L'ancien prieuré Saint-Arnoul est situé dans la commune de Crépy-en-Valois, dans le département français de l'Oise en région Hauts-de-France.

Il est issu de la réforme d'une abbaye bénédictine fondée par le comte Gautier II le Blanc en 1008, qui se substitua elle-même à un chapitre de chanoines installé vers 935 / 943 par le comte Raoul II de Valois. En 1076, le comte Simon de Valois effectue un pèlerinage à Rome, et le pape Grégoire VII lui présente Hugues de Cluny. Raoul et Hugues se lient d'amitié pendant leur voyage de retour vers la France, et Hugues décide de donner l'abbaye à l'ordre de Cluny. Hugues reste à Crépy le temps de mettre en place la réforme, et doit lutter contre la résistance des moines, mais le prieuré finit par connaître un développement très favorable grâce à de nombreuses donations jusqu'au début du . Il bénéficie de l'exemption, relève directement de l'abbaye-mère de Cluny, et occupe l'un des premiers rangs dans la hiérarchie de l'ordre. Le nombre de vingt-huit moines prévu par la charte de fondation est même dépassé au premier tiers du . La prospérité du monastère est mise à mal par la guerre de Cent Ans, et le chœur de l'église est incendié par les Anglais vers 1431. Il n'est jamais reconstruit. Le prieuré met près d'un siècle pour retrouver un fonctionnement normal. Au , les prieurs commendataires renouvellent le mobilier de l'église, et au , les bâtiments conventuels subissent des reconstructions importantes.

En 1790, la Révolution française impose la dissolution des ordres religieux, et le prieuré est supprimé. Le logis du prieur de 1759 devient une résidence privée, et le reste à ce jour. L'aile orientale des bâtiments monastique est utilisée comme pensionnat jusqu'en 1940, et est ainsi préservée. Tous les autres bâtiments sont abandonnés, et tombent en ruines à moins d'être démolis.

Les vestiges médiévaux sont inscrits au titre des monuments historiques par arrêté du . Le portail d'entrée de la cour du logis du prieur de 1759 est inscrit par arrêté du .. Malgré la protection, plusieurs murs médiévaux sont abattus fin 1964, quand la ville réaménage le site sans implication du service des Monuments historiques. L'aile orientale est prise sous la houlette de l’Association pour la restauration et l'animation de Saint-Arnoul. Elle comporte une galerie du cloître et trois salles voûtées d'ogives, qui sont restaurées et ouvertes au public. Ces parties sont de style gothique, et résultent d'au moins quatre campagnes de construction entre 1170 et 1260. Subsistent en outre des vestiges de l'église, dont notamment le mur occidental de la crypte romane du dernier quart du . C'est cette crypte surtout qui attire l'intérêt des chercheurs, car se démarquant par ses dimensions exceptionnelles, et son architecture influencée par l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire, éloignée des conventions régionales.

Localisation

L'ancien prieuré Saint-Arnoul est situé en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans le Valois, sur la commune de Crépy-en-Valois, à l'extrémité nord-est de l'enceinte fortifiée médiévale, en surplomb du vallon dans lequel coule le rû des Taillandiers, place Saint-Simon. Le mur occidental de l'ancienne crypte sous le chœur, et l'aile orientale des bâtiments conventuels, avec sa façade de 1727, font face à la façade occidentale de l'église Saint-Denis. Ces deux parties se situent en dessous du niveau du sol de la place, et délimitent à l'ouest un petit jardin municipal aménagé en 1964. C'est par la porte de la façade signalée que l'on entre dans la partie du prieuré ouverte à la visite le dimanche après-midi d'avril à octobre.. Les vestiges de la crypte sont visibles derrière une grille. Également visibles depuis le domaine public sont le mur septentrional du bas-côté nord de l'église priorale, avec quelques colonnettes à chapiteaux, et les fondations du mur méridional et des deux tours orientales, ainsi que plus loin à l'ouest, le portail d'entrée de la cour du logis du prieur de 1757. L'ancien cloître, dont seule la galerie orientale subsiste, se trouve circonscrit par ce logis, par le mur de l'église, par le bâtiment ouvert à la visite, et par un bâtiment ruiné et éventré, qui est intégré dans la muraille de la ville, et visible depuis le jardin public au pied des fortifications, dans le vallon du rû des Taillandiers, près de la RD 116. On y aperçoit également le logis du prieur, qui sert d'habitation depuis la Révolution française.

Histoire Les origines thumb|upright|left|Statue de saint Arnoul.

Le prieuré est précédé d'une abbaye, et l'abbaye, d'un chapitre de chanoines. Sa fondation par le comte Raoul II de Valois, entre 935 et 943, est motivée par l'arrivée à Crépy-en-Valois d'une partie des reliques de saint Arnoul, subtilisées par le prêtre Constance, originaire de Vez, aux chanoines de Saint-Arnoult-en-Yvelines. La fondation ressort, de manière implicite, de la Translatio Sancti Arnulphi, récit plus ou moins légendaire du début du , qu'Éliane Vergnolle attribue à Lescelin. Cet abbé de Saint-Arnoul entre 1027 et 1031 est connu pour être l'auteur de la Vita metrica sancti Arnulphi. Selon la Translatio, le comte Raoul, informé des miracles provoqués par les reliques dans diverses localités des environs de Crépy, demande à Constance de venir les déposer dans la chapelle de son château, et crée un collège de chanoines qu'il dote à cette occasion. Deux générations plus tard, les chanoines mènent une vie déréglée. En 1008, le comte Gautier II le Blanc, petit-fils du fondateur, et sa femme Adèle, remplacent les chanoines par des moines bénédictins. Gautier choisit comme abbé Gérard, qui avait été élève de Gerbert d'Aurillac (le futur pape Sylvestre II) en même temps que le roi Robert II le Pieux, et poursuivi ses études à l'école de Chartres. L'acte de fondation est signé par le roi Robert. Dans sa biographie du roi Robert, Helgaud de Fleury attribue ainsi la fondation au roi : . Quand Gérard quitte Crépy en 1027 pour réformer l'abbaye de Fontenelle (où il meurt assassiné en 1031), il est remplacé par Lescelin, qui entretient d'excellentes relations personnelles avec Robert le Pieux. Le troisième abbé installé en 1031 est Hugues, et son long abbatiat dure jusqu'en 1065. L'on ne sait pas grande chose de lui, sauf que ce fut un ancien moine de Rebais, et qu'il assiste au sacre de Philippe en 1059. La vie de l'abbaye est également mal documentée. Son destin change sous le comte Simon, qui est le sixième comte après Raoul II. Un an après son avènement en 1074, il entreprend un pèlerinage vers Rome afin d'y faire pénitence pour les désolations engendrées par ses opérations militaires. Il y rencontre le pape Grégoire VII, qui lui présente l'abbé de Cluny, Hugues de Semur (le futur saint Hugues). Simon et Hugues effectuent ensemble le voyage de retour vers la France. En 1076, Simon dote l'abbaye de nouveaux biens, fait transporter les corps de son père Raoul IV de Vexin et de sa première femme Adèle dans l'église abbatiale, et donne l'abbaye à l'ordre de Cluny par une charte souscrite par le roi Philippe . L'événement est rapporté par Hildebert de Lavardin dans sa Vie de saint Hugues. Celui-ci se charge lui-même de l'introduction de la règle clunisienne dans l'ancienne abbaye devenu prieuré, et doit faire face à l'opposition des moines. Sans attendre l'issue de la réforme, Simon prend l'habit de moine en 1077, se retire dans l'abbaye de Saint-Claude, et abandonne tous ses biens à sa sœur Alix. C'est à tort qu'Aurélien Gnat attribue la fondation à Raoul I, mort en 926...

L'histoire du prieuré thumb|Vue sur la ville de Crépy, prise près du côté de l'abbaye de St-Arnoul, par Tavernier de Jonquières, 1787.

La fondation du prieuré clunisien Saint-Arnoul marque apparemment un revirement dans la politique royale, qui visait, depuis l'époque carolingienne, toujours l'indépendance de la monarchie vis-à-vis du pape. Ainsi, d'autres fondations de prieurés clunisiens dans la région se succèdent à brève intervalle : Saint-Martin-des-Champs en 1079, Saint-Leu-d'Esserent en 1081, Saint-Christophe-en-Halatte en 1083, Saint-Nicolas-d'Acy en 1098. Le prieuré Saint-Arnoul est directement rattaché à l'abbaye-mère de Cluny, et bénéficie comme elle de l'exemption, c'est-à-dire, qu'elle n'est pas soumise à l'évêque diocésain, et relève directement du pape. Le nombre de moines est fixé à vingt-huit par la charte de fondation, ce qui est considérable, et illustre sa riche dotation. L'on voit donc que le prieuré occupe une place de choix dans la hiérarchie de l'ordre de Cluny, et l'on considère qu'il doit être classé directement après les cinq prieurés principaux, qui sont La Charité-sur-Loire, Lewes, Saint-Martin-des-Champs, Sauxillanges et Souvigny. Cette circonstance n'est pas fortuite, mais peut être considéré comme le fruit de l'implication personnelle de saint Hugues dans la fondation, et des relations de confiance qui le lient au comte Simon et au pape réformateur Grégoire VII. Après sa conversion, Simon séjourne à plusieurs reprises au Vatican auprès de Grégoire VII. En 1081, il effectue un pèlerinage en Terre sainte, et rapporte plusieurs reliques, dont un fragment de la Vraie Croix, un morceau du Saint-Sépulcre, un autre de la crèche où le Christ est né, ainsi qu'un du tombeau de la Vierge. Elles lui sont offertes par l'abbé Hugues de Josaphat, ancien moine à Crépy-en-Valois, qui veut faire un présent à son abbaye d'origine. Peut-être la crypte est-elle destinée plus spécialement à abriter ces insignes reliques. Toujours est-il qu'en 1103, date approximative de l'achèvement de la crypte, les reliques sont-elles transférées dans une nouvelle châsse. Simon meurt à Rome en 1082, et est enterré dans la basilique Saint-Pierre dans un tombeau de marbre offert par la reine Mathilde, auprès de laquelle il avait passé une partie de son enfance. Un mausolée est érigé pour lui dans l'église Saint-Arnoul. Il perpétue le souvenir de l'amitié entre Simon et Grégoire VII, et est conservé jusqu'à la Révolution française. Le lavis de Tavernier de Jonquières qu'Éliane Vergnolle insère dans son article représente, selon la légende, Alix, femme de Pierre de Pacy (voir sur Gallica) et non le mausolée de Simon...

En plus des circonstances particulières, la conjoncture générale est également favorable aux monastères à la fin du : il y a, d'une part, un mouvement général de restitution de biens ecclésiastiques usurpés par les différents seigneurs, et d'autre part, de nombreux nobles qui partent pour la première croisade effectuent des dons, et sont également enclins à restituer des biens spoliés. À l'instar de ses prédécesseurs, le comte Hugues I fait preuve de son attachement au monastère, et après sa mort survenue lors d'une expédition en Terre Sainte en 1101, sa veuve Adèle continue de protéger le prieuré, et le dote de nouveaux biens. Tout au cours du , les successeurs de Hugues restent fidèles à cette politique.. Très tôt, les habitants de plusieurs villages souffrent des abus commis par les avoués locaux du prieuré. Ils plaident leur cause, et le prieur s'efforce à réparer les torts. En juin 1131, le pape Innocent II, en venant de compiègne, honore le prieuré d'une visite.. Thibaud, prieur vers 1162, est créé cardinal en 1164, et devient supérieur de l'ordre de Cluny en 1180. Le prieur de Saint-Arnoul nomme aux cures de Sainte-Agathe et Saint-Denis de Crépy-en-Valois, Auger-Saint-Vincent, Feigneux, Francières, Lachelle, Ormoy-Villers, et de la chapelle de Francières, alternativement avec l'évêque de Beauvais.. Les religieux ont dans leur censive la majeure partie du bourg, et possèdent de nombreuses terres dans le voisinage immédiat, ainsi que dans les paroisses des environs. Ils possèdent aussi les marchés de Crépy et Pondron. Par une bulle du , le pape Lucius III confirme l'ensemble des possessions du prieuré. Selon Aurélien Gnat , .