vignette|Les philosophes de l'idéalisme allemand. Kant, Fichte, Schelling , Hegel
Le concept de Moi absolu, est connu notamment comme étant le principe ultime et indépassable du premier système de Johann Gottlieb Fichte , dans la Doctrine de la science, die « », de 1794. Fichte est l'un des principaux représentants du courant philosophique désigné sous l'appellation d' « Idéalisme allemand» qui se développe en Allemagne, à la suite écrit Martin Heidegger- de la « révolution copernicienne » introduite dans le domaine de la pensée philosophique, à la fin du et au début du , par Emmanuel Kant. Dans cette lignée, Fichte se demande comment la liberté inconditionnée qu'il revendique pour le « Moi absolu » peut se concilier avec la limitation que lui impose la dynamique de l'univers extérieur. Pour que le moi puisse se poser comme réalité totale et infinie, .
Problématique
Au tournant du il est bien établi chez tous les penseurs de l'idéalisme que .
Il s'agit de répondre, toutefois, au problème ontologique de l'existence du monde extérieur, de trancher entre le « réalisme » et l'« idéalisme » (est-ce que des objets extérieurs et indépendants du sujet existent ou bien n'y a-t-il pas plutôt que le sujet seul qui existe avec ses représentations ?) La , de Descartes défavorable au réalisme objectiviste, expose un doute vis-à-vis de l'existence des objets la par contre montre la certitude indubitable qui entoure l'existence du sujet-. L'esprit de l'époque Émile Bréhier décrit un climat intellectuel régnant en Allemagne dans les années 1790-1830, dominé par le besoin purement spéculatif de comprendre l'univers sur un plan théorique et pratique. Pour les penseurs de l'« Idéalisme allemand » aucun problème n'est séparé des autres, aucune valeur des autres valeurs. L'ambition de saisir l'unité présupposée du monde passe moins par l'application d'un principe que de l'unité d'une méthode et une chose devient intelligible dans la mesure où elle trouve sa place dans un système rationnel.
La position kantienne vignette|250px|Première de couverture de la Kritik der reinen Vernunft, 1781 Pour Fichte un des défauts de la Critique de la raison pure, consistait à faire dériver la connaissance du monde sensible de deux sources absolument distinctes, l'intuition sensible et le concept d'entendement. Pourtant on pouvait reconnaître à Emmanuel Kant le mérite d'avoir déjà effectué avec son « criticisme » une avancée allant dans le sens d'un dépassement de la dichotomie de l'objet (réalisme) et du sujet (idéalisme). Pour lui, toute expérience, en tant que connaissance empirique d'objets sensibles (phénomènes), est faite de représentations qui renvoient à des formes a priori, sensibles, l'espace et le temps, intellectuelles, les « catégories ». Réalisme empirique et idéalisme transcendantal de Kant apportent une compréhension du phénomène comme réunion de la subjectivité et de l'objectivité, comme rencontre du sujet et de l'objet et un début de dépassement de la bipolarité idéalisme-réalisme classique dans l'histoire Si avant la révolution kantienne, conformément à une ancienne tradition réaliste, les représentations du sujet fini devaient se régler, non sur lui, mais bien plutôt sur l'objet, étant admis que toute notre connaissance devait se régler sur les objets, après celle révolution, en continuité dans la lignée de la nouvelle tradition de l'idéalisme subjectivisme, ces mêmes représentations devaient se régler sur le sujet et non plus sur l'objet note Francis PROULX dans son mémoire-. Alors que Kant avait admis comme des données de fait, sans les fonder, le système des « catégories », Fichte ambitionne de les ramener au sein de la subjectivité en montrant comment le « Moi » les construit décrit Émile Bréhier.
Pour Johann Gottlieb Fichte, le « sujet transcendantal » pouvait être approché de sa propre intuition du « Moi absolu », mais d'après lui, Kant n'aurait pas réussi à en formuler le concept.
L'élaboration du concept Le « Moi » est un pur acte d'autoposition, en allemand , « inconscient » qui, en ne se retrouvant pas dans la conscience, se tient plutôt au fondement de toute conscience et en l'absence duquel, aucune conscience n'est possible. Acte d'auto-position signifie que -. On voit que cette pure activité « autopositionnelle » du « Moi », en étant sous-jacente à l'activité finie de la conscience, agit inconsciemment. La conscience a paradoxalement un fondement inconscient et ce fondement inconscient de la conscience est celui de la pure activité infinie du « Moi ». La conscience de soi et donc la conscience empirique d'objet relève du Moi fini.
L'intuition intellectuelle La piste logique ou principe d'identité La proposition « A=A » du « principe d'identité » n'est pas seulement un rapport logique mais aussi une voie d'accès à l'ontologie du « Moi » et au premier principe de la Doctrine de la science. écrit Francis PROULX rapportant la proposition de Johann Gottlieb Fichte.
Cette proposition « A est A » (soit A=A) , est absolument certaine, inconditionnée, sans fondement et donc n'appelle aucune preuve, aucune démonstration. C'est le Moi lui-même donc qui est absolument posé et impliqué dans cette proposition « A est A »., qui ici se donne, à lui-même et par lui-même, ce rapport nécessaire. En effet, comme c'est le « Moi » qui juge dans la proposition « A est A » et qui pose cette proposition, il est inévitable que ce rapport, qui est patent dans cette proposition, soit impliqué par lui. Il faut ainsi comprendre que ce rapport nécessaire correspond à une certaine proposition. Cette proposition absolue, fondamentale et inconditionnelle est la suivante : « Moi= Moi ». C'est donc sur « Moi je suis Moi » que cette proposition est fondée. De là que .
Le problème c'est que la notion d'absolu dont se réclame le penseur, relève d'une « intuition intellectuelle » qui est difficilement communicableDans l’intuition , le principe est vécu, nous sommes en lui et coïncidons avec lui, mais cette coïncidence est, en tant que telle, ineffable. Le passage de la vie immédiate du principe à son expression verbale et conceptuelle, ce passage de la vie à la philosophie, ne peut se faire sans coupure, sans manque. C’est donc par nature que le langage, c’est-à-dire le concept, échoue à saisir l’absolu-..
La piste transcendante ou conscience de Soi La première Doctrine de la science (depuis 1794) se donne pour objet immédiat, l'être conscient, le sujet. Pour atteindre ce sujet en soi, cette conscience pure, qui n'est pas immédiatement donnée par la conscience empirique, celle-ci doit faire abstraction de toute détermination particulière même si, ainsi saisie, elle suppose la conscience du « non-Moi ». La métaphore du miroir Comme dans un jeu de miroir, « Moi et Non-Moi » se renvoient l'un à l'autre, et ce n'est pas pour rien que Johann Fichte emprunte à l'optique la notion de réflexion, cette réflexion intérieure semblant sans fin.. Pour ce faire, Fichte s'appuie sur notre expérience du miroir pour nous expliquer que le « Moi » des philosophes a toujours été conçu comme un « miroir ». Une réflexion sur le sujet véritable doit donc partir d'une critique du « Moi » imaginaire. Fichte remarque que l'image du miroir reste aveugle : « mais le miroir ne voit pas »). La question sera donc celle de savoir . Derrière le sujet de la réflexion, il y aurait ainsi un autre sujet qui peut s'identifier à l'image aveugle de l'autre.
Donc le Moi traditionnel de la philosophie est un « Moi » perçu ; « Moi » qui fait disparaître celui qui le perçoit derrière son image. Thierry Simonelli résume ainsi l'antinomie fichtéenne : Thierry Simonelli.
La construction du concept Toutes nos connaissances particulières portent en elle l'acte fondamental de la conscience de soi, elles l'actualisent. Pour réfléchir cet acte, nous devons donc nous orienter vers le plus général, c'est-à-dire vers ce que contient d'universel chaque connaissance particulière, ce qu'elle partage avec toutes les autres connaissances, ce qu'à sa manière, elle répète. Ce principe formel, c'est le « principe d'identité ». Toute affirmation pose l'identité de son objet, A = A. Elle ne pose pas, par là, l'existence de A ; mais l'exigence de cohérence qui lui est inhérente, . Le principe qui s'exprime ainsi ne repose donc pas sur l'adéquation à l'être de la chose posée, sur une réalité empirique (particulière) visée, mais sur la cohérence interne de tout acte de connaissance ; autrement dit : A posé dans le Moi = A posé dans le Moi. C'est l'identité de la conscience de soi, ou « Moi = Moi », qui fonde toute affirmation. En tout acte de connaissance, le sujet connaissant se pose soi-même, se manifeste.
Moi absolu et conscience de soi Il est nécessaire que le « Moi » soit le seul principe de toute réalité et pour cela que le Moi soit inconditionné, c'est-à-dire qu'il se soit posé lui-même. Se posant lui-même, ce « Moi » absolument libre, peut être dit . Ce « Moi absolu » est en un certain sens « le Moi de chacun », mais il n'apparaît pas selon les déterminations empiriques de notre conscience- . Il est au fondement de toute conscience car seul il la rend visible. Ne pas confondre cependant conscience de soi et « Moi absolu ». En effet, le Moi absolu infini n'est pas celui de la conscience de soi, finie celle-là, mais la condition de possibilité de cette conscience précise Francis Proulx. Ainsi la conscience a un fondement inconscient et ce fondement inconscient de la conscience est celui de la pure activité infinie du « Moi absolu ».
La dialectique du Moi Le système fichtéen se développe dialectiquement (l'historien Émile Bréhier a qualifié Fichte de vrai fondateur de la dialectique), dans une suite d'antithèses, mais aussi de synthèses (lesquelles auront pour but de les surmonter): 1° Thèse (le posé), 2° Antithèse (l'opposé) et 3° Synthèse (conciliation des opposés contraires). Au « Moi absolu » qui se pose comme réalité totale et infinie s'oppose le « Moi » empirique de la conscience qui se connaît limité dans un univers indépendant de lui. Or si l'on s'en tient à un « non-Moi » comme une réalité indépendante du « Moi » il devient impossible de rétablir l'unité, sauf à poser le fondement de cette unité dans une réalité extérieure comme le fait Spinoza, contrariant ainsi le « Moi » qui dans son essence ne peut être posé que par lui-même. Par ailleurs si le « Moi » infini ne connaît aucune limite, il en résulte que la possibilité d'une limite ne peut venir que d'un choc extérieur au Moi. Arrivé à ce point, Fichte se demande comment la liberté inconditionnée qu'il revendique pour le « Moi absolu » peut se concilier avec la limitation que lui impose l'existence de l'univers extérieur. Pour que le « Moi » puisse se poser comme réalité totale et infinie, .