurs compagnes tibétaines, laissées pour compte, sont lapidées ou mutilées, celles qui ont pu fuir échouent à CalcuttaLaurent Deshayes, , : En 1914, le monastère de Tengyeling est démoli pour collusion avec les Chinois et le général Zhao ErfengLaurent Deshayes, , : . Heinrich Harrer, Seven Years in Tibet, with a new epilogue by the author. Translated from the German by Richard Graves. With an introduction by Peter Fleming, First Tarcher/Putnam Hardcover Edition, 1997 : ..
Levée d'une armée tibétaine professionnelle vignette|Cavalerie de l’armée tibétaine dans les années 1930. Les mousquets sont équipés de baïonnettes fourchues. Le dalaï-lama entreprend de lever d'une armée professionnelle, dirigée par son conseiller de confiance Tsarong, pour contrer « les menaces internes à son gouvernement ainsi que les menaces externes ».. Il demande aux Britanniques de lui fournir des armes, des uniformes et des instructeursSam van Schaik, Tibet : A History, 2011, ..
Dans les années 1920, des instructeurs sont formés par des officiers britanniques et indiens au Tibet occidentalRobert W. Ford, Tibet Rouge. Capturé par l’armée chinoise au Kham, Olizane, 1999 (édition originale en 1957), : . En outre, des militaires sont envoyés en Inde pour y étudier le maniement de l'artillerie lourde et des mitrailleusesJiawei Wang et Nyima Gyaincain, Le statut du Tibet de Chine dans l'histoire, China Intercontinental Press, 2003, 367 p., ..
Délégué par la Grande-Bretagne à Lhassa entre et , Charles Bell arrive avec plus de vingt chevaux chargés d'armes Jiawei Wang et Nyima Gyaincain, (4) Around the Gansu Delegation's Entry Into Tibet, dans The historical Status of China's Tibet : . Avec le soutien du dalaï-lama, il obtient de la tsongdou d'augmenter le nombre de militaires pour obtenir un effectif de Laurent Deshayes, , ..
Si le drapeau impérial de l'ancienne infanterie tibétaine est encore hissé sporadiqement entre 1912 et 1920 : ., à partir de cette dernière date les troupes défilent derrière un nouveau drapeau comportant un seul lion des neiges – symbole de la puissance du dalaï-lama – le regard tourné vers le soleil, la lune et les étoiles qui illuminent ce dernier, avec des montagnes en arrière-plan et une sphère entourée de flammes devant le lion, le tout sur un fond uni. Il ne s'agit pas du drapeau ultérieur des émigrés tibétains, lequel comporte deux lions affrontés sous un soleil levant entouré de rayons, motif emprunté au drapeau japonais. Le drapeau militaire n'aurait acquis un deuxième lion, affronté au premier, qu'à partir du milieu des années 1930Laurent Deshayes, Histoire du Tibet, Fayard, 1997, : ..
Garde personnelle du dalaï-lama Sous le dalaï-lama Cantonnée à Lhassa et commandée par un colonel (depon), la garde personnelle du dalaï-lama, dite Kusoung Magar en tibétain, est forte de plusieurs centaines d'hommes, dont ses gardes du corps personnels. En plus de faire fonction de garde rapprochée, elle est présente, en tenue d'apparat, aux cérémonies officielles. Elle est armée de mitrailleuses légères Bren, d'obusiers et de fusils Leigh Ingram-Seal, Tibetan Army 1960s : .
La caserne du Kusoung Magar est construite à la fin des années 1910 par le dalaï-lama à proximité immédiate de son palais d'été dans l'enceinte du Norbulingka. Un commerçant et ancien militaire japonais habitant Lhassa, Yajima Yasujiro, engagé par Tsarong Dzasa comme instructeur de 200 soldats tibétains, en supervise la construction avant de rentrer au Japon en 1920 Michael Harris Goodman, The Last Dalai Lama: A Biography, Shambhala, 1987, 364 pages, : .
Le complexe s'ordonnait symétriquement de part et d'autre d'un axe central. Au sud, un bâtiment tout en longueur servait de dortoir aux soldats assurant la sécurité du pontife. Deux édifices plus petits, qui servaient de logis aux officiers et d'armureries, flanquaient un bâtiment central édifié devant une des portes d'entrée du Norbulingka : le Magar Podrang (« le palais de l'armée »), auquel on accédait par deux escaliers encadrant un portique en bois et qui servait au dalaï-lama à recevoir les visiteurs étrangers non autorisés à pénétrer dans le Norbulingka. L'intérieur était décoré de peintures murales, dont une illustrant le mythe du Shambhala : les forces du bien quittant le paradis du Shambhala pour combattre et vaincre les forces du mal. Une peinture murale représentant le Kusoung Magar donne à penser que celui-ci était entouré de murs THE OLD CITY OF LHASA. REPORT FROM A CONSERVATION PROJECT (98-99) : Kussung Magar - the Dalai Lama's Bodyguard Regiment..
Sous le dalaï-lama En 1954., Phuntsok Tashi Takla, le beau-frère du dalaï-lama, est nommé kusung depon (), commandant de sa garde personnelle. A ce titre, il accompagne le dalaï-lama en Chine en 1954 et en Inde en 1956.. Il assure cette fonction jusqu'en .
En 1959, le régiment de la garde était toujours stationné dans une caserne adjacente à la porte sud du Norbulingka et comptait de 600 à 700 membres. Ces soldats étaient bien entraînés et leur armement était moderne : mitraillettes Sten, fusils-mitrailleurs Bren, mitrailleuses. Leur commandant, Taklha, était le beau-frère du dalaï-lama. Une escouade gardait la zone derrière l'enceinte intérieure jaune abritant les palais d'été et interdite au public Melvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet, volume 4, In the Eye of the Storm, 1957-1959, University of California Press, 2019, p. 371 et 356..
Défaite de Chamdo Le , la radio d'État chinoise annonce que l'Armée populaire de libération se donne comme but pour l'année en cours, la libération de l'île de Taiwan, de l'île de Hainan et du Tibet Kenneth Conboy and James Morrison, The CIA's Secret War in Tibet, University Press of Kansas, 2002 : .