La nesquéhonite ou nesquehonite est une espèce minérale naturelle, un « carbonate de magnésium trihydraté », défini par la formule chimique .

Elle peut être un produit local de la déshydratation de la lansfordite à température ambiante.

Description minéralogique et géotype L'espèce a été découverte et décrite par les minéralogistes américains Genth et Penfield en 1890 à partir d'échantillons mis au jour à Nesquehoning, dans une mine de charbon du comté de Carbon, en PennsylvanieGenth, F. A. and Penfield, S. L.: American Journal of Science, 39, 1890, . Nesquehoning est à proximité de la petite ville de Lansford.. Elle a été peu après reconnue de nouveau par le minéralogiste français Charles Friedel sur un spécimen provenant de la mine d'anthracite de La Mure dans le département de l'IsèreCharles Friedel, Bulletin de la Société française de Minéralogie, Tome 14, 1891, .. L'échantillon de La Mure, une réunion remarquable de baguettes fibrolamellaires présentant des formes plus ou moins hexagonales avait préalablement été confondu avec une variété d'aragonite, mais l'analyse d'un débris à l'école des Mines de Paris et une nouvelle observation méticuleuse ont permis l'identification définitive.

Description physico-chimique et altération L'analyse chimique pondérale donne en masse MgO, CO et HOCharles Friedel propose pour la nesquéhonite de La Mure MgO, CO et HO ramené à un total massique de 100,20. Charles Friedel, Bulletin de la Société française de minéralogie, opus cité.

Exposé à l'air, le minéral blanchit, il devient opaque en perdant de l'eau de structure. Sa surface se couvre de barringtonite .

La nesquéhonite est soluble avec effervescence dans les acides. Elle ne laisse pas de résidu.

Chauffée au tube à essai, la matière laisse dégager de l'eau puis passe au rouge après décarbonatation de la magnésie (MgO, aussi dénommée périclase quand il s'agit d'un minéral naturel).

La cristallisation artificielle peut être obtenue à partir de solutions de carbonate de magnésium riches en dioxyde de carbone. La réaction de précipitation de la nesquéhonite est bien connue en chimie : elle a été étudiée par plan d'expérience factoriel sur des critères finaux de rendement de réaction et de degré de pureté en fonction de quatre paramètres cruciaux, à savoir : la concentration initiale en ions magnésium, la température de la réaction, la vitesse d’ajout de la solution de carbonate de sodium et la vitesse d’agitation du milieu réactionnelFairouz Ghariani, Radouanne Fezei, Étude de la précipitation de la nesquéhonite MgCO3.3H2O, Méthodologie, plan d'expériences, opus cité. La pureté finale dépend en premier lieu de la concentration initiale en ions magnésium et de la température de la réaction, si on part des mêmes ingrédients.

Cristallochimie et cristallographie Ses cristaux incolores à blancs, transparents à translucides, sont prismatiques. Les formes les plus communes sont délimitées par les plans (010) (110) (012) (001). Les cristaux sont habituellement des prismes striés, terminés par le plan (001). Ils sont souvent regroupés autour d'un centre. Le clivage est parfait en (110) et donne des écailles minces. Il est souvent facile sur (001).

La maille est monoclinique pseudo-orthorhombique. Le plan des axes optiques est parallèle à (001). Les clivages sont relativement faciles s'ils sont perpendiculaires à un axe optique.

Distinction et critère de détermination Par rapport aux carbonates alcalino-terreux, par exemple l'aragonite d'origine bacillaire d'aspect similaire, la nesquéhonite se distingue aisément par ses clivages, sa faible densité et le dégagement d'eau à chaud.

Les minéraux de collection, tel que l'échantillon historique de La Mure, deviennent au fil des ans très fragiles et opaques par altération. Ils tendent à ressembler à la laumontite de Huelgoat. La distinction d'avec la laumontite est néanmoins aisée, puisque la nesquéhonite est soluble dans les acides, à la fois avec effervescence et sans résidu.

Gîtologie et gisements Il s'agit d'un minéral secondaire, issu de la lente dégradation de roches magnésiennes. Elle peut être observée dans certaines serpentinites, en particulier en Norvège sur les rives du lac , dans la vaste municipalité de Røros. L'infiltration des eaux carbonatées dans les serpentinites peut former, par exemple en Valteline italienne, soit : des amas testacés de globules millimétriques comme à la grotte des Dossi di Franschia à la Roche du petit Château, des croûtes terreuses et botryoïdales blanches comme au mont Sasso de l'Agneau, des cristaux prismatiques, aplatis et allongés, striés et réunis en touffes, à la fois incolores et vitreux comme dans la vieille mine d'amiante du Dosso de la Guardia.

La nesquéhonite est très rarement associée, sauf en quelques milieux alcalins non stabilisés, à l'hydromagnésite , à la dypingite et à l'artinite . Remarquons qu'il s'agit ici d'une association intime de l'équivalent d'une unité type brucite pour respectivement quatre unités type magnésite plus ou moins hydratée, et en conséquence de carbonates hydroxylés de magnésium. La nesquéhonite se transforme en dypingite éphémère puis en hydromagnésite, cette dernière étant obtenue avec une cinétique facile en milieu partiellement aqueux dès et en milieu solide au-delà de Peter J. Davies, B. Bubela, The transformation of nesquehonite into hydromagnesite, opus cité, en particulier, . La forme dominante et stable dans les milieux naturels est d'ailleurs l'hydromagnésite, la nesquéhonite plus soluble étant évacuée ou dégradée.

On connaît néanmoins des croûtes à base de dypingite et de nesquéhonite, formées sur des amas de résidus miniers, par exemple à la mine de Clinton Creek, au YukonTexte et photos en particulier sur les travaux Mining and Global Change de Greg Dipple rédigé par Janet Pellet, concernant la forte captation naturelle du dioxyde de carbone dans les milieux miniers, in Alumni and Friends Newsletter , Department of Earth and Ocean Sciences, The University of British Columbia, 2005.

Nesquéhonite et hydromagnésite, plus encore que les divers carbonates de calcium (calcite, aragonite) sont des produits secondaires issus de la dissolution incongruente de la dolomiteFrédéric Hoffmann, « Les tufs et travertins en Périgord-Quercy », Mémoires Karstologia , Presses Universitaires de Bordeaux, 2005, 260 pages. . En particulier page 173..

Sur les schistes des galeries de La Mure, il est possible de trouver des échantillons. La collection minéralogique du Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris possédait à la Belle Époque un ensemble de cristaux rectangulaires de nesquéhonite, accolés entre eux sur un plan de décollement d'un schiste. Selon Alfred Lacroix, ces formations sur parois semblent récentes ou nouvelles, peut-être provoquées par le voisinage thermique et asséchant d'un incendie souterrain.

Les échantillons de Nesquehoning sont associés à l'anthracite ou aux roches schisteuses encaissantes, plus ou moins carbonées.

Minéraux associés dans les mines d'anthracite : lansfordite.

Gisements relativement abondants ou potentiellement caractéristiques Nesquehoning, comté Carbon, Pennsylvanie Mine de La Mure, Isère, France

Usage Carbonate de magnésium verrerie

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Alfred Lacroix, Minéralogie de la France et de ses anciens territoires d'Outremer, description physique et chimique des minéraux, étude des conditions géologiques et de leurs gisements, 6 volumes, Librairie du Muséum, Paris, 1977, réédition de l'ouvrage initié à Paris en 1892 en un premier tome. En particulier, pour la nesquehonite décrit dans le troisième volume, Marc Dardenne, André Jauzein, article sur les « carbonates », Encyclopædia Universalis, 2001. Peter J. Davies, B. Bubela, The transformation of nesquehonite into hydromagnesite, Chemical Geology, Volume 12, Issue 4, , , en particulier article, . Charles Friedel, Bulletin de la Société française de minéralogie, tome 14, 1891, . Fairouz Ghariani, Radouanne Fezei, Étude de la précipitation de la nesquéhonite MgCO3.3H2O, Méthodologie, plan d'expériences, Éditions universitaires européennes, 2015, 104 pages, Greg Dipple (et al.), Environmental Science and Technology, American Chemical Society, February 1, 2005 39(3), .

Articles connexes magnésite ou giobertite barringtonite lansfordite artinite dypingite hydromagnésite Trona Thermonatrite

Liens externes Projet d'inventaire des roches carbonatées du Smithsonian Institut : quelques échantillons de nesquehonite Nesquehonite sur Mineral data Données minéralogiques américaines Fiche Nesquehonite de Handbook of Mineralogy Nesquehonite dans un manuel de minéralogie anglo-saxon La nesquehonite décrite localement par Fulvio Grazioli et Antonio Costa à l'Institut minéralogique de la Valteline

Catégorie:Minéral monoclinique Catégorie:Magnésium (minéral) Catégorie:Carbonate (minéral) Catégorie:Hydrate Catégorie:Minéral nommé d'après un lieu