thumb|Personnage féminin (dan) de l'opéra kunqu.

L'opéra chinois ou théâtre chanté traditionnel chinois 戲曲 xìqǔ est synonyme de théâtre chinois jusqu'au . Le 話劇 huaju est le théâtre parlé d'inspiration occidentale introduit au . Il existe une troisième forme de spectacle théâtral populaire, le quyi 曲藝, l'art des conteurs, des chanteurs et des bateleurs qui a souvent inspiré le xiqu. Le terme de xiju 戲劇 désigne le théâtre en général (xiqu et huaju) ; il se divise en plusieurs formes principalement marquées par leur origine géographique ou culturelle. La langue ou le dialecte et la forme de la musique sont la caractéristique principale qui différencie ces différentes formes d'opéra.

Le cinéma chinois a adapté plusieurs opéras au format cinématographique, l'opéra chinois étant comme le cinéma une forme d'art partagée par les classes populaires et les classes les plus aisées.

Origines religieuses thumb|Costume d'opéra avec « manches aquatiques ». Le théâtre est d'apparition relativement tardive en Chine (), comparativement au théâtre grec antique. Un espace public quasi inexistant alors, en raison d'un contrôle étroit de la vie sociale par l'État et de la défiance des penseurs pour l'art de la parole, peuvent expliquer ce phénomène..

Les plus lointaines origines du théâtre en Chine seraient les cultes médiumniques de l'Antiquité. Les chamanes (en chinois ) mettaient en œuvre chant et danse, qui sont restés associés dans le théâtre, au cours de la transe. L'ancienne graphie du caractère wu serait la représentation d'une danseuse aux longues manches, les « » (shuixiu) du théâtre. D'anciennes formes théâtrales encore pratiquées à l'époque contemporaine, et dans lesquelles les acteurs sont des médiums, pourraient être la survivance de ces anciens cultes magico-religieux..

Avec l'apparition du théâtre, essentiellement profane, certaines pièces à caractère religieux étaient jouées à proximité des temples, dans le but d'attirer la protection des dieux. ou encore avec une fonction d'exorcisme. Des survivances en ont existé jusque dans les années 1950 (avec des reprises parfois depuis les années 1980) : le saixi (赛戏) dans les provinces du Shaanxi et du Shanxi, le nuoxi, ou « théâtre d'expulsion des pestilences », dans la province de l'Anhui, le (« opéra du terroir ») dans la province de Guizhou en sont des exemples. Dans le nuoxi ou le dixi, les acteurs portent des masques. L'île de Taïwan a aussi conservé d'anciennes formes d'exorcisme, faisant appel à des acteurs de théâtre. L'une d'elles est une danse mettant en scène le personnage de Zhong Kui, personnage que l'on trouve aussi dans une pièce religieuse du .

Les représentations médiumniques ont été reprises sous forme de ballets, afin d'attirer le faste, à la cour ou chez les aristocrates. On en donnait déjà sous la dynasties Han, avec jongleurs et acrobates. Le théâtre a conservé ces ballets dansés en certaines occasions afin d'attirer la bonne fortune sur les acteurs et les spectateurs..

Comme de nombreuses professions, les acteurs honoraient un dieu, censé être à l'origine du théâtre. Ce dieu était généralement Laolangshen. Il a été assimilé à divers personnages : l'empereur Minghuang des Tang, fondateur du ou le dieu Erlang par exemple..

Spectacles antérieurs au théâtre thumb|Jongleurs et bateleurs. Estampage d'une tombe de la dynastie Han. Le théâtre en Chine naît véritablement sous la dynastie des Yuan (1279-1368). Différentes formes de spectacles existaient antérieurement. Le théâtre est une création originale, faisant la synthèse de ces spectacles.

Sous la dynastie Han avaient lieu des spectacles appelés les Cent Jeux (baixi). Il s'agissait de numéros de jonglerie, d'acrobatie, de maniement d'armes, de numéros équestres, etc. Des témoignages en sont restés sous forme de briques moulurées et de fresques retrouvées dans les tombes. Ils se sont perpétués dans le cirque chinois, et acrobatie et jonglerie font partie intégrante de l'opéra.

thumb|upright|La danse du prince Lanling, au Japon, issue d'une danse de l'époque Tang. Les danses de la dynastie Tang, venues d'Asie centrale, sont connues essentiellement par les danses du Japon qui en sont issues. Elles n'ont pas de caractère narratif et à cet égard ne sont pas une forme théâtrale. La , qui existe toujours au Japon, a cependant un intérêt particulier. Le danseur est masqué, ce qui s'est conservé dans l'opéra sous la forme du maquillage complexe des personnages violents et des généraux. Il porte une armure, semblable à celles des opéras. Il danse seul, ce n'est donc pas la représentation d'un combat, mais le but est d'exprimer les sentiments d'un guerrier. Ce genre de danse s'est transmis sous d'autres formes dans le théâtre, telle la danse qiba. Des danses datant de la dynastie Song ont sans doute aussi influencé le théâtre. Ainsi de la danse des Drapeaux, dont le procédé qui consiste à courir avec un grand drapeau pour évoquer le vent existe aussi au théâtre. D'autres danses de nature martiale de cette époque évoquent les ballets représentant les combats dans les opéras.

Des bouffons dans l'Antiquité faisaient partie de l'entourage des princes. Avec les personnages du répertoire comique des formes primitives du théâtre, ils ont sans doute eu une influence sur la formation du bouffon (chou), l'un des rôles types de l'opéra. Les plus anciennes représentations à destination du public, dans les villages, datent sans doute de la période des dynasties du Nord et du Sud (421-589). Ce sont des saynètes comiques, ou mimant des combats d'animaux, ou encore donnant lieu à des démonstrations d'art martial. Sous les Tang, les dialogues comiques sont appelés « pièces de l'Adjudant » (canjun xi 參軍戲) : ils font intervenir deux personnages, le canjun, une sorte de naïf, et un comparse, le canggu (« le Faucon »), qui lui joue des tours. Sous les Song, certains conteurs, les hesheng, œuvrant en duo, étaient sans doute spécialisés dans ce genre de dialogues. Le xiangsheng en est un héritage moderne.

La dynastie des Tang voit la fondation par l'empereur Xuanzong (712-755) d'une institution palatiale spécialisée dans l'organisation de spectacles musicaux et chorégraphiques, le ( 梨園líyuán) dans laquelle les comédiens ont par la suite vu l'origine de leur art en se désignant volontiers eux-mêmes comme disciples du Jardin des poiriers (梨園弟子 líyuán dìzi).

Les récits des conteurs, repris dans les nouvelles et romans, ont fourni son répertoire au théâtre : légendes bouddhiques, histoire de la Chine, histoire de fantôme, d'amour ou de brigands… Autre genre oral, les ballades, alternant passages chantés et passages récités, ont aussi influencé le théâtre. Les zhugongdiao (« ballades sur plusieurs modes ») sont apparus sous les Song. Après une suite d'airs sur un mode, un passage récité précédait une autre suite d'airs sur un autre mode. Cet enchaînement permettait de raconter de longues histoires, à la troisième personne, en évitant la monotonie. En passant de la troisième à la première personne, ce genre de ballades a été directement transposé au théâtre, musique et chant étant conservés. Les conteurs utilisaient sans doute des peintures et des silhouettes découpées projetées sous forme d'ombres pour illustrer leurs histoires. Le procédé a donné naissance au théâtre d'ombres et au théâtre de marionnettes. Le maquillage et les mouvements stylisés de l'opéra en ont hérité.

Influences possibles de l'Inde

Outre la reprise d'éléments des spectacles antérieurs propres à la Chine, l'opéra chinois a sans doute aussi été influencé par d'autres cultures. De nombreux éléments du théâtre chinois sont présents en Inde : positions précises des doigts de la main (les mudra de la danse indienne), maquillage, rôle du tambour dans la musique, etc. Le point commun le plus important est celui de la répartition des personnages en catégories avec voix, mouvements et maquillage propres à chacune d'elles. Le nom chinois de ces catégories est d'ailleurs dans certains cas probablement une transcription de mots d'autres langues, dont le sanskrit.

Le bouddhisme est sans doute le véhicule de cette influence. Un répertoire bouddhique ancien existe dans le théâtre sanskrit. Ce répertoire n'a cependant en lui-même été que peu adapté : seule l'histoire de Maudgalyâyana (en chinois Mulian) a été reprise, et la pièce Sakuntala a peut-être influencé les pièces sentimentales du théâtre du Sud, souvent centrées sur la fidélité ou l'infidélité.

Histoire du théâtre-opéra À l'inverse des villes de la dynastie Tang, divisées en quartiers fermés la nuit, les capitales successives de la dynastie Song, Bianjing puis Lin'an, connaissent une intense vie nocturne. Dans les quartiers spécialisés dans les divertissements, conteurs, musiciens, bateleurs, chanteurs, etc., donnent les premiers spectacles payants, connus sous le nom générique de zaju (« spectacles variés »). Ces zaju incluaient de courtes pièces, sorte de sketches à caractère satirique. Les rôles étaient répartis entre quatre ou cinq personnages, dont les deux principaux, le moni, une sorte de naïf, et le fujing, un malin, rappellent les pièces de l'Adjudant des Tang. Des représentations officielles étaient aussi données à la cour.

Une autre forme théâtrale, appelée nanxi (« théâtre du Sud »), est née au dans le Sud, dans la région de Wenzhou (Zhejiang), avant de se développer dans celle de Hangzhou, puis de disparaître au profit du théâtre du Nord sous les Yuan. Seuls des extraits de ces pièces ont survécu.

Dynastie Yuan : le zaju (théâtre du Nord)

Le zaju apparaît sous les Yuan comme le premier vrai genre dramatique chinois. Il représente la tradition du Nord. Il est formé de la synthèse des spectacles des Song et des Jin (zaju des Song, yuanben 院本 et zhugongdiao des Jin). Il compte généralement quatre actes (appelés zhe, 折), éventuellement complétés par un acte supplémentaire (xiezi, « cheville ») placé au début ou entre deux actes. À chaque acte correspond une suite d'airs (qu) chantés sur un même mode, comme dans les zhugongdiao, alternant avec des passages parlés (bai). Les airs sont écrits par les dramaturges sur des mélodies préexistantes. Le plus souvent, seul le personnage principal masculin (zhengmo) ou féminin (zhengdan) est chargé du chant durant toute la pièce. Les autres types de personnages sont diverses catégories de personnages secondaires ainsi que des « méchants » (jing) et des clowns (chou). L'accompagnement musical est dévolu surtout aux instruments à cordes, en particulier au luth piriforme (pipa).

Le théâtre sous la dynastie Yuan (1279–1368) est considéré comme la période la plus brillante du théâtre chinois. Cantonnés à des fonctions subalternes par les Mongols, les lettrés se sont tournés vers les genres en langue vulgaire dont le théâtre. En fréquentant le milieu du théâtre, les dramaturges de l'époque ont donné des pièces d'une exceptionnelle qualité tant littéraire que dramatique, et d'une grande variété de thèmes. Au rang des plus grands d'entre eux figurent Guan Hanqing (vers 1230-vers 1320), dont la pièce la plus connue est Le Ressentiment de Dou E, un drame judiciaire, Ma Zhiyuan (vers 1260-1325), Wang Shifu, auteur de L'Histoire du pavillon d'Occident, l'une des pièces sentimentales les plus fameuses du théâtre chinois, ou encore Bai Pu.

On écrira des zaju durant les dynasties Ming et Qing, mais le genre est, après les Yuan, délaissé des comédiens et du public pour poursuivre une existence avant tout littéraire.

Théâtre des Ming et des Qing

Le chuanqi 傳奇 est un genre dramatique (à ne pas confondre avec les nouvelles en chinois classique qui portent exactement le même nom) dont les caractéristiques formelles dérivent directement du nanxi et qui domina la scène jusqu'au milieu du . Les premiers chuanqi au langage simple et direct, aux thèmes volontiers ouverts au folklore, laissèrent peu à peu place à des compositions plus raffinées. À partir du , le chuanqi adopta les mélodies de Kunshan崑山 près de Suzhou 蘇州.