Aimé Guerrin (dit également Aimé Guerrin ou Aymé-Guerrin) est un journaliste et résistant français né à Ussel (Corrèze) le et mort à Nice le .

Biographie

Jeunesse et formation Fils d’Eugène Guerrin, ingénieur issu de l’École centrale et industriel, et de Marguerite Chauvelot, Aymé Guerrin vit quelque temps à Cambrai jusqu’en 1905, puis sa famille s’installe à ArrasVoir sa notice biographique rédigée par Michel Beirnaert in Yves-Marie Hilaire (dir.) Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, , Arras, Artois-Côte d'Opale, Beauchesne, 2014..

Il entre en 1906 au collège jésuite installé dans le château d'Antoing (en Belgique, du fait de l’interdiction pesant alors sur les congrégations religieuses interdites d’enseignement en France). L'année suivante entre dans ce même collège Charles de Gaulle () qui sera dans la même classe que son frère aîné Henry. Aymé quitte au bout de quelques mois Antoing pour le séminaire de Thieu où il reste jusqu’à l’été 1908.

Envisageant de suivre une vocation religieuse, il est alors envoyé en 1910 par le recteur du noviciat au collège jésuite Saint-Joseph de Reims pour y enseigner.

Après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, il regagne Arras, alors occupée par les Allemands (entre août et ), et devient infirmier-brancardier à l’hôpital Saint-Jean. Son action courageuse lui vaut en 1920 la médaille d’argent de la reconnaissance française.

Publication d’un journal de guerre : le Lion d’Arras Le , il crée, avec notamment Jules Millecamps, doyen de l’église Saint-Nicolas-en-Cité et Louis Ducrocq, ancien rédacteur de La Croix d’Arras, aumônier militaire et curé intérimaire de Saint-Jean-Baptiste, le Lion d’Arras, sous-titré Journal de siège : Organe hebdomadaire d’Union Atrébate qui devient hebdomadaire en et qui paraîtra jusqu’en .

À cette époque, et bien qu'il ne soit pas réellement séminariste, il se présente au commissaire de police d'Arras auprès duquel il déclare le projet de créer le Lion d'Arras, en comme Courrier du commissaire de police d'Arras au préfet, 9 décembre 1915, accessible sur le site des archives départementales du Pas-de-Calais (page consacrée au Lion d'Arras, précitée).. Il réutilisera parfois cette formule trompeuse, même s'il préfère signer ses articles du Lion d'Arras sous d'autres pseudonymes (comme Gabriel Aymé ou J. Darras)

Cette publication – qui va être à l’origine de la vocation journalistique d’Aimé Guerrin – est parfois considérée comme "l’une des rares créations de périodiques en pleine Première guerre mondiale". Sa numérisation est désormais accessible en ligne sur le site des archives départementales du Pas-de-Calais.

Parmi les productions littéraires qui vont émerger de cette publication de guerre, on peut mentionner le recours à un feuilleton intitulé « Les deux races ou le Mystère de Mont-Saint-Eloi » et dont les épisodes se sont étalés entre novembre 1917 et décembre 1920. Publié sous le pseudonyme de « Pierre Loze », ce feuilleton a été en réalité co-écrit par Aimé Guerrin et Madeleine Bracq (laquelle publiera son propre témoignage sur les débuts de la guerre de 1914 dans l’Artois). L'objectif de ce feuilleton est - par delà la diffusion de nombreux poncifs anti-allemands propres à l’époque - de rendre compte de la réalité quotidienne de la guerre à Arras et durant les batailles d’Artois.

Voyages et publications dans l’entre-deux-guerres Entre février et , il effectue un voyage d’études en Europe (Berlin, Budapest, Vienne, Rome notamment), en Afrique du Nord, en Égypte et en Palestine. Il y est accrédité par les ministères de l’Instruction publique et des Affaires étrangères tout en faisant office d’envoyé spécial pour plusieurs journaux (L'Écho de Paris et le Petit marseillaisCommission de la carte d'identité des journalistes professionnels (CCIJP), dossier Aymé Guerrin, 30 mars 1945.).

À l’issue de ce voyage, il se rend à l’abbaye de Latroun, monastère trappiste près de Jérusalem, où il va résider pendant près d’un an et demi, d’ à et tente une expérience de noviciat qu’il abandonnera pour raisons de santé. thumb|Trois expériences (1937) Pendant son périple en Palestine, il adresse au ministère des affaires étrangères, un rapport intitulé Notes sur la situation de l’influence française en Palestine où il présente les efforts de l’administration britannique pour réduire l’influence française dans son nouveau protectorat et évoque en particulier le cas de la Custodie franciscaine de Terre sainte qu’il décrit comme étant dominé par des Italiens et des Espagnols très hostiles aux intérêts français, même s’il y a rencontré quelques frères franciscains français, dont le père Barnabé MeistermannRapport du 16 octobre 1920, Archives du Ministère des Affaires étrangères, C.P.C (1917-1940) E-Levant, Palestine, volume 3, 83-86v..

Reprenant son voyage, il se rend notamment à Athènes, Beyrouth et Constantinople, avant de rejoindre la France en via Belgrade, Vienne et la Suisse.

Après un second voyage en Grèce (de à ), il rentre à Paris et se marie avec Marie-Louise Kuhn le . De 1924 à 1932, il est l'un des secrétaires généraux de l’Union du commerce et de l'industrie pour la défense sociale. À partir de 1927, il crée et dirige également La Documentation nationale, le bimensuel de cette association politico-économique.

Parallèlement à une activité alimentaire dans le journalisme et la presse, Guerrin commence à publier – sous le nom de plume d’Aymé-Guerrin – quelques ouvrages. C’est tout d’abord Jésus tel qu'on le vit, publié chez Plon en 1928, dans lequel il retrace ce que l’on sait de la vie du Christ en la replaçant dans le contexte historique et social de son époque ainsi que dans la géographie de la Palestine d’alors (qu’il connaît depuis son séjour de 1920-1922). Ce premier ouvrage ayant rencontré un certain succès, et l’archevêché de Paris ayant été intéressé à en voir reparaître une version abrégée et centrée sur les seuls chapitres consacrés à la Passion, il publie La Mort du Christ (Plon, 1933).

Mais son intérêt pour les questions économiques et la situation internationale l’amène à publier en 1937 un essai dénommé Trois expériences. Communiste : U.R.S.S. Socialisante : U.S.A. Corporative : Italie (Denoël, 1937).

Entrée en résistance et création du groupe Vercingétorix Après l’exode et l’armistice, Aymé Guerrin, replié avec sa famille à Pau, entre comme responsable du secrétariat du département central des titres de la Banque nationale du commerce et de l'industrie (BNCI). Rentré ensuite en région parisienne dans sa villa du Raincy pour rejoindre le siège de la banque, il commence à partir de l'édition et la diffusion d'un bulletin clandestin (qui est tout d'abord titré La Chaîne française, puis les papiers Vercingétorix).

À la même période, il connait à la BNCI Yves Masiée, un officier de réserve qui rentre de captivité (ayant été libéré par anticipation pour raison de charges de famille) et qui a la charge du contentieux social dans cette banque. Avec celui-ci et avec plusieurs autres salariés de la BNCI (dont Suzanne Werth, la femme de l’écrivain Léon Werth) il développe rapidement son groupe et diversifie ses activités dès 1942, notamment en imprimant des faux papiers, en recueillant et en aidant des aviateurs alliés abattus et des réfractaires, en organisant leur passage en Espagne, en collectant des renseignements militaires, puis en constituant des groupes de combat en région parisienne.

En 1945, le journal France Libre dont il est le rédacteur en chef évoque dans ces termes la naissance de son réseau : Les exemplaires des bulletins clandestins de Vercingétorix, des bulletins de CDLL puis de France Libre sont consultables aux Archives nationales ainsi qu'aux archives départementales de Saint-Denis (https://micaco.cg93.fr/IMG/pdf/532j_ayme_guerrin_rep.pdf). Parmi les membres de son groupe, on peut notamment évoquer – outre Yves Masiée (qui sera fusillé par la Gestapo en ) et Suzanne Werth - le policier Georges BréheretLa Préfecture de police, une résistance oubliée, partie, . Son dossier individuel est consultable auprès du service historique de la défense : https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/ark/94407 (qui mourra à Mathausen en 1945) et André Manivert qui s'occupait des faux papiers (également décédé à Mathausen en ), ainsi que le père franciscain Corentin Cloarec (qui fut assassiné par la Gestapo dans son couvent à Paris le ). Mais A. Guerrin bénéficie également, autour du Raincy, du soutien actif de Colette Hanra qui lui sert d’agent de liaison (et qui fait beaucoup notamment pour l’édition clandestine du journal) et dont le père, Marcel Hanra (industriel et président-fondateur du Centre d'hygiène et d'Assistance Sociale de Villemomble depuis 1932Arts et Métiers Magazine, , mars 2005.V. également https://patrimoine.gadz.org/gadz/hanra.htm), l’avait mis en relation dès 1942 avec un premier imprimeur du Raincy, Armand Bernier afin d’effectuer le tirage de ses bulletins clandestins.

Avec le développement de ses activités, le groupe Vercingétorix entre en contact avec d’autres mouvements de résistance : Défense de la France (auquel Guerrin propose d’accueillir au Raincy l’atelier d’impression du journal en , ce qui ne peut se faire en raison de la répression allemande), la Confrérie Notre-Dame du colonel Rémy (à laquelle Masiée et Suzanne Werth apportaient également leur concours), l’Organisation civile et militaire (OCM) ainsi que le mouvement Ceux de la Libération (CDLL), fondé en par Maurice Ripoche (et dirigé depuis l’arrestation de celui-ci en par Roger Coquoin).

Fusion avec Ceux de la Libération et répression allemande À la fin de l’été 1943, après avoir hésité à rejoindre l’OCM, A. Guerrin accepte la proposition de Coquoin d’intégrer son groupe Vercingétorix dans le mouvement CDLL. Il dira plus tard : .

Peu de mois après, plusieurs arrestations portent un coup très dur à son groupe initial. En , la trahison du radio Robert Bacque (dit « Tilden ») de la CND entraîne l’arrestation de Bréheret. Au même moment, comme il l’écrit dans France Libre en 1945 : Editorial du 24 janvier 1945 précité.

Aymé Guerrin trouve notamment refuge quelques jours à l’intérieur du couvent franciscain de la rue Marie-Rose () dont le Père Corentin, membre de son réseau, est le vicaire. Il y rencontra secrètement plusieurs membres de son réseau. En , il trouva ensuite refuge chez Jacques Thibault, un cousin de sa femme, à Epinay-sur-SeineSource : archives de la famille Guerrin.

L’un des apports du groupe Vercingétorix à CDLL étant son organe de presse clandestine, Aymé Guerrin devient le responsable de la publication du nouveau journal de CDLL qui succède aux papiers Vercingétorix. Le , le nouvel organe parut sous le nom de Ceux de la Libération, mais le il prend son nom définitif de France Libre.

C’est en sa qualité de rédacteur en chef de France Libre qu’Aymé Guerrin participe et commente la libération de Paris et celle de la France. Le , il est reçu avec les autres dirigeants de la presse clandestine de la résistance, par le général de Gaulle.

Au printemps 1945, une grave crise divise Ceux de la Libération, opposant à son président André Mutter et à ses proches, souhaitant transformer le mouvement en parti politique (orienté à droite), d’autres résistants qui s’y refusent. Aymé Guerrin et les partisans de l’autonomie de CDLL claquent la porte, bientôt suivis par les membres de Vengeance, mouvement qui avait fusionné avec CDLL peu avant la Libération. Aymé Guerrin quitte également le journal France Libre, qu'il avait fondé et qui était l’un des plus gros tirages de la presse de la Libération (il déclinera progressivement, avant d’être absorbé par L’Aurore en 1948).

Gaulliste et réformateur social et religieux De à l’automne 1948, Aymé Guerrin multiplie les conférences et articles à caractère économique ou politique, affichant une opposition d’inspiration gaulliste à la République, tout en refusant de rejoindre le RPF.